‹ L'esprit des betes (volume 2)Chapitre 1 sur 25 · QUAI VOLTAIRE · texte numérisé non relu

QUAI VOLTAIRE

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Tous les hommes sont faillibles, même les analogistes; donc il n'est pas impossible que le présent Traité d'Ornithologie passionnelle soit entaché d'erreurs. Néanmoins je déclare n’accepter que la responsabilité de celles qui ont trait à mes opinions z0ologiques, et je renvoie impitoyablement à qui de droit celle des lettres tombées ou omises et des fautes d'orthographe.

J'avais dit, page 72, que, lorsque le conteur du désert arabique prononçait avec enthousiasme la formule sacrée : Louange à Dieu, qui a créé la femme, ses auditeurs répétaient avec un accent pénétré l'expression d'admiration et de gratitude. On m'a fait dire : accent pénétré d'expression, ce qui est un non-sens.

Je crois me souvenir encore que j'avais cité l'éperche, et non la pie grièche (page 160), à propos des oiseaux qui portent des miroirs sur leurs ailes.

J'avaisécrit, page 190, que la liberté est une force incompressible ; on m'a fait dire : force incompréhensible. Je répudie énergiquement la paternité de cette triste épigramme.

Page 208, au lieu de: la région des oiseaux, lisez : le règne des OISeauT.

Page 225, au lieu de : pendactyles, lisez : pentadactyles.

Mais c’est bien moi qui ai écrit avec un doubliou le substantif anglais love, quine demande qu'un simple v. L’excuse de ce barbarisme, qui métamorphose l'amour en je ne sais quelle bête, est dans mon ignorance absolue et systématique de l’idiome britannique, et aussi dans l'habitude universelle où sont les jeunes personnes

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qui commencent à griffonner cette langue, de mettre des doubliou partout.

Cette erreur n’est pas, du reste, la seule dans laquelle m'ait fait tomber ce dédain systématique et dangereux que j'ai toujours professé pour l'étude des langues. Par exemple, je ne serais pas étonné d’avoir armé celle du pivert d'une pince, bien qu'un ‘examen approfondi de cet organe m'ait convaincu naguère que cette prétendue pince était un vrai poignard. S'il est bien de confesser ses erreurs, il serait mieux de n'en pas commettre.

Je ne comprends pas bien encore quelle funeste préoccupation a poussé ma plume à décorer l'Argus, qui est un faisan, d'une queue en éventail; car la preuve que ma pensée n’a jamais été complice de cette faute d'attribution se trouve dans la description même que j'ai faite de cette queue pharamineuse, qui ressemble beaucoup plus à une queue de raie ou de papillon qu’à celle d’un dindon, d'un coq de bruyère ou d’un paon.

En comptant bien le nombre des chevaliers, page 305, je me suis aperçu que j'en avais annoncé onze et que je n’en avais livré que dix. Je m'empresse de restituer à cette série peu intéressante le terme dérobé, qui est la Grive d’eau.

J'avais oublié aussi de faire figurer le héron pourpre sur la liste courante des huit hérons français; maïs je n’ai pas omis la notice de cet oiseau, ce qui atténue considérablement la gravité de l’omission, dont personne ne se serait apercu probablement si je n'avais rien dit.

Jai toujours écrit avec un p le nom du révérend père Kempfer, l’auteur de l'Histoire du Japon. Par conséquent, la mutilation que ce substantif a subie dans ce livre, page 335, n’est aucunement de mon fait.

J'ai peut-être eu tort d'affirmer d'une manière trop positive que l'introduction du canard de Barbarie dans nos provinces du sudouest datait de l'invasion sarrasine; car les auteurs ne paraissent pas mieux renseignés sur la date de la conquête du volatile exotique que sur le lieu de son origine, les uns le faisant venir d'Égypte, les autres du Congo, ceux-ci de l'Inde asiatique, et ceux-là du Brésil. I est possible que ma version soit la seule bonne, mais la loyauté

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néanmoins m'oblige de convenir qu'elle ne s’étaie sur aucun fait probant.

Je ferais peut-être bien encore de déclarer d'avance, pour ôter tout prétexte à un reproche d'exagération dans le poids de mes volailles, que les livres dont se sert Audubon pour peser ses dindardes sont des livres anglaises et non pas des françaises.

Comme j'ai péché contre la lettre, j'ai dû pécher aussi contre l'esprit.

Je m’accuse notamment d’avoir été irrespectueux envers les maitres de la science, bien qu'il y ait à faire valoir en ma faveur ces deux circonstances atténuantes : que je ne me suis jamais insurgé contre les maîtres que lorsque je les ai surpris eux-mêmes en flagrant délit de rébellion contre la nature, et que j'ai toujours eu l'attention délicate de leur demander pardon de mes offenses chaque fois que je les ai offensés.

Je n'ai pas craint d'affirmer, contrairement à l'opinion de Buffon, que la couleur du manteau de la bécasse était une couleur douce aux yeux, et que la population des petites outardes dépassait d’un chiffre exorbitant celle des grandes; mais je ne crois pas être sorti des limites de mon droit en m'avancant ainsi, surtout ayant pour moi la raison et la vérité.

J'ai ri trop haut peut-être de l'excès de sensibilité dans lequel l'auteur du Système de la Nature est tombé à propos de la grive, oiseau de belle humeur et de tempérament bachique, qui passe les trois quarts de sa vie à boire et à chanter, et dont le sort par conséquent ne devait guère inspirer la complainte ni les larmes. Mais je n’ai fait ainsi que pour mettre le public en garde contre une tendance à l’attendrissement irréfléchi trop prononcée chez M. de Buffon, qui est avant tout un grand homme de style et que la nature même de son talent entraîne à doter les créatures ailées de maux imaginaires, afin d’avoir une occasion de verser sur leurs plaies le baume de son éloquence. J’appuie de toutes mes sympathies la propension de l'ami des bêtes à s’apitoyer sur leur sort, mais je lui demande seulement de bien placer sa pitié et de ne pas chercher à m'attendrir par le tableau des vertus champêtres de la taupe ou à m'attrister par le récit des tribulations de la grive.

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Ce n’est pas moi qui voudrais de gaieté de cœur et sans de graves motifs d'intérêt publie, n'attaquer à un écrivain de la valeur de M. de Buffon, de qui le génie fut égal à la majesté de la nature, à ce que dit sa statue.

Je renvoie du reste les personnes qui seraient tentées de me garder rancune de cette irrévérence, à la lecture du livre de M. Da Gama Machado, le plus illustre amateur d'oiseaux vivants et empaillés que je connaisse, un grand seigneur lusitanien qui a de l'esprit comme trois Francais et de l'originalité comme trois lords. Le savant étranger a puisé, en effet, dans l'étude passionnée du règne de ses créatures favorites des convictions bien autrement opposées que les miennes à celles de M. de Buffon. Ainsi, non-seulement l’auteur de la Théorie des Ressemblances repousse, au nom de l'oiseau, l'insultante pitié de l’homme; mais il tient que si l’une des deux races de bipèdes doit ce sentiment à l’autre, c'est incontestablement l'emplumée.. Thèse bien facile à soutenir, hélas! contre l'humain des sociétés maudites! car il est certain que l'être privilégié qui mange quand il a faim, qui boit quand il a soif, qui aime et qui voyage quand le temps est venu de voyager ou d’aimer, a belle à déplorer le sort de l'infortuné prolétaire des champs ou de la ville que la misère cloue à son ingrat métier, à son galetas infect, à ses cieux embrumés. J'appelle surtout les méditations des penseurs sur ce fameux discours de l’étourneau, bien plus intéressant que celui de l'ambassadeur des Scythes à Alexandre, où il est prouvé d’abord, à l’aide de calculs effrayants, extraits du corps de l’homme, que la supériorité organique de ce dernier sur l'oiseau est une prétention contestable.. Et ensuite que ces mêmes hommes qui goûtent un plaisir infini à se manger entre eux, à se brüler vifs, à se pendre, à s’empaler, à se crucifier, à se faire périr de mille morts, sont des êtres complétement insociables et très-inférieurs aux étourneaux sous le rapport des qualités morales, étant inouï que jamais oiseau de cette espèce ait nus son semblable à la broche en ce monde ni dans l’autre,

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