CHAPITRE XXIII
que d’autres paraissent beaucoup moins âgés que leur âge le compte. C’est le développement actif, pressé chez les enfants , de même que l’état de détérioration chez les adultes et chez les vieux qu’il importe de bien étudier pour déterminer la dose convenable des médicaments , et non pas seulement en s’arrêtant simplement à l’âge ou nombre des années qui induit à erreur. L’organisme humain et même l’organisme de tous les êtres vivants n’est jamais stationnaire : ou bien il se développe insensiblement, ou bien il se détériore peu à peu. Ce fait accuse d’irrégularité et même de vice la division du cours de la vie chez l’homme en quatre périodes selon les uns, en six d’après les autres; savoir : l’enfance, l’adolescence, la jeunesse , l’âge mûr, la vieillesse , la décrépitude.
Pour rendre plus palpable encore ce que nous venons de dire, ajoutons que c’est l’état actuel ou la condition présente de l’organisme qu’il faut avoir soin de consulter, quand on veut prescrire régulièrement la dose des médicaments , et non pas s’en tenir à la condition de l’âge qui , peut tromper à chaque instant. Voyons maintenant dans le tableau que la nature nous offre l’inconséquence de ceux qui donnent plus d’importance qu’on ne le doit positivement à l’âge ou au nombre des années. Tandis qu’une jeune fille de neuf ans est considérée en Europe comme incomplète,
ou si l’on veut comme une jolie poupée mouvante,
en Asie, celle de cet âge est susceptible de devenir mère. A ce sujet , Pinel , l’illustre Pinel, dit dans sa Nosographie philosophique : « Dans les régions » de l’Asie , il n’est point rare de voir de jeunes » personnes de huit ans s’engager dans les liens » du mariage et devenir mère à leur neuvième » année (1).» Par la même conséquence, l’habitant de l’Asie est vieux ordinairement à l’âge où l’indigène de Moscou est encore jeune (2).
L’autre méthode de prescrire plus généralement la dose des médicaments sur la différence du sexe n’est pas plus que la précédente dans l’ordre de la nature. On dit généralement que les femmes sont plus sensibles et plus irritables que les hommes, et d’après ce principe on est persuadé qu’il faut leur prescrire les médicaments à dose plus petite, tandis que la dose veut être plus forte pour les individus de l’autre sexe. Le fait est que la loi de la nature est fondée sur la finesse du tissu de l’organisme, et non pas sur le genre du sexe. Le corps d’un grand nombre de femmes , surtout celles appartenant à la classe du peuple, étant gras , volumineux, et le plus habituellement robuste, on n’a plus, en ce cas, le type de la finesse du tissu des organes, encore moins la petite taille de leur corps. Ce n’est donc pas toujours la forme du sexe qui constitue le degré élevé de sensibilité et d’irritabilité , mais bien la complexion fine et
(1) Pinei., Nosographie philosophique , lom. n, pag. 654.
(2) Sinibaldi, Traité d’ Éducation physique , pag. 125.