‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 138 sur 240 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

puissance thérapeutique, et Fou n'arrive- à cette partie de la vraie science qu’après les avoir expérimentés sur l’homme à l’état normal. Malheureusement, tous les médecins ne suivent pas cette marche rationnelle, surtout ceux qui cèdent encore à l’habitude qu’ils ont puisée dans la méthode contre-stimulante ou antiphlogistique : d’où nous pouvons conclure, sans errer, que la vieille école, sans doute sans le vouloir, flotte entre deux systèmes dans le traitement des maladies ; elle ignore quel est le véritable chemin et n’agit que par tâtonnement.

Ce fait, non moins affligeant que trop vrai, est corroboré par le tableau fidèle, plein d’originalité, que le docteur Tommasini a peint d’après nature, quand il nous représente l’embarras des médecins de la vieille école appelés en consultation pour un cas grave. Écoutons-le : « Je me souviens, dit- » il , m’être souvent trouvé , soit comme simple >5 témoin, soit comme partie intéressée, dans diy> verses consultations. Combien il était difficile )> de nous accorder sur les bases premières ! quelles d oppositions, quelles contradictions qui se mani- » festaient pour le mode de traitement, pour le » choix des remèdes! D’un côté, l’on voulait pur- » ger, délayer, rafraîchir, par conséquent affai- » blir , tandis que de l’autre côté l’on disait qu’il » fallait corroborer, stimuler, exciter. Ici l’onpro- » posait de recourir à la saignée, à la manne, au » tamarin, au A boissons acidulés, ou bien aux pi-

» Iules de rhubarbe ou d’aloës succotrin, pendant » que là l’on recommandait l’éther, le musc, l’a- » moniaque, le vin chaud, l’opium, etc. En vérité, » des opinions aussi diamétralement opposées 11e » pouvaient jamais s’entendre ou se rapprocher, » ou il fallait que l’un des deux consultants cédât » entièrement, ou bien s’ils voulaient tous les deux » ordonner quelque chose, les remèdes de l’un dé- » truisaient les effets de ceux de l’autre (1). » Qui en souffrait? le patient; il était la victime d’un art sans principe arrêté, variant sans cesse au gré des abstractions les plus disparates et des contradictions les plus ridicules.

Qui osera maintenant soutenir qu’il faut laisser plus longtemps la science créée par le grand Hippocrate dans un tel état d’anarchie ? qui refusera son aide pour l’arracher à une situation aussi pénible, nous allions dire, aussi honteuse ? Et cependant les sectaires de la vieille école 11e voient pas, ou n’y pensent point, car ils croient de bonne foi, car ils la présentent au public tout autre qu’elle n’est véritablement. L’ancienne médecine est loin de répondre de la justesse des règles qui la dirigent, ainsi que de l’cffîeacité de ses moyens et de ses ressources. Ges faits sont incontestables : c’est donc, de la part de la médecine pratique ordinaire, porter atteinte à la science, c’est s’armer contre les intérêts les plus sacrés des hommes que

(1) Tommasini, lieu cité, pag. 412 et 115.

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