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L'ACTION POSITIVE

Le succès des réunions publiques du Sillon, 1 etornement de nos adversaires, la sympathie même, presque avouée, de certains pour un état d'esprit qu'ils ignoraient jusqu'alors, et, d'autre part, la vigueur, le dévouement, la bonne humeur conquérante de nos camarades, réveillés joyeusement par ces premières victoires, nous ont nettement montré que nous étions enfin sur le véritable terrain et qu'il serait difficile maintenant de nous en déloger.

Et voici que nos méthodes se précisent chaque jour davantage, et nos idées sociales aussi que nous nous sommes toujours refusés à fabriquer dans le laboratoire clos de notre propre entendement, mais que nous voulions

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voir se développer d'elles-mêmes, au contact des réalités.

Chaque jour, l'expérience nous prouve que nous ne nous sommes pas trompés : ce que plusieurs, tout d'abord, nous reprochaient, nous accusant de demeurer dans les imprécisions d'une vague bonne volonté, n'était, au contraire, que le scrupule d'esprits indépendants, incapables d'accepter sans les vérifier des formules toutes faites et jaloux d'appliquer à l'action sociale une véritable méthode d'observation.

Nos amis savent comment, non seulement les Cercles d'études et les Instituts populaires mais les congrès, les salles de travail, la Jeune Garde, tous les multiples Services du Sillon sont nés, non de conceptions a priori, mais des nécessités mêmes de notre action. Nous avons toujours tenu à garder le sens des réalités et, en quelque sorte, à nous laisser faire par elles. Il n'est pas jusqu'à notre esprit même qui ne soit, lui aussi, le résultat des réalités psychologiques que le spectacle de la société contemporaine ainsi que la foi du Christ ont déposées dans nos cœurs.

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Il nous semble, en effet, qu'en faoe des systèmes a priori et des doctrines synthétiques où se plaisent les docteurs socialistes, nous pourrions, à juste titre, nous autres jeunes catholiques démocrates, prétendre que nous sommes des positifs.

Nous observons, sans parti pris, les faits sociaux ; nous ne sommes gênés par la croyance à aucun dogme économique (nos dogmes sont d'un autre ordre) ; nous entendons seulement travailler au mieux-être de la société et notre foi nous assure une force et des énergies nouvelles.

Notre religion même n'est-elle pas la plus positive des religions, s'il est vrai que ce qui la distingue, en somme, de la religiosité socialiste, si haute et si généreuse dans ses rêves de labeur solidaire et de fraternité humaine, c'est surtout que ce qui n'est qu'idée et aspiration chez les socialistes devient réalité chez nous, non seulement réalité morale mais aussi tangible et corporelle : le Christ Dieu et homme, l'amour vivant qui s'empare de l'humanité, la transfigure, la supporte, l'élève et fait ainsi du plus sublime des désirs et du plus audacieux des rêves de l'homme la plus

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quotidienne et la plus positive des réalités.

Souvenons-nous donc que le Christ n'est pas un mort, mais un vivant, que le Christ s'expérimente peut-être plus aisément qu'il ne se prouve ; et tous ceux qui ont senti, pour en avoir été réconfortés, Y amitié du Sillon, savent quel merveilleux lien le Sauveur compris et aimé établit entre les âmes et quels ouvriers privilégiés de la tâche sociale pourraient être les catholiques.

L'action positive nous serait donc facile, si seulement nous avions le courage de briser tous ces vieux cadres vides où s'alanguit et s'épuise, depuis trop longtemps, l'activité des catholiques, si nous nous rendions compte que ce qui seul importe c'est de vivre notre catholicisme, de faire porter des fruits à l'arbre dont nous sommes les rameaux, en un mot d'être intégralement, c'est-à-dire, par cela même, socialement catholiques.

Cela, depuis longtemps déjà, nos amis le répétaient ; mais, en vérité, nous ne supposions pas, même en nos heures de plus chaud enthousiasme — alors qu'encore enfants, nos premiers camarades, dans les réunions de la

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Crypte ou dans les casernements de l'École polytechnique, appelaient l'avenir avec une si naïve et pressante impatience qu'ils le sentaient tout palpitant, sous l'étreinte prophétique de leurs jeunes désirs, — nous ne pouvions pas espérer qu'il fût si facile de travailler et de récolter et que la parole du Maître s'appliquât si exactement: « Ce qui manque, ce n'est pas le champ, ce sont les ouvriers. »

Les catholiques sont encore puissants en France en ressources matérielles , intellectuelles et morales... Hélas ! pourquoi faut-il que la position fausse où on a réussi à les maintenir, où ils se son plu trop souvent aussi à demeurer, les ait empêchés d'avoir la part d'influence qui leur revenait ! Leur abstention, imposée ou volontaire, est une cause de ruine pour la France et de stérilité pour la démocratie. On a besoin d'eux ; mais voilà qu'ils sont souvent, malgré d'admirables qualités individuelles, si mal adaptés au travail social contemporain, qu'ils fournissent ainsi des armes à leurs propres adversaires, trop heureux de prétendre que rien ne peut se faire avec les catholiques etque ceux-ci sont les ennemis nécessaires.

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Quoi qu'il en soit, l'humble et obstiné labeur de nos amis commence à forcer l'attention des indifférents et des hostiles.

— Il n'y a plus que vous autres que nous ayons à craindre, me disait à la sortie d'une de nos réunions publiques, un des jeunes socialistes les plus intelligents et les plus actifs, car vous seuls pouvez nous ravir une partie de notre clientèle ouvrière.

— Une partie,ce n'est pas assez ; nous voulons davantage 1 .

... Et partout, nous sentons que le bloc des haines, des partis pris ou des malentendus serait vite entamé si courageusement chacun se mettait au travail : la vieille terre française est encore généreuse.

Je le sais, nous sommes peu secourus et encouragés. On méprise trop souvent encore le travail des jeunes membres des Cercles d'études ou l'on s'effraie de cette ascension des masses populaires, et l'on se scandalise de l'amitié intime qui nous unit tous et qui, elle aussi, est non une conception théorique, mais un Jait positif... On considère qu'une œuvre qui n'a pas à sa tête des notabilités, des hommes

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arrivés, des gens dont la situation est considérable, ne peut que végéter et que mourir, et cependant, tandis que nous voyons de somptueuses entreprises avorter, malgré tout, impopulaires et inutiles, c'est vers ceux qui n'ont rien, vers le petit ouvrier qui organise un Cercle d'études, vers le jeune prêtre confiant qui marche vers l'avenir, que s'acheminent les foules avec ce particulier instinct de la vie qui, inconsciemment, les oriente.

Il y a quelque temps, un modeste vicaire d'un faubourg de Paris, un de nos amis de la première heure, réunissait chez lui, dans sapetite chambre trop étroite, sept ouvriers, les seuls qui ne se détournaient pas de l'église, en ce quartier lamentable et païen. Aujourd'hui, dans de vieilles cryptes autrefois abandonnées et qu'il a lui-même badigeonnées et ornées, sept à huit cents hommes se pressent pour entendre parler du Christ et de l'œuvre sociale qui s'impose.

Et combien nombreux, à travers toute la France, pauvres et sans ressources peut-être, mais invinciblement forts parce qu'ils voient juste et font œuvre positive, sont ceux qui travaillent obstinément au grand labeur social, se

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