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chaud , boire froid, ny le voir sur un cheval rebours, ny contre un rude tireur le florect au poing, ou la première harquebuse. Car il n'y a remède, qui en vent faire un homme de bien, sans doute il ne le faut espargner en cette jeunesse : et faut souvent choquer les règles de la médecine.
Ce n'est pas assez de lui roidir l'ame, il lui faut aussi roidir les muscles : elle est trop pressée, si elle n'est secondée :
et a trop à faire, de seule fournir à deux offices.
L'authorité du gouverneur (qui doit estre souveraine sur lui), s'interrompt et s'empesche par la présence des pareils.
Joint que ce respect que la famille lui porte, la cognoissance des moyens et grandeurs de sa maison , ce ne sont à mon opinion pas légères incommoditez en cet aage.
Si son gouverneur tient de mon humeur, il lui formera la volonté à estre très-loyal serviteur de son prince, et très-affectionné et très-courageux; mais il lui refroidira
l'envie de s'y attacher autrement que, par tin devoir public. Outre plusieurs autres inconvéniens , qui blessent notre liberté , par ces obligations particulières, le jugement d'uu homme gagé et achetté, ou il est moins entier et moins libre , ou il est taché et d'imprudence et d'ingratitude. Un pur courtisan ne peut avoir ny loy ny volonté , de dire et penser que favorablement d'un maistre, qui, parmi tant de milliers d'autres subjects, Ta choisi pour la nourrir et élever de sa main. Cette faveur et utilité corronfpent , non sans quelque raison , sa franchise et l ! esblouissent.
Qui ne voit qu'en un estât tout despend de son éducation et nourriture? et cependant sans aucune discrétion , on la laisse à la merci des parens , tant fols et meschans qu'ils soient.
L'institution ( l'éducation ) se doit conduire par une sévère douceur , non comme il se fait. Au lieu de convier les enfans aux lettres , on ne leur présente qu'horreur et
lia LESPRJT
cruauté : ostez-moi la violence et la force ? il n'est rien à mon advis qui abâtardisse et estourdisse si fort une nature bien née. Si vous avez envie qu'il craigne la honte et le chastiment , ne l'y endurcissez pas : endurcissez-le à la sueur et api froid, an vent , au soleil, et au* hazards qu'il lui faut mespriser : ostez-lui toute molesse et délicatesse au vestir et coucher, au manger et au boire : accoustumez-le à tout; que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux.
Enfant , homme, vieil, j'ai tousjours creu et jugé de mesme ; mais, entre autres choses, cette police de la pluspart de nos collèges m'a tousjours despieu. Oneust failli à l'adr venture moins domroageablement , s'inclinant vers l'indulgence. C'est une vraye geaule de jeunesse captive. On la rend desbauchée , l'en punissant avant qu'elle le soit.
Quelle manière , pour esveiller l'appétit envers leur leçon , à ces tendres ânyes , et
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craintives, de les y guider d'une troigne effroyable, les mains armées de fouets?
Inique et pernicieuse forme!
Je veux que la bienséance extérieure, et l'entregent , et la disposition de la personne se façonne , quant et quant Pâme. Ce n'est pas une orne, ce n'est pas un corps qu'on dresse, c'est un homme, il n'en faut pas foire à deux fois.
Le commerce des hommes est merveilleusement propre à l'éducation et la visite des pays estrangers : non pour en rapporter seulement, à là mode de nostre noblesse françoise , combien de pas à Santa Rotonda , ou, comme d'autres , combien le visage de Néron , de quelque vieille ruyne de-là, est plus long ou plus large que celui de quelque pareille médaille : mais pour en rap~ porter principalement les humeurs de ces nations, et leurs façons, et pour frotter
et limer nostre cervelle contre celle d'au-
trui.
ii cet apprentissage, tout ce qui se pré-»
îo.
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sente à nos yeux sert de livre suffisant : la malice d'un page, la sottise d'un valet, on propos de table, ce sont autant de nouvelles matières.
J'ai veu cependant qu'on s'entretenoit au haut bout d'une table de la beauté d'une tapisserie, ou du goust de la malvoisie, se perdre beaucoup de beaux traicts à l'autre bout.
On ne cesse de criailler à nos oreilles, comme qui verseroit dans, un entonnoir; et nostre charge ce n'est que redire ce qu'on nous a dit. Je voudrois que le maistre corrigeast cette partie, et que de belle arrivée, selon la portée de l'ame , qu'il a en main , il commencast à la mettre sur la montre, loi faisant gouster les choses, les choisir, et discerner d'elle -mesme , quelquefois lai ouvrant le chemin , quelquefois le lui laissant ouvrir.
On lui dira que c'est que sçavoir et ignorer, qui doit estre le but de l'estude : que c'est que vaillance, tempérance et justice : la
servitude et la subjection, la licence et la liberté : ce qu'il y a à dire entre l'ambition et l'avarice : à quelles marques on cognoist le vrai et solide consentement :
jusques où il faut craindre la mort , la dou- leur et la honte : quels ressorts nous meuvent , et le moyen de tant de 'divers branles en nous. Car il me semble que les premiers discours, de quoi on lui doit abbreuver l'entendement , ce doivent estre ceux qui règlent ses moeurs et son sens; qui lui apprendront à se cognoistre, et à sçàvoir bien mourir, et bien mourir vivre. JEntre les arts libéraux , commençons par l'art qui nous faicts libres.
Qu'on l'instruise surtout à se rendre, et à quitter les armes à la vérité, toutaussitost qu'il l'appercevra : soit qu'elle naisse es mains de son adversaire , soit qu'elle naisse en lui-mesme par quelque ravissement.
Ce n'est pas assez que nostre institution [éducation) ne nous gaste pas, il faut qu'elle nous change en mieux.
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Que mon guide se souvienne, ou charge , et qu'il n'imprime pas tai disciple la date de la ruine de Ca que les mœurs de Hannibal et de S ni tant où mourut Marcellus, qu< quoi il fut indigne de son devoh mourust-là. Qu il ne lui apprenne } les histoires, qvCà en juger*
II faut qu'il emboive leurs jhuraei qu'il apprenne leurs; préceptes, oublie hardiment, s'il veut, d'oi tient ; mais qu'il se les sache appro
La vérité et la raison sont coi à un chacun , 'et ne sont non plu les a dites premièrement, qu'à ce dit après >
C'est une grande simplesse d'apj à nos enfans la science des astre mouvement de la huictième sphère que les leurs propres.
Ostez, ostez toutes ces subtilit< ncuses de la dialectique , de quoi
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discours de la philosophie, sachez les choisir et traitter à point; ils sont plus aisez à concevoir qu'un conte de Boccace.
Un enfant en est capable au partir de la nourrice, beaucoup mieux que d'apprendre àlire ou esçrire. La philosophie a des discours pour la naissance des hommes, comme pour la décrépitude.
Qu'on mette en fantaisie (à l'enfant) une honneste curiosité de s'enquérir de toutes qhoses : tout ce qu'il y aura de singulier autour de lui, il le verra : un bastiment, une fontaine , un homme, le lieu d'une bataille ancienne, le passage de César, ou de Cbarlemagne. Il s'enquerra des mœurs, des moyens et des alliances de ce Prince , et de celui-là. Ce sont choses très-plaisantes à apprendre, et tr£srutiles à savoir.
En la practique des hommes, j'entens y comprendre, et principalement ceux qui ne vivent qu'en la mémoire des livres. Il pratiquera, par le moyen des histoires , pes grandes «mes des meilleurs siècles,,
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C'est un vain estude qui veut : mais qoi veut aussi c'est un estude de fruit inestimable : et le seul estude, comme dit Platon, que les Lacédémoniens eussent réservé à leur part. Quel profit ne fera-t-il en cette part- là, à la lecture des vies de nostre Plntarque?
On lui apprendra de n'entrer en - discours et contestation, que là où il verra un champion digne de sa lutte : et là mesme à n'employer pas tous les jours qui lui peuvent servir, mais ceux-là seulement qui lui peuvent le plus servir.
Comme les pas que nous employons à nous promener dans une galerie, quoiqu'il y en ait trois fois autant, ne nous lassent pas, comme ceux que nous mettons en quelque chemin dessigné : aussi nostre leçon se passant comme par rencontre, sans obligation de temps et de lieu, et se mestant à toutes nos actions, se coulera sans se faire sentir.
Les jeux mesmes et les exercices seront
une bonne partie de l'estude : la course, lalucte, la musique, la danse, la chasse, le maniement des chevaux et des armes.
Comme aux accoustrements, c'est pusillanimité de se vouloir marquer par quelque façon particulière et inusitée : de mesme au langage, la recherche des frases nouvelles, des mots peu cogneus, vient d'une ambition scholastique et puérile. Peussé-je ne me servir que de ceux qui servent aux haies à Paris ?
Qu'on le rende délicat au choix et triage de ses raisons , et aimant la pertinence , et par conséquent la briefveté.
Qn dressera cet enfant à estre espargnant et^mesnager de- sa suffisance (capacité), quand il l'aura acquise, à ne se formaliser point des sottises et fables qui se diront en sa présence : car c'est une incivile impor-.
tunité de choquer tout ce qui n'est pas de nostre appétit.
Qu'il se contente de se corriger soimesme, et ne semble pas reprocher à autrui
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tout ce qu'il refuse à faire, ni contrasté! 1 aux mœurs publiques.
Qu'on lui face entendre, que de confefr* ser la faute qu'il descouvrira en son propre discours, encore qu'elle ne soit apperçene que par lui, c'est un efifect de jugement et de sincérité, qui sont les principales parties qu'il cherche.
Que l'opiniastrer et contester sont qua* litez communes , plus apparentes aux plus basses âmes. Que se r'adviser et se corriger, abandonner un mauvais parti, sur le cours de son ardeur, ce sont qualité!
rares, fortes et philosophiques.
Ceux qui, comme nostre usage porte, entreprennent d'une mesme leçon et pareille mesure de conduite, régenter plosicurs esprits de si diverses mesures et formes : ce n'est pas merveille , si en tout un peuple d'enfans, ils en rencontrent à peine deux ou trois, qui rapportent quelque" juste fruit de leur discipline.
Qu'on ne lui demande pas seulement
Compte des mots de sa leçon, mais du sens et de la substance. Et qu'il juge du profit qu'il aura fait, non par le tesmoignage de «a mémoire, mais de sa vie.
Que ce qu'il viendra d'apprendre, il le loi face mettre en cent visages, et accommoder à autant de divers subjets, pour voir s'il l'a encore bien pris et bien faict sien.
C'est tesmoignage de crudité et indigestion que de regorger la viande comme on l'a avallée : l'estomach n'a pas faict son opération, s'il n'a faict changer la façon et la forme à ce qu'on lui avoit donné à cuire*
U est bon que le maistre le face trotter devant lui , pour juger de son train : et juger jusques à quel point il se doit ravaller pour s'accommoder à sa force. A faute de eette proportion, nous gastons tout. Et de la sçavoir choisir, et s'y conduire bien mesurément, c'est une des plus ardues besoignes que je sache : et estl'effeet d'une haute ame et bien forte , sçavoir con-
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descendre à ces alleures puériles et les guider.
Après qu'on lui aura appris ce qui sert à le faire plus sage et meilleur , on l'entretiendra que c'est que logique, physique, géométrie, rhétorique : et la science qu'il choisira , ayant desja le jugement formé, il en viendra bientost à bout.
Si ce disciple se rencontre de si diverse condition, qu'il aime mieux ouyr une fable que la narration d'un beau voyage , ou un sage propos, quand il l'entendra : qui au son du tabourin , qui arme la jeune ardeur de ses compagnons , se destourne à un autre , qui l'appelle au jeu des batteleurs :
qui par souhait ne trouve plus plaisant et plus doux , revenir poudreux et victorieux d'un combat, que de la paulme,ou du bal , avec le prix de cet exercice : je n'y trouve autre remède , sinon qu'on le mette pâtissier dans quelque bonne ville : fust-il fils d'un duc.
Sçavoir par cœur n'est pas sçavoir : c'est
qu'on a donné en garde à sa mé- Ge qu'on sçait droitement, on en , sans regarder au patron, sans les yeux vers son livre. Faschcuse se, qu'une suffisance pure livresm'attens qu'elle serve d'ornement , fondement.
vea chez moi un mien ami, par : de passe-temps, ayant affaire à es pédans , contrefaire un jargon natias, propos sans suite, tissu de apportées , sauf qu'il estoit souvent dé de mots propres à leurs dispu îuser ainsi tout un jour ce sot à :e, pensant toujours respondre aux ►ns qu'on lui faisoit. Et si estoit de lettre et de réputation , et qui îe belle robbe.
aères ont raisons de tancer leurs quand ils contrefont les borgnes, eux, et les bicles, et tels autres de la personne : car outre ce que ainsi tendre en peut recevoir un
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mauvais ply , je ne sçai comment il sem
que la fortune se joue à nous prendre
mot.
Que sa conscience et sa vertu remit en son parler , et n'ayent que la raison { conduite.
Sinostre ame n'en va un meilleur bra si nous n'en avons le jugement plus s j'aymerois aussi cher que mon escolier passé le temps à jouer à la paulme moins le corps en seroit plus allè{ voyez-le revenir de-là , après quinze seize ans employez , il n'est rien si i propre à mettre en besogne : tout ce vous y recognoissez d'avantage , c'est son latin et son grec l'on rendu plus s< présomptueux qu'il n'estoit parti de la i son. Il en devoit rapporter l'ame pld il ne l'en rapporte que bouffie : et l'a s lement enflée , en lieu de la grossir.
Combien leurs classes seroient plus cemment jonchées de fleurs et de feuilli que de tronçons d'osiers sanglans?
Feroy pourtraire la joye, l'allégresse , et tiora, et les grâces : comme fit en son eschole le philosophe Speucippus. Où est leur profit , que là fust aussi leur esbat ? On doit cnsucrer les viandes salubres à l'enfant : et enfieller celles qui lui sont nuisibles.
Ces pédans, comme dit Platon des sophistes , leurs germains, sont de tous les hommes ceux qui promettent d'estre les plus utiles aux hommes, et seuls entre tons les hommes , qui non seulement n'amandent point ce qu'on leur commet , comme faict un charpentier et un masson :
mais l'empirent , et se font payer de l'avoir empiré.
Il faut apprendre soigneusement aux enfans de haïr les vices de leur propre contexture, et leur en mut apprendre la naturelle difformité, à ce qu'ils les fuyent non en leur action seulement y mais surtout en leur cœur : que la pensée mesme leur en soit odieuse, quelque masque qu'ils portent.
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Puisque la philosophie est celle instruict à vivre , et que l'enfan leçon, comme les autres aages, ne la lui communique-t'on ? On prent à vivre, quand la vie est p
U n'y a tel que d'allécher l'a l'affection , autrement on ne fail asnes chargez de livres : on leur coups de fouets en garde leur pleine de science : laquelle pour 1 il ne faut pas seulement loger ch la faut espouser.
Nostre enfant est bien plus pre doit au paidagogisme que les quinze ou seize ans de sa vie : le d est deu à l'action. Employons un court aux instructions nécessaire
Je voudrois qu'on commenças!
mener dès sa tendre enfance : et j ment, pour faire d'une pierre dei par les nations voisines, où le lai plusesloigné du nostre, et auqui ne la formez de bonne heure , 1 ne se peut plier.
La sagesse francoise a esté anciennement en proverbe , pour une sagesse qui prenoit de bonn'keure ; et n'avoit guères de tenue, A la vérité nous voyons encore, qu'il n'est rien si gentil que les petits en- • fans en France : mais ordinairement ils trompent l'espérance qu'on en a conçue :
et hommes faicts on n'y voit aucune excellence. J'ai ouy tenir à gens d'entendement que ces collèges où on les envoyé, de quoi ils ont foison, les abrutissent ainsi.
J'accuse toute violence en l'éducation d'une ame tendre , qu'on dresse pour l'honneur et la liberté. Il y a je ne sçai quoi de servile en la rigueur et en la contrainte :
et tiens que ce qui ne se peut faire par la raison, et par prudence et adresse, ne se fait jamais par la force.
Il n'est rien qu'on doive tant recomjoander à la jeunesse que l'activité et la yigilançe. Rostre vie n'est que mouvement.
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