‹ L'esprit de partiChapitre 1 sur 53 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Mollbre qui donné dans ses comédies de si bonnes leçons de savoir vivre , nous avait montré dans une scène du "blédecin malgré lui à quels dan;;ers on s'expose quand on veut prêcher la paix à des gens qui se querellent. JNous avons en cette circonstance, comme en bien d'autres , mal profité à l'école de notre maître. Nos vers à la louange de la modération , nos tiiades contre l'intolérance et la discorde , ont eu le sort des exhortations de INI. Robert à Sganarelle et à sa femme. C'est alors seulement que nous avons senti combien est vrai cet axiome du fagotier cjii entre Carbre et fécorce il ne faut pas mettre le doigt.

Egalement froissés par l'arbre et par l'éco; ce , nou soumettons aux lecteurs quelcjues léflL'XÎons sur notre mésaventure, non pour céder à la manie qu'ont les auteurs de parler d'eux et de leurs ouvrages, mais pour répondre à une inculpation qui ne laisse pas d'ctie sérieuse.

On nous accuse d'avoir fait un ouvrage de coiiimande, une œuvre ministérielle. Nous l'avouerons, étrangers aux intrigucspolitiques, nous avions de notre caractère et de la faiblesse de notre talent une opinion assez juste pour nous croire à l'abii de l'honneur qu'on nous a lait , en nous supposant les champions de la puissance : aussi ce reproche nous a-t-jl paru si singulier, que s'il n'avait pas été formellement articulé dans plusieurs léuiiles , nous riaindrious de nous donner un ridicule en nous en délendaut. Nous pro lestons de notre innocence. Non, nuus n'avons pas prétendu traiter ex professa y dans ime comédie , les hautes (juc^tions de la lil)erté individuelle et de la lil.erté

(vi ) àe la presse ; nous avons cherché à intéresser et à plaire par la peinture d'un travers à la mode ; nous souhaitions par-dessus tout obtenir le suffrage du public, et nous ne songions pointa nous étayer de l'autorité, persuadés que le Ministre le plus puissant n'a pas autant de moyens pour faire réussir une pièce , que la plus mince cabale pour la faire tomber (^).

Quand nous nous faisions une loi en écrivant de n'arborer aucune couleur, nous n'imaginions pas que nous nous verrions, inopinément, couverts des livrées d'un parti. Quel fut notre étonnement, lorsque la veille de la représentation , un de nos amis vint d'un air consterné nous apprendre que V Esprit de Parti était une pièce ministérielle ! Nous n'en voulions rien croire , après toutes les tribulations que , dans l'espace de dix mois ^ nous avions éprouvées au ministère pour obtenir l'autoriiation de la faire jouer. Cependant ce mot de ministériel, répété de bouche en bouche , se répandit dans la salle, et comme un soufle pestilentiel , vint tuer la pièce presqu'avant sa naissance, laissant les auteurs duemeut atteints et convaincus àe ministérialisme. Le lendemain, c'était bien pis ; on s'était donné la peine de s'informer de nos alentours ; nous fûmes réputés ultrà-libéranx parmi les royalistes, ultrà-rovaliàtes parmi les libéraux • et par une siu-, gulière contradiction , ministériels par-tout , hormis peut-

( ) Douze ou quinze jeunes grns , que nous ne t]csij,nerons pas , par égaid pour le corps auquel ils appartiennent , ont , à la deuxième représentatiou de cet ouvrage , «-nipèclie le public, qui voulait le juger, d'e 1 entendre les trois prenilôres scèurs. Ces messieurs qui , assure'mcnt ne connaissaient pas nos intentions , ont , en cet'e circonstance , joue' le rôle d'un de nos pei-ionnagrs qui , dans sa jeunesse , prenait parti et »C batiail pour ou coutrc uue comédie qu'il n avait pas même lue.

( vîj ) être chez le Ministre. Que uc nous est~*l permis d'entreleuir le public de tout ce qui nous est arrivé avant et après la première représentation ! Il pourrait bien se faire que ce simple récit peignit mieux V Esprit de Par il que notre comédie, et que le comique qui n'est pas dans la pièce se trouvât dans la préface j mais nous devons nous borner à notre justification.

11 y a environ trois ans que nous avons conçu V Esprit de Parti. Si jamais sujet de comédie fut abondant , c'était bien celui-là j les originaux affluaient de toutes parts, et de quelque côté qu'ils se trouvassent , leurs traits étaient les mêmes ; par-tout ils parlaient un langage uniforme, à quelques termes près qui distinguaient leurs \o— cabulaires et qui leur servaient comme de mots de ralliement , pour ne pas se confondre dans la mêlée. On ne nous aurait point pardonné de désigner les sectes politiques sous leurs véritables noms , d'indiquer celle qu'il fallait considérer comme hérétique, de nous montrer ainsi nous-mêmes intolérans, tout en frondant l'intolérance , de faire paraître nos personnages avec les couleurs qu'ils portaient dans le monde, et de mettre dans leurs bouches ce patois barbare inventé par l'esprit de faction, qui a corrompu toutes les langues. Nous songeâmes aussitôt à placer la scène en Angleterre , et à substituer aux dénominations usitées, celles de ministériels et à' opposans , que l'usage n'avait pas encore consacré en France dans la langue vulgaii e des factions. Nos intentions étaient irréprochables : notre ouvrage serait-il devenu criminel eu flattant, comme on l'a dit, le parti de la puissance?

Ce point mérite d'être examiné par le lecteur impartial, car nous récusons le jugement de celui c[ui, se croj'anl blessé dans souoplnlou, crioit, même avant le lever du

( viii ) rideau , que l;i p'.bcc était, minialéiiclle. D'aboi^d , les personnages raisonnables de celte comédie sont-ils ministériels ? Puon n'indique que Madame Nellon le soit.

Quant à Charlts, il répond à ceux qui TinteiTogent à ce snjei, qu'il sert le Roi et sa patrie. Fort indifiérent sur Ijiil îe ri;ste , s'il a paru adopter les coideurs des Ministres, ce n'est pas à leurs Excellences qu'il eu fait honneur , mais aux beaux yeux de sa maîtresse , dont l'intolérance ministérielle est peinte avec les couleurs du ridicule.

Lord Dailey Cat un liomnie de bien et un bon p^re de firaiiic comcic son fière , mais il n'est pas exempt du travers que nous avons voulu fiouder. Ses querelles avec Kelton , îe récit que lait Mad. Nellon au second acte , et ]/lus!euiS antres passades, laissent voir, autant qu'il est possible , le caractère que nous lui avons donné. Nous avons cherché h peindre en lui cette susceptibilité, faiblesse des liommes puissans , qui Ks met à la merci de quiconque ose les irriter. Trop sensible aux injures, il en pouisuit Id réparation comme un simple particulier, etse soumet à devenir l'égal de son ohscui" adversaire , en plaidant contre lui devant le juge de paix du canton. A la fin du second acte j nous l'avons placé dans une situation embarrassante, et qui pourrait cire corai(jue, quîmd il se voit forcé d'abandonner le libcllisle qu'il poursuit, ou de poursuivre son propre fière. Est-ce là caresser la puissance? JN'est-ce pas plutôt flatter la malignité du vidgaire, qui aime à voir dans les liommes élevés des faiblesses qui les rappîochent des conditions inférieures. Cette siène , au reste, n'a pas manqué son eilel à la représentation 5 l'intérêt qui s'étiiit porté sur Nellon dans toul le cours de la pièce, a paru augmenier au moment où il se déclare l'auteur du panîjdi'ct , et empùche ainsi son frère de se venger. Des

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journaux nous ont blâmés d'avoir rendu notre Ministre si susceptible , et de lui avoir fait tenir une conduite rare-^ ment suivie par les Ministres en Angleterre. ISous n'examinerous pas si ce reproche est Ibudé ^ nous nous sommes fait la loi de ne pas nous défendre des critiques purement littécaireà; nous rappelons celle-ci parce qu'elle nous aide à nous disculj)cr du reproche de flatterie. Lord Daiîey n'est pas le modèle d<s Miiiisties : nous aurions atteint notre but, s'il repiéseulait un homme placé dans un rang élevé.

Nous avons trouvé a<3aez étrange un autre reproche qne quelques personnes nous ont fait d'avoir voulu attirer le mépris sur la noble profession des lettres en plaçant dans notre pièce le rôle d'un écrivain méprisable. Eh quoi ! exerce-t-on une noble profe/islon parce qu'on écrit ? Dis calomnies et des dénonciations imprimées sont-elles des titres littéraires , des titres de noblesse ? Toute li^ république des lettres doit-elle se lever en masse pour venger un de ses plus indignes prolétaires ? Et sera-t-on h l'abri des traits du ridicule lorsqu'un libelle à fa main ou viendra s'écrier, ma personne est sacrée .• clvis rotnanufi suin. Nous en référons aux véi-itables gens de lettres j défenseurs éclairés et courageux de la raison , ils la gardent des atteintes du despostime et du faux zèle , et la protègent de tout leur talent, ils ne s*'enrolent pas sous les bannières d'une faction , prêts à férailler à tort et à travers comme des spadassins mercenaires. Dans lesdissentious publiques ils ne se font pas un jeu coupable d'irriter les passions; leur emploi est de les calmer; ils sont des héraults porteurs de paroles conciliati ices ,

Des nilnistrrs Je paix ilnus les icms de colère.

Assurément, ce n'est pas parmi ces hommes que nous

(x) Aurions cherché l'original de Nivelle j ce n'est pas non plus parmi ceux qui , dans tous les étals de la société, usent du droit cpx'ils ont de publier des idées utiles, car nous ne prétendons pas que pour écrire il faille absolument être un écrivain supérieur, mais nous pensons qu'il faut être honnête homme.

Nous ne finirons pas cette préface sans témoigner notre reconnaissance aux critiques qui nous ont aidés de leurs conseils. C'est après en avoir profité autant qu'il a été en nous , que nous soumettons cette comédie au jugement des lecteurs. Nous avons cru devoir en suspendre quelque tems la représentation pour y faire les changemens qui nous ont été demandés , et pour éclairer quelques personnes sur nos véritables intentions. Nous aurons atteint le but que nous nous proposions, si l'on veut bien voir dans cet ouvrage une comédie et non un pamphlet poli tique , dans les auteurs, deux jeunes gens uniquement occupés dV-tudes littéraires , et qui n'ambitionnent d'autre prix de leur travail que les applaudissemens du public et l'estime des gens de bien.

COMÉDIE En trois actes et en vers.

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