‹ L'esprit de la médecine ancienne et nouvelle comparéesChapitre 77 sur 240 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L’explication de ce fait se trouve dans le caractère équivoque, variable, incertain, des règles médicales qui jusqu’ici ont usurpé le titre de principes bien fondés et stables. D’après cela , l’on ne doit pas être surpris de la ressemblance qui passe entre la médecine pratique ordinaire et un vaisseau privé de son gouvernail et de sa boussole ; ce sont ces deux instruments essentiels qui assurent la marche régulière du bâtiment sur l’océan : de même, le critérium > ou le jugement, doit guider le médecin pour le diagnostique et le traitement heureux des maladies. Et cependant , on ne peut se le dissimuler, les médecins , même les plus expérimentés , sont encore réduits aujourd’hui à marcher souvent à tâtons dans le traitement des maladies internes compliquées d’un obscur diagnostique : cette imperfection de l’art avilit le noble caractère de médecin , et légitime en quelque sorte le blâme dont on le couvre vulgairement.

Tout véritable praticien qui se respecte et aime son prochain , doit désormais ne plus traiter les maladies comme il l’a fait jusqu’à ce moment; il ne voudra plus opérer en aveugle, ni dans les cas difficiles, opiniâtres, consulter tel ou tel autre auteur de thérapeutique , et s’en remettre à son jugement , puisqu’il sait maintenant qu’il n’y a pas dans la nature , en général , deux seules maladies qui soient absolument identiques ; elles sont modifiées, absolument étrangères l’une à l’autre dans

les individus qu’elles frappent; en un mot, il doit abandonner totalement les règles de direction de la médecine pratique ordinaire.

Pour en finir avec elle , pour débarrasser l’art de guérir des entraves qui le circonviennent , l’arracher à ses incertitudes habituelles et ne plus laisser derrière lui des regrets superflus , nous ne voyons qu’un seul expédient, celui de porter toute notre attention vers la science médicale de la nature , la seule qui enseigne à connaître , ainsi que nous allons le voir dans quelques instants, la forme que les maladies affectent et les remèdes nécessaires pour les guérir avec certitude. Il y a autant de différence entre la médecine que l’on pratique le plus généralement et la science médicale de la nature qu’il y en a entre l’équivoque clarté des nuits d’été et la lumière éclatante du jour le plus beau. Ce langage nous est dicté par l’expérience : il cessera de paraître exagéré sitôt que l’on pénétrera dans l’histoire des faits nouveaux que nous allons tracer dans la seconde partie ; là nous allons dire l’origine , suivre les progrès , dé- * montrer la justesse des principes de la science médicale de la nature , et convaincre tous les esprits qu’elle est le seul et unique moyen pour briser le joug de la médecine spéculative. En exposant

méthodiquement les faits nouveaux de la véritable

science médicale, nous aurons le double avantage de rapprocher ce qu’ils nous apprennent de ce que l’on sait déjà, de nous placer ainsi près du niveau

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