‹ L'esprit de partiChapitre 11 sur 53 · SOPHIE, CHARLES · texte numérisé non relu

SOPHIE, CHARLES

CHAULES.

Vous pouvez tout sur moi , mon aimable cousine. Pourquoi donc cet air froid et celte humeur chagrine , Quand nos pères d'accord redeviennent amis? Expliquez-vous enfin , quel crime ai-je commis ?

SOPHIE

Un crime qui vous doit assurer de ma haine ; J'ai de votre inconstance une preuve certaine.

CHARLES

De mon inconstance ! . . .

SOPHIE

Oui , Monsieur ;

CHARLES

Que dites-vous !

Je me soumets diibord à tout votre courroux. Si sur un tel soupçon vous pouvez me confondre , Si depuis le moment où je vous vis à Londre, J'ai cessé de chérir , d'adorer. . .

SOPHIE

Et voilà Que vous m'entendez mal , je ne dis pas cela ; Je sais que votre amour est sincère et fidèle , Ce n'est pas là-dessus , monsieur , qu'on vous querelle.

CHARLES

En ce cas , je m'y perds et je ne conçois rien Au reproche cruel. . .

SOPHIt.

Ecoutez-moi donc bien , Et je vais , si je puis , me faire mieux comprendre : J'ai seize ans , mais , monsieur , dès l'âge le plus tendre J'ai su me prononcer, toujours avec éclat, Pour l'un des deux partis qui divisent l'Etat. Des ministres du Roi , de leurs amis sincères J'ai pris la cause en main contre leurs adversaires ; Qui ne les aime pas est en guerre avec moi , Est à mes yeux un monstre , un ennemi du Roi > Et fût-on d'ailleurs beau j spirituel , aimable. On me cause une horreur , une horreur effroyable. A Londres quelque tems je vous vis , je savais Que loin du droit chemin vous suiviez le mauvais j Je ne sais pas comment vous sûtes me paraître Un peu moins odieux que vous auriez, dû l'être. Mais eufin ,ne pouvant vous avoir en horreur, Je voulus vous guérir au moins de votre erreur. Je crois y réussir, j'écris sur mes registres Le nom d'un ami sûr que j'ai fait aux ministres, Je m'éloigne, et j'apprends avec étonnement Que vous vous déclarez contre eux ouvertement. Qu'avez-vous à répondre ? et quelle est votre excuse ?

CHAH LES , légèrement.

D'un crime des plus noirs, je vois bien qu'on m'accuse. Mais je ne perdrai point à me justifier Un tems qu'auprès de vous je puis mieux employer. Lorsqu'après un grand njois d'une absence cruelle. Je vous revois enfin , plus aimable et plus belle , Je remets à demain l'aftaire en question. Laissons le ministère et l'opposition Se quereller entre eux.

SOPHIE

Cela vous plaii à dire, Monsieur ; ces faux fuyans ne peuvent me suÛirc.

D'ailleurs fai fort bien vu , toui-à-l'heure, comment Vous p atlicz à cet homme . . .

CHARLES

A Nivelle ? eh vrakiient Je me divertissais. Par Tordre de mon père , Il m'a faRu sortir avec lui , le distraire , (Car mon père cherchait à s'en débarrasser),. E; moi , de mon côté , je viens de le laisser Ameutant les passans au milieu du village Et d'ua ton solemnel débitant son ouvrage.

SOPHIE

Dois-je vous croire ?

CHAF.LES.

Eh î mais figurez-vous donc bien Qu'à ces divers partis, moi je ne tiens en rien.

SOPHIE

Comnjent eu rien , monsieur !

CHAULES.

Ah je veux dire... ( à pari. ^ ah diable \

SOPHIE

Vous ne tenez à rien ! je vous trouve admirable î

J'adore mon pays , ma cousine et mon roi. . .

SOPHIE

Et ce n'est point assez, monsieur !

CHARLES

Eh bien sur moi Prenez donc un pouvoir durable et sans limite; Ce n'est pas en un jour qu'on fait un proséliie. L'ouvrage est dclicai, et pour y re'iissir, Il faut y procéder av! c calme et loisir , Avec raénagomeni y préparer mon âme; Pour bien faire, il faudrait que vous fussiez ma femme, Alors... vous souriez?

SOPHIE

Esl-ce que j'ai souri?

Je pense qu'en effet , devenant mon mari...

Voulez-vous me prouver que vous êtes sincère ? II faut par une lettre écrite ii votre père De votre parti pris, francliemem l'avertir Et le prêchant d'exemple , enfin le convenir.

CHARLES

Eh I bien soit , de mon sort vous serez seule arbitre. Vous le voulez, je vais écrire celle épîire, Voilà mon parti pris , mou âme s'y résout. Une plume.

SOPHIE

Non, pas , j'ai su pourvoir atout.

Voici la lettre , il faut que signée et ployée A mon oncle par vous , elle soit envoyée.

Vous Texigez , je signe , et n'examine rien.

SOPHIE

Vous voilà raisonnable.

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