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OBSERVATIONS GÉNÉRALES DE VÉQÈCE

Telle est la nature des choses de la guerre, que ce qui vous est utile nuise nécessairement à votre ennemi, et que ce qui le favorise vous soit toujours contraire. Sur ce principe, pour faire ou ne pas faire quelque chose, ne vous réglez jamais sur sa conduite, mais uniquement sur le plan de vos intérêts ; car vous commencez à agir contre vous-même dès que vous imitez une démarche que l'ennemi a faite pour son avantage; et de même, ce que vous aurez fait pour le vôtre lui deviendra nuisible s'il veut l'imiter.

Plus vos troupes auront fait de service dans les camps de province, et plus vous aurez pris de peine à les exercer, moins vous courrez de danger en campagne.

Il ne faut jamais mener des soldats au combat qu'on ne les ait éprouvés auparavant.

Il vaut mieux réduire l'ennemi par la faim, par des ruses, par la terreur, que par des batailles où la fortune a souvent plus de part que la valeur.

L'occasion à la guerre fait ordinairement plus que la valeur.

On gagne beaucoup à débaucher les soldats de l'ennemi, et à les recevoir, s'ils se livrent de bonne foi, parce que les transfuges lui font plus de tort que ceux qu'on lui tue.

Si un espion rôde dans votre camp, faites rentrer pendant le jour tous vos soldats dans leurs tentes, et il est d'abord pris.

Quand vous connaîtrez que l'ennemi a éventé vos desseins, changez-les aussitôt.

Consultez avec plusieurs personnes ce qui se peut faire ; mais, pour ce que vous voulez exécuter, ne prenez conseil que de peu de gens choisis et fidèles , *bu plutôt que de vous seul.

La crainte et les châtiments corrigent les soldats dans leurs quartiers. En campagne, l'espérance et les récompenses leur font faire leur devoir.

Les bons généraux ne donnent jamais des batailles que par occasion ou par nécessité.

Il y a bien de l'art et de la sagesse à presser davantage l'ennemi par la faim que par le fer.

La valeur est supérieure au nombre.

Le terrain fait souvent plus que la valeur.

Peu de gens naissent braves; beaucoup le deviennent par la force d'une bonne institution.

Une armée se fortifie par le travail et s'énerve par l'oisiveté.

N'engagez jamais une affaire générale que vous ne voyiez le soldat se promettre la victoire.

La nouveauté étonne; les choses communes ne font plus d'impression.

Celui qui poursuit inconsidérément un ennemi avec des troupes débandées veut lui céder la victoire.

Qui n'a pas fait provision de blé et de vivres nécessaires est vaincu sans coup férir.

Les bons généraux cherchent moins à livrer des batailles où le péril est commun , qu'à combattre l'ennemi par la finesse et les ruses , pour le détruire autant qu'ils peuvent en détail, ou du moins l'épouvanter, sans risquer leurs propres forces. Voici quelques instructions générales sur ce sujet, que je donne d'après les anciens.

Il est du devoir et du véritable intérêt d'un général d'appeler souvent à son conseil des officiers sages et éclairés de tous les corps de l'armée, d'en bannir absolument l'adulation qui n'est jamais que très-pernicieuse, et d'y traiter librement avec eux de l'état respectif de ses troupes et de celles des ennemis ; s'il est supérieur en nombre ou non; si ses troupes sont mieux armées et mieux équipées; qui dès deux a les soldats les plus exercés, ou les plus résolus dans le besoin. Il faut aussi examiner dans ce conseil de quel côté est la meilleure cavalerie, et surtout la meilleure infanterie, qui fait toujours la principale force d'une armée; par rapport à la cavale-

rie, qui des deux est le plus fort eu cavaliers armés de lances, ou en cavaliers sagittaires; lequel en a le plus de cuirassés; lequel a de meilleurs chevaux. Enfin, il faut regarder à qui le champ de bataille est plus avantageux. Si on est plus fort en cavalerie , il faut choisir la plaine et si Ton est supérieur en infanterie, on doit chercher un terrain serré, coupé de fossés et de marais, couvert de bois et quelquefois de montagnes. La disette ou l'abondance, dans Tune ou l'autre armée, régleront aussi les projets et les opérations. La famine, comme Ton dit, est un ennemi intérieur qui fait souvent plus de ravage que le fer. Surtout il faut délibérer mûrement s'il est plus à propos de temporiser ou d'en venir vite à une affaire. L'ennemi a quelquefois compté de finir bientôt une expédition, et si on la traîne en longueur, ou la disette le consume, ou l'impatience de revoir son pays l'y rappelle, ou le dépit de ne rien faire de considérable le rebute et l'oblige de s'en aller; c'est alors que ses soldats, épuisés de travail et rebutés de son service, désertent en foule; une partie se dissipe; d'autres se rendent à vous, parce que la fidélité des troupes tient rarement contre la mauvaise fortune; et une armée qui était nombreuse en entrant en campagne commence à se fondre d'elle-même. II n'est pas moins important de connaître le génie de son ennemi et le caractère de ses généraux; s'ils sont sages ou téméraires, hardis ou timides ; s'ils combattent par principes ou au hasaré; avec quelles nations braves ou lâches ils ont eu affaire. Il est aussi nécessaire à un général de savoir ce qu'il doit attendre des forces et de la fidélité de ses auxiliaires ; comment sont affectées ses troupes; ce que pensent celles de l'ennemi; lequel des

deux parti* a le plus de confiance, pressentiment qui élève ou abat le cœur. Cependant une harangue d'un général qui parait lui-môme ne rien craindre peut ranimer ses soldats. Le courage renaît à des troupes abattues, si par une occasion favorable , ou par le moyen des ruses , on vient à faire quelque action d'éclat.

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