CHAPITRE VI
premières. Ce n’est donc pas, comme on le pressent aisément , une raison de les croire d’un caractère opposé et curables par des remèdes de nature et d’action différentes , ainsi que le disait Brown , ainsi que le prétendent encore ses partisans.
Le chef de cette secte médicale soutenait que les individus d’un âge avancé ou de faible constitution étaient par cela même sujets aux maladies asthéniques, parce qu’il les croyait accompagnés de la diathèse asthénique. Comme les précédentes, cette maxime est démentie par l’observation pratique : il est , en effet , évident que les inflammations s’allument plus facilement chez les personnes faibles que chez celles qui sont fortes et vigoureuses; la seule différence qui passe entre elles, c’est que les inflammations se montrent, toutes choses égales, plus véhémentes, et par conséquent plus graves, sur les individus vigoureux, plus légères et plus douces sur ceux qui sont faibles.
Brown avait encore tort de croire que les causes stimulantes donnent lieu aux maladies sthéniques, et que celles qui font fléchir l’excitament donnent naissance aux maladies asthéniques. Ce qu’il y a de certain à ce sujet , c’est que le froid , qui est la négation du calorique, les passions qui tuent les forces vitales , telles que la crainte, la tristesse, la frayeur, etc., l’air humide et les autres causes semblables produisent çà et là des maladies sthéniques, contrairement à l’opinion
émise par le médecin écossais. Qui ne sait pas, en effet, parmi les vrais praticiens, que le rhumatisme , par exemple , affecte souvent ceux qui vivent sous une climature froide ou dans les localités en même temps froides et humides? La pleurésie, également maladie sthénique , ne naîtelle pas d’ordinaire de l’action négative du calorique ou du froid , puisqu’elle prédomine durant les hivers?
Malgré* toutes les objections que nous venons de soulever, on ne peut nier les services rendus par Brown à la science médicale : il a fait sentir le besoin d’imposer à la pratique une forme régulière ; il a singulièrement amélioré la philosophie médicale en la purgeant des vieilles maximes de Pythagore , d’Épicure , de Démocrite ; il a introduit la méthode d’induction créée par Bacon ; il a mis dans leur véritable jour les ouvrages de Sydenham , de Huxham, de Haën et d’autres savants médecins ; enfin l’on doit ajouter que jusqu’à ses erreurs sont devenues la source où la nouvelle doctrine italienne est allée puiser ses premiers éléments; et quoique sa manière de traiter les maladies ne soit pas plus généralement en rapport avec la nature et qu’elle entraîne à de graves erreurs , cependant il n’est pas moins vrai de dire que la connaissance des travaux de Brown éclairera dans tous les temps les médecins des générations futures qui voudront se méfier des impulsions de l’esprit , des seules études faites loin du lit des