CHAPITRE IX
ORDRE DES VÉLOCIPÈDES (33 espèces).
Louange à Dieu, qui a créé le vélocipède, charme du palais et des yeux, gloire et splendeur des champs, des forêts, des festins, nourrisseur du riche et du pauvre !
Car aucune autre race ne contribue dans les mêmes proportions que celle-là aux jouissances composées de l’homme (Chasse et Table). Aucune ne lui fournit autant d'espèces ralliées et soumises. L'homme et la femme seraient seuls avec le vélocipède sur la terre, que le monde ne finirait pas.
Les vélocipèdes arrivent immédiatement après les échassiers, dans l’ordre de la création. Ils furent les premiers habitants des premiers continents émergés, puisqu'ils sont herbivores et granñivores et que l'herbe est la première manifestation de la puissance vitale de la terre. Leur caractère de primogéniture est d’ailleurs écrit dans leurs traits, dans leur structure rudimentaire, dans le petit nombre de leurs doigts. L'ordre débute par l’autruche.…. L’autruche est un oiseau quadrupède comme le manchot est un oiseau poisson ; elle ne vole pas faute d'ailes, et n’a que deux doigts au pied. Le Casoar à casque des îles de la Sonde, le Nandou de l'Amérique australe, les Dromés de la Nouvelle-Hollande, coureurs géants, qui n’ont pas plus d'ailes que l’Autruche et qui forment le personnel de la tridactylie aptère, sont encore des vélocipèdes , et le dinornis et l’epiornis aussi, et, si le monodactyle existait, il appartiendrait à cet ordre.
L'autruche et ses plus proches parents sont nécessairement étran-
gers au continent européen, dont le raffinement aromal et le vieil âge ne s’accommodent plus des ébauches et demandent des moules plus finis. Les espèces gigantesques vivantes encore ou enterrées d'hier appartiennent exclusivement à l'hémisphère austral riche en monstres, de même que l'aptérix, l'ocydrome et le notornis; tétradactyles aptères. Il y a cent siècles environ que l'Europe a vu périr dans un de ses déluges ses types identiques. C'est à la même époque à peu près qu’elle a perdu ses Éléphants et ses Mastodontes, analogues des éléphants, des rhinocéros et des hippopotames, qui sont les contemporains et les compatriotes des autruches.
Il en est des Coureurs ou des vélocipèdes de France comme de ses échassiers, ils sont tous pourvus d'ailes et volent. La série la moins travaillée est celle de la tridactylie ailée; l'espèce la plus voisine de l’autruche est l'outarde.
Cependant, comme, de près ou de loin, toutes les espèces de l'ordre ont la charpente taillée sur celle de l’Autruche, image du chameau, il importe de revenir sur ce moule originel, primitif, et d'en comparer l’organisation avec celle de l’oiseau-mouche, pour bien faire comprendre le caractère et la destination providentielle de l’ordre qui nous occupe.
J'ai dit que, chez l’oiseau-mouche et tous les fins voiliers, la cavité thoracique (poitrine) était développée outre mesure et que la carène sternale faisait saillie au dehors comme la quille d'un esquif. J'ai dit qu'en vertu de la loi naturelle d'équilibre, ce développement excessif ne pouvait avoir lieu qu'au détriment d'une autre partie quelconque du corps. Cette partie déprimée, atrophiée ou sacrifiée chez l’oiseau-mouche, est la région du bassin qui est la région de l'insertion des membres inférieurs.
Le développement extraordinaire de l'enveloppe sternale est motivé, chez l’oiseau-mouche, par la nécessité d'offrir de vastes et solides points d'attache aux muscles pectoraux qui sont les agents principaux de la locomotion aérienne et de laisser leur jeu aux clavicules qui sont en quelque sorte les détentes de l'arc alaire. Tout est sacrifié à la légèreté et à l'utile; les muscles de ceinture qui arrondissent les formes, mais qui alourdissent le corps, ont été supprimés; la poitrine est taillée en lame de couteau, le ventre
ravalé, l'intestin court ; bref, toute la puissance musculaire est accaparée par les ailes et la chair comme tirée en haut ; c’est-à-dire que le fin voilier nu ressemble toujours plus ou moins à son squelette, image odieuse qui repousse invinciblement la pensée du rôti.
Mais démolissons pièce à pièce cette charpente de l'oiseau fin voilier, du rapace ou de l’oiseau-mouche ; mettons le plein à la place du vide, le vide à la place du plein ; prenons, en un mot, le contrepied de toutes les dispositions anatomiques ci-dessus, ef nous aurons le moule exact du coureur. Peut-être n’existe-t-il pas dans toute la nature deux êtres de la mème famille qui aient aussi peu de traits de parenté que l’oiseau-mouche et l’autruche. Vainement celle-ci voudrait-elle le nier, mais elle tient plus du quadrupède et du chameau surtout, que du bipède, à preuve qu'elle porte sur son dos des enfants et des rois d'Égypte. Or, ce ne sont pas là des allures d'oiseau et particulièrement d'oiseau-mouche.
Ces deux moules d’ailleurs formant des termes extrêmes de série sont en rapport absolu de contraste, ce qui équivaut à dire que l’autruche doit être un oiseau-mouche renversé et vice versd. Cette proposition est très-vraie.
L'oiseau mouche était tout ailes, tout queue, tout vol; l’'autruche est toute jambes et toute ventre. Lesternum, chez l’autruche, au lieu de saillir en arête, se trouve réduit à des dimensions ridicules; c’est une plaque osseuse en forme d’écu qui fait proue au lieu de faire quille et à laquelle lomoplate s'est soudée par ankylose. Plus d'ailes, par conséquent, ni de queue; rémiges et rectrices absentes ; dépression excessive des muscles pectoraux. Toute la puissance musculaire active s’est retirée dans la région du bassin, ou elle a été mise au service de la locomotion pédestre, qui exige d'énormes leviers. La charpente de ce bassin a été dressée avec le même luxe que celle du thorax chez l'oiseau-mouche; l’ossature déborde à son tour et fait crête sur l’épine dorsale. La région sacrifiée est celle où s’inséraient les ailes. Les cuisses, les jambes, les tarses, chargés de suppléer à celles-ci, prennent les dimensions volumineuses qu'ont les membres correspondants chez les quadrupèdes herbivores. La cavité abdominale s'agrandit considérablement pour loger un intestin que la nourriture végétale a pour effet de distendre. Enfin, comme la vitesse
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de la course exige impérieusement que le poids du corps porte sur l'avant, et comme le développement des pectoraux faisait ici défaut, la nature a bien été obligée de pourvoir à cette nécessité par un autre moyen. Elle a fait de la plaque osseuse du sternum, qui avait rompu toutes relations avec la région d'en haut, le point d’attache d’une masse musculaire inerte, aspirant vers la terre, et dont l'unique office est de faire poids et de donner de l’abattage au coureur. C'était le muscle pectoral supérieur qui prédominait chez l’oiseau-mouche et chez l'oiseau de proie et qui déprimait le muscle de ceinture, le muscle inférieur. Ici, au contraire, c'est le muscle de ceinture qui occupe glorieusement toute la place; c’est la région d'en bas qui absorbe la vitalité de l’organisme ; mais voici malheureusement ce qui arrive. Cette masse de chair, trop éloignée des os et trop pesante pour les deux pauvres ligaments qui la retiennent, ne tarde pas à manifester ses tendances vers une obésité et une rotondité fächeuses. Bientôt la chair déborde le sternum, et la graisse menace de déborder la chair.
C'est-à-dire que la nature qui, chez les fins voiliers, a favorisé étrangement le développement des parties qui ne se mangent pas au préjudice des parties qui se mangent, a complétement changé son système de bâtisse à l'égard des oiseaux coureurs, négligeant complétement les parties qui ne se mangent pas pour développer, d’une facon luxueuse, les parties qui se mangent !
Un Arabe du désert me disait une fois qu'une bonne autruche, du poids de trente à trente-cinq kilogrammes, lui rendrait largement de vingt à vingt-cinq kilogrammes de gigots et d’aiguillettes de qualité superfine. La vérité était dans les paroles de l'enfant de Mahom; seulement cette qualification de superfine arrachée par l’enthousiasme n’est bien placée que dans la bouche d’un Bédouin vagabond, qui a jeûné souvent. L’aiguillette et le gigot d’autruche peuvent être de délicieux morceaux dans le désert, ils ne sont que bons partout ailleurs; c’est comme le bifteck de chameau. L’autruche est, de tous ses congénères, le moins charnu peut-être et le moins susceptible d'embonpoint.
Maintenant pourquoi ce contraste de l'anatomie comparée ? Pourquoi la nature, qui ne fait rien sans motif, a-t-elle si richement
développé l’aiguillette et le gigot chez le vélocipède; pourquoi doté cette chair si tendre d’une facilité d’assimilation si remarquable, d'un fumet si exquis, si appétissant, et qui semble de luimême appeler les parfums de la truffe ? La nature voudrait-elle insinuer, par tant de signes, que la destination providentielle du coureur est surtout d'être rôti?
La chose est trop probable, hélas ! le langage trop clair, l’oracle trop certain. Oui, tout nous porte à croire que la nature a destiné l’ordre des vélocipèdes à servir de pâture aux carnassiers de tous les règnes. Oui, cet ordre infortuné mérite, au même titre que le ruminant , la qualification d’Ordre-Victime. (Victime, du mot latin victus, vaincu, dont on a fait aussi victuaille, à cause de l'habitude où étaient jadis les vainqueurs de manger leurs vaincus.) |
Oui, les vélocipèdes, à quoi nous servirait de nous mentir à nousmêmes? sont à l'homme, parmi les oiseaux, ce que lui sont les ruminants parmi les mammifères, un ordre dont chaque espèce a mission de lui fournir un élément de jouissance composée. Il faut que l'analogie soit bien évidente, pour avoir frappé, avant nous, un grand nombre de savants.
Il y a, en effet, les vélocipèdes des sables et des steppes, des prés, des rochers, des abimes, comme il y a le ruminant de tout cela. Il y a l’Autruche, comme il y a le Chameau ; l'Outarde, comme l’Antilope; la Poule, comme la Vache ; la Perdrix , le Faisan, le Coq de Bruyère, comme la Gazelle, le Chevreuil, le Daim, le Cerf; la Bartavelle et le Lagopède, comme le Moufflon, le Bouquetin , le Chamois.
Il y à plus, tous les vélocipèdes sont de vrais ruminants qui vivent d'herbes et de grains comme ceux-ci, et qui ont plusieurs estomacs dont un préparatoire qui remplit exactement le même of. fice que la Panse chez les ruminants. Or, toutes les viandes faites d'herbe sont de goût délicat et de digestion facile.
Analogiquement et algébriquement parlant, la poule est à la vache comme la perdrix est au chevreuil. Je ne sais pas si l'on prouverait l'égahté des deux rapports par l'égalité du produit des Moyens avec celui des Extrêmes; mais il est certain que la poule nous donne ses œufs et ses poulets comme la vache son lait et
son veau, et que les deux espèces domestiques s'entendent pour nous fournir le nécessaire, comme les deux espèces sauvages pour nous procurer le superflu, en nous offrant indépendamment de rôtis supérieurs, le barbare plaisir de les tuer. Il est à remarquer encore que, dans l’un et l’autre ordre, la chair de la femelle est de beaucoup plus fine et plus tendre que celle du mâle. Le fait est universel, du reste; la nature a doué partout les femelles d'aromes plus délicats que les mâles, en même temps que de muscles plus charnus, plus arrondis et plus courts, et elle les a de plus soustraites à l'influence des passions incendiaires qui calcinent la chair du Coq, du Taureau et du Bouc. J'entends émettre contre cette proposition indiscutable l'objection que la chair de bœuf est cependant préférable à celle de la vache... Je ne dis pas non, mais je fais observer seulement que le bœuf n’est pas le contraire de la vache et qu'il n’est que l'oncle du veau. Placez la vache dans la même situation que le bœuf, et elle l’emportera sur celui-ci comme la poularde l'emporte sur le chapon. La poularde non plus n’est que la tante du poulet.
Mais l’analogie ne ressort pas seulement de la similitude de l’organisation physique, elle se trahit surtout dans le rapprochement des dominantes caractérielles. Je dirai même que c’est l'étude approfondie de ces analogies morales qui m'a conduit à la découverte de cette magnifique loi de mouvement passionne! :
« Dieu livre les bêtes à l'homme par les vertus des femelles et par les vices des mâles. »
Prenez l’un après l’autre tous les animaux domestiques (la liste n'est pas longue à écrire), analysez consciencieusement le moral des deux sexes, vous trouverez inévitablement au bout de vos comparaisons la conclusion qui précède; et partout et toujours vous verrez l'innocence, la douceur et la docilité des femelles en antagonisme absolu avec la fierté, la méchanceté, l'humeur indisciplinable et farouche des mâles. Le coq d'Inde, le coq domestique, le coq de faisan doré, le coq de perdrix rouge, ne font pas beaucoup parler d'eux pour leur férocité, parce que cette férocité n’aboutit pas généralement à mort d'homme; mais ce n’est pas la volonté de faire mal qui leur manque, et il est juste de leur tenir compte de
leurs intentions. J'affirme que ces coqs-là poussent l'esprit d’acression et de bataille plus loin que tous les taureaux de Séville, tous les buffles des marais Pontins et tous les étalons de la steppe.
Les ruminants mammifères vivent sous le régime de la polygamie comme les ruminants ovipares; mais il y à au moins à dire à l'avantage des taureaux qu'ils se réunissent bravement, à l'occasion, pour défendre leurs femelles et leurs petits contre les attaques des plus redoutables carnivores , tandis que le Coq, chez les trois quarts des vélocipèdes, se montre l'ennemi le plus acharné de son propre sang, assassinant les jeunes avec délices et cassant les œufs dans le nid pour reprendre possession des mères.
J'appuie avec bonheur sur ces détails qui me défendent du remords et tranquillisent ma conscience sur la légitimité de mes appétits de gastrosophe et de chasseur; car il est évident pour moi que si la nature a titré ces mâles en grossier sensualisme, ce n’a été que dans le but d’affaiblir l'intérêt abusif que nous aurions pu porter à une espèce innocente, qu’elle avait destinée à nous servir de nourriture, tout le temps que la grossièreté générale des aromes de notre planète nous ferait un besoin de la carnivorie.
Donc l'immense majorité des espèces de l’ordre des Vélocipèdes marche, comme les ruminants, sous la bannière impudique des Platon, des Mahomet, des Moïse, ces tristes instituteurs de Promiscuité et de Polygamie. Lorsque les mâles sont plus nombreux que les femelles, il y a Promiscuité; Harem et Polygamie, quand les mâles sont plus rares. À peine si quelque famille courageuse, comme celle de la perdrix, ose protester en faveur de la fidélité conjugale au milieu du débordement universel des mœurs, comme a fait le chevreuil parmi les ruminants.
Or, nous savons que là où la Polygamie est la règle, les mâles sont mieux vêtus et mieux nourris que les femelles; alors nous apprendrons sans surprise que l’outarde mâle pèse seize kilogrammes, son épouse six ou sept.
La jalousie est un des caractères les plus affreux de la Polygamie. Alors nous devinons d'avance que la manie du duel sera endémique dans l’ordre, et que la lice des tournois y sera ouverte du matin jusqu'au soir en certaines saisons.
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Mais notre propre histoire nous apprend que la passion effrénée des aventures amoureuses et des duels a pour complémentaire fatal l'amour non moins ardent du faste et du colifichet, et que les raffinés du Louvre n'étaient pas moins curieux de pourpoints de velours, de fraises et de dentelles, que de rapières bien mordantes et de bottes secrètes. Nous allons donc rencontrer chez les coqs, qui sont les raffinés de l’ordre des oiseaux, tous les vices, tous les goûts et toutes les habitudes de leurs homonymes humains. — Ainsi culte frénétique des colliers, des aigrettes et des riches atours; affectation de galanterie excessive et de parler doucereux auprès des femelles; besoin de s’étaler en public, de faire la roue et d’ébruiter ses conquêtes. — Poses de matamore entre rivaux; verbe aigre et cassant ; tenue et propos de salle d'armes... C’est là en effet tout le coq. Dans cet ordre des Vélocipèdes, la plupart des mâles sont des diables à quatre qui portent leur tempérament sur leur mine ; néanmoins, à côté des verts-galants comme le faisan et le coq domestique, originaires de l'Asie, se trouvent des amoureux transis comme le dindon de l'Amérique du Nord. On sait que le nom de coq se donne indistinctement à tous les mâles de la tribu des gallinacés, comme celui de poule aux femelles.
Ainsi le sexe le plus beau, le plus fort, le plus favorisé dans l’ordre des Vélocipèdes (j'emploie ironiquement le langage vulgaire), a pour péchés capitaux la Bataille, l'Orgueil, le Luxe, la Luxure et l'Infanticide. Ajoutez heureusement la Gourmandise et la Paresse.
J'ai vu des moralistes absurdes s'emporter ridiculement à ce propos contre les coqs et appeler sur leurs têtes les foudres vengeresses du ciel. L'appel à la vengeance de Dieu était puéril et l’imprécation inutile. Il y a bel âge en effet que l’immoralité de ces coqs est retombée sur eux.
Car tous ces capitaines Fracasses, si terribles d'aspect, si hautains de verbe, si indisciplinables de loin, si chatouilleux sur le point d'honneur, si prêts à dégainer pour un mot plus haut que l'autre, sont au fond, pour qui les sait prendre, tout ce qu'il y a de plus maniable et de plus ductile en fait de pâte de bêtes. Comme ils sont avant tout paresseux, gourmands et lubriques, ils appartiennent par ces trois vices au premier venu qui les empanse, qui les gorge
et les soûle; ils sont plats, rampants et soumis pour qui leur donne à banqueter et à coqueter gratis et à gogo. Et pour vivre jusqu’au bout d’une vie fainéante, ils sont disposés tous à accepter les rôles les plus indignes et les obéissances les plus lâches; ils se laisseront emprisonner sans résistance, fustiger, chaponner, mutiler au physique comme au moral. J'en connais qui, pour colorer leur bassesse et se faire illusion à eux-mêmes sur leur propre infamie, ont érigé la passivité absolue, c'est-à-dire l'abdication complète de leur libre arbitre, en vertu supérieure, en devoir sacro-saint. Ils y ont gagné, les stupides! que l'homme, leur maitre, a fait d'eux de la chair à pâté ou bien d’ignobles gladiateurs qu’il force à se couper la gorge en public pour le divertissement des badauds.
C'est triste, mais c’est ainsi, le coq n’a guère à choisir qu'entre ces trois rôles, chair à fusil, chair à pâté, spadassin. Mais j'en prends mon parti en brave et vais même plus loin : je dis que ce n’est pas le cas de tonner avec le moraliste contre le débordement des passions mauvaises, mais au contraire une magnifique occasion d'admirer la sagesse des décrets de la Providence et de s’incliner devant elle. Je reviens à mes moutons, et je répète que la nature, en pétrissant les coqs de cette pâte, avait uniquement en vue le bonheur de l’homme, et qu'elle n’a refusé un titre supérieur aux espèces de la tribu succulente que pour nous la livrer plus sûrement. Je dis qu’elle a fait le coq vicieux par le même motif qu'elle l’a fait déjà plus gros de taille et plus voyant de costume que la poule, afin de détourner exclusivement sur lui l'attention du chasseur, et je prouve l’utilité providentielle de la dépravation masculine par cet argument tout-puissant, que c’est l'infamie même du coq qui nous a donné la poule.
Écoutez l'argument :
La poule est le modèle des mères; c’est même un des emblèmes cardinaux de maternisme. Jamais aucune mère, en effet, ne fut chargée d’une responsabilité plus lourde et plus alarmante que la poule; car les femelles, dans cette race, ne sont pas moins fécondes qu'héroïques, et elles ne peuvent compter que sur elles seules pour l'éducation de leur nombreuse famille. Or, cette éducation dure des saisons entières et demande des soins infinis; les petits sont d'une
santé aussi délicate dans leur jeune âge qu’ils sont robustes dans l’âge adulte, et toutes les herbes de la forêt et de la plaine sont semées d'ennemis invisibles. Encore si la famille n'avait à craindre que les ennemis du dehors; mais les ennemis les plus redoutables, hélas ! sont dans son propre sein. Oui, ces pères qui, d'après les lois ordinaires de la nature, devaient être les premiers tuteurs et les guides attentifs de leurs infortunés rejetons, ces pères dénaturés, ces pères fainéants, ne se contentent pas de laisser lâchement retomber sur leurs épouses toutes les charges de l'entretien et de la nourriture de la famille, ils poussent l'oubli de leurs devoirs les plus sacrés jusqu'à se faire les bourreaux de leur propre sang, à ce point que les mères ont plus à se cacher d'eux que du renard.
Et ce n’est pas seulement la chair des poussins qui affriande toutes les mauvaises bêtes de la création, toujours à l'affût de la couvée:; les corbeaux et les pies, qui tâtent quelquefois du perdreau, du poulet et du faisandeau, prétendent que les œufs d’où ils sortent sont encore préférables, et, pour se procurer cette nourriture délectable, il n’est pas de bassesse dont ils n'usent ; et les fouines disent de même. Vous jugez s'il était nécessaire que Pieu mit au cœur de la poule un fonds inépuisable de tendresse maternelle pour lui donner la puissance de résister à tant d’assauts et à tant de persécuteurs.
Alors les pauvres mères, abandonnées de leurs défenseurs naturels et affligées de tant d’angoisses, ont été obligées de chercher auprès de l'homme l'appui qui leur manquait chez elles. C'était tout ce que voulait la Nature. C'est ainsi qu'elle a obtenu le ralliement forcé d'une foule d'espèces de l'ordre des Vélocipèdes, coq domestique, paon, faisan, pintade, dindon, etc. Les perdrix, qui se marient et qui sont toujours à deux dans chaque ménage pour protéger les poussins, n’ont pas eu besoin de recourir à la même assistance ; les caïlles, qui vivent sous le régime de la promiscuité, et qu'il est impossible d’acclimater à raison de leur amour des voyages, avaient leur fécondité extrême pour se sauver de la destruction.
Comme je le disais donc, Dieu nous a livré les Vélocipèdes par les vices des mâles et par les vertus des femelles; et s’il a jugé à propos de condamner les pécheurs aux flammes éternelles (rôti) en
expiation de leurs méfaits, il ne nous appartient pas d'aller à l’encontre de sa sentence. S'il nous a laissé la possibilité d'apprécier encore la délicatesse de la chair là où il nous interdisait l'admiration des qualités de l'esprit, nous devons le remercier de sa bonté infinie et nous résigner même avec philosophie à nous faire les exécuteurs de sa sainte volonté à l'égard des coqs, sauf à reporter sur les poules exclusivement tout l'intérêt que mérite la famille. Cette morale de l’Analogie, en même temps qu'elle est consolante, a l'avantage d'être conforme aux commandements de Dieu.
Ne demandons pas à l'histoire, qui ne nous répondrait pas, à quelle époque précise a été conclu le traité d'alliance entre la Poule et l'Homme, car c’est toujours par les femelles, douces et sympathiques à l'homme, que les espèces se rallient à lui; mais l’analogie heureusement sait bien des choses que l'histoire ignore, et n’est pas tenue de se taire toutes les fois que celle-ci a le bec clos.
Puisque tous les vélocipèdes sont granivores, ils sont naturellement amis de l'homme qui fait venir les grains (le lecteur n’a pas oublié cet aphorisme mémorable). La conciusion du traité d'alliance entre la poule et l'homme a donc eu lieu aux temps voisins de l’invention de la charrue. Le pigeon, qui est plus granivore encore que le vélocipède, et qui est même exclusivement granivore, s'est rallié pour cette raison avant le coq; mais il y a une espèce qui a pris les devants de la soumission sur le pigeon et sur le coq, c’est le faucon ou l'épervier, parce que l’homme a dû vivre de chasse avant de vivre du grain de ses moissons. Les plus anciens livres du monde, le livre de Job, la Bible et même l'Odyssée, confirment à cet égard les assertions de l’analogie, Moïse, qui vivait quinze cents ans avant Jésus-Christ; Job, plus antérieur encore; Homère, qui est de trois siècles au moins plus moderne que Moïse, connaissent tous l'épervier et le pigeon, mais ils ignorent la poule. La Batracomyomachie parle bien de celle-ci, mais cette œuvre est de beaucoup postérieure à l’Iliade et n'a jamais appartenu à Homère.
D’autres considérations non moins importantes que celles qui précèdent, et prises d'un point de vue non moins philosophique, viennent encore confirmer la légitimité de nos appétits pour la
chair des vélocipèdes. Dieu semble avoir si bien compris la haute utilité de ces espèces pour l’homme, qu'il n’a voulu en déshériter ni un seul continent ni une seule latitude. D'abord il a fait ces familles pour l'immense majorité sédentaires, et quant aux rares espèces voyageuses comme la caille, il les a forcées de parcourir successivement toutes les contrées du globe et de payer tribut à chacune en passant. Ainsi il a donné à l'Afrique l’Autruche, les Outardes, les Pintades, une foule d’autres pulvérateurs (gallinacés) ; à l'Amérique, le Nandou, le Dindon, les Hoccos, les Marails, etc.; à l'Australie, les Dromés, etc.; à l'Asie le Casoar, le Paon, l’Argus, les Faisans, le Coq, le Népaul, le Lophophore, ete.; à l'Europe enfin, les Tétras, les Francolins, les Perdrix, les Gangas. De plus, pour stimuler les peuples à la conquête des espèces étrangères à leur sol et pousser, en résultat final, au partage fraternel de toutes ces races précieuses entre tous les habitants du globe, il les a douées d’une facilité de domestication exemplaire et d’une vigueur de complexion sans égale qui leur permet de s’acclimater partout et de suivre partout l'homme. Avant un demi-siècle l'Europe aura vu s’acclimater dans ses principaux États les pénélopes, les hoccos, les pauxis et les colins d'Amérique et les gouras, les népauls, le lophophore et l’éperonnier d’Asie, qui n’ont pas plus de raisons que les paons et les faisans pour refuser de traiter avec l'homme. Entre temps, les Français d'Algérie auront domestiqué l’autruche et peutêtre l’outarde. Et ces résultats que j’annonce n’ont rien de merveilleux, rien qui sente l'utopie. Déjà les Anglais sont tout près d’avoir réalisé quelques-unes de ces impossibilités, et pendant que nous nous acharnons, nous tous tant que nous sommes, braconniers ou chasseurs, à exterminer les derniers chevreuils, les dernières outardes ou les dernières bartavelles de notre triste patrie, ils sont là au Jardin des Plantes deux ou trois naturalistes courageux, MM. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire et Florent Prévost entre autres, qui s’attachent avec une persévérance infatigable à combler ces vides affreux par l’acclimatation de magnifiques espèces en ruminants et en vélocipèdes. A la disparition imminente de nos richesses cynégétiques nationales, cerf, daim, chevreuil, bouquetin, isard, outarde, ils répondent par la naturalisation du grand cerf
d’Aristote, du cerf cochon de linde, du cerf de Virginie, de l’Axis du Bengale, du Lama, de la Vigogne des Andes, du Dromé de l'Australie, de la Bernache d'Égypte, etc., etc. Vienne une loi raisonnable sur la chasse qui mette enfin un terme à la boucherie des espèces précieuses et qui concilie dans de sages limites l'exercice de la vénerie avec la conservation du gibier-poil et plume, et alors nous verrons tout à coup nos forèts, nos plaines, nos montagnes, pulluler de moules inconnus conquis par la vraie science sur tous les pays du globe; et tous les vrais amis des bêtes et tous les gastrosophes, m'imitant, béniront dans leur reconnaissance les noms glorieux des hommes que je viens de citer.
J'ai signalé à travers cette longue excursion dans le domaine des causes providentielles les raisons de la majestueuse prestance des espèces vélocipèdes. Cette majesté est un des caractères proéminents de l’ordre. J'ai parlé de la richesse du costume des mâles, de leur fierté, de leur orgueil. C’est pour cette race que le verbe se pavaner a été inventé. Se pavaner, c'est se mirer dans sa propre splendeur, ainsi que fait le paon, que Junon, la reine de l'Olympe, voulut pour attribut. On à retenu que l’inconstance en amour, la jalousie, l'humeur batailleuse et la passion du luxe extérieur étaient les caractérielles dominantes de ces beaux fils, et que les femelles n'avaient recu en partage que l'humilité, la douceur, l'héroïsme maternel, la sympathie pour l'homme. Un autre caractère essentiel et séparatif de l’ordre des Vélocipèdes est la pesanteur du vol, compensation nécessaire d’une marche rapide. L’aile ronde, le bee voûté et court, les tarses vigoureux et cylindriques, sont encore des signes auxquels on peut les reconnaitre. Tous les Vélocipèdes nichent à terre et y vivent; plusieurs espèces néanmoins se branchent pour dormir. Presque toutes grattent la terre pour y chercher leur pâture. Beaucoup ont l'habitude de vivre en société et demeurent attachées aux lieux qui les ont vues naïtre. Dieu devait faire fécondes ces espèces dodues et succulentes si précieuses pour l'homme ; la fécondité est en effet l'apanage du plus grand nombre et surtout des plus délicates. Or, cette fécondité exige à son tour que les petits soient en état de courir et de manger tout seuls aussitôt qu'ils sont sortis de l'œuf; car la mère, à qui incombe tout le
| CLASSIFICATION. 367 fardeau de leur éducation, ne pourrait les nourrir. La longueur de l'éducation de ces petits, ainsi que leur délicatesse de complexion dans le jeune âge, sont encore des caractères propres à la famille. Je garderai les autres signes distinctifs d’une importance secondaire pour la division des séries, des groupes et des genres.
Il est pourtant un dernier caractère général qui n’est pas exclusif à l’ordre des Vélocipèdes, mais qui se retrouve chez toutes les espèces granivores et que je veux signaler : c’est la sympathie touchante dont toutes ces espèces sont animées à l'égard des nobles quadrupèdes qui aident l'homme dans ses travaux agricoles. Cette sympathie, qui avait frappé les anciens, est facile à expliquer au moyen du fameux aphorisme de la granivorie.
IL est tout simple, avons-nous dit, qu'un oiseau des champs qui vit de graines ou d'insectes soit ami de la charrue qui ouvre le sein de la terre pour mettre à nu les larves et les vers qui s'y cachent, et pour y déposer le germe des moissons à venir. Or, pour ces oiseaux-là, le véritable nom de la charrue est cheval, cheval ou bœuf suivant les pays, et quand ils voient se diriger sur le terrain du travail un ou deux de ces animaux trainant une charrette ou un véhicule quelconque, ils ne peuvent pas s'enfuir à l'approche de l’attelage ; car ce serait faire une impolitesse gratuite à qui ne leur a fait que du bien, et ces facons d’agir ne sont pas dans leurs mœurs ; ils aiment mieux le saluer. L'homme exploite bien lâchement cette noble sympathie des oiseaux -pour le cheval et pour le bœuf, pauvres bêtes innocentes qu'il associe de force à ses méfaits; mais il n’a pu tarir encore dans le cœur des victimes la source de leur confiance naïve dans la loyauté de leurs amis naturels. Aux premiers temps de notre occupation de l'Algérie, pays où l’indigène était plus charitable aux oiseaux du ciel qu’à ses frères, l’apparition d’une seule charrue suffisait ponr amener sur les pas du laboureur des myriades d'oiseaux de tous les points de la plaine. Les plus familiers de la bande, les traquets, les hochequeues, le héron garde-bœuf, commencaient par accaparer les places les meilleures et s’adjugeaient la primeur des mottes retournées. Puis venaient à la suite l’étourneau, le corbeau, le rollier, la pie-grièche, le merle, la perdrix et vingt autres, faisant au travailleur un cor-
tége de fête, amusant ses regards du spectacle de leur fourmillement actif, de leurs querelles bruyantes, de leurs catégories confuses. Dans l'Amérique méridionale, le gaucho qui a besoin d’une perdrix pour son diner s'en va tout simplement la chercher à cheval. Il se dirige vers la première qu'il avise et lui passe au col un lacet disposé au bout d’une grande gaule. La perdrix ne bouge pas; elle ne fait que lever la tête pour faciliter l'opération. Voilà quelques siècles déjà que l’âge de ces jeux est passé pour la France, où l’oiseau n’a plus foi en l’homme; mais que de trahisons et de meurtres il en a dû coûter au souverain de la terre pour détruire au cœur des oiseaux cet amour pour sa race que l’auteur de toutes choses y avait si solidement incrusté!
Un jour, quand la vapeur aura enlevé au cheval son dernier instrument de travail, quand elle labourera à sa place, la charrue s'incarnera dans l'esprit de l'oiseau sous la forme d’un panache de fumée qui marche, et l'homme pôurra encore abuser pendant un certain temps des remparts de la machine pour assassiner ses amis.
Il n’est pas d'ordre plus complet, plus distinct, plus isolé de tous les autres que celui des Vélocipèdes, et je tombe réellement de mon haut quand j'entends Linnæus et Buffon, et d’autres naturalistes.de premier mérite, reprocher à la nature de n'avoir pas tracé entre les divers groupes de l’ordre une ligne de démarcation assez nette. « Chose étrange! s'écriait Charles Fourier dans son humble langage, que tous les philosophes aient manqué la solution du problème des destinées sociales, pour en laisser la gloire à un obscur sergent de boutique! » Chose non moins étrange! m'écrierai-je à mon tour, que tant d’ornithologistes illustres aient eu les yeux fermés sur les caractères séparatifs de l’ordre des Gallinacés, pour laisser l'honneur de les découvrir et de les indiquer à un obscur analogiste, chasseur de son métier! En effet, là où les maitres se plaignent de la parcimonie de la nature en caractères différentiels, j'en suis à déplorer sa profusion inouïe et sa prodigalité; là où ils se disent empêchés de trouver un type suffisamment générique, je rencontre ces types en si grand nombre que je ne sais plus lequel prendre. Mon embarras n’est pas moindre que le leur; seulement c’est l'embarras du choix.
Une des premières causes de la confusion où sont tombés tous les nomenclateurs, Buffon et Cuvier en tête, git dans l’impropriété et dans l’insignifiance de la dénomination de Gallinacés qu'ils ont donnée à l'ordre des Coureurs. L'insignifiance des termes est un vice impardonnable dans une nomenclature sérieuse où tout nom doit avoir un sens clair et précis; et je défie les plus habiles maitres de rallier qui que ce soit, gens ou bêtes, sous un étendard invisible, sans devise ni couleur. Ce nom de Gallinacés n’a eu d'autre avantage jusqu'ici que d'apporter le trouble et le chaos dans une famille admirablement ordonnée et hiérarchisée par la nature, Si Georges Cuvier et les siens avaient eu le bon esprit de faire comme moi et de remplacer cette dénomination insignifiante de Gallinacés, qui ne veut rien dire du tout, par celle de Pulvérateurs qui veut dire quelque chose, il est plus que probable qu'ils n'auraient pas eu sujet d'accuser la nature. Le chaos dont ils se plaignent est celui qu'ils ont fait.
Non-seulement Pulvérateurs signifie quelque chose, mais ce quelque chose rappelle une habitude fonctionnelle commune à toutes les espèces de la famille que l’on voulait désigner par le nom de Gallinacés. Pulvérateurs a un autre mérite encore : de loin le mot fait image, et il suffit de le prononcer devant vous pour forcer votre pensée de se rabattre sur la perdrix, le faisan et la poule, que vous avez vus mille fois poudroyer et gratter la terre. Prenez donc Pulvérateurs, puisque toutes les espèces de votre ordre des Gallinacés sont enclines à faire de la poussière, et que telle poudroie dans le sable vitrifié, telle autre dans la neige, celle-ci dans les guérets, celle-là sous les chênes.
Une difficulté surtout qui a fort embarrassé les savants a été de savoir comment on s’y prendrait pour séparer la tribu des outardes de celle des Gallinacés proprement dits. Des savants embarrassés pour distinguer un oiseau qui n’a que trois doigts d'un oiseau qui en a quatre! La chose est vraie, sur mon honneur, si elle n’est pas vraisemblable. Mais alors qu'on me dise donc ce qui sera aisé, s’il est si difficile de compter jusqu’à quatre!!!
L'ordre des Vélocipèdes ne renferme que deux séries : celle des
Coureurs qui ont trois doigts, Tridactylie; celle des Coureurs qui en ont quatre, Tétradactylie.
Maintenant, comme tous les bipèdes qui courent, emplumés ou non emplumés, sont forcés de lever le talon et de s'appuyer sur la peinte des pieds, la logique m'a forcé à renoncer pour la dernière série à mon système habituel de division, qui m'eût donné les Dactylidrômes et les Pollicidrômes. Alors j'ai conservé à la première série son nom de Tridactylie tout court, et choisi pour la seconde celui de Pulvérateurs pour les causes signalées plus haut.
PREMIÈRE SÉRIE : Tridactylie. — Cinq genres : Outarde, — Courvite, — Turnix, — OEdicnème, — Pluvier; onze espèces, plus deux ambiguës.
La différence dans le nombre des doigts n’est pas la seule qui sépare les Coureurs tridactyles des Pulvérateurs. Plusieurs autres caractères contribuent à établir entre eux une ligne de démarcation bien tranchée. Les Tridactyles habitent exclusivement les steppes, les hautes terres, les plaines découvertes, Ils tiennent de
l'échassier pour l'humeur vagabonde, changent volontiers de canton, émigrent même. La fécondité des femelles de cette série, loin d'approcher de celle qui caractérise les Pulvérateurs, est au contraire fort restreinte. Le bec présente encore des différences trèsmarquées ; enfin les goûts de toilette ne se ressemblent plus. Les Tridactyles affectionnent particulièrement la couleur jaune terreux, qui est celle des herbes et des champs brülés par le soleil, et leurs dépenses de parure portent principalement sur les articles collier et ornement de poitrine; ils négligent presque tous leur coiffure et leur queue. Enfin les rares espèces qui s’arment portent l'épée au poignet (coude). Tout cela est contraire aux habitudes de tous les Pulvérateurs, coqs, faisans, paon, dindon, etc., qui se ruinent en dépenses de coiffure, étalent des queues splendides et portent l'épée au talon (éperon).
Je viens de dire les caractères communs aux diverses espèces tridactyles, l'amour des uniformes jaunes, des colliers noirs, du vagabondage et des steppes. Elles se distinguent parfaitement les unes des autres par la forme du bec et le genre de nourriture. Beaucoup sont exclusivement vermivores ; aucune n’est exclusivement granivore.
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GENRE OUTARDE. — Ce genre ne compte réellement que deux espèces en France, la grande et la petite outarde, dite vulgairement Canepetière. L'outarde Houbara, dont la patrie est l'Afrique, n'apparait sur notre territoire qu’à la suite de rares accidents. Ce nom d’outarde dérive de deux mots, l’un grec, ofis, l’autre latin, tarda, qui signifient à peu près oiseau lourd. Les gendarmes prononcent la Houtarde, comme on dit la onzième, mais cette locution n’est pas pure.
Caractères du genre. — Tarses nus, jambe musculeuse, plastron largement développé, corps pesant, doigts courts et rectilignes reliés à leur base par une membrane étroite qui se prolonge jusqu'à l'ongle; col effilé ; bec un peu voûté, mais comprimé et un peu large à la base, et se rapprochant de celui de l’autruche qui est plat et triangulaire; grands yeux, iris jaunâtre, attitude verticale, ailes arrondies, vol saccadé, sibilant, lourd ; course rapidissime. Les outardes habitent les plaines découvertes et les terrains les plus secs et les plus arides; leur véritable patrie est la steppe de Russie ou le désert d'Afrique. Leur nourriture se compose de grains, d'herbes, d'insectes, vers, scarabées, grillons. Elles vagabondent plutôt qu'elles n’émigrent, et transhument pendant l'hiver des steppes du Nord à celles du Midi, ce qui est cause que leur chair est excellente, quoiqu'un peu sèche, et convient surtout au pâté. Ces oiseaux boivent fort peu.
LA GRANDE OUTARDE. — La grande outarde est la plus proche parente de l’autruche en Europe. C’est la plus belle pièce de gibierplume de France; c’est le plus gros et le plus pesant de tous les oiseaux que nourrit notre patrie. Son poids, qui est quelquefois de seize kilos, dépasse de deux kilos celui du pélican et de quatre celui du cygne; mais cette haute taille et ce poids exorbitant n'appartiennent qu’au mâle.
L'outarde est le plus rapide de tous nos oiseaux coureurs. Par contre, le vol est un exercice très-fatigant pour elle; aussi ne s’y livre-t-elle qu'avec une répugnance visible et lorsqu'il y a péril en la demeure. Elle est obligée de courir longtemps sur la pointe des pieds et de s’aider du vent et des ailes pour prendre l'essor, à la façon des oies privées. La plus légère des avaries dans sa voilure
l'expose à de graves désastres. Une fois que des paysans champe” nois se rendaient de Suippe à Châlons-sur-Marne avant le lever de l'aurore, ils avisèrent à quelque distance de la route un troupeau de bêtes qui semblaient faire d'inutiles efforts pour se détacher du sol; et, s’en étant approchés pour contempler le phénomène de plus près, ils reconnurent que les oiseaux empêchés étaient des outardes de la plus grande espèce à qui le verglas de la nuït avait si bien cadenassé les ailes qu’elles ne pouvaient plus s’en servir ni pour le vol ni pour la course. De laquelle position nos barbares pèlerins abusèrent naturellement, comme nous aurions fait à leur place, pour assommer les malheureuses volatiles dont le marché de Chälons, capitale du pays des outardes, se trouva par extraordinaire largement approvisionné ce jour-là. L'outarde est un coup de fusil de vingt francs au bas mot.
La fatigue d'amour produit quelquefois chez le mâle le même résultat que le verglas.
Il existe une variété jaune de la dinde domestique dont la femelle donne une idée assez exacte de l’outarde quant à la taille, aux allures, à la couleur du manteau et à la physionomie générale. La différence entre les deux moules consiste surtout en ce que chez la dinde la tête est nue et garnie de caroncules et la gorge fanonnée, tandis que chez l'outarde la tête est parfaitement garnie de plumes et que le mâle remplace avantageusement le fanon de chair rouge par une fraise élégante de plumes barbues et frisées. Pour complément à cette parure de bon goût, empruntée comme toujours au costume des raffinés du Louvre, l’outarde ajoute une riche pèlerine ou plutôt une riche housse de plumes fines d’un fauve rutilant qui lui retombe gracieusement sur les épaules. Le bec est à peu près semblable à celui du dindon, aux dimensions près de la racine, qui est plus large chez l'oiseau sauvage que chez le domestique; la mandibule supérieure est aussi moins votée. La gorge, la poitrine et l'abdomen sont d’une teinte uniforme blanc jaunâtre; le dessus de la tête et la partie supérieure du corps, les couvertures des ailes et la queue sont striés de barres brunes transversales sur fond jaune. Ces barres transversales, qui ne se continuent pas en lignes droites, mais laissent entre elles des espaces vides, et qui al-
ternent régulièrement dans leur longueur du brun foncé au jaune clair, historient ce manteau d’une maillure élégante. La disposition de ces bandes alternées est absolument semblable à celle qu'on observe chez le dindon. La queue de l’outarde est presque aussi étoffée, mais beaucoup plus courte que celle de ce dernier, dont elle imite les évolutions rotatoires dans les grandes démonstrations de tendresse amoureuse.
Les mâles étant moins nombreux que les femelles dans cette espèce, elle est naturellement régie par la polygamie. Les mâles se constituent un harem à l'instar des coqs d'Inde et des coqs de bruyère, et jettent successivement le mouchoir à chacune de leurs odalisques, qui se retirent dans la solitude aussitôt qu'elles sont fécondées. Les mâles, énervés par l'excès des plaisirs, ne tardent pas à suivre leur exemple, et s’en vont de leur côté demander à quelque Thébaïde bien éloignée du monde un refuge contre les orages de la vie. Nous retrouvons ces habitudes chez le dindon sauvage des forêts de l'Ohio.
La femelle niche dans les blés et dans les étoules des grandes plaines. Son nid se compose de quelques coussins d'herbes sèches déposés contre les parois d’une cavité peu profonde. La femelle y pond en avril deux ou trois œufs seulement. On dit qu’elle les transporte en un autre lieu quand elle soupconne que son nid est connu. Les petits courent en sortant de l'œuf; mais, comme leurs ailes ont besoin d’un long travail pour se développer complétement, les pauvres petites créatures restent pendant les deux ou trois mois que dure leur croissance à la merci des flâneurs, des renards et des chiens. Aussitôt que les petits sont en état de voler, les bandes se reforment sous la conduite d’un vieux mâle et restent assemblées tout l'hiver. Les êtres craintifs qui ont des motifs pour se dissimuler parlent peu; l’outarde est un des oiseaux les plus taciturnes que l’on connaisse.
La Champagne pouilleuse, qui était du temps de Bélon si féconde en outardes et si stérile en productions végétales, est encore aujourd'hui la seule contrée de la France où ces oiseaux se plaisent et consentent à nicher. Mais je ne citerai que deux faits pour donner une idée de la rareté de l'espèce. Beaucoup de chasseurs, moi com-
pris, ont chassé des années entières dans la Thébaïde champenoise sans avoir eu l’occasion de tirer une seule outarde, et Chevet, l’'illustre marchand de gibier du Palais-Royal, n’en recoit jamais plus d’une demi-douzaine par hiver depuis nombre d'années. La grande outarde est passée à l’état de mythe en Artois, en Vendée et en Brenne, et jusque dans les craus pierreuses du Midi, où elle avait l'habitude de prendre jadis ses quartiers d'hiver. Son apparition dans ces contrées crédules est considérée aujourd'hui comme l'annonce de graves événements politiques, bien qu'elle se borne généralement à annoncer le froid.
Le séjour de prédilection des outardes dans le désert champenois était l’espace compris entre les villes d’Arcis-sur-Aube et de Chälons-sur-Marne. On la rencontrait fréquemment aussi dans le canton de Suippe et dans les steppes voisines du fameux camp d’Attila, pays peu ombragé, où l’on voit courir un mulot à cinq cents pas de distance. Le camp d’Attila est situé à égale distance à peu près de Châlons et de Sainte-Menehould. Les nombreuses plantations de pins que l’industrie agricole a créées dans la patrie des outardes ont cruellement rétréci depuis un demi-siècle les limites de leur désert, et n’ont pas peu contribué à leur faire déserter le territoire national. Dieu veuille que la gelinotte, amie des forêts de pins et voisine de la Champagne par les Ardennes, vienne s'établir au moins à la place de l’outarde dans la contrée ingrate! J'ai dit que la Russie méridionale, pays de plaines rases, et l'Espagne, hostile aux forêts, avaient hérité des dépouilles opimes de nos steppes. Je verserais encore des larmes abondantes sur cette grande infortune, si mes yeux n'étaient secs de l’avoir tant pleurée.
La chair de l’outarde, riche de sues, moitié noire et moitié blanche, sans être un morceau d’empereur, est un rôti digne d'estime ; les artistes culinaires d'Harmonie en font un cas immensef à raison de la taille énorme et de l'incroyable succulence de chair qu'ils sont parvenus à donner à l'oiseau par le procédé du chaponnage anticipé. Les phalanges d'Harmonie ont été plus heureuses que les Français et les Russes de civilisation, dont tous les efforts pour domestiquer l’outarde ont échoué jusqu'ici.
La grande outarde, étant la plus noble pièce.de gibier-plume de
la France et même du continent d'Europe, avait droit, à ce titre, à une notion spéciale dans le troisième volume de cet ouvrage, à la lecture duquel je renvoie les lecteurs curieux de plus amples détails ; et, comme j'ai fait ainsi pour toutes les espèces de l’ordre des Vélocipèdes, je demande qu'on prenne note du renvoi une bonne fois pour toutes, et qu'on me dispense à l'avenir de la répétition fastidieuse de cet avertissement. L’outarde se chasse avec des chiens courants, comme le dindon sauvage.
LA CANEPETIÈRE. — Ce n’est pas l’analogie qui a servi de marraine à la petite outarde, car elle l’eût baptisée autrement, attendu que la petite outarde n’a rien de commun avec la cane. Comme elle l’eût baptisée probablement l’outarde à collier, je propose de l'appeler de ce nom, qui joint à l'avantage de caractériser l'espèce celui de faire disparaître du dictionnaire de l’ornithologie francaise un nom peu poétique. Les braconniers de la Touraine et du Maine, qui appellent la petite outarde canepétrelle, disent que ce nom lui vient de la ressemblance de son vol avec celui du canard et de l'habitude qu’elle a de vivre dans les steppes pierreuses (pétrelle, de petra, pierre). Je serais tenté de donner raison à l’érudition de nos braconniers de l’ouest, si l'explication des anciens fauconniers ne me paraissait préférable.
La canepetière, qui couvrait jadis de ses troupes nombreuses toutes les plaines un peu nues de la France, et qui était moins rare que la caille ne l’est aujourd'hui dans les plaines de Genevilliers et de Nanterre, est aussi une magnifique pièce de gibier-plume. On la volait donc avec amour aux beaux temps de la fauconnerie, que nos neveux verront renaitre. Or, quand un oiseau lourd se voit en . butte à l’attaque d’un faucon, une des premières opérations que lui conseille la peur est de se débarrasser de son lest pour se faire aussi léger que possible. Ainsi fait l'aéronaute qui veut piquer une tête dans le sein de la nue; ainsi fait le héron à mesure qu'il s'élève : ainsi fait la petite outarde, qui n’a qu'une médiocre confiance dans la rapidité de ses ailes, et qui sait n'avoir pas de temps à perdre pour mettre ses affaires en règle quand le faucon l'attaque. La petite outarde n'attend donc pas, comme le héron, que la densité de la couche d'air qu'elle traverse décroisse dans telle ou telle propor-
tion pour alléger son poids. Elle se 'déleste dès le départ ;"mais, comme cette opération ne se fait pas sans trouble et s'accompagne ordinairement d’un bruit qui a recu un nom dans la langue des hommes, les fauconniers, témoins auriculaires de la chose, ont ap pelé l'oiseau canepetière.
La petite outarde est le moule réduit de la grande. Elle lui ressemble autant qu'il est permis à un oiseau d’un à deux kilogrammes de ressembler à un de seize. C'est le même plumage, le même bec, les mêmes pieds, les mêmes allures, la même physionomie, la même discrétion et la même défiance; même manière de vivre, de nicher, d'élever la famille. La grande outarde est plus grosse que le dindon, la petite est de la taille du faisan ; voilà toute la différence. 11 y a bien quelques légères dissidences de goût entre les deux espèces en matière de toilette, maïs cette diversité de goûts ne constitue que des nuances. Ainsi la canepetière ne porte pas, comme la grande outarde, une fraise à la Henri IV dans la saison d'amour; mais elle remplace avec avantage cet ornement prétentieux par un magnifique collier de velours noir et par une belle écharpe de même étoffe. La disparition de cette double écharpe, après la mue d'été, laisse voir une élégante cuirasse maillée de filets noirs sur fond jaune. Sa queue s'épanouit également en éventail sous l'influence de la passion d'amour, et prend cette disposition tectiforme qui est un des caractères distinctifs de la queue du faisan et de celle du coq domestique.
La petite outarde a encore l'aile moins paresseuse que la grande, et ses mœurs sont un peu moins farouches, parce qu’elle a moins besoin de se cacher. Néanmoins on l’a citée de tout temps pour sa défiance et sa réserve extrêmes, et du temps de Bélon on disait d’une personne d’un abord difficile qu'elle faisait sa canepetière, comme on dit aujourd'hui qu’elle fait sa chipie.
Le vol de la petite outarde est sibilant comme celui du canard; elle court pour prendre l'essor, et se laisse approcher par les voitures et surtout par les chevaux. Cette malheureuse confiance dans le porteur de l’homme, qui lui est commune avec la grande outarde, avait été signalée par les anciens veneurs dès avant l’époque de Pline.
Le temps n'est plus où les innombrables légions de la canepetière obscurcissaient le soleil de la Brie, de la Beauce, du Poitou, du Languedoc. La petite outarde, à l'heure actuelle, est un des oiseaux les plus rares et les plus inconnus de la France, et les braconniers eux-mêmes savent à peine son nom dans les lieux qu’elle habite. Ce coureur des steppes que les paysans de la Touraine appellent eanepétrelle n’est autre que l'ædienème, plus connu du vulgaire sous le nom de courlis.
Les patries de la canepetière étaient celles que nous avons précédemment assignées à l'outarde, les provinces aux grandes plaines. Ses derniers séjours de prédilection sont encore à présent les plaines du Berry et celles de la Vendée, plus la contrée aride et pierreuse qui s'étend à l’ouest de la forêt de Fontainebleau, dans la direction de Milly et de la Ferté-Aleps. La Beauce, l’Artois et la Champagne en voient bien apparaître chaque année sur leur sol quelques couples perdus, mais l'oiseau est si rare qu’il n’a pas même de nom dans ces contrées barbares; et, comme l'ignorance où l'on est de ses mérites ne permet pas de lui attribuer une valeur vénale, il arrive quelquefois que le braconnier qui le tue le cloue sur un des battants de sa porte cochère comme un oiseau de proie, Si je n'avais été témoin du fait, je ne le dirais pas.
La chair de la canepetière, noire et blanche comme celle de l’outarde, mérite de figurer à la meilleure table. Un chapon d’outarde à collier, engraissé à l’épinette d'après la méthode harmonienne, damerait probablement le pion à tous les chapons du Maine et même aux poulardes de Bresse.
L'outarde à collier, si rare en France, est encore un gibier fort commun aujourd'hui dans toutes les plaines arides et caillouteuses des autres États voisins de la Méditerranée. Les steppes de l'Adriatique, de l'Espagne et de la Grèce en foisonnent. Les champs brûlés de la Syrie, de la Judée, de l'Égypte, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et du Maroc n'ont pas une place nue et plate où la canepetière n'ait le pied, La petite outarde est ce gibier glorieux que nos colons d’Algérie connaissent sous le nom de poule de Carthage ou de faisan d'Afrique, et dont ils disent la chair plus délicate que celle de la bécasse. Les steppes de la Crimée, de la Russie méridionale et de la
Tartarie nourrissent à elles seules plus d’outardes grandes et petites que toutes les autres contrées du globe réunies.
LE HOUBARA. — Le houbara, qu'on a tué quelquefois en France, est l'espèce la plus remarquable du genre par le luxe extravagant de ses costumes de noces. Aucune autre espèce volatile, à l’exception du Combattant, ne porte aussi loin que le houbara le culte de la coiffure et de la cravate. Il ne se contente pas de se barder la poitrine par une double écharpe de velours comme l’outarde à collier, il éprouve le besoin de surcharger son chef d’une huppe de marabout retombant sur la nuque; il lui faut de vastes fraises de pareille étoffe qui lui emprisonnent le col de l'oreille à l'épaule, et débordent de droite et de gauche en bossoirs luxuriants. Le houbara est du pays des nègres comme la grue couronnée; j'ai bien peur qu'il n'ait pris comme elle pour patrons, en matière d’atours, les rois de sa patrie. Il vise au majestueux et n’atteint qu'au grotesque. Le vol du Houbara par le faucon est riche d'incidents curieux.
Le groupe des Outardes, brusquement interrompu en France par défaut d'ambigus, se continue parfaitement dans le cadre général par la tribu des Eudromies et des Tinamous d'Amérique, dont quelques nomenclateurs européens ont eu tort de vouloir faire des perdrix. L’eudromie, qui est de la taille de la canepetière, est une outarde véritable qui témoigne de son respect pour les traditions de la famille en s’habillant des mêmes étoffes que ses parents de l’autre monde. Elle n’a que trois doigts au pied, et son bec ne diffère aueunement de celui des outardes. Les tinamous, tétradactyles, forment un genre intermédiaire entre l’outarde, le râle et la perdrix. Je ne connais pas la chair du tinamou, mais je désirerais la connaître.
LE COURVITE. — Une seule espèce, de passage, exclusive aux plaines caillouteuses de la Provence et du Languedoc. Très-rare et inconnue des dix-neuf vingtièmes des chasseurs. Grosseur de la tourterelle. Attitude verticale; taille grêle, élancée ; hautes jambes ; bec plus long et plus voûté que celui de l'outarde; ailes aiguës, contrairement aux habitudes du groupe; manteau jaune isabelle, collier marron, bordure inférieure des pennes noire. Originaire de Syrie et d'Égypte, jeté par accident sur nos côtes.