CHAPITRE III
La morale de Montesquieu
En principe, nous savons déjà, d'après le réformateur, qu'il y a deux vertus, la vertu qu'accompagne la morale, et la vertu qui s'en passe ou à peu près ; c'est la vertu politique.
Nous avons, sans doute, pensé que la bonne foi était une vertu, que du bien ne pouvait sortir que le bien, et des fruits de paix, de prospérité, de bonheur. Quelle erreur était la nôtre! « La bonne foi des Espagnols (1) a été fameuse dans tous les temps. Justin nous parle de leur fidélité à garder les dépôts; ils ont souvent souffert la mort pour les tenir secrets. Cette fidélité qu'ils avaient autrefois, ils l'ont encore aujourd'hui. Toutes les nations qui commercent à Cadix confient leur fortune aux Espagnols; elles ne s'en sont jamais repenties. Mais cette qualité admirable , jointe à leur paresse, forme un mélange dont il résulte des effets qui leur sont pernicieux; (1) Liyre XIX, chapitre X.
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les peuples de l'Europe font sous leurs yeux tout le commerce de leur monarchie. »
Passons aux Chinois : « Ils ont une activité prodigieuse (1), et un désir si excessif du gain, qu'aucune nation commerçante ne peut se fier à eux. Cette infidélité reconnue leur a conservé le commerce du Japon. »
Donc l'infidélité des Chinois cause leur bonheur dans les affaires, et la bonne foi des Espagnols, leur malheur. Il a plu à Montesquieu d'être faux pour être neuf, et de faire sortir, d'une vertu qui est la bonne foi, la ruine d'un peuple ; d'un vice qui est la perfidie, la richesse d'un autre peuple. De sorte que Dieu nous aurait donné des vertus pour nous nuire , des vices pour nous servir.
A vrai dire, il est question des peuples et non des particuliers. Mais, si le commerce de tout un peuple languit , est-ce que chaque particulier n'en souffrira point? La question se passe de réponse. Et d'ailleurs, est-ce que l'auteur de toute chose aurait partagé la vertu en deux, comme on fait d'un fruit, bon d'un côté, mauvais de l'autre? Est-ce qu'il aurait fait telle vertu, fatale aux nations, utile aux individus ? (1) Livre XIX, chapitre X.
Au reste, Montr-sqiii.il vont bien avouer que
la bonne foi est une vertu admirable, d'un
générale. Serait-elle faite pour être en spectacle aux hommes, et solliciter simplement leur admiration par la vue de la misère ou des souffrances de ceux qui osent la pratiquer? Non. Tel n? pas l'idéal de Montesquieu. Il cherche à rendre les hommes heureux par le bénéfice d'un gouvernement parfait qui protège avant tout les intéi matériels. Il a cru voir que la bonne foi était un obstacle au rétablissement du paradis terrestre, c'est-à-dire à la prospérité du commerce et à la diffusion du luxe; il la garde en principe, et l'inscrit en lettres d'or au frontispice de la porte du nouvel Eden ; il la supprime, de fait ; il la sépare, au moins, des affaires, comme il l'a séparée de la politique; il l'emprisonne dans les parois de la vie privée, pour son plus grand bien et le nôtre. U conclut : « Je n'ai point dit ceci pour diminuer rien de la distance infinie qu'il y a entre les vices et les vertus : à Dieu ne plaise (1) ! »
Le saint homme ! comme il fait la génuflexion
devant le Dieu dont il a réduit en poussière le
plus beau présent, la vertu! Car imaginez-vous
un homme malhonnête, quand il a franchi la porte
(1) Livre XIX, chapitre XI.
l'esprit des lois 397
de sa maison, honnête, quand il y est rentré en fermant cette même porte sur son improbité! Montesquieu continue à se justifier :
« J'ai seulement voulu faire comprendre que tous les vices politiques ne sont pas des vices moraux (1). » Nous savons tous, en effet, que ce n'est pas un vice moral de manquer en politique de clairvoyance ou de profondeur. Mais le proverbe ne ment pas, qui dit : In cauda venenum; car l'écrivain ajoute : « Et que tous les vices moraux ne sont pas des vices politiques (2). » Tartuffe n'aurait point parlé avec plus de douceur. Soyons francs : certains vices moraux sont des vertus politiques, et même certains vices politiques naissent des vertus morales. Est-ce vrai ? La bonne foi ne vaut rien dans un État, si le commerce doit aller son train. Je sais que plus d'un homme d'affaires est du sentiment de Montesquieu, et tout le monde connaît le dicton : en affaires comme en affaires. Le négociant n'étrangle pas seulement sur le marché son concurrent ; ilétrangle aussi sa propre conscience. Mais il a raison. L'infidélité, dites l'injustice oul'improbité, est un des meilleurs éléments de la prospérité commer-
(1) Livre XIX, chapitre XI.
(2) Livre XIX, chapitre XI.
MOI riSQI in
ciale sous un bon régime politique. S >ycz la CShine.
Il en est de môme de la vanité : « Elle un aussi bon ressort pour un gouvernement que l'orgueil en est un dangereux (1). Il n'y a pour cela qu'à se représenter d'un côté les biens sans nombre qui résultent de la vanité. » Vous entendez! « De là le luxe, l'industrie, les arts, les modes, la politesse, le goût, et, d'un autre côté, les maux infinis qui naissent de l'orgueil de certaines nations : la paresse, la pauvreté, l'abandon de tout. »
Nous devinons qu'il s'agit des Espagnols catholiques, orgueilleux et de bonne foi, doués de vertus qui sont des vices politiques, et gratifiés de vices qui restent des vices, en tout et pour tout, parce que les Espagnols, vertueux ou non, ne peuvent rien qui vaille. Achevons l'énumération. L'écrivain finit par leur reprocher « la destruction des nations que le hasarda fait tomber entre leurs mains, et de la leur même (2). »
Pour la vanité, j'en suis encore à comprendre comment elle engendre les arts, la politesse et le goût. Nous avons en nous un Dieu (3), ou plutôt
(1) Livre XIX, chapitre IX.
(2) Livre XIX, chapitre IX.
(3) Est Deus in nobis, agitante, calescimus, Mo. — Manilius.
l'idée d'une beauté supérieure à tout ce que nous voyons des yeux de notre corps ; c'est elle qui, aidée de la nature, et d'après un modèle surnaturel, mais réel quoique invisible, sème dans le monde les œuvres du sculpteur, du peintre et du poète, les œuvres de la politesse, du goût et des arts.
Ce n'est pas la vanité qui est la source de tant de gloire. J'en prends à témoin le sens commun. Ce qui est vain, c'est ce qui est petit et misérable. La vanité peut, à elle seule, par une dépravation de la nature, engendrer le luxe et les modes ; elle n'est pas même la mère de l'industrie qui améliore la destinée de l'homme. Elle se borne à faire briller, dans ses mille caprices, la richesse bien ou mal acquise pour le vain plaisir de ceux qui sont riches; elle leur fait sentir plus vivement et par comparaison un bonheur qui met l'envie au cœur du peuple. La vanité a de ces joies là..., comme la vanité d'un auteur lui fait fouler aux pieds le bon sens pour substituer à quelque définition morale imprimée par Dieu même au cœur de l'homme une petite définition étriquée et fausse, immorale mais nouvelle, et, en particulier, une définition vaniteuse de la vanité.
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Montesquieu continue: «La part k l'effet
de L'orgueil, a Quelqu — Le b i?ai
une suite de la vanité (4). »
C'est beaucoup trop dire. On peut travailler
toute une nuit et plusieurs nuits par vanité, afin <!<• briller un jour ou deux, en plein soleil. Mais de ce travail on se rassasie vite, et l'on cherche à briller sans travailler. Ai-je besoin de parler des fortunes scandaleuses et éphémères qu'a amoncelées la vanité, en ce siècle, et par tous les moyens possibles, pour jouir vite et parader dans la paresse? Mais c'est toujours, plus ou moins, le sentiment du devoir qui engendre 'l'amour du travail. Voyez cet homme , cette épouse, cette mère, ce soldat, ce marin, ce missionnaire... Non ; je m'abuse; et voici la vérité : « L'orgueil d'un Espagnol le portera à ne pas travailler ; la vanité d'un Français le portera à savoir travailler mieux que les autres. »
Montesquieu est-il Français? Il ne nous connaît guère. Notre vanité, si vanité il y a, ne se passe pas de générosité ; c'est l'émulation, et, par suite, le dévouement. Il n'y a pas de nation dont le travail ait été plus désintéressé que la nôtre ; l'histoire en fait foi. Mettre les effets héroïques d'un (1) Livre XIX, chapitre IX.
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labeur tant de fois séculaire sur le compte de la vanité, et, pour cela, oublier nos vertus natives, la religion qui les a fortifiées et surnaturalisées, quelle petitesse! Quelle prétention de vouloir faire entrer notre passé et notre avenir, tout notre travail politique, social, individuel, dans le trou d'une aiguille, je veux dire dans une étroite et ridicule vanité 1 Ce qui est vrai, c'est que d'une morale frelatée sort un luxe frelaté ; et c'est tout.
N'y a-t-il que ce paradoxe à citer? Un autre atteint les femmes, « dont la société gâte les mœurs (quelles femmes fréquentait donc le Président?) et forme le goût (1)... »
Il faut avoir les mœurs corrompues pour avoir un goût pur ! Qu'est-ce donc que le goût ? N'a-t-il pas un étroit rapport avec le jugement? J'ignorais que le jugement se formât en même temps que le cœur se gâtait. C'est l'identité des contradictoires ; et l'empire des mots se substitue à l'empire des idées sous la forme précieuse de l'antithèse.
Faisons trêve, un instant, aux questions de morale relevées et générales, pour toucher à un point particulier, celui de l'usure. Ce sera comme
(1) Livre XIX, chapitre VIII.
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une digression et même no délassement. <
cet endroit, nous défendrons le Président contre
ses adversaires, entre autres Le financier Dnpin, qui l'a accusé d'être favorable à l'usure. La c'est que l'auteur, au XXII"' livre de VEsprii lois, blâme sans cesse l'avarice de ceux qui prêtaient à Rome, où s'établit une usure affreuse, toujours foudroyée et toujours renaissante. Cette avarice était entretenue par la rigidité même de la loi; la loi romaine réduisit, en l'an 398 de Rom", les intérêts à un pour cent. Et même « cette usure (Montesquieu emploie ce mot dans le sens que nous donnons au mot intérêt) fut encore réduite delà moitié. La loi, qui était en faveur du peuple, tourna contre lui. Le riche tenait peu à prêter à un taux pareil ; mais le pauvre avait besoin; emprunteur et créancier se cachèrent pour s'arranger ensemble ; la loi ne fut rien, l'usage fut tout, et la cupidité eut beau jeu avec la misère.... Les provinces romaines étaient désolées par un gouvernement despotique et dur. Ce n'est pas tout; elles l'étaient encore par des usures aifreuses (1). »
L'usure de douze pour cent devint générale. Et pourtant, ajoute Montesquieu, « on ne discon-
(l) Livre XXII, chapitre XIX, XX, XXÏ, XXII.
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vient point de l'avarice de ceux qui prêtaient; mais on dit que ceux qui se plaignaient, » faisant sans cesse des expéditions heureuses , « auraient pu payer s'ils avaient eu une conduite réglée. » Ils étaient imprévoyants, et leurs créanciers cupides.
Le Président revient a la charge contre les riches usuriers :
« Le prêt à intérêt étant interdit par la loi Gabinienne entre les gens des provinces et les citoyens romains, et ceux-ci ayant pour lors tout l'argent de l'univers entre leurs mains, il fallut les tenter par de grosses usures qui fissent disparaître, aux yeux de l'avarice, le danger de perdre la dette. Et comme il y avait à Rome des gens puissants qui intimidaient les magistrats et faisaient taire les lois, ils furent plus hardis à prêter et plus hardis à exiger de grosses usures. Cela fit que les provinces furent tour à tour ravagées par tous ceux qui avaient du crédit à Rome ; et comme chaque gouverneur faisait son édit en entrant dans sa province, dans lequel il mettait à l'usure le taux qu'il lui plaisait, l'avarice prêtait la main à la législation, et la législation à l'avarice.»
Le tableau n'est pas charge, il est énergique ; l'usure s'y caractérise dans tout ce qu'elle a d'odieux.
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Donc l'avitri >mme,
une usure effroyable; c'est L'opinion de Mon' quieu. Môme la loi étant favorable an peuple et contraire à l'usure, d ; irréalisable rigidité,
et le peupb; pouvant demander de nouvelles Tables qui aboliraient les dettes et les intéi l'usure s'augmentait encore « du danger de perdre le capital. »
Je lis ailleurs : « Pour que le commerce puisse se bien faire, il faut que l'argent ait un prix, mais que ce prix soit peu considérable : s'il est trop haut, le négociant, qui voit qu'il lui en coûterait plus en intérêts qu'il ne pourrait gagner dans son commerce , n'entreprend rien non plus. »
Est-il possible d'être plus positif et plus mesuré? Sans doute, Montesquieu semble excuser encore « la grandeur de l'intérêt maritime; » mais c'est que « le péril de la mer fait qu'on ne s'expose à prêter son argent que pour en avoir beaucoup davantage. » C'est assez raisonnable; l'auteur ne prétend pas même que ce soit légitime.
J'espère avoir justifié le Président contre le fermier général Dupin, son adversaire. Il avait, du reste, pour les traitants et les gens de finance,
l'esprit des lois 405
en général, une insurmontable aversion. Il les a peints en traits ineffaçables (1).
Il n'en est pas moins étonnant que le même homme se prononce, en France et à Rome, contre la cupidité et l'usure ; en Chine, pour l'avarice des Chinois et les profits de l'infidélité en matière de commerce.
Je rentre dans le domaine d'une morale plus haute, et je reprends, par force, une plume sévère. Tout à l'heure, la morale variait sous l'action de la politique ou des affaires, comme cette
(1) Des traitants : Livre XIII, chapitre XX. « Tout est perdu lorsque la profession lucrative des traitants parvient encore par ses richesses à être une profession honorée. Cela peut être bon dans les Etats despotiques, où souvent leur emploi est une partie des fonctions des gouverneurs eux-mêmes. Cela n'est pas bon dans une République, et une chose pareille détruisit la république romaine. Cela n'est pas meilleur dans la monarchie; rien n'est plus contraire à l'esprit de ce gouvernement. Un dégoût saisit tous les autres états, V honneur y perd toute sa considération, les moyens lents et naturels de se distinguer ne touchent plus, et le gouvernement est frappé dans son principe. On vit bien, dans les temps passés, des fortunes scandaleuses : c'était une des calamités des guerres de cinquante ans; mais pour lors ces richesses furent regardées comme ridicules, et nous les admirons. Il y a un lot pour chaque profession. Le lot de ceux qui lèvent les tributs est les richesses, et les récompenses de ces richesses sont les richesses mêmes. »
bulle de savon qui monte ou descend au gré d-' l'air, et reçoit de la lumière les couleurs variées qui amusent l'enfant. Variable selon le caprice de l'intérêt, la morale varie également suivant la diverse température des climats. Ainsi les lois doivent se garder de punir, en Angleterre, une maladie « qui tient à l'état physique de la machine, et est indépendante de toute autre cause (1), » je veux dire le suicide. « Il y a apparence que c'est un défaut de filtration du suc nerveux (dû au climat) : la machine, dont les forces motrices se trouvent à tout moment sans action, est lasse d'elle-même ; l'âme ne sent point de douleur, mais une certaine difficulté de l'existence. La douleur est un mal local qui nous porte au désir de voir cesser cette douleur; le poids de la vie est un mal qui n'a point de lieu particulier, et qui nous porte au désir de voir finir cette vie. Il est clair que les lois civiles de quelques pays ont eu des raisons pour flétrir l'homicide de soi-même ; mais, en Angleterre, on ne peut pas plus le punir qu'on ne punit les effets de la démence. » Si c'est le manque de filtration du suc nerveux qui légitime le suicide à Londres, pourquoi pas la rate à Paris, et les vapeurs en quelque autre (i) Livre XIV, chapitre XII.
capitale? S'il faut trouver un mot pour orner une lâcheté, rien de plus facile. [Le climat sera le terme général, le genre si vous voulez ; l'espèce sera le nom d'une maladie particulière à telle ou telle région; l'effet sera le droit au suicide. Voltaire lui-même riait beaucoup de la théorie de Montesquieu, et se demandait comment à Rome, où le climat n'a guère changé, le suicide était inconnu du temps de Brutus, et pratiqué, plus ou moins, au xvme siècle.
Voltaire ne pouvait pas toujours se débarrasser de son bon sens. Montesquieu le sacrifie à un système ridicule et immoral; il vise à la profondeur et n'est pas profond ; il a l'air grave et n'est pas sérieux; il a cette gravité qui est un « mystère du corps, » suivant l'expression de La Rochefoucauld, et dissimule mal l'inanité de l'esprit ; il a de la science et pas de raison ; ou du moins la raison élevée lui fait complètement défaut. C'est un empirique plutôt qu'un philosophe, et qui veut guérir nos maux avec de très vieilles chimères, comme un charlatan, vêtu d'une robe constellée, pourvu d'une barbe vénérable, allonge, au bout de sa manche bouffante, la drogue qui doit guérir toutes les maladies de l'humanité.
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Guérira-t-ilTivrogneri ! Non. Il y a « une certaine ivrognerie forcée, de nation (\), bien différente de celle do la personne, qui appartient aux
pays froids, et qui se trouve établit; par tout terre, dans la proportion de la froideur et d<: l'humidité du climat. »
Cette ivrognerie est une condition de la latitude, une loi fatale, contre laquelle toute loi humaine serait impuissante.
Mais laissons là le droit accordé à un certain pays de jouir des plaisirs d'une ivresse invincible et générale, pour parler du caractère de la sensibilité, du courage, dans leurs rapports avec le climat : « L'air froid (2) resserre les extrémités des fibres extérieures de notre corps : cela augmente leur ressort, et favorise le retour du sang des extrémités vers le cœur. Il diminue la longueur de ces mêmes fibres; il augmente donc encore par là leur force. L'air chaud, au contraire, relâche les extrémités des fibres et les allonge; il diminue donc leur force et leur ressort.
» On a plus de vigueur dans les climats froids. L'action du cœur et la réaction des extrémités des
(1) Livre XIV, chapitre X.
(2) Livre XIV, chapitre II.
l'esprit des lois 409
fibres s'y font mieux, les liqueurs sont mi-eux en équilibre, le sang est plus déterminé vers le cœur, et réciproquement le cœur a plus de puissance. Cette force plus grande doit produire bien des effets : par exemple, plus de confiance en soi-même, c'est-à-dire plus de courage; plus de connaissance de sa supériorité, c'est-à-dire moins de désir de la vengeance; plus d'opinion de sa sûreté, c'est-à-dire plus de franchise, moins de soupçons, de politique et de ruses. »
Sans doute que si Montesquieu avait eu les fibres plus resserrées, il n'eût pas vu partout la politique, et Dieu nulle part en ce monde. Cet homme avait les fibres relâchées, et voilà pourquoi, faute de supériorité, il a fait un mauvais livre. Il nous l'avoue lui-même, sans se nommer. Étant, en effet, du midi de la France, ou à peu près, il devait boire médiocrement, travailler beaucoup sur la matière politique, être soupçonneux et sensible à l'excès. Rien de plus certain; l'auteur le prouve :
« Les nerfs, qui aboutissent de tous côtés au tissu de notre peau, font chacun un faisceau de nerfs. Ordinairement ce n'est pas tout le nerf qui est remué; c'en est une partie infiniment petite. Dans les pays chauds, où le tissu
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de la peau est relâché, Les bouts des i
sont épanouis et exposés à la plus petite action des objets les plus faibles. Dans U froids,
le tissu de la peau est resserré et les mamelons comprimés ; les petites houppes sont en quelque façon paralytiques; la sensation ne passe go au cerveau que lorsqu'elle est extrêmement forto, et qu'elle est de tout le nerf ensemble. Mais c'est d'un nombre infini de petites sensations que pendent l'imagination, le goût, la sensibilité, la vivacité. »
Résumons : le tissu de la peau est resserré dans le nord. De là peu de sensibilité pour le plaisir, peu de goût, peu d'imagination, peu de vivacité. Il n'y a pas assez de ces * petites sensations », d'où dépend le sentiment du beau, naguère divin, aujourd'hui l'esclave des fibres. C'est le contraire dans les pays chauds, où l'on a, grâce aux fibres, infiniment de subtilité dans l'esprit, en un mot, une « délicatesse d'organe » qui fait que « l'âme est souverainement émue » par le beau, et aussi « par tout ce qui a rapport à l'union des deux sexes.... On aime l'amour pour lui-même ; il est la cause unique du bonheur, il est la vie. »
Je n'ai pas tout cité, par respect pour le lecteur.
i/esprit DES LOIS 411
Je savais bien que Montesquieu en viendrait là; et quoi qu'il en dise, c'est moins la force du climat qui dirige sa plume dans le sens de l'amour, qu'il n'écrit de l'abondance du cœur. Du reste, il n'a pas voulu , il n'a pu nous tromper. Il a observé une langue de mouton au microscope, et jugé des sensations de celui qui parle et pense par celles de l'animal qui bêle! Il conclut d'une façon définitive :
« Dans les pays du nord, une machine saine et bien constituée (l'homme est une machine), mais lourde, trouve ses plaisirs dans tout ce qui peut remettre les esprits en mouvement, lâchasse, les voyages, la guerre, le vin. Vous trouverez dans les climats du nord des peuples qui ont peu de vices, assez de vertus, beaucoup de sincérité et de franchise. »
Les fibres en sont la cause....
« Approchez des pays du midi, vous croirez vous éloigner de la morale même : des passions plus vives multiplieront les crimes ; chacun cherchera à prendre sur les autres tous les avantages qui peuvent favoriser ces mêmes passions....
» La chaleur du climat peut être si excessive que le corps y sera absolument sans force. Pour lors, l'abattement passera à l'esprit même; aucune
I I I MORTES QUIIU
curiosité, aucune noble entreprise, aucun sentiment généreux; Les Inclination ront (oui passives ; la pai i bonheur ; la plupart des châtiments y seront moins difficiles à soutenir
que l'action de l'âme, et la servitude moins insupportable que la force d'esprit qui est nécessaire pour se conduire soi-même. »
Et dire que si Montesquieu était né un peu plus bas, vers le midi, il y jouissait d'une telle paresse que ses fibres trop relâchées lui faisaient tomber la plume des mains. Nous n'aurions ni les Lettres Persanes, ni V Esprit des lois !
A quoi tiennent les grands hommes, les grands ouvrages et les révolutions? Au climat qui resserre ou qui relâche les fibres.
C'est encore le climat qui fait attribuer une femme seulement à l'homme en Europe, et plusieurs en Asie. Valentinien établit la polygamie dans tout l'empire; cette loi (i), violente $ nos climats, n'eut qu'une courte durée. Où Mon-
(i) Dans le midi, « les femmes sont vieilles à vingt ans.... Les femmes doivent être dans la dépendance, car la raison ne peut leur procurer dans leur vieillesse un empire que la beauté ne leur avait pas donné dans la jeunesse même (faute de raison). Il est donc très simple qu'un homme, lorsque la religion ne s'y oppose pas, quitte sa femme pour en prendre une autre, et que la poly-
l'esprit des lois 4-13
tesquieu a-t-il vu que Valentinien établit la polygamie? et connaît-il mieux l'histoire de cet empereur que celle de François Ier? Je passe certains détails ignobles. Le livre XVI a des chapitres qui sont des chapitres de romans : à la rigueur, le marquis de Sades en aurait pu signer certains passages. Il y a de tout, dans Montesquieu, et pour tous les goûts, même des friandises pour l'impureté. Restons dans les limites des citations permises :
« Il y a de tels climats où le physique a une force telle que la morale n'y peut presque rien. Laissez un homme avec une femme; les tentations seront des chutes, l'attaque sûre, la résistance nulle. Dans ces pays, au lieu de préceptes, il faut des verrous. Un livre classique de la Chine regarde comme un prodige de vertu de se trouver seul dans un appartement reculé avec une femme sans lui faire violence (1). »
Le mot classique est parfaitement ajusté à son
garnie s'introduise. » Un peu plus loin : « La nature a donné aux femmes les agréments, et a voulu que leur ascendant finit avec ces agréments. » (Livre XVI, chapitre II.) Ailleurs : « Dans les climats tempérés, les femmes, se réservant, au plaisir d'un seul, servent encore à l'amusement de tous. » Quelle estime pour le» femmes !
(1) Livre XVI, chapitre VIII.
41i HOHTIfl Q 0 i
substantif pour non- faire entendre que le livre dont il s'agit est infaillible, et qu'il y a un excès de chaleur où la force morale ne peut rien. Le seul remède c'est d'avoir plus d'une époufê.
Pourtant Montesquieu blâme la polygamie, en général ; mais il approuve la clôture dans le cas de la multiplicité u des femmes, à condition qu'elles soient séparées les unes des autres, » et « fassent comme une famille particulière dans la famille. »
« De là dérive, pour les femmes (1), toute la pratique de la morale, la pudeur, la chasteté, la retenue, le silence, la paix, la dépendance, le respect, l'amour. » C'est la morale de l'Orient, différente de celle de l'Occident. En somme, le libéral Président donne pour principe aux mœurs, en Orient, les verrous, et fait sortir la vertu de la servitude ("2).
La polygamie est un mal; mais l'excessive chaleur du climat en porte la responsabilité. Cependant nos missionnaires, jusqu'ici, n'ont pu l'extirper chez les sauvages du Canada , non loin du pôle glacial, où les fibres resserrées rendaient l'homme insensible à l'amour! Tant pis j30ur
(1) Livre XVI, chapitre X.
(2) « On trouve des mœurs plus pures dans les divers Etats d'Orient, à proportion que la clôture des femmes est plus exacte. » (Livre XVI, chapitre X.)
l'esprit des lois 415
les Canadiens, sjls se sont soustraits, contre les lois de la nature, à l'influence du climat. Les Mormons n'ont pas fait mieux, en s'établissant, avec leurs nombreuses épouses, dans l'Amérique du nord. Ils ont donné tort au climat, contre toute raison, et mis en poudre la théorie de l'écrivain, malgré la nature.
Passons de la polygamie à la monogamie. Montesquieu pense qu'une femme suffit, qu'une femme est de trop, ou peu s'en faut. Cependant il va retomber, par l'excès même de son raisonnement, de la monogamie dans la polygamie. Car, au lieu d'avoir deux ou trois femmes et plus à la fois, on pourra changer de femme à volonté. Il est pour le divorce.
Il établit d'abord une différence entre le divorce et la répudiation. « Le divorce se fait par un consentement mutuel (1) , à l'occasion d'une incompatibilité mutuelle ; au lieu que la répudiation se fait par la volonté et pour l'avantage d'une des deux parties, indépendamment de la volonté et de l'avantage de l'autre.»
Le droit de répudiation, suivant le Président,
(î) Livre XVI, chapitre XV.
(2) Livre XVI, chapitre XV.
i 1 (i MOU
doit ôtre accorda aux femi ix hom-
mes. « Il Leur est quelquefois nécessaire de répudier (2), tandis que dans les mains du mari, pourvu de mille moyens pour tenir ou remettre les femmes dans le devoir... la répudiation n'est, pour ainsi dire, qu'un nouvel abus de sa puissance.... Elle semble plutôt tenir à la promptitude de l'esprit et à quelque passion de l'âme. » Montesquieu ne se fait pas l'avocat de l'époux.
Nous ne pouvons en vouloir aul égiste qui a pris le parti du plus faible et a trouve dure la loi qui donne le droit de répudiation aux hommes sans le donner aux femmes. » Il lui semble encore « que la loi doive permettre aux femmes la répudiation dans les climats où elles vivent sous la loi d'un esclavage domestique (l). »
Cela n'est-il pas raisonnable? N'est-il point juste qu'en Orient, où les infidèles ne connaissent pas la loi d'un mariage unique, la répudiation, sous un régime purement naturel, tempère l'esclavage de la femme et lui donne une ombre de liberté?
Montesquieu va plus loin ; il ne permettrait à l'homme le droit de répudiation que « pour raison de la stérilité de la femme (2)... » et
(1) Livre XVI, chapitre XV.
(2) Livre XVI, chapitre XV.
l'esprit des lois 417
« dans le cas seulement d'une femme unique. » L'écrivain avait l'air tout à l'heure de protéger l'épouse, en lui accordant le même droit de répudiation qu'à l'époux, en pays musulman. Il aboutit à fouler aux pieds la dignité de la femme chrétienne dont il punit la stérilité. Ses raisons sont d'un païen. Il ne voit dans le mariage que la propagation de l'espèce humaine et le contentement des sens. Car s'il arrive, « dans un âge avancé, » qu'un mari persévère à aimer sa femme , malgré la perte de sa beauté, c'est « qu'il se porte à la bienveillance par le souvenir de ses plaisirs (1). » Peut-on être plus terre à terre? Et la morale du mariage serait-elle la volupté, comme les verrous sont la morale de l'Orient?
En tout cas, aux deux époux le droit de divorcer : « Le divorce n «st plus une question de sentiment ou de passion; il semble être une affaire de conseil. »
Rappelons-nous que le divorce naît du consentement des deux époux. Ils se sont détestés mutuellement et ne se sont rien cédé, l'un de sa colère, l'autre de son opiniâtreté; l'un de son ivrognerie, l'autre de son excessive sensibilité. (1) Livre XVI, chapitre XV.
En pouvait-il être autrement ? L'un c'avait arraché sa vigne; L'autre tait paa sontn
la clôture. Il n'y a p «n d'un ai grand
conseil, pour comprendre qu'à L'état de naf pour écarter d iges trop fréquents ou conti-
nuels, il faut séparer les deux nuées dont les électricités contraires font éclater la foudre. Si vous aimez mieux encore, le divorce est le paratonnerre des mariages mal réussis.
Dans un certain monde, on prétend bien que la nécessité d'être ensemble à perpétuité et l'instinct du bonheur, qui se conserve sans altération, nous forcent insensiblement et nous amènent à des ménagements mutuels. Le mari se calme, et l'on cite des cas où la femme a cédé. C'est de l'histoire. Seulement, nous restons emprisonnés dans la morale des petites gens. Montesquieu s'élève plus haut; c'est un politique, et le divorce a ordinairement « une grande utilité politique (1). »
Est-ce dans l'accroissement de la population, dans le nombre des enfants, c'est-à-dire des futurs citoyens? Mais non. Au nord de notre pays, en Flandre, en Bretagne, le mariage est fécond, la famille heureuse; il n'y a pas de (1) Livre XVI, chapitre XV.
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divorce. Les Bretons sont marins, soldats; ils ont su, avec les Vendéens, défendre leur foyer, leur religion, leurs institutions, la patrie; ils n'ont pas eu besoin du divorce pour fortifier l'austérité de leurs vertus vraiment républicaines. On trouverait encore chez eux aujourd'hui l'idéal politique du citoyen.
D'autre part, la loi révolutionnaire du divorce fit périr ou mettre aux hospices une foule de pauvres enfants devenus des objets de remords, et mis au rebut dans les ménages où une seconde union avait suivi une première séparation. Montesquieu a dû prévoir ces effets inévitables d'une loi qu'il déclarait utile. Voici comme il se tire d'embarras :
« Quant à l'utilité civile, le divorce est établi pour le mari et la femme, et n'est pas toujours favorable aux enfants. »
Ce toujours est du plus haut comique. Au fond, il avoue que si l'égoïsme du père ou de la mère est satisfait, l'enfant est immolé, c'est-à-dire la famille. Ou la société n'est plus fondée sur la famille, ou le divorce, sans utilité civile, est souverainement impolitique.
Ajoutons immoral : Plus d'éducation, là où disparaît l'unité du pouvoir paternel et maternel
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par L'application et l'habitude du divorce. La femme d'ailleurs éprouve une horreur insurmontable à la pensée de l'abandon; toute sa dignité, même naturelle, est dans son mari et
enfants; elle a, suivant l'opinion, si elle remariée après un divorce, deux maris, et des enfants qui ne lui appartiennent plus, s'ils sont laissés au premier époux, ou qui la mépriseront sous l'empire tyrannique d'un second mari qui ne sera pas un père. Y a-t-il d'ailleurs du dévouement là où l'on a foulé aux pieds les souvenirs d'une première et sainte affection, des serments éternels et les gages vivants d'une union légitime? Est-il même dans la nature de changer de femme et de mari comme on change de ville ou de maison? Enfin Jésus-Christ a déclaré le mariage indissoluble; c'est un sacrement. Mais Montesquieu en a fait litière; il a séparé partout l'Eglise et les lois, l'Etat et l'Eglise, en réalité, Jésus-Christ et la raison. C'est pour cela qu'il est si peu raisonnable. Il a cassé le fil qui retenait son intelligence attachée à l'intelligence souveraine.
Un dernier trait, rapporté par le Président, prouve contre lui-même :
Telle était la force des bonnes mœurs à Rome,
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que, pendant cinq cent vingt ans, personne n'usa du droit de répudier sa femme (1). On ne cite qu'une exception pour cause de stérilité.
Il paraît qu'à Rome, où il faisait très chaud, les femmes n'avaient pas besoin de clôture. La répudiation y était inconnue, et sans doute aussi le divorce. La bonté des mœurs était universelle et suffisait à assurer la paix et la perpétuité des mariages. Mais les mœurs n'ont rien de commun avec la politique. Ce mot sauve tout, et Montesquieu a raison.
Ce docte Président, qui a trouvé le dernier mot de la vertu des femmes dans l'usage des verrous, qui tient en si grande estime les Romaines et les Romains, nous enseigne aussi comment on élevait lesenfants à Sparte. Soyons attentifs; Montesquieu le désire :
« Je prie qu'on fasse un peu d'attention à l'étendue du génie qu'il fallait à ces législateurs, pour voir qu'en choquant tous les usages reçus, en confondant toutes les vertus, ils montreraient à l'univers leur sagesse. Lycurgue, mêlant le larcin avec l'esprit de justice, le plus dur esclavage avec l'extrême liberté, les sentiments les
(1) Livre XVI, chapitre XVI.
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plus atroces avec la pi tnde modération,
donna de la stabilité a la ville.... On y a les sentiments naturels, et on n'y est ni enfant, ni mari, ni père; la pudeur môme est ôtée à la cha.^ C'est par ces chemins que Sparte est menée à la grandeur et à la gloire; mais avec une telle infaillibilité de ces institutions qu'on n'obtenait rien contre elle en gagnant des batailles, si on ne parvenait à lui ôter sa police (1). »
Ainsi confondre toutes les vertus, mêler l'esclavage et laliberté (2) , ordonner le larcin, supprimer la pudeur en gardant la chasteté, voilà ce qui a fait Sparte si grande qu'elle était infaillible! C'est dans l'identité des contradictoires, dans la promiscuité du bien et du mal, que Lycurgue puise les principes de l'éducation ; et Montesquieu croit à l'infaillibilité de cet homme et de ses institutions. Il ne croit pas à l'infaillibilité du Pape ; il le bafoue, il le calomnie (3). Sa correspondance en fait foi.
(1) Livre IV, chapitre VI.
(2) Montesquieu appelle aussi l'ostracisme « une loi admirable qui prévenait les mauvais effets que pouvait produire la gloire d*un citoyen en le comblant d'une nouvelle gloire. » C'est ainsi qu'on a ajouté à la gloire des religieux, en les expulsant au mois de juin 1880.
(3) Cependant n'oublions rien de ce que Montesquieu a dit en faveur de la religion. Il veut bien avouer que les Pères jésuites,
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C'est encore lui qui approuve la loi romaine qui permettait à un mari de prêter sa femme à un autre. « C'était pour donner à la république des enfants d'une bonne espèce. »
Ài-je besoin de pousser plus loin? La morale de Montesquieu nous est-elle connue dans l'enfant, dans l'homme, dans la femme, dans le mariage? Ajouterions-nous rien qui valût la théorie des climats, la morale des fibres, la morale de la clôture, la morale politique du divorce , celle de l'impudeur et celle du vol? C'est un successeur logique et radical du Président lui-même qui a dit : « La propriété, c'est le vol, » et « Dieu, c'est le mal. »
Voilà où en arrive l'orgueil quand il veut séparer la raison politique (1) de la divine raison.
si dévoués au Pape, ont été « les premiers qui aient montré (au Paragnay) l'idée de la religion jointe à celle de l'humanité; » mais il croit aussi sans justice, que la société « regarde le plaisir de commander comme le seul bien de la vie. » (Livre II, chapitre II.)
(1) « L'état politique, dit Montesquieu (Livre I, chapitre III), c'est la réunion de toutes les forces particulières. » Pourquoi en exclure la morale qui est une force dans chacun de nous? Parce qu'elle vient de Dieu, sans doute, et que Dieu n'a rien à voir dans la politique, où l'intelligence humaine, on ne sait pourquoi, doit se conduire seule, sans la morale et contre la morale, quelle absurdité !