CHAPITRE IV
tanistes, en classes, ordres et genres, ni d'établir de distinctions entre les diverses nosographies qui comprennent de pareilles divisions et le produit de Fart.
A force de classer et de ranger les diverses maladies pour les enclore , qu’on me passe le mot , dans certaines limites , les auteurs de nosographie les ont réduites à un très-petit nombre, quoiqu’il soit réellement indéterminé , pour ne point dire infini , puisque les causes qui leur donnent naissance sont incalculables , diffèrent les unes des autres non-seulement dans leur mode d’action, mais encore selon le degré de force avec laquelle elles agissent sur l’économie animale ; d’une autre part , l’on doit considérer aussi bien la situation diverse , toujours variable , dans laquelle se trouvent les individus de notre espèce qui sont exposés à leur influence, que leur manière particulière de sentir. En réfléchissant donc à ce concours de circonstances , il est impossible de ne point s’apercevoir combien est fausse la théorie de soumettre un nombre indéfini de maladies, toujours distinctes les unes des autres, à la direction d’un système médical ou bien à une règle générale. La nature n’adhère point à une semblable tyrannie de l’esprit ; jamais elle ne se départira de la loi suprême de l’individualité des personnes et des maladies qui menacent incessamment leur existence.
En d’autres termes , du moment que les prati-
ciens se sont rangés sous la bannière d’un système et qu’ils en ont suivi l’application dans l’exercice de leur art , c’est-à-dire à mesure qu’ils ont prétendu traiter les maladies classe par classe, ils se sont mis ouvertement en opposition avec l’ordre de la nature et ont méconnu l’individualisme des phénomènes morbifiques. C’est à cette erreur que les médecins systématiques doivent sans doute malgré eux , ou du moins à leur insu , l’unique et fausse direction qu’ils suivent tous aveuglément. Ils sont, de la sorte , entraînés à prescrire , sans exception, les excitants ou les remèdes toniques à tous ceux qui ont recours à eux lorsqu’ils sont affligés de maladies d’affaiblissement , comme les anti-phlogistiques, aux patients soupçonnés de maladies par excès de force ; tandis que le nombre des maladies est indéterminé , et chacune représente un phénomène individuel et exige une cure spéciale. D’ailleurs, quel est le médecin qui peut se flatter d’embrasser dans son système médical, à priori, l’idiosynchrasie ou la variété infinie des tempéraments, les diverses habitudes, les mœurs, la manière de vivre, les inclinations ; en un mot, le caractère physique et moral de tant d’individus de sexe et d’âge différents qu’il n’a jamais vus et qui lui sont totalement étrangers? Et cependant il n’est point possible de nier que tous les auteurs des divers systèmes de médecine se sont exposés à la même aberration. Louanges mille fois soient donc données au génie du grand Bacon de Véru-