CHAPITRE IX
pour l’administration des remèdes les plus simples, les plus innocents. Il est arrivé fort souvent d’ordonner, par exemple , le nitrate de potasse à des individus affectés d’une sorte de fièvre sinoque : eh bien , le même remède provoque les urines chez l’un , l’insensible transpiration chez l’autre , quand il ne produisait aucun de ces deux effets sur un troisième malade. En administrant le quinquina aux personnes prises de fièvre tierce , on observe assez souvent que ce remède constipe les unes et qu’il relâche les autres. L’opium calme tantôt les souffrances déterminées parles accès de goutte , tantôt il les augmente prodigieusement. Certes, il n’est pas de praticiens qui ne se soient trouvés en position d’observer de semblables faits ou d’autres de même nature.
Attribuez, si vous le voulez, cette diversité d’effets des mêmes remèdes à une dose plus ou moins exagérée, ou bien à l’ignorance dans laquelle sont les partisans de la médecine pratique ordinaire relativement à leur action , pour nous le résultat demeure absolument le même. Puisque le fait est patent que les médecins , dans l’exercice de leur art , ne peuvent point agir avec certitude, avec cette rigueur qu’on demande : quand on veut conserver la vie de son semblable, le trésor véritable que l’homme possède en ce monde, n’est-il pas nécessaire , n’est -il pas urgent de remettre plutôt le soin de la santé et de l’existence aux efforts de la nature ou de l’organisme des malades
eux-mêmes, et cesser enfin de les exposer l’une ét l’autre à l’incertitude et l’irrégularité des secours
de l’art? Nous pensons qu’une pareille incertitude des moyens de la médecine pratique ordinaire est aussi nuisible au bien-être de la société que l’absence du soleil aux semences confiées à la terre parla main industrieuse de l’homme des champs.
D’ailleurs , puisque les différentes méthodes indiquées plus haut sont loin de répondre généralement au but de la nature , puisque l’on ignore en médecine non-seulement la véritable puissance thérapeutique des remèdes , mais encore la dose précise à laquelle on peut les administrer, il est plus que temps d’adopter une voie nouvelle pour élever l’art à sa dignité.
Y. Il est encore un cinquième fait à noter, et ce fait est tout aussi humiliant qu’il est affligeant , nous voulons parler du manque d’un criten^ Jbien fondé ou du moins capable de diriger avec succès les médecins dans le traitement régulier des maladies. Voici à ce sujet la profession de foi d’un savant médecin, adressée à un sien anii, médecin également éclairé : « Vous me demandez quel est » le véritable critérium pour distinguer la diathèse » des maladies , et moi je vous demande , à mon » tour, s’il en a jamais existé un seul d’après le- » quel on puisse à priori diriger, avec quelque » certitude , la méthode de traitement? (1) »
(i) Voyez Tommasini, oeuvre citée page 155.