CHAPITRE XXIII
délicate du corps , complexion susceptible d’appartenir à un grand nombre d’hommes, et pas toujours convenable aux femmes. D’après ces remarques, puisées dans l’observation régulière des individus de l’un et de l’autre sexe , il vaut beaucoup mieux déterminer la dose des médicaments selon l’indication de la nature, c’est-à-dire d’après le degré plus ou moins élevé de sensibilité et d’irritabilité, qu’indiquent toujours la finesse du tissu de l’organisme et le petit volume du corps. Ces deux conditions ne se trouvent pas constamment réunies chez la femme, tandis qu’elles se présentent sur un grand nombre d’individus de l’autre sexe.
Il ne reste aucun doute sur la légitimité du principe que nous venons d’établir : les individus gras , robustes ou de haute stature offrent moins de sensibilité et d’irritabilité , leur degré se montrant en sens inverse de la corpulence et de la taille de leur corps. Notez ici, en passant , que la nature nous en présente une preuve constante chez les autres animaux. Tandis que le pouls d’un éléphant bat à peine vingt fois dans l’espace d’une minute , celui du cheval fournit , dans le même intervalle , jusqu’à trente-quatre pulsations ; le pouls d’un bœuf va jusqu’à trente-six, celui du mouton soixante- quatre , celui du chien soixante et douze, cent et plus celui du pigeon (i), etc. Une
(1) Rucco , Introduction lo the Science of the Puise , etc., tom, ii, pag. 175 de l’édition publiée à Londres en 1827 et 1828.
semblable observation a fait dire avec justesse a Pline le naturaliste : « Nusquam macjis quant in y> minimis tôt a est natura . »
Quel que soit enfin le degré de justesse des règles à suivre pour la régulière prescription de la dose des médicaments dans la pratique de la médecine , il est positif que nous les avons toutes puisées dans l’étude de la nature. Ce serait donc vouloir marcher contre les intérêts de la science que de continuer à prescrire la dose des médicaments, non-seulement en se fiant au degré, comme on le dit , de l’excitabilité des malades , mais encore d’après le système adopté par le médecin ou par l’inspiration de sa prudence. D’abord , il est notoire que les médecins ne peuvent point connaître à priori le véritable degré d’excitabilité de leurs malades , et lors même qu’ils arriveraient à le découvrir par l’action des médicaments, il est très-possible que cette connaissance soit acquise trop tard ; secondement, la prudence, nous le répétons de nouveau , a besoin elle-même d’être guidée par le savoir du médecin et non pas le médecin par la prudence. C’est en acquérant par les leçons lentes mais positives de l’expérience , ou bien en se familiarisant avec la science, que l’on devient prudent et en même temps clairvoyant. La méthode, aussi bien que le désir de régler la dose des médicaments d’après le degré plus ou moins élevé de la sensibilité et de l’irritabilité , qui se déduit de la conformation extérieure du