‹ L'esprit de MontesquieuChapitre 33 sur 51 · I I EU · texte numérisé non relu

I I EU

(îtlo diminue si elle ne le détruit pi ement.

Où donc Rfontesqui il encore puis<

utopie d'une timidité naturelle née de la faible et qui nous éloigne Lee uns des autres, au li»:u de nous mêler dans des luttes fratrû Si nous

sommes faibles, nous sommes intel! Le

Législateur ne le niera pas, et notre faiblesse est un motif qui nous rapproche ; elle nous fait mettre nos besoins en commun. Mais nous ne supprimons pas, pour cela , nos passions naturelles ; et nos passions, c'est la guerre. Même la paix n'est pas de ce monde; les saints ne jouissent que d'une paix relative. On ne peut en douter, le mal et le bien établissent un conflit perpétuel dans l'âme et entre les âmes. Gomme c'est une loi que le corps aide l'âme, à certains moments, il y a autant d'armes qu'il y a d'âmes, et les âmes ennem les armes ennemies font les deux camps d'où Ton se jette les uns sur les autres ; on est en guerre. On est en paix quand la guerre ne se fait pas les armes à la main et qu'il règne un certain apaisement dans quelque partie du monde. La lutte n'a pas cessé.

C'est nous qui sommes dans Terreur. La nature veut la paix, rien que la paix. Quelle paix? Montesquieu a la parole :

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« J'ai dit que la crainte porterait les hommes à se fuir; mais les marques d'une crainte réciproque les engageraient bientôt à se rapprocher : d'ailleurs, ils y seraient portés par le plaisir qu'un animal sent à l'approche d'un animal de son espèce. »

Que c'est platonique !

« De plus, ce charme que les deux sexes s'inspirent par leur différence augmenterait ce plaisir. »

Que c'est chastement exprimé! Le reste est d'une piété sans égale :

« Et la prière mutuelle qu'ils se font toujours l'un à l'autre serait une troisième loi. »

De sorte que si l'homme était resté dans l'état de nature, il avait trois motifs de vivre dans une paix perpétuelle :

Le plaisir animal ;

Le charme qu'inspire aux deux sexes leur différence;

La prière qu'ils se font l'un à l'autre.

Et dire que la société a corrompu cette heureuse harmonie fondée sur la prière et les facultés animales de l'homme !

Si nous parlons sérieusement, ce charme, ce plaisir, cette invitation ont-ils fini? Pas le moins

>Sf, MONTESQUIEU

du monde. La nature est n la nature la religion l'a épurée ; le crime originel l'avait \i< Montesquieu conclut en attaquant 1 1

qui a détruit la paix et notre h*- faible

« Sitôt que les hommes son! ociété, ils

perdent le sentiment de leur faiblesse; L'égalité qui était entre eux cesse et l'état de guc commence (1). »

Et encore : « Chaque société particulière vient à sentir sa force : ce qui produit un état de guerre de nation à nation. »

Pour tout dire, le sentiment de la force et la tentation d'en abuser naissent de l'établissement de la société. C'est une erreur. L'orgueil, encore une fois, naît avec l'homme déchu. Rousseau croyait aussi que ce vice lui était inoculé par les préjugés de la société, ou il feignait de le croire. Au fond, pour que la nature fût bonne, et, par sa perfection, rendît inutile le surnaturel de la religion, il fallait condamner la société (2).

La vérité, au contraire, c'est que la société,

(1) Livre I, chapitre III, Delà nature des trois divers gouvernements.

(2) La guerre ainsi définie et condamnée avec la société en principe, Montesquieu, dans un autre livre (livre X, chapitre II) affirme, dans la pratique des choses, le droit de guerre, en cas de défense naturelle, et le droit de conquête.

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fondée sur la raison d'accord avec les desseins de Dieu, redresse la nature corrompu.

D'autre part, on est bien obligé d'avouer que l'homme est faible; la nature n'est donc pas aussi bonne que possible. Mais qui donc est l'auteur de l'homme et de la nature? L'auteur de notre faiblesse serait un Dieu assez imprudent pour nous avoir faits tout d'abord tels que nous sommes aujourd'hui! Que de contradictions afin d'éviter la mauvaise passe du péché originel! En somme, pour absoudre la nature et condamner la société, il faut condamner Dieu.

Il nous reste à parler de l'égalité. Nous aurions pu le faire plus tôt. En cela, nous avons imité un défaut de Montesquieu dont le but est certain, mais qui semble parfois , comme Montaigne , n'avoir « d'autre sergent de bande » que sa fantaisie.

Qu'est-ce donc que l'égalité? Nous savons déjà que c'est a l'amour de la patrie.... » Ajoutons : « l'amour de l'égalité (1), dans une démocratie, borne l'ambition au seul désir, au seul bonheur de rendre à la patrie de plus grands services que les autres citoyens. » C'est une seconde définition de l'égalité.

(1) Livre V, chapitre III.

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Est-ce que dans le Langage rigide plus est égal a moins? Montesqnie « Ils ne peuvent pas lui rendre ton d

lux ; mais ils doivent tons i d rendre.!

Je crois comprendre. Vous pou\ /, I ibricius ou Brutus, rendre plus de services que moi à la république; mais je suis tenu à lui en rendre. Mon devoir est le même; seulement vous m" supérieurs par l'intelligence, par le cœur on par les moyens d'action. Enfin je suis votre égal en faisant moins, parce que je ne puis luire plus. Mais j'ai fait mon devoir, donc je suis votre égal. Vous-mêmes « vous avez contracté envers la démocratie une dette immense dont vous ne pouvez jamais vous acquitter. » Quoique inégaux, si nous ne nous considérons qu'en nousmêmes, nous sommes égaux d'une certaine manière. Nous sommes deux points, rien que deux points, aussi invisibles l'un que l'autre en comparaison de l'infini.

L'auteur ajoute : a Les distinctions naissent (dans une démocratie) du principe de l'égalité, lors même qu'elle paraît ôtée par des services heureux, ou par des talents supérieurs (\). »

Cette égalité, qui vous fait l'égal de vos supé- (1) Livre V, chapitre III.

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rieurs, par la bonne volonté que vous mettez à rendre des services moins efficaces, moins brillants et moins récompensés ; cette égalité dont vous devez vous contenter dans le for intérieur de votre conscience , sans qu'elle éclate au dehors; cette égalité qui permet des distinctions auxquelles votre mérite égal n'a aucune part ; cette égalité, devant la démocratie, égalité abstraite qui n'a ni cœur ni complaisance pour les uns, les faibles , et qui récompense les autres , les forts; cette égalité qui n'a pas même (en politique) le Dieu du ciel pour juge et pour arbitre, est la plus fausse de toutes les égalités, celle qui comprend le moins le cœur de l'homme. C'est une tyrannie et une hypocrisie !

Montesquieu, dans son amour de l'égalité, va jusqu'à admettre le partage égal des terres. « Mais cela (1) ne pouvait avoir lieu que dans la fondation d'une république nouvelle , ou bien lorsque l'ancienne loi était si corrompue, et les esprits dans une telle disposition, que les pauvres se croyaient obligés de chercher, et les riches obligés de souffrir un pareil remède. »

En d'autres termes, l'égalité des biens est

(1) Livre V, chapitre V.

Voir, au même sujet, le chapitre sur Grandeur et Décadence.

possible, dans l'âge d'or, dan

de Rome et de Sparte, ou bien i de {>-i\

lorsque Le pauvre, par V-

rue sur le riche obligé de s'accommoder à violence! Cette dernière égalit/- n'en est pas une ; car le riche est alors à la merci du peuple, il D plus son égal. Quant au partage des terres, il a pu se faire dans un tout petit pays, que peuple, en réalité, une seule famille où le père distribue également ses richesses. Même cet état de choses fut, à Sparte, d'assez courte durée, quoique le pays eût de très étroites limites.

Le Président, dans un savant chapitre (1), énumère les conditions de la loi qui réglera, en cas d'égalité (2), les dots des femmes, les mariages, les successions. Mon but n'est pas de le suivre jusque-là; je m'arrête aux principes :

« Le principe de la démocratie se corrompt, au dire de l'écrivain , non seulement lorsqu'on perd l'esprit d'égalité , mais encore quand on prend l'esprit d'égalité extrême, et que chacun veut être égal à celui qu'il choisit pour lui commander. Pour lors, le peuple, ne pouvant souffrir

(1) Livre V, chapitre V.

(2) En somme, Montesquieu pense que l'éducation, dans un pays d'égalité, doit faire avant tout des gens médiocres. C'est la condition de sa prospérité. (Livre V, chapitre III.)

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le pouvoir même qu'il eonfie, veut tout faire par lui-môme, délibérer pour le sénat, exécuter pour les magistrats, et dépouiller tous les juges (1). »

Nous sommes done tous égaux , et le peuples a bien le droit de déléguer son pouvoir ; il n' pas celui de le reprendre, ou bien il tombe dan l'excès de l'égalité, et la nation entre dans l'ana chie. Montesquieu avait trop de pénétration pou ne pas voir où conduisait, avec l'égalité, la sou veraineté du peuple. Il l'admet pour flatt l'opinion du jour, et la retire aussitôt qu'il eh voit les inévitables effets. C'est un leurre (2).

En réalité, tout pouvoir vient de Dieu, et, pour s'établir par des voies humaines, n'en garde pas moins son caractère divin. Que Dieu laisse à la disposition d'une nation de nommer son chef, il l'accepte, et lui communique une autorité qui ne vient pas du peuple, mais du ciel. Qui donc a droit sur cette autorité ? Mais dans une politique où le ciel n'a rien à voir, si le peuple, seul roi, au nom de l'égalité , se passe la fantaisie de se déléguer un souverain, il peut aussi bien le révo-

(1) Livre VIII, chapitre II.— Le peuple romain, corrompu, « devint son propre tyran et son propre esclave. » (Livre VIII, chapitre XII.)

(2) Cette contradiction de Montesquieu, l'homme des contradictions, se retrouve, à la fin du chapitre précédent, à propos de l'organisation du régime parlementaire.

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quer. De quoi se plaint Montesquieu il cite , avec beaucoup d'à-propos, an p intéressant du banquel de Kénophon. I une peinture naïve d'une république ou le peuple « abuse de L'égalité (1). » Mais qu'impoi I Pour me faire haïr l'égalité, dans se s, il fallait

me faire connaître l'égalité véritable. Je suis même, avec quelque défiance, un écrivain noble de naissance et grand propriétaire, qui cont à Dieu sa propriété sur les États de ce moud»-, et recule devant la souveraineté du peuple ou l'anarchie qui atteindra la propri»

En résumé, de la manière dont Montesquieu entend la loi, la vertu, l'honneur, la pudeur, la liberté, l'égalité, l'esclavage et la guerre, il ressort clairement que, pour avoir trop abaissé sa pensée et séparé de l'éternelle intelligence des définitions précieuses à retenir, il a été inintelligent des choses les plus essentielles à l'homme et à la politique, faux dans ses jugements, et qu'il a perdu le sens moral des noms les plus communs, des termes les plus en usage, sur lesquels une raison vulgaire pourrait lui en remontrer dans l'atelier de l'ouvrier ou dans la maison d'un paysan.

(1) Livre VIII, chapitre II.

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Concluons : si les eaux d'un fleuve, corrompu à sa source, empoisonnent au lieu de désaltérer, que faut-il penser d'un ouvrage infecté à sa source dans des définitions contraires à la religion et à la morale?

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