CHAPITRE XXVI
fallait point détourner l’attention des partisans de la vieille école des connaissances qu’ils ont acquises à si grand prix, puisqu’en définitive les malades sont très-satisfaits de leur méthode de guérir et qu’ils dédaignent absolument de recourir aux prescriptions homœopathiques. Et puis, ajoutera-t-on encore , l’ancienne médecine est l’œuvre des plus célèbres praticiens de toutes les époques historiques, elle règne depuis nombre de siècles, pourquoi prétendre qu’elle cède une place acquise si péniblement à l’homœopathie, qui compte à peine une cinquantaine d’années d’existence? Tel est l’autre raisonnement que les ennemis de la nouvelle doctrine médicale nous objectent comme très-pressant. Nous allons le détruire à notre tour.
Nous croyons d’abord n’avoir aucunement ravalé la condition de l’esprit humain en lui disant qu’il lui est seulement permis de porter toute son attention vers l’étude approfondie des faits visibles , et de chercher à les lier ensemble par leurs relations réciproques, mais de ne point pousser la curiosité jusqu’à vouloir découvrir le motif des causes occultes qui les font exister, surtout lorsqu’il s’agit de la loi de nature , sur laquelle est fondée la science homœopathique. Il était de l’intérêt de la création de conserver notre espèce : aussi est-ce pour atteindre ce but qu’elle a daigné dévoiler la loi des semblables, dont l’heureuse application tend à combattre le principe des
maladies et à lesguérir radicalement; mais en nous la laissant saisir avait-elle l’obligation de nous en donner le secret, et en admettant meme qu’elle eût bien voulu le faire , croit-on que cette connaissance aurait augmenté d’un seul degré seulement Futilité qu’offre tous les jours à l’humanité souffrante la méthode homœopathique ? Nous disons non positivement.
Si nous avons critiqué les pratiques abstraites de ceux qui nous ont précédés , nous l’avons fait sous l’inspiration de la nature et pour le mieux-être de la science ; le goût de notre siècle nous en a donné l’impulsion, et les progrès des connaissances médicales nous ont mis en mesure d'exposer librement les abus que nous avons remarqués dans leurs pratiques. Ici, comme en tout, nous avons suivi l’exemple des successeurs de Galien, qui, par les mêmes considérations , ont réformé ce qu’ils ont vu de défectueux dans sa médecine humorale, dont le résultat a été rejeté par l’observation pratique ; nous avons imité les disciples de Boerhaave, qui firent disparaître les imperfections de sa médecine physique ; nous avons suivi l’exemple des médecins contre-stimulistes, qui ont démoli la doctrine de Cullen, fondée sur ie spasme, et l’abstraite théorie de Brown sur la faiblesse indirecte ; nous avons combattu le système du contre-stimulus imaginé par Basori, ainsi que celui de l’irritation considérée par Broussais comme la condition pathologique du plus grand nombre des