RÉFLEXIONS DE COMINÈS SUR LE DUC DE BOURGOGNE
« Depuis la guerre du bien public, quel aise eut-il? Il « eut toujours travail sans nul plaisir, et de sa personne o et de l'entendement; car la gloire lui monta au cœur, « et l'émut de conquérir tout ce qui lui était bienséant. « Tous les étés tenait les champs en grand péril de sa « personne, et prenait tout le soin et la cure de l'ost, et a n'en avait pas encore assez à son gré. Il se levait le pre- « mier et se couchait le dernier, comme le plus pauvre « de l'ost ; s'il se reposait aucun hiver, il faisait ses dili- « gences de trouver argent ; à chaque jour, il besoignait « dès six heures du matin, et prenait grand'peine à re- « cueillir et ouïr grand nombre d'ambassadeurs; et en « ce travail et misère finit ses jours, et fut tué des Suisses « devant Nancy. Et ne pourrait-on dire qu'il eût jamais « eu un beau jour, depuis qu'il commença à entrece prendre de se faire plus grand jusques à son trépas. « Quel acquest a-t-il eu en ce labeur? Quel besoin en « avait-il, lui qui était si riche et avait tant de belles « villes et seigneuries en son obéissance, où il eût été si a aise qu'il eût voulu?»