CHAPITRE VIII
sance du foie au détriment de l’estomac et du tube intestinal. « Ils font , disait-il , avec leur esprit , ils font de ces organes un vase inerte ou plutôt une sorte de cloaque propre à soulever de dégoût et d’horreur, quand ils devraient les considérer l’un et l’autre (l’estomac et le tube intestinal) comme le pivot essentiel autour duquel viennent tourner les connaissances qui se rapportent à la base fondamentale de la pathologie et de la médecine pratique. »
Broussais adopta de ses prédécesseurs la division des maladies en deux classes : dans la première , il plaça les maladies d’irritation , en y comprenant les phlegmasies contre lesquelles il employait la méthode anti-phlogistique , c’est-àdire la diète , la saignée , les sangsues , les émollients etc. ; dans la seconde classe, il réunit les maladies d’atonie ou de faiblesse qu’il combattait par les toniques ou fortifiants. En parlant de la méthode anti-phlogistique, il fit bien sentir qu’elle est fondée sur l’identité de l’irritation ou inflammation, qui est toujours semblable à elle-même, et constitue la base pathologique du plus grand nombre des maladies. Sous ce rapport, l’école broussaisienne se trouve d’accord avec celles des autres nations.
Nous allons maintenant suivre le progrès de la médecine physiologique depuis son origine jusqu’à Broussais.
D’abord les médecins que l’on nommait mé-
thodiques, faisaient dériver les fièvres du strictum, ou resserrement de la fibre , qu’ils regardaient comme le résultat d’un engorgement tout à fait identique à celui qui naît d’une inflammation. C’est pour cela qu’ils traitaient les fièvres par les remèdes relâchants. Hippocrate , Celse et beaucoup d’autres médecins de l’antiquité recommandaientla diète dans le traitement des fièvres. Fernel plaçait au cœur le siège des fièvres continues, et celui des fièvres intermittentes au tube intestinal et au pancréas ; il les traitait par les alexipharmaques, et non par les relâchants. VanHelmont, de son côté, limitait le siège des fièvres au cardia, ou l’orifice supérieur de l’estomac, où il plaçait son archée, et il recourait aux sudorifiques au lieu des remèdes relâchants (1).
La médecine physiologique fut mieux appréciée et suivie par Screta , puisqu’il faisait naître les fièvres d’inflammation de l’estomac ou de toute autre organe interne. Cependant on l’a vu recourir , en des cas semblables, aux désobstruants au lieu de relâchants : c’était , disait-il , pour rendre plus libre la circulation du sang, qu’il estimait gênée en présence de la fièvre, par l’obstruction des vaisseaux capillaires (2).
Georges Baglivi fut le premier, parmi les praticiens et écrivains des anciens temps , qui considéra réellement l’inflammation de l’estomac ou
(1) Van U cl mon t , Febrium Doclrina inaudila.
(2) Screta, de Febre castrense maligna.