CHARLES , NIVELLE
CHArLBs , a part , une lettre a la main. Plas je lis cette lettre, et plus Je désespère De la faire jamais agréer à mon père.
NIVELLE , êcrii'ant.
Mais n'importe , brusquons ma rétraeiaiion.
CHARLis, à pari, riant.
Je dois compter fort peu sur sa conversion.
NivELt-E , achevant (Vécrire.
Oui , quoiqu'au fond du cœur mon orgueil en soupire, Le sage de deux maux doit éviter le pire. rn\nLEs, h part.
Si quelque ami voulait me prêter son secours.
iNivELLK , se levant.
A quel intercesseur pourrai-je avoir recours, Pour adoucir?. .
CHAULES , apercevant Nivelle.
Eli inniSj l'occasion est belle , De ce soin délicat chargeons monsieur Nivelle ; Il se présente ici fort à propos.
NIVELLE , apercevant Charles.
Parbleu !
Je puis An noble lord employer ie neveu. ( Ils font un pas Pun vers l'autre pour .s' aborder. )
CHARLES, s' arrêtant j a part.
C'est qu'il me croit ligué contre le ministère.
MfvwLLE , s" arrêtant , à part.
C'est qu'il est exalté presqu'autant que son père; Il me recevra mal.
cnAr.LES, à part.
Il me rebutera.
MVELLE , a part.
Il en arrivera ma foi ce qu'd pourra.
ciiAHLES, à pari,.
Confessons-nous gaîinont , puisqu'il faut que je parle. (Haut.) Salui, monsieur INivellc.
NIVELLE
Ah ! cVst vous , monsieur Charle.
CHARLES
Hélas! Monsieur, je viens devant vous m'accuscr D'un fait, qui diablement va vous scandaliser.
NIVELLE
Qu'est-ce donc?
CHARLES
Ail ! déjà je vois votrn colère.
Je quille vos drapeaux pour ceux du minisièrc. Oui, c'est un parti pris... Que voulez-vous? l'amour. Qui se mêle de tout , vous a joué ce lour.
MVLLLK.
Je VOUS dirai. . .
cnAnirs.
Je sais ce que vous nVallcz dire ,
Je connais tous mes loris j uiuis il doit vous snfTirc
Qu'avant de succomber j'ai lon;,'-lcms eoiuhallu.
Vos conseils sur mon cœur seraient tous sans vertu.
Songez que dans l'élal j'ai bien peu d'importance.
De quel poids peut mon nom èirc dans la balance?
Si, comme vous, Monsieur, par d'eioquens écrits,
J'avais pondant long-ieins rt gué sur les esprits,
El que de trahison je devinsse coupable ,
Je serais, j^en conviens, un lâche, un misérable ,
Un...
MVELLE.
Non, vous seriez homme Ah! mon cher, entre nous, Le sage est bien souvent aussi faible que vous. Bien plus d'écneils encor s'offrent à sa rencontre. Pour obtenir le prix que la gloire lui montre, Au haut d'un mai glissant il faut l'aller chercher ; Souvent près de l'aiieindre, et près de le loucher. Il bronche, ei jusqu'au bas lourdement il retombe. Qui ne succomberait, quand Cicéron succombe? Cicéron , dont je suis le faible imitateur , Ne se soimul-il pas au parti du vainqueur ?
CUAKLES.
Eh quoi ! de Cicéron l'égal pour l'éloquence, Auriez-vous avec lui ce trait de ressemblance?
MVELI.E.
Ilélas ! oui, comme lui je suis persécuté, Et, comme lui , je cède à la nécessité.
Dans votre esprit , rnon clier , je me fais tort peut-être ?
CHARLES
Il est beau d'imiter les fautes d'un tel raahrej
Je ne puis de ce trait vous blâmer nullement :
Même je vous en fais, Monsieur , mon compliment.
Quant à moi , qui ne puis aller chercher à Rome ,
Fournie justifier, l'exemple d'un grand homme ,
Au parti que j'ai pris je me suis résolu,
Parce que ma maîtresse en un n«,)l l'a voulu.
Je veux par cette lettre m instruire mon père;
Une telle raison ne le toucherait j;uère ,
Mais ce qui doit produire im efFel plus heureux,
C'est votre changement si conforme à nos vœux.
( Vivement. )
Parbleu , si vous vouliez , maintenant que j'y pense ,
Employer près de lui toute voire influence,
Par nos efforts communs peut-èire pourrions-nous
Réveiller dans son cœur des sentimens plus deux.
MVELLE.
Jeune homme, c'est fort bicnj donnez-moi cette lettre, Et je vais. . .
CHARLES
Il faudrait, avant de la remettre. . .
NIVELLE
Reposez-vous sur moi. Nous saurons ménager
Le moment où son cœur. . . On vient nous déranger.