‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 111 sur 240 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

de la patiente; mais, constamment, des récidives succédaient au repos éphémère que lui procuraient leurs prescriptions. Ce qu’il est bon d’observer, c’est que ces récidives étaient parfois si effrayantes qu’elles ne me laissaient aucun doute sur le déplorable état de sa constitution fortement altérée. On eut successivement recours à la méthode expectante , aux moyens de la médecine active , de l’hygiène, du changement d’air, aux distractions que procurent les voyages , les eaux minérales, etc..., en un mot, rien n’avait été omis, lorsque , pour dernière ressource , je pris le parti de la conduire aux bains de Pouzzoles, si renommés depuis l’antiquité pour les hautes propriétés de ses eaux minérales. Ma femme fut prise d’une nouvelle maladie, une attaque de fièvre cérébrale, suivie des plus sinistres symptômes, qui mirent sa vie en très-grand danger. En un semblable état d’affliction et de perplexité , je fis appeler de suite le médecin de l’hôpital et celui des bains pour prendre leurs conseils et me diriger d’après leurs lumières. Par un bonheur imprévu en pareille circonstance , le médecin de l’hôpital , le docteur Cimone , se trouva être un de mes anciens amis , que j’avais perdu de vue depuis longtemps et dont j’ignorais l’existence actuelle. Dès que nous fûmes réunis tous les trois, nous entrâmes dans la chambre de la malade; mais, après l’examen de saposition, devenue de plus en plus menaçante, il ne fut point possible de faire autre chose que dcsprescrip-

tions insignifiantes. Après le départ du médecin des bains , mon ami le docteur Cimone m'ouvrit son cœur en me parlant à peu près en ces termes : « À vous, mon cher, à qui je n’ai jamais célé » ma pensée, je ne veux point vous laisser ignorer » que je suis , tant à l’hôpital que dans la ville pour » ma clientèle privée , une médication toute nou- » velle ; tout le monde l’ignore, et j’en obtiens des » résultats visiblement prodigieux. On me loue » hautement, et cependant les moyens auxquels » j’ai recours ne m’appartiennent point , mais » bien à la nouvelle école, dont je me crois encore » un bien faible disciple. Cette médecine vraiment » extraordinaire peut seule sauver les jours de » votre épouse. » Que me dites- vous là ? repris-je ; voulez-vous me parler du remède secret de ce certain étranger qui, d’après les rapports d’autrui, guérit les malades à Naples avec des poisons pris à petites doses? Comment, ajoutai-je, pouvezvous, enun moment aussi triste, aussi pénible, me conseiller de recourir aux remèdes secrets de la charlatanerie , aux rêveries des imposteurs , et comment se fait-il que vous vous soyez laissé séduire, entraîner dans une route aussi déplorable ? » — «Vous m’avez considéré jusqu’ici, me répondit » le docteur Cimone , comme honnête homme , » comme doué de quelques lumières et de bon » sens : pourquoi croire que tout est perdu chez » moi , parce que je vous parle d’un objet étranger » à vos études, aux idées que vous avez adoptées?

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