SCÈNE X
Lord DARLEY , NIVELLE.
NIVELLE
L'éloge de madame est flatteur, je l'avoue ', Mais devant vous, Mylord , que sert-il qu'on me loue? Ce n'est pas d'aujourd'hui que nous nous connaissons, Et re'ciproquement
LOrd DAl^LEY.
Monsieur , mille pardons.
Pour moi votre figure est tout à- fait nouvelle.
TSIVELLE.
Oh! mais vous connaissez mon nom. Je suis Nivelle . . . Ce Nivelle qu'on cite en toute occasion, Fameux dans le parti de l'opposition.
Lord D\r.LEY.
Nivelle'.. . . excusez-moi, je cherche en mame'moire, Ce nom
NIVELLE
Il est pourtant couvert de quelque gloire. Dans les conseils du Roi ce nom a quelque poidsj Déjà de ministère on a changé deux fois Par mes conseils; dans peu i";b ai! ai le troisième, El mon plan est tout prêt contre le quatrième.
LOld DAULEY.
Un nom si rcdoulahlc aux uiinistres futurs, JVepeui-êire rangé parmi les noms obscurs 5 Je ne puis l'ignorer ; il faut que j'en convienne, Pourtant, c'est du plus loin, monsieur, qu'il me souvienne. Je suis honteux. . . .
IMVELLE.
Mylord , c'est moi qui suis confus. . . . Sans doute mes écrits vous seront micvix connus. Souvent , pour me soustraire à la publique estime , Je me suis humblement cache' sous l'anonyme. (^ chaque livre dont Nivelle cite le titre, le lord indique
par un signe qiiil ne le connaît pas. ) Je vais à vos regards me dévoiler. ( bas.^ C'est moi. Qui suis l'auteur dhm mol à C oreille du roi^ De l'esprit des Etats , brochure en trente pages^ Des masques enlevés à certains personnages. Pour l'éducation j'ai fait quelques traités, Le Rudiment des pairs, celui des députés. Je passe mes écrits à l usage des femmes ; Eglé Législateur , le Montesquieu des Dames , ]\}es lettres à PhUis, sur le Gouv.rnement , Où sont en madrigaux les bills du parlement , Quelques antres encor. Mais à tout je préfère Mes ouvrages nombreux contre le ministère , Et pour vous en citer une trentaine et plus.
LOrd DAl'.LEY.
Monsieur , probablement je ne les ai pas lus.
ISIVELLK.
Vous n'estimez donc pas le genre polémique?
LOrd DAliLEY.
Monsieur, je vous dirai , s'il faut que je m'explique, Que par la passion le j)his souvent dicté, Un pamphlet anonyme a peu d'autorité; L'écrivain courageux, habile, galant homme. Aime qu'on le coimalsse, il se montre, il se nomme; Enfin (ce n'est pas vous, monsieur, dont je me plains, )
Le fiel est tout l'esprit des ailleurs clandcsiins. Et pour vous le {)rouvcr par un exemple insigne , Uud'eux, sans me nommer, claircnienl me désigne Centime un traîire, ennemi de l'éiai et du Roi.
NIVKLLE.
Ah! quelle calomnie! adressez-vous ;i moi,
Pour répondre à voire homme, ei par un bon mémoire ,
Je saurai vous venger d'une olïensesi noire;
De honte et de tlépii je le garantis mort j
Car j'ai quciqu'énergie et j'assomme d'abord.
On ne revoit jamais ceux que frappe ma plume,
Pour vous en assurer, parcourez ce volume.
Lord dahley.
Monsieur
NIVELLE
Lisez , Mylord , cela ne coûte rien , Et quand vous l'aurez lu, vous m'en dire?, du bienj Vous verrez de quel ion je irai'.e lan)atière, Et comme j'y répands des torrens de lumière.
LOUd DAULEY , tOUt CTt Usailt.
O ciel !
INI V El. LE.
I,isez, lisez le chapitre suivant.
Lord dAhley.
Que vois-je!
NIVELLE
1,'iiitérêt va toujours en croissant.
( A part. ) Il est émerveillé.
iOld DARLEY.
I\Ia surprise est extrême.
Quoi , ce livre est de vous?
MVl'.I LE.
Oui , Mylord, de moi-même.
Il est sans nom d'auteur, mais j'ai le manuscrit , Et de ma propre main d'un bout à l'autre écrit | Signé sur chaque page et paraphé Nivelle*
lOrd DARLEY.
Je suis cliarmé qu'ici le hazard me révèle Le nom de l'anonyme. . . .
MVELLE.
Ah ! ce succès flatteur I\Ie ravit d'autant plus, que je suis seul auteur, (N'en doutez pas, Mylord ) , de ce petit volume. Nulle profane main n'ose touclier ma plume.
LOrd DÂULEY.
D'un Ministre odieux quand vous peignez les traits , Vous le connaissez donc?
NIVELt.E.
Comme je vous connais.
LOrd DAKLEY.
Ah! quand on est instruit aussi bien que vous l'êtes. .
NlVEr.LE.
Mylord assurément. .. . .
' ' LOrd OARLEY.
Eh! trêve de courbettes!
C'est moi qui suis, monsieur, ce Ministre sans foi , Ce traître.
MVELLE.
Ah!
LOrd DAïlLEY.
C'est ainsi que vous parlez de moi !
MVELLE.
Qu'ai-je fait !
Lord DAKLEY, regardant Ic libelle.
Ce n'est pas sans intérêt , je pense , Que de Forber ici vous prenez la défense : Il doit être jugé sur différens délits. Et si vous avez part aux dangereux écrits Qu'il répandait , alors je saurai vous confondre.
MVELLE.
Je réponds. . . .
Lord DAHLEY, avec calme En justice il faudra me répondre.
Vous pouvct outrager un ministre du Roi ;
Mais il est voire égal, monsieur, devant la loi.
Elle doit sans égard pour le rang , la naissance ,
Quel que soit riniiocent, venger son innocence.
S'ils n'atteignaic ni que moi ; ces traits que vous lancez ,
Le plus profond mépris me vengerait assez;
Mais cVbt riiouime public que ce libelle accuse^
El mou silence ici deviendrait sans excuse.
Quand vous me reprochez d'avoir osé braver
Les lois que mon devoir est de faireobseï ver ,
Vous m'enlevez, monsieur, ce respect nécessaire
Que leur autorité donne à mon caractère.
Vouà m'entendez, monsieur. (iV sort. )