CHAPITRE IV
nature, puisqu’ils ont tous une tendance marquée à plier la science aux séductions des hypothèses , en la détournant ainsi de la voie expérimentale et de l'observation pratique, l’une et l’autre, sources intarissables de lumière où nous devons aller puiser les éléments de notre science.
Tout ce qui n’est point dans l’ordre de la nature ou ne procède pas de l’expérience pure, peut et doit varier d’un moment à l’autre , et de ce fait nous avons une preuve convaincante dans les annales de la science elle-même. Elles nous apprennent, en effet, que les systèmes, en médecine, ont toujours donné matière à des changements, à des phases diverses, variant sans cesse, à l’exemple de la mode, selon les besoins du luxe ou les caprices de l’imagination. Quand nous nous demandons à nous-mêmesla cause d’une semblable inconstance, nous la trouvons dans la fragilité de leurs principes. Cette fragilité cède, comme cela doit être, à la puissance de la raison , éclairée par la réflexion et par le temps , le juge suprême des inventions humaines! Alors il n’est point surprenant que ces systèmes, après avoir fait beaucoup de bruit, tombent dans le discrédit et se perdent enfin dans le plus complet oubli : c’est la commune destinée de toutes les abstractions métaphysiques, de toutes les théories imaginées dans le silence du cabinet.
Que signifie la pensée de vouloir réduire la science médicale dans les limites étroites d’un système, quelque ingénieux qu’il soit ou puisse pa-
raître? C’est enchaîner l’observation, c’est nier les faits qu’elle nous révèle, c’est parcourir un cercle vicieux, c’est, en un mot, dénaturer la science. Voilà cependant ce que veulent, ce que font les médecins systématiques : en s’arrêtant à un principe universel plus que fantasque , ils renferment le tout dans une partie , ils s’attachent à une observation , ils foulent aux pieds les lois éternelles de la nature , et, fiers de leur œuvre incomplète , ils espèrent planer au-dessus de tous les autres, portés , comme ils le sont , sur les ailes de l’imagination.
Hommes vains , humiliez-vous devant les grands actes de la création , et souvenez-vous que la nature n’a fait ni classes d’individus , ni classes de maladies! L’organisation individuelle varie d’un être à un autre : il en est de même pour les diverses affections du corps humain ; aucune n’est parfaitement identique à une autre , chacune d’elles vit de sa propre existence , chacune d’elles présente un phénomène à part, et comme on le remarque dans une langue quelconque , il n’existe pas deux synonymes d’une même valeur; de même il n’est point deux maladies semblables, si l’on en excepte cependant celles qui proviennent d’un seul et même miasme ou principe morbifique , comme la vérole , la rougeole , la petite vérole volante. De là découle la raison pour laquelle la science médicale ne permet plus de distribuer les maladies , d’après la manière des bo-