CHAPITRE HI
Où il est prouvé par la mème méthode que le rang des espèces est ‘en raison directe de l’autorité féminine, et que l’Ignorance est la Haïne, comme la Science est l'Amour. — Solution radicale et inattendue d’une foule de questions insolubles. — Résumé.
Rien de plus simple et de moins ambitieux au premier aperçu que cette moitié de formule : le rang des espèces est en raison directe de l’autorité féminine, ce qui revient à dire que le rang d’une espèce est d'autant plus élevé que le rôle de la femelle y est plus important. C’est tout au plus si la proposition a l'air de vouloir vous révéler le dernier mot de la classification universelle. Maïs gardezvous bien de vous fier à cette modestie apparente. Cette simplicité n'est qu'un leurre, et ce leurre cache un abime prêt à engloutir le vieux monde..La formule du gerfaut est encore mieux peut-être qu'un abime : c’est un vastealambic dans lequel la Médée de l’analogie passionnelle s’est amusée à entasser toutes les questions capitales des sociétes limbiques pour les amalgamer et les fondre, et former de leur essence combinée l'embryon d'une société nouvelle. La formule du gerfaut est, à proprement parler, la formule de la Palingénésie scientifique, économique et sociale.
L'expérience m'avait déjà fait comprendre avant cette dernière lecon qu'il était aussi impossible d’assigner une limite à la portée d’une formule analogique bien conçue que de constater à priori ce qu’il peut tenir de sagesse et de folie au fond d’une bouteille d'encre. Aussi n’ai-je eu qu'à effleurer du regard les dix mots du théorème hypocrite pour me faire une idée du nombre indéfini de ses scho-
lies et de ses corollaires, de ses tenants et de ses aboutissants. A la
suite de la question de la classification universelle marchent cinquante autres questions réputées comme celle-ci insolubles, mais qui s'ouvrent néanmoins avec une facilité extrême et avec la même clef. }
C'est un des graves inconvénients de l'analogie passionnelle de ne pouvoir mettre les pieds dans un fourré quelconque, sans en faire partir à la fois cinquante solutions différentes qui vous éblouissent, qui se croisent et qui s'envolent si bien dans tous les sens qu'il vous est impossible d'en mirer une seule. Les chasseurs qui ont envahi Marly, Saint-Germain ou Vincennes un matin de révolution, peuvent se faire une idée très-juste de cet empêchement; cependant l'inconvénient est moindre encore que de faire buisson creux. Sans doute que cette épée flamboyante de la solution ubicuitaire dont l’analogie est armée est une arme lourde et embarrassante, et qu'il est difficile de remettre au fourreau quand on l’èn a tirée; mais cette épée a l'avantage de trancher tous les nœuds gordiens d'un seul coup. C'est quelque chose ; et si petit que soit ce mérite, il faut bien lui en tenir compte. Les ennemis de l’analogie l’accusent encore de se perdre au pourchas des rapprochements impossibles, et quelquefois aussi de déserter les oiseaux pour courir après les papillons, les abeilles et les fleurs. Et quand cela serait, voyezvous le grand mal, et comme on est bien venu à se plaindre des écarts d’une science qui vous enseigne l'histoire totale de l'humanité ou de l’animalité entre deux parenthèses. Mieux vaut encore allonger les récits sans faire de tort à personne que de bizeauter les phénomènes comme font les autres sciences pour se donner beau jeu. Somme toute, et balance faite des agréments et des travers de l’analogie passionnelle, j'estime que le sage a plus de béné fice à la laisser aller au courant de sa fantaisie qu'à la quereller pour ses frasques ; ainsi fais-je.
Tous les lecteurs sont des ingrats qui trouvent bien que les chapitres d'analogie ne finissent pas, mais qui ne considèrent pas que le moindre de ces chapitres les dispense d'étudier une centaine de gros livres. La plupart des lecteurs ne comprennent pas assez non
et
plus que l’analogie passionnelle, qui considère toutes les sciences comme la même, ne doit voir que des détails là où nous voyons des ensembles, et doit dire ajustage là où nous disons, nous, solution de continuité.
Il est bien évident pourtant que ce que nous appelons esprit de suite, nous autres barbigères, êtres doués de la triste faculté de Séparation et d'Analyse, ne peut avoir le même nom dans la langue des femmes, créatures harmoniennes douées de l'esprit de Synthèse et de Raccordement. Et, en effet, nous voyons que l'esprit de suite auquel l’homme attache le plus grand prix est celui qui parque l'intelligence dans une spécialité quelconque, et qui fait réussir dans l’épicerie, dans la géométrie ou dans le notariat; tandis que la femme préfère l’autre, l'esprit d’embrassement, qui saisit les rapports des choses, qui voltige dans l’espace pour planer sur tous les horizons, et qui s'habille volontiers de paraboles, d’allégories et de métaphores, parce que ces figures sont des mariages d'idées. Ce brave mathématicien qui prit un soir la farce des Plaideurs pour le dénoûment de la tragédie de Britannicus, parce que les deux pièces sont du même auteur, était un homme qui possédait l'esprit de suite à un degré éminent. Or, non-seulement la femme est incapable de commettre une semblable méprise, mais elle est plus disposée à en rire fortement comme d’une bourde que de l’admirer comme un trait de génie supérieur. C’est ce qui est cause que la femme est si faible en géométrie, et qu’elle réussit beaucoup mieux dans l’art de la conversation et dans celui de la danse. Charles Fourier m'a complétement rassuré sur l'avenir de la femme, à laquelle il assigne la supériorité absolue dans une science adorable, celle de la botanique passionnelle, qui consiste à entendre le langage des fleurs et à le traduire fidèlement. On sait que ce genre de traduction doit se payer 12,000 francs la ligne. L’analogie est femme comme les poëtes et les anges.
Ces considérations préliminaires m'ont paru indispensables au début d’un chapitre d’ornithologie passionnelle où nous devions voir la question de la classification universelle, qui en est le sujet principal, aboutir droit à la question religieuse et aussi à la poli-
tique, à l'esthétique, à l'historique et à la grammaticale, sans qu'il y eût moyen de trouver un faux-fuyant pour éviter la rencontre.
C'est la nature qui a créé les êtres et qui les a disposés dans l’ordre où ils sont. Par conséquent , le naturaliste n’a pas de classification à inventer ; il n’a qu’à copier celle que la main de Dieu a tracée. Ç’a été jusqu'à présent le tort de-tous les savants, hormis de quelques astronomes, de distribuer les êtres à leur guise, sans tenir compte de cette distribution de Dieu.
J'ai déjà exposé ailleurs le vice originel de toutes les classifications scientifiques, et développé les vrais principes de la nomenclature naturelle. Je ne ferai donc que rappeler en quelques lignes, à l’occasion des oiseaux, la théorie que j'ai précédemment émise à l’occasion des mammifères.
Les animaux de tous les règnes sont, à l'instar des minéraux et des plantes, des moules particuliers de la passion humaine, des verbes inférieurs de Dieu, destinés à refléter le verbe typique et supérieur de la création terrestre, qui est l’homme. Cette dernière phrase est de celles que je suis forcé de répéter, jusqu'à ce qu’elle soit passée à l’état de lieu-commun.
Les choses étant ainsi, le seul moyen rationnel et scientifique de . distribuer l'harmonie dans les rangs d’un ordre quelconque, et de mettre chaque individu à sa place, consiste à dresser l'échelle passionnelle des êtres inférieurs en regard de l’échelle passionnelle de l'homme, puis à classer chaque série, chaque groupe, chaque genre, chaque variété, dans le cadre correspondant indiqué par son étiquette analogique. Hors de cette méthode naturelle et passionnelle, la nomenclature la plus scrupuleuse est fatalement condamnée aux lacunes, aux méprises et aux alliances monstrueuses.
Plusieurs obstacles s'opposent malheureusement à l'application immédiate de cette méthode si simple, et le plus puissant de tous est l'absence complète du tableau échelonné des huit cent dix caractères humains en majeur et en mineur. On conçoit, sans que je l'explique, combien il doit être difficile de tirer une copie d’un tableau qui n'existe pas.
Si je n’ai pas cherché à dresser ce tableau du clavier passionnel humain, c’est que j'ai parfaitement compris que l'œuvre était de beaucoup au-dessus des forces d’un homme seul, et qu’elle exigeait le travail collectif de plusieurs académies morales et médicales pendant un grand nombre de lustres, plus le triple génie de Molière, de Geoffroy Saint-Hilaire et de Charles Fourier. On peut se retirer, je suppose, devant de telles exigences, sans mériter l’épithète de poltron ni de fainéant.
Mais parce que le temps, la puissance, le savoir et le génie me faisaient faute à la fois pour dresser l'échelle caractérielle du genre homme, et tracer un cadre de classification universelle qui eût environné mon nom de quelque éclat chez les races futures, ce n'était pas cependant une raison suffisante pour m'empêcher d'essayer l'œuvre en petit sur les bêtes de France, ni pour me forcer de garder pour moi ce que je pouvais savoir des dominantes caractérielles des oiseaux de ma patrie. Parce que je n'avais pas en main la carte qui pouvait me guider sûrement à travers les parages inconnus de l'analogie transcendante, je ne vois pas pourquoi je me serais astreint à côtoyer lâchement les nomenclatures officielles, à l'instar du navigateur antique que le défaut de boussole condamnait à serrer la terre. Le cadre n'existait pas, je l'ai supposé existant. Ne pouvant élever de mes débiles mains l'édifice glorieux, j'ai voulu au moins apporter quelques pauvres matériaux pour la bâtisse future. En un mot, forcé de brouter là où j'étais attaché comme la chèvre de Sancho Panca, j'ai tâché d'atteindre aussi loin que me le permettait la longueur de ma laisse. J'ai fait ce que je devais, car j'ai fait ce que j'ai pu.
D'autre part, j'ai eu connaissance que la découverte de la loi de la classification universelle était contemporaine des derniers jours des sociétés maudites, et que c'était en quelque facon l'arche d’alliance qui annoncait la réconciliation de l'homme avec Dieu et la venue du règne de la femme. J'ai su qu'en Jupiter et en Saturne,
globes plus avancés que le nôtre et qui sont depuis longtemps en .
pleine phase d’apogée, la découverte n'avait précédé que de fort peu d'années l'entrée en harmonie. Alors considérant l’obscurantisme et la malice universelle des habitants de la terre, je me suis dit que
les jours de la nomenclature passionnelle n'étaient pas venus encore, et je me suis fait une raison.
D'ailleurs, s’il était au-dessus des forces d’un homme seul de dresser le tableau du clavier passionnel humain , et par suite de classer les oiseaux analogiquement, c'est-à-dire relativement au type unitaire supérieur, rien n’empêchait cet homme de classer méthodiquement ces êtres par rapport à eux-mémes. Le but était même suffisant pour une ambition raisonnable. La chose faite, l'œuvre simpliste achevée, rien ne s’opposait désormais à ce que le nomenclateur fit sortir des rangs de la série nouvellement ordonnée tous les types qui lui conviendraient pour en faire le sujet d'autant d'études analogiques particulières, c’est-à-dire autant de spécimens de sa classification idéale. C’est le plan que j'ai adopté par la raison de sagesse qui dit qu'à défaut de grives, il faut se contenter de merles, et aussi par considération de la timidité intellectuelle de mes contemporains. J'ai même poussé la complaisance plus loin qu'elle ne pouvait aller; car je ne me suis pas borné à esquisser le cadre d'une nomenclature ornithologique passionnelle isolée, mais de concession en concession, j'en suis venu à faconner de mes propres mains une méthode de classification purement matérielle, une méthode.pédiforme, susceptible d’être professée dans les classes et même de servir de guide-âne aux savants. Tant j'avais désir que chacun trouvât son compte à mon système, la femme comme l'homme, le poëte comme le géomètre, l’analogiste comme le savant classique, l'harmonien comme le civilisé.
Si le travail de la classification analogique est un travail d'Hercule, celui de la classification spéciale et inträ-muros n’est qu'une besogne d'enfant. La nature a écrit la loi de cette classification partout et en caractères gros et lisibles, et la formule du gerfaut la répète à qui veut l'entendre. Seulement, comme les oiseaux disent souvent bien des choses que tout le monde n'entend pas, il n’est peut-être pas inutile d'entrer, à ce sujet, dans quelques petits détails. 3
Une question declassification n’est qu’une question de préséance, c’est-à-dire d’étiquette. Cette dernière expression me paraît la meilleure, parce qu'elle est vraie au physique ainsi qu'au figuré.
Or, la question d’étiquette n’a jamais été une question pour la nature. Du moment où elle prenait l'amour pour principe du mouvement universel, elle était bien obligée de donner la préséance au sexe féminin sur l’autre, puisque la femelle en tout règne est pivot normal d'attraction. Il est clair que si Dieu n'avait pas voulu subalterniser l’homme à la femme, il n'aurait pas été prendre l’amour pour principe de sa loi. Mais bien des hommes sont galants et très-bien dans un bal, qui ne se doutent pas que la galanterie est un commandement de Dieu.
On va voir pourquoi cette loi de la préséance féminine est la base de l’ordre universel , comme quoi elle s'applique à tous les règnes et ne souffre pas d'exception. Je crois que le moment est venu, pour mes jeunes auditrices, de redoubler d'attention ; car je vais leur dire des choses neuves.
Tout ce qui a vie en ce monde a deux pôles : ces deux pôles s'appellent l'espèce et l'individu. La Vie constitue entre l'individu et l'espèce un antagonisme permanent.
Pour la Nature, l'espèce est tout, l'individu rien, ou du moins peu de chose.
Or, l'intérêt de l'espèce s’incarne dans le sexe féminin et celui de l'individu dans l’autre.
L'idée d'amour ne correspond généralement chez le mâle qu'à un simple désir de bonheur individuel et passager, tandis que cette idée éveille inévitablement chez la femelle celle de la maternité. La courbe de l'amour masculin est une ellipse, celle de l'amour féminin une parabole. De là les préférences légitimes de la nature pour la femelle,
Les intérêts de l'individu étant en opposition antipodique perpétuelle avec ceux de l'espèce, il arriverait que celle-ci périrait si Pin dividu ne songeait qu’à lui seul. Mais la nature prévoyante a paré à cette éventualité désastreuse en faisant de la passion qui entraine l'individu à la conservation de l'espèce, le plus Run et le plus irrésistible des mobiles.
Cette puissance irrésistible a reçu le nom d'amour dans la langue des fleurs, des animaux et des hommes. Les minéraux passent pour insensibles ; mais c’est, comme je l’ai dit, une fausse réputa-
tion que leur à faite l'ignorance générale aidée de la paresse des chimistes. Le mutisme systématique des minéraux n'est pour moi qu'un argument de plus à l'appui de l’aphorisme si vrai que les grandes passions sont muettes. :
On voit déjà que l'amour qui entraine l'individu à sacrifier son intérêt personnel à celui de l'espèce est en soi une passion éminemment vertueuse, puisque le mot de vertu veut dire, dans toutes les langues, sacrifice de l'intérêt individuel à l'intérêt collectif, patrie, religion, croyance politique, etc., etc.
L'amour fait explosion chez tous les êtres par la séparation ou la déclaration des sexes. Cette explosion s'appelle cristallisation chez les minéraux, floraison chez les plantes, puberté ou nubilité chez les animaux. Un exemple, que nous prendrons près de nous dans l’ordre des oiseaux, va nous faire comprendre la diversité du mode d'action de cette révolution organique en chacun des deux sexes ; et cet exemple justifiera amplement les prédilections de la nature pour son sexe favori.
Jusqu'au moment critique de la nubilité, les jeunes oiseaux portent la livrée de leur mère, comme les enfants des hommes ; ils se ressemblent tous.
Mais à l'heure où cette nubilité éclate comme une seconde vie qui s'éveille chez tous les êtres sous le souffle chaud du printemps, le jeune coq change soudain de tenue, de langage et d’allures ; il en-dosse le harnais de guerre, chausse l'épée, orne son chef d’une armure quelconque, aigrette, casque, panache, huppe de chair ou de plume. L’abondance des esprits vitaux qui circulent en son organisme tuméfié injecte d’un sang vermeil et colore d'une riche teinte écarlate toutes les nudités de ses joues, de son front, de son col. L'enfant est devenu un homme ; il prend une voix provocante et des poses de bataille en signe de sa virilité. Rien de semblable chez la poule.
Pendant que le mâle dépensait en frais de costume, d’apparat, d'armement, c'est-à-dire en luxe extérieur et personnel, toute l’exubérance de vie que lui avait apportée la Nature, la femelle consacrait cet afflux de vitalité au développement de ses ovaires. Pen-
dant que celui-là s’absorbait dans l'étude des moyens d’éblouir et de plaire, celle-ci ne songeait qu’à assurer les intérêts de l'espèce. Pendant que le coq aspirait à se montrer, à briller, à combattre, et clouait son cartel à toutes les tribunes de la ferme, la poule recherchaït la solitude et les retraites sombres ; sa voix ne changeaït que pour s'attendrir et se convertissait en un gloussement caractéristique, langage expressif et intime de la maternité.
Je concois facilement que la Nature distingue entre ces diverses facons de procéder à son égard et que toutes ses sympathies et ses faveurs soient pour la poule ; je concois que la Nature affiche tout haut, et en toute circonstance, ses préférences passionnées pour le sexe féminin et sa froideur pour l’autre; mais, ce qui m'afflige profondément et me révolte presque, est de voir que cette froideur descende dans les règnes inférieurs jusqu’à l'outrage et à la barbarie. Examinons ce qui se passe chez les fleurs.
L'ovaire, qui est en tout et partout l'expression de la féminité, occupe dans la corolle la place pivotale. Toute la vitalité de la plante converge à son développement. C’est pour lui faire honneur que les pétales s’habillent de si riche velours et versent tant de parfums dans l’espace; c’est pour lui rendre hommage que les humbles étamines l'entourent comme une garde fidèle, et tiennent penchées sur sa tête leurs urnes fécondantes. Dévouements bien mal récompensés, hélas! car l'accroissement de volume et de vie que doit recevoir l'ovaire ne lui peut venir que de la mort de l’étamine et de la corolle que la fécondation aura tuées. Elles mortes et leur gloire éclipsée, l'ovaire hérite de leurs trésors, acquiert des proportions colossales, revêt la pourpre et l’or dans la pêche, la grenade, la poire, l’abricot, le coing, l'orange, accapare toutes les teintes harmonieuses, toutes les formes élégantes, s’assimile tous les parfums et toutes les saveurs, et réunit au plus haut degré toutes les conditions du beau et de l’utile. Il s'appelle le fruit, en un mot; il est pour l’homme une des suprêmes jouissances du palais, de l’odorat et des yeux, et la nature n’a trouvé rien d'assez beau, d'assez délicat, d'assez riche, pour parer cette précieuse capsule où repose la graine, espoir des générations à venir. Mais qui s'occupe du destin
des pauvres étamines? Personne, pas même les poëles, qui savent rarement la botanique, et qui ignorent quelquefois que les étamines sont de l’étoffe parfumée dont on fait les pétales.
L'histoire du règne des insectes fait éclater d’une facon plus scandaleuse encore que celle des fleurs cette indifférence outrageante de la nature pour le sexe masculin. On connait l'histoire des abeilles et la facon dont les mâles sont traités par les ouvrières, quand la reine n’a plus besoin de leurs services. Le sort du papillon, du ver à soie, du hanneton et de tous les insectes ailés n’accuse pas en termes moins vifs la cruauté de la nature envers ces malheureux forcats d'amour. Pour l'immense majorité des espèces, l'amour du mâle pour la femelle pourrait rationnellement être qualifié de monomanie du suicide. On citerait des milliers de familles où la nature ne laisse à vivre aux mâles que le temps ahsolument nécessaire pour aimer. Euripide le mysogyne ne pardonnait pas aux dieux d’avoir fait de la femme un agent indispensable de la conservation de l'espèce humaine. La nature ne partage pas la stupide opinion d'Euripide; elle ne tolère le mâle qu'en raison du besoin que la femelle peut avoir de lui. Les femelles d'araignées croquent leurs amoureux sans scrupule, pour peu que les déclarations d'amour de ceuxci leur semblent mal rédigées.
Si l'amour ne revêt pas ce’caractère de suicide foudroyant chez les mâles dans les espèces supérieures de l’animalité comme chez ceux des espèces inférieures, encore est-il vrai de dire que ces mâles n’obéissent jamais aux ordres impérieux de la nature sans éprouver des avaries notables. L'amour casse les ailes et les jambes à l'outarde mâle et au coq d'Inde, et les rend incapables de se défendre contre les chiens. Le combattant, le paon, le faisan doré, le canard de la Caroline, perdent leur brillant costume aussitôt que leurs femelles dédaignent leurs hommages. Dans une foule d'espèces mammifères, le mâle n’est que la bête de peine de la femelle. Le rut énerve le cerf, le sanglier, le taureau, les amaigrit et leur échauffe la chair au point de les rendre immangeables. Ce n'est pas pour eux, mais bien pour les femelles, que la nature fait les mâles si beaux. Le paon éblouit sa femelle par la fascination de la beauté :
la femelle du bruant repousse les hommages du mâle qui a perdu sa queue.
IL n’est pas rare malgré cela d'entendre des professeurs d’ornithologie distingués, et même des chasseurs, s’apitoyer sur les disgrâces imméritées du sexe féminin, et déplorer, par exemple, que la nature, si prodigue de ses dons envers le faisan, se soit montrée si parcimonieuse à l'égard de la faisane. Je souffre horriblement de ce langage, et ne cache pas qu’il m'est pénible d’avoir à réfuter de semblables erreurs.
Oui, vous-avez raison, mes maïîtres, la nature a été bien injuste envers la pauvre faisane, peut-être plus injuste encore qu’envers le roseau de la fable. Elle lui a refusé la voix et l’éperon du mâle et le riche manteau rutilant aux reflets métalliques; elle l’a forcée de se contenter d'une modeste robe grise de la couleur du sol. C’est très-mal à elle, j'en conviens.
Il faut dire cependant que ce mutisme fâcheux auquel la faisane
a été condamnée par la nature ne l’expose pas à trahir sa retraite ni’
celle de ses petits, et que la couleur de sa robe, qui se marie avec celle des herbes et du sol, lui facilite singulièrement les moyens de se soustraire à l'œil perçant de ses nombreux ennemis. tandis que la voix retentissante du coq lui sert surtout à renseigner chaque soir le renard et le braconnier sur la place qu’il a choisie pour dormir et où l'on pourra venir l’assassiner la nuit... et que ses voyantes couleurs ont le triste privilége d'appeler sur lui pendant le jour le regard du faucon, du milan, de la buse, qui l’épient et le guettent sans cesse. Quant à l'éperon, qui est sans contredit une arme très-avantageuse, et avec laquelle il est facile de se débarrasser d’un rival, il y a à objecter encore qu'on ne peut guère essayer de couper la gorge à son voisin sans courir la chance de la réciproque, et que cette éventualité redoutable atténue sensiblement la valeur du privilége.
C'est-à-dire que tous ces dons si vantés que la nature a versés avec tant de profusion sur le coq, sont des dons à la grecque, des dons d’une ennemie perfide qui a parfaitement réussi à dissimuler ses antipathies masculines sous l'apparence d’une libéralité fastueuse.
J'ai vu aussi le cerf dix cors, le roi de la forêt, se pavaner le matin dans sa gloire et bondir d'assurance, fier de sa riche taille et de son front couronné... qui devait avant la fin du jour expier sa superbe. Et j'ai entendu l'orgueilleux à son heure dernière, haletant, épuisé, accuser amèrement la barbarie du sort qui avait fait les
couronnes si lourdes, et envier le destin de la biche au front nu qu'aucun obstacle n'arrête en sa course légère, et qui fuit, rapide comme la flèche, à travers les halliers.
La nature ne se borne pas à témoigner en toute occasion de sa préférence pour la femelle, garantie de la prospérité de l'espèce. Elle fait l'homme complice de sa partialité inique. Ces mêmes chasseurs qui s’apitoient si charitablement sur les infortunes de la poule faisane, de la biche ou de la chevrette, sont tous d'accord pour interdire le meurtre des femelles par l’article 1° de leur charte.
Je ne puis moins faire pour couronner dignement cette théorie des préférences de la nature que d'aller chercher ma dernière preuve, une preuve triomphale dans l'espèce typique supérieure. Je consens, puisque j'y suis forcé par les exigences de mon sujet, à établir un parallèle toujours intéressant entre l'homme et la femme. Seulement je déclare que je ne veux plus appeler comme précédemment l'amour, la poésie, les beaux-arts et l'assentiment unanime des siècles à proclamer la femme le plus charmant chefd'œuvre qui soit sorti des mains du Créateur. Je laisserai désormais toute la tâche à la science, c’est-à-dire à la physiologie et à l'anatomie comparée. Qui oserait demander la parole en faveur de la barbe, quand j'aurai contraint Humboldt, Cuvier, Carus, Burdach, etc., ete., à confirmer Homère, Phidias et Raphaël !
Un poëte dirait que si Dieu a fait la femme plus petite que l'homme, c'était pour la faire plus parfaite. La science ne s’'ex-
prime pas ainsi. La science dit par la voix de Cuvier et de tous les physiologistes : « Que l'élévation dans l'échelle animale est en raison de la capacité de la cavité cranienne par rapport au volume du corps, et que le caractère est d'autant plus élevé que la face est plus petite relativement au crâne. »
Or, il a été constaté par des millions d'expériences, de pesées et de contre-pesées que le poids des os du crâne de la femme est au
poids de son squelette total comme un est à six, tandis que cette proportion n’est chez l’homme que de un à huit! La portion centrale de l'encéphale et la glande pinéale, où quelques savants logent l’âme, sont proportionnellement aussi plus volumineuses chez la femme que chez l’homme.
Enfin Cuvier est obligé de convenir en termes exprès que la face est plus petite à l'égard du crâne chez la femme, d’où Sæmmering conclut naturellement à la supériorité du type féminin.
Cette supériorité, selon d’autres, n’a pas besoin d’être démontrée; elle se lit à première vue sur ces joues veloutées et roses, sur cette peau satinée et fine qui n'offre plus de vestige de la pilosité animale, tandis que la peau velue de l’homme offre encore tous les caractères des téguments de la bête. C’est pourquoi la femme seule porte sur sa figure le caractère de l'humanité.
Mais, comme le don de la pensée ne serait rien sans celui de la parole, Dieu a eu soin de proportionner la perfection de l'appareil vocal chez la femme à l'ampleur du cerveau. Il a fait la trachéeartère féminine plus longue de deux arcades que celle de l'homme (18 au lieu de 16), afin que la voix en sortit plus flûtée, plus sonore et plus argentine, et il a donné à la langue une aisance de jeu et une prestesse de mobilité qui devaient faire le désespoir éternel de l'autre sexe. Je lis dans Burdach :
« L'hommeest donc plus animal, la femme plus humaine; l'homme est plus carnivore, la femme plus herbivore et par conséquent moins impure; car la carnivorie est une aberration de la nature humaine et un quasi-retour à la nature bestiale.
«La prédominance des appétits carnivores ou herbivores est un des caractères des deux sexes. La femme forte, esprit fort ou carnivore, est une anomalie et une dégradation; car la femme ne revêt jamais le caractère ou la forme de l’homme sans descendre.
«La forme de la femme porte le cachet de l'union et de la fusion ; celle de l’homme le cachet de la séparation et de la destruction. La direction du dehors au dedans, qui est la direction de la féminité, aboutit à l'unité; la direction contraire à la pluralité. L'homme qui va du dedans au dehors n'exprime qu'une direction particulière dela vie. La femme est l'image de la vie universelle, de la nature.
« Or, l'amour est la conscience de l'imperfection de lindividualité et le besoin de se compléter en cherchant son contraire. Et la double ivresse des sens et de l'âme produite par le véritable amour prouve que le bonheur n’est que dans l'unité. »
Saint-Évremond, ami de Ninon de Lenclos : « J'ai cru moins impossible de trouver dans une femme la plus forte et la plus saine raison des hommes, que dans un homme les charmes et les agréments naturels aux femmes. »
Je ne sais qui : Tous les peuples grossiers considèrent la femme comme inférieure.
La sagesse est sortie du cerveau de Jupiter sous la forme d'une femme.
Les anciens Germains, à qui devait appartenir un jour l'empire du monde, considèrent la femme comme un intermédiaire entre Dieu et l'humanité, dit Tacite.
Auguste Comte, le chef de l’école positiviste, un des plus grands penseurs de ce siècle, a écrit tout récemment :
« Supérieures par l'amour, mieux disposées à toujours subordonner au sentiment l'intelligence et l’activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l'Humanité et les Hommes. Telle est leur sublime destination aux yeux de la religion démontrée. Le Grand Etre leur confie spécialement sa Providence morale pour entretenir la culture directe et continue de l'affection universelle, au milieu des tendances théoriques ou pratiques qui nous en détournent sans cesse. »
« La nature, dit Humboldt, a pris les femmes sous sa protection spéciale, et les a traitées avec la préférence la plus marquée. Semblables aux filles de la maison, elles se pressent autour de leur mère diligente; tandis que le fils, aveuglé par le sentiment de sa force, s’élance à corps perdu dans le torrent de la vie... La nature vient plus en aide à la femme qu’à l'homme quand il s’agit de démêler la vérité ou de résister à la maladie. »
« La nature de l'homme et celle de la femme peuvent être excellentes toutes deux, dit Carus; mais la femme est et l'homme devient. Or, devenir est chose incertaine. La masculinité est plus propre à fournir des génies que la féminité, mais elle court aussi plus de
chances d’être féconde en idiots et en imbéciles. Toutes les vertus de l'humanité sont inhérentes à la femme; l'homme est forcé de les acquérir. »
Le bon sens et l'esprit, qui est la gaieté du bon sens, sont surtout d'essence féminine. Les Allemands ont appelé le bon sens mutterwitz, c'est-à-dire esprit maternel. L'entrée d’une seule femme d’esprit dans une famille suffit pour déniaiser plusieurs générations.
Si les gouvernements civilisés avaient songé à utiliser cette magnifique puissance de déniaisement départie à la femme; s'ils avaient seulement dépensé en frais d'amélioration de la race humaine la moitié de ce qu'ils ont dépensé pour l'amélioration de la race bovine ou chevaline, l'humanité n’en serait pas où elle en est à cette heure. Mais, comme l’une des premières conditions de l'amélioration de toute espèce est d'interdire sévèrement les mariages entre vieux et jeunes, les vieux, qui ont la haute main dans les gouvernements, n’ont jamais voulu laisser mettre la question sur le tapis.
On a remarqué que les mariages d’inclination, c’est-à-dire les mariages les plus heureux et les plus naturels, donnaient plus de filles que de garcons, et qu'il naissait au contraire plus de mâles des unions tourmentées, forcées, illégitimes. De là, suivant de profonds physiologistes, la supériorité de bon sens et de lucidité dévolue à la femme. On sait que les enfants se ressentent généralement de l'influence passionnelle qui a présidé à leur conception. La plupart des idiots sont des enfants procréés dans l'ivresse bachique.
L'homme est plutôt un être pensant qu'un être sentant; c'est pourquoi le sentiment de l'équité est si peu développé chez lui et dans ses institutions. On trouve des écrivains pour justifier toutes les sottises et toutes les infamies ; il y en a qui adressent des odes à la peste. L’archevêque catholique le plus pieux vous prouvera, si vous voulez le laisser dire, que le Dieu de la Paix est le même que celui de la Guerre.
L’épée est sainte, disent les chanteurs de Te Deum, oubliant que le Christ a ordonné à saint Pierre de remettre le glaive dans le fourreau.
L'homme est le champion de la logique, qui pousse invincible-
ment, dit Mw° de Staël, à n'aimer que soi et à n’estimer que l’Argent et la Force, les deux plus laides puissances de ce monde.
La femme a, au contraire, plus de sentiment que de logique, et le sentiment associe au lieu que la logique divise. Elle ne discute pas la justice comme l’homme; elle la sent, ce qui vaut mieux, et ne se trompe jamais. Elle a horreur de l'échafaud, quel que soit le sang qu’on y verse, et ne comprend pas la théorie des rigueurs salutaires. La femme n’a pas encore pardonné à la première République la mort d'André Chénier et de la princesse de Lamballe.
L'homme cherche la lumière, la femme porte en elle la chaleur. La femme est la poésie, l'homme la prose.
« La religion, dit Carus, est esprit et vérité pour l'homme; pour
la femme, c'est foi et amour. »
. La femme bâille et s'endort aux discussions subtiles sur l'infini, parce qu'elle n’a pas besoin qu'on lui démontre ce qu'elle sent. L'homme , à force d'apprendre, tombe dans le scepticisme; la ferme, qui est en communion plus intime avec la nature, ne perd jamais l’idée de Dieu. C’est pour cela aussi que la fenime n’éprouve jamais le besoin de se faire apôtre comme l’homme, quand elle croit à une vérité religieuse; c'est pour cela qu'elle a plus de tolérance, et qu'elle n’a jamais songé comme l’homme à se déifier. Or, la déification de l’homme par l'homme est le nec plus ultrà des extravagances de l'esprit humain.
Si les bêtes à quatre pattes, les oiseaux et les fleurs sympathisent si volontiers avec la femme, et la respectent et l’écoutent avec plus d'intérêt que l'homme, c'est parce que la sympathie pour tout ce qui a vie est plus active chez la femme, qui porte en elle le germe de création et de vie, et à qui la nature révèle mystérieusement l'unité. |
L'homme veut paraître avant tout grand et fort; la femme aime mieux intéresser et plaire, et elle ne craint pas de confesser ses faiblesses, parce que la faiblesse intéresse.
La forme de la femme a été créée pour l'expression la plus sublime de la beauté composée, beauté du corps et beauté de l’âme. Quand le beau moral manque à la femme, elle ne tarde pas à provoquer le dégoût. L'homme peut rester beau dans le vice à cause
de la force, mais la femme devient hideuse par la flétrissure des traits. J'ai déjà écrit cette phrase.
Je lis dans une petite brochure rose toute neuve, intitulée de {a Prééminence de la Femme, par M. le docteur Guilmot, de Lille (Paris, Chamerot et Masson, libraires) :
« Le savant et vénérable Deleuze, homme judicieux, méthodique et fort peu enthousiaste, surtout recommandable par sa véracité, dit, dans son /nstruction pratique sur le magnétisme animal, qu’en trente ans d'exercice du magnétisme, il n’a vu l’extase se produire que quatre fois. En cet état, tandis que les cinq sens sont engourdis d’un sommeil de mort, la perceptivité prend une si extraordinaire transcendance, cet état est tellement supérieur aux autres degrés de somnambulisme, il ouvre de si brillantes percées sur les régions lumineuses de la vie ultramondaine, qu'être témoin, ajoute Deleuze, d'un pareil spectacle, est le plus grand bonheur qui puisse arriver à un homme en toute sa vie. Or, l'on voit plus de femmes que d'hommes atteindre les hauts degrés du somnambulisme, plus de femmes aussi passer à l’extase, reprend le docteur Guilmot; donc la femme, je le répète, est plus éthérée que l'homme, plus voisine, pour ainsi parler, des intelligences célestes et plus en rapport avec elles. »
Le savant qui s'exprime ainsi est un ancien chirurgien-major de la garde impériale, naguère médecin en chef de la maison de Loos, et qui n’est plus, comme lui-même l’affirme, dans l'âge du madrigal et des tendres illusions.
Je trouve dans le même écrit, au milieu d’une foule d’arguments plus puissants les uns que les autres, cet argument triomphant :
« Pour comble, enfin, dans cet ordre de preuves, c'est au sein de la femme que le Messie, le Dieu incarné des chrétiens, daigna revêtir la forme humaine. C’est au sein de la plus pure des vierges que le Christ prit un corps, à l'exclusion absolue de toute participation de l'homme. L'homme, étre inférieur, en ce sens qu'il est moins dégagé de la matière, l'homme, immédiatement sorti du limon originaire, eût de son souffle seul terni le vase d'élection! »
Sur mon honneur et sur ma conscience, devant Dieu et devant
les dames, je jure que rien de ce qui précède n’est de moi, mais des sages, hormis le commentaire.
Maintenant que nous avons sous les yeux la loi universelle de Dieu avec l'exposé des motifs, la seconde partie de la formule du gerfaut ne nous présente plus qu’un sens clair.
Puisque c’est Dieu lui-même qui a dévolu la préséance au sexe féminin, il est bien évident que plus une espèce honorera ses femelles, plus elle agira conformément aux volontés de Dieu et s’élèvera dans l'échelle. et, réciproquement, que plus elle honorera ses mâles, plus elle s’insurgera contre l’ordre naturel et se dégradera.
Ceci, je le répète, non sans un sentiment d’orgueil bien légitime, ceci est le critérium de toutes les sciences nées et à naître, la clef de toutes les solutions, la démolition de toutes les erreurs et la restauration de la vérité une sur son trône divin.
Ce qui est vrai des insectes, des oiseaux et des fleurs, est également vrai de l'homme; ce qui est faux des classifications de la science botanique ou zoologique est également faux des religions, des politiques, des grammaires et de toutes les institutions humaines. Le fond de toutes les erreurs est le même, la révolte impie contre Dieu.
Savez-vous pourquoi tous les savants et tous les génies de premier ordre ont manqué jusqu'ici la classification botanique et 200logique? — Pour avoir trop goûté les préceptes de M. Lhomond, qui a écrit que le masculin était plus noble que le féminin, et pour n'avoir pas compris la formule du gerfaut qui affirme le contraire, à savoir que le rang de la femelle détermine le titre des espèces.
Il y eut au siècle dernier en Suède un homme de génie du nom de Linnæus, savant de son métier et poëte à ses heures, et analogiste comme pas un. Le poëte découvrit un beau jour le mystère des amours des plantes, et il écrivit que la corolle était la couche nuptiale des fleurs; mais là s'arrêta son génie pour le malheur des hommes. Semblable à Christophe Colomb qui, débarqué sur la terre d'Amérique, croyait fouler encore le sol de l’ancien continent, Linnæus ne s'aperçut pas qu'il venait de découvrir un nouveau monde. L'œil de son corps ne vit pas aussi loin que l'œil de sa pensée, et Dieu, pour le punir de sa myopie, lui ravit comme à son émule la
gloire de baptiser de son nom sa découverte immortelle, et réserva cet honneur à un autre Vespuce.
Certes, ce n’était pas la hardiesse du génie, ni le savoir et l'amour du nouveau, qui manquaient à Linnæus ; mais les grands explorateurs sont ainsi faits pour la plupart que tel qui a franchi avec bonheur les écueils les plus impraticables et les passes les plus périlleuses de l'Océan scientifique se butte à un grain de sable en terre ferme et se casse le cou. Linnæus, originaire des froides contrées du Nord où la langue des morts est toujours honorée; Linnæus, qui n'avait pas craint de donner des sens et des passions aux fleurs, n’osa pas s'affranchir des préjugés grossiers de la grammaire latine dont on l'avait imbu dès sa plus tendre enfance. Le respect du rudiment fut plus puissant chez lui que le respect de Dieu, et sa gloire fut perdue.
Dominé par la déplorable influence de cette éducation classique qui a stérilisé tant de génies inconnus, le grand naturaliste suédois, qui croyait naïvement à la supériorité de noblesse du genre masculin, prit pour caractère générique de sa classification botanique l'étamine,.… l'étamine, la fleur mâle, l'organe le plus ténu, le plus inconsistant et le plus fugitif de tous les organes de la plante, et il éleva sur cette fragile base son triste et stérile système. Comme vous aviez raison, Ô Boileau Despréaux, d'écrire que ce n’était pas assez d'être poëte pour bien comprendre l'amour !
Linnæus, hélas! n’était que poëte. Cependant le principe de sa classification était si fécond et découlait si purement de la vraie science, c’est-à-dire de l'amour, qu'il a suffi à Vespuce de Jussieu de corriger quelques imperfections du système de son devancier pour mventer ce qui a été inventé de mieux jusqu'ici en matière de classification. Je sais parfaitement que Bernard de Jussieu et son neveu Laurent, qui lui prêta main-forte, étaient d’honnèêtes savants aussi et qui n’entendaient pas plus que Linnæus à l'amour, et qui ont fait de la méthode passionnelle sans le savoir; mais le résultat auquel ils sont parvenus n’en est pas moins remarquable. S'ils n’ont pas eu plus que le naturaliste suédois la conscience de la grandeur de leur œuvre, c'est que l'amour, qui n’égare jamais ses fidèles, les a guidés à leur insu dans la voie de la sagesse et sans se dévoiler à leurs
yeux. Ainsi se conduisit autrefois la déesse Minerve à l'égard du jeune Télémaque, qu'elle pilota pendant nombre d'années sous la figure de Mentor.
Le système de classification botanique de Linnæus a péri par suite du respect exagéré de son auteur pour les doctrines de M. Lhomond, c'est-à-dire par suite de l'option de l’'étamine comme type sériel; celui des de Jussieu a vécu, parce que ses auteurs ont simplement tenu plus de compte de la corolle et de l'ovaire que de l'étamine. Que cet exemple redoutable du châtiment cruel infligé à un grand homme en punition de son irrévérence involontaire envers le sexe féminin, demeure toujours présent à la mémoire du classificateur, et lui serve éternellement de préservatif contre le poison de la grammaire latine.
Voyez maintenant à quoi tiennent la gloire des humains et les destinées de la science. Que Linnæus eût vivement aimé et qu’il eût deviné par une illumination soudaine de l'amour toute l’absurdité de la règle latine des genres ;… qu'il eût reconnu avec le gerfaut que la vérité se trouvait dans la règle contraire, tout changeait aussitôt dans le monde et dans la science. Le poëte de génie ne se bornait pas à écrire que la corolle était le lit nuptial des fleurs, il ajoutait que cette corolle était une cour d'amour où trônait royalement l'ovaire ; il affirmait avant tous les analogistes à venir que dans les relations d'amour le rôle pivotal appartient au sexe féminin, et que la galanterie est la loi de l'ordre divin. Le dernier mot de la classification universelle était trouvé, la science et la philosophie marchaient à pas de géant, et le nom du Christophe Colomb suédois resplendissait à tout jamais dans les siècles futurs du même éclat que l'étoile Sirius dans nos cieux d'aujourd'hui.
Mais il n’a pas aimé, et tout cet avenir de gloire et de services éclatants s’est enfui comme un songe, et le génie plantureux qui contenait en virtualité tant de merveilles s’est allé briser les ailes contre l’affreux bouquin. Il est bien certain que l'amour, qui prouve que le féminin est plus noble que le masculin, est le seul antidote à prendre contre l’intoxication par les préceptes de la grammaire latine, où il est écrit que le masculin est plus noble que le féminin.
Encore si Linnæus était le seul que M. Lhomond eût perdu en
l'entrainant dans sa rébellion contre Dieu! mais la science contemporaine a une perte bien autrement grande à pleurer.
Remarquez que quand j'accuse M. Lhomond d’avoir perdu Linnæus, je fais abus de la prosopopée. La prosopopée est un trope qui sert habituellement à faire parler les morts, et que j'ai peut-être tort d'employer ici à faire parler les gens qui ne sont pas encore nés, car ce n’est pas la même chose. Le lecteur, en effet, serait en droit de ne pas comprendre comment M. Lhomond , dont la notoriété fut postérieure à la chute de Linnæus, et qui n’a pas été connu de lui, aurait pu lui faire tant de mal, si je n'avais soin de déclarer à l'avance que M. Lhomond n’est pas pris ici pour un homme, mais pour un rudiment. La science, je le répète donc, a mieux que Linnæus à pleurer.
Il y a eu de nos jours en France un savant plus universel que Linnæus, plus poëte que Keppler, aussi hardi et aussi révolutionnaire dans ses conceptions scientifiques que Fourier dans ses utopies. J'ai nommé Geoffroy Saint-Hilaire, le véritable créateur de la science zoologique et du Jardin des Plantes, l’homme de ce dernier demi-siècle qui a réuni au plus haut degré le génie de l’ensemble et celui du détail, le même qui a découvert dans la tératologie le mystère des créations successives et la loi de la progression indéfinie des êtres, et qui a réhabilité la mémoire d'Hérodote, faussement accusé pendant près de trois mille ans d’avoir trompé le monde sur la question du trochylus. J'ai ignoré longtemps pourquoi la nature, qui écrit partout ses décrets, n'avait pas voulu se laisser lire par Geoffroy Saint-Hilaire, par l'homme qui eut la gloire de porter pendant vingt ans sur ses épaules tout le monde de la philosophie et de la science, qui pratiqua dans la zoologie la même opération qu'Hercule dans les écuries d’Augias, qui étouffa dans une lutte immortelle le monstre de la superstition mosaïque vainement défendu par Bossuet, Cuvier et les jésuites, qui intéressa l'Europe et Goethe à ses triomphes, et finalement démontra que les globes ne se font pas de rien, mais bien de quelque chose. Longtemps je me suis demandé comment en ce vaste cerveau qui avait logé tant de sagesse avait pu trouver place cette idée incroyable que la femelle, le moule conservateur par essence du type primitif et qui
ne déroge jamais, put n'être que le résultat d'un temps d'arrêt dans le développement du mâle. Un détail révélé par M. Flourens dans l'éloge de Geoffroy Saint-Hilaire, prononcé cette année à l'Institut, m'a tiré de mes perplexités et m'en a appris plus que je n’en désirais savoir. k
M. Flourens est ce même immortel qui persiste depuis cinq à six ans à ne pas vouloir me dire pourquoi les canards mâles ont une plume frisée sur la queue.
« Geoffroy Saint-Hilaire, dit le panégyriste, eut le bonheur d’avoir pour maître et pour ami Lhomond, auquel à dut beaucoup, et dont les sages principes. » Ma plume se refuse à transcrire les termes de cette indécente plaisanterie.
Les sages principes de Lhomond… le masculin plus noble que le féminin… La femelle mâle manqué, ou temps d'arrêt de développement du mâle. Les deux idées étaient effectivement connexes; la grammaire avait déteint sur la zoologie. Je compris toute l'atrocité de l'ironie contenue en ces paroles : Geoffroy dut beaucoup à Lhomond.
Geoffroy doit entre autres choses à Lhomond sa seule grande erreur, l'erreur qui lui a fait manquer la découverte de la loi de la classification, qu'il avait déclarée lui-même être la science des sciences.
La cause de l'erreur de Geoffroy Saint-Hilaire saute aux yeux. Le maître qui déchiffra si brillamment les mystères de la série a pris comme tout le monde le phénomène pour la substance.
Si ces paroles semblent obscures, je m'explique. Geoffroy Saint- Hilaire eut le tort d'accepter comme des signes de supériorité manifeste la grandeur de la taille, la richesse du costume et la sonorité de la voix. Et sur cent personnes qui liront ce chapitre, il s'en sera trouvé quatre-vingt-dix-neuf pour le moins qui, avant
cette lecture, partageaient complétement l'erreur de Geoffroy-Saint- Hilaire; ce qui prouve qu'en matière d'histoire naturelle, on ne saurait trop se défier du témoignage des yeux. Cependant cette erreur monstrueuse et quasi universelle ne tient pas une seconde devant le raisonnement, et les faits eux seuls la réfutent.
Il est à remarquer d'abord que l'opinion de la supériorité des mâles est née généralement d'observations faites sur des oiseaux
114 CRNITHOLOGIE PASSIONNELLE.
domestiques appartenant à la famille des gallinacés, coq, faisan,
paon, dindon, etc., espèces peu morales, vouées au culte impudique de la polygamie, et chez lesquelles le mâle l'emporte considérable ment sur la femelle en poids et en beauté. La théorie du rudiment de Lhomond n'a jamais invoqué de plus puissant argument que le coq.
Si, au lieu de porter exclusivement sur des espèces esclaves, comme le coq et le dindon, l'observation eût porté sur des espèces auæiliaires, c'est-à-dire ralliées à l’homme par un lien supérieur, il est plus que probable que le mal que je déplore ne fût point arrivé. En effet, les races d'élite parmi les oïseaux, les espèces les plus remarquables par le courage, l'intelligence et la docilité, les premières en rang, les plus éminentes, en un mot, par toutes les qualités de l’esprit et du cœur, sont celies où la femelle l'emporte sur le mâle en force et en beauté. Dans la grande et illustre famille des faucons, la femelle est beaucoup plus grande que le mâle, et c’est elle naturellement qui porte le nom de l'espèce : le Gerfaut, le Lanier, le Sacre. Le mâle, qui est plus petit d’un tiers que sa maitresse, porte pour cette cause le nom de #ercelet. On dit tiercelet de pèlerin, de lanier, ou bien encore pèlerinet, laneret. On ne voit pas bien à priori dans ces races supérieures comment la femelle, qui est d’un tiers plus grosse que le mâle, pourrait n'être que le résultat d’un temps d'arrêt dans le développement de celui-ci. Cette théorie, pour être spécieuse, a donc besoin de ne pas sortir des espèces disgraciées où le mâle l'emporte sur la femelle par l'ampleur de la taille et l'éclat du costume.
Et ces dernières races sont, par malheur pour Geoffroy Saint- Hilaire, les races lourdes, épaisses, les races sans génie, oublieuses de leurs ailes, et vouées par nature à l'esclavage et à la broche. C’est le coq, c’est le dindon, c’est la riche tribu des pulvérateurs (gallinacés) tout entière, gent de basse-cour et d'épinette, très-estimable sous le rapport de la délicatesse de la chair et prenant facilement la graisse, mais race sans noblesse, sans imagination, sans ressort. Je n'ai jamais pu pardonner aux parrains de la République francaise d’avoir laissé infliger à leur infortunée filleule pour emblème national un roi de basse-cour qui vit sur le fumier; et j'a-
vais bien mes raisons de redouter que ce triste attribut ne lui portät malheur comme au gouvernement qui l'avait précédée. Le coq vire au chapon par une tendance fatale. Un peuple spirituel et sensé doit s'abstenir autant que possible de faire des révolutions et de se mettre dans la peine pour donner le pouvoir à des hommes de phrase, très-faibles sur l’analogie.
Personne ne me reprochera, j'aime à le croire, d’être un ingrat qui oublie tout ce que la grasse famille des pulvérateurs, ces ruminants de l’ordre des oiseaux, a fait pour l’homme, et dans quelles proportions colossales ses diverses variétés figurent comme éléments de nos jouissances gastrosophiques et cynégétiques. Je sais tout ce que l’homme doit à la poule domestique, à la faisane, à la perdrix, à la caille; j'estime ces espèces à leur haute valeur, et suis prêt à leur payer en toute circonstance le tribut de la gratitude de l’estomac et du cœur. Je proclame volontiers ces femelles les modèles des mères; j'ai fait adopter le principe de l’inviolabilité des faisanes et des chanterelles dans toutes les chasses où j'ai été le maitre, et je voue encore aujourd’hui quiconque les fusille aux mépris des gens de bien. Je vais même à cet égard plus loin que la raison : je déclare que je ne concçois pas le bonheur de l'existence hors de la société des volailles. Mais toutes mes sympathies personnelles et toutes mes gratitudes de chasseur et de gastrosophe ne sauraient. altérer la nature des choses et faire que ce qui est ne soit pas; et je ne puis pas, moi historien des bêtes qui me respecte, me résigner à commettre un mensonge pour flatter le coq gaulois; je ne puis pas assimiler un matamore de basse-cour qui trône sur le fumier, un gladiateur inintelligent qui se donne en spectacle et trempe dans des paris, au vainqueur du milan qui trône dans la nue. Je voudrais mentir d’ailleurs, que l’analogie m'arrêterait et briserait ma plume.
Le coq est l'emblème du tambour-major empanaché et maitre d'armes, tapageur et mauvais coucheur, Lovelace de bas lieu.
Le faucon est l'emblème du chevalier Bayard.
Le faucon est l’auxiliaire le plus indépendant et le plus glorieux de l’homme. On lui fera attaquer le lion quand on voudra.
Il y a entre l'esclavage abrutissant auquel s’est résigné le coq pour
éviter une liberté plus dangereuse et le ralliement spontané du faucon, qui n’a pas besoin de l’homme pour vivre, toute la distance qui sépare l’ilotisme passif de la domesticité passionnée, une passion adorable dont l'amour seul offre l'exemple en civilisation, et que les amoureux ont décorée précisément du nom de galanterie.
Le Faucon est au Coq ce que le chevalier Bayard est au bourreau des crânes, qui se baisse en passant sous l'arc de triomphe de l'Étoile, de peur d’offenser de son colbak les voûtes du monument.
Voilà cependant les autorités que Geoffroy Saint-Hilaire a été obligé de citer pour justifier sa funeste théorie de l’infériorité des femelles, empruntée à Lhomond, son ami et son maître!
Laissons de côté pour un moment ces comparaisons de races, pour pénétrer au fond même de l’erreur, et démontrons par des arguments sans réplique les égarements du prince de la science.
Nous avons mis précédemment en regard la.conduite de la poule et celle du coq à l’époque de la puberté; nous avons vu comment la poule consacrait à l'intérêt de l’espèce l’exubérance de vitalité que le coq employait à l’ornement de son individu. Or, ce qu’on aura peine à comprendre, c’est que Geoffroy Saint-Hilaire et les autres aient appelé ce développement normal des ovaires, qui est la condition première de la conservation de l'espèce, un temps d'arrêt dans le développement du mâle!
Entendez-vous. Cette noble abnégation de la femelle qui ne veut rien distraire pour sa toilette et sa coquetterie particulière des trésors qu’elle recoit de la nubilité.…. c’est là ce que des savants n’ont pas craint de signaler comme le caractère de l’infériorité sexuelle!
Il y avait pourtant ici un fait qui tranchait catégoriquement la question de préséance des sexes, et j’admire que les moins clairvoyants ne l’aient pas encore apercu.
Ce fait, c'est la faculté qu'ont toutes les vieilles poules, malades desprit ou de corps, de se métamorphoser en coqs quand elles ne sont plus propres à autre chose, c'est-à-dire quand elles ont perdu la faculté de pondre.
Il arrive tous les jours, en effet, qu’une poule sur le retour, soit par fatigue des tribulations de la maternité, soit pour cause d'avaries graves dans ses ovaires, renonce tout à coup aux attributs de
son sexe, abdique l'humilité et la douceur, et revêt le caractère batailleur et le costume éblouissant du coq. Le fait est acquis à la science; il a été observé dans toutes les espèces de gallinacés domestiques, paon, faisan doré ou argenté, coq vulgaire. Une poule qui chante le coq n’est pas rare dans nos basses-cours ; une faisane non plus dans nos bois. La femelle du faisan doré, celle du paon, ne se gênent jamais pour échanger leur costume plus que modeste contre la parure resplendissante de l’autre sexe. La moindre blessure à l'ovaire sert de prétexte et d'excuse à ces travestissements. D'où il résulte clairement que l’état de coq est un pis-aller pour la poule. |
Je demande alors à M. Lhomond et à tous ceux qui marchent sous sa bannière de m'expliquer comment un état maladif, un état qui résulte toujours d’une avarie majeure et d’un affaiblissement quelconque des facultés morales et physiques d’un individu, peut être considéré sérieusement comme une promotion de cet individu
L'argument est embarrassant, n'est-ce pas? et d'autant plus embarrassant que, s’il est permis à la femelle invalide de se métamorphoser en mâle, la réciproque est formellement interdite à celui-ci, nouvelle preuve que le féminin est plus noble que le masculin. Mais les savants sont comme les lézards verts : quand ils ont mordu à l’erreur, ils ne démordent pas facilement. Au lieu de répondre directement à la question, ils biaisent, et ils finissent par trouver dans ce fait même de métamorphose volontaire qui tue leur opinion une raison pour y persévérer.
Puisque la femelle peut changer de sexe à volonté, disent-ils, c’est une preuve que le sexe féminin n’est que transitoire ef que la femelle n’est qu’un arrêt de développement du mâle. Son ambition
de passer à la masculinité est la révélation de son infériorité.
Mais d’abord laissez-moi vous dire, à savants que vous êtes! que cette expression de changer de sexe dont je me suis servi comme vous est une expression vicieuse, et que la femelle ne change pas de sexe, mais seulement de costume et de voix dans sa métamorphose, et qu’elle y perd son sexe sans en reconquérir un autre. Pour que son ambition révélât son infériorité, il faudrait que cette
118 GRNITHOLOGIE PASSIONNELLE.
ambition la tourmentât dans son état de santé parfaite, et c'est le contraire qui est vrai.
Et puisque la métamorphose de la femelle en mâle provient de l'arrêt de développement des ovaires. vous voyez bien que c’est le mâle qui est le résultat de l'arrêt de développement de la femelle, que c’est le mâle qui est une femelle manquée!
C’est vous-mêmes qui venez de vous percer d'outre en outre avec votre propre argument!
Et maintenant, à maitres vénérés, Linnæus, Geoffroy Saint-Hilaire, que j'ai osé rappeler à l’ordre de Dieu, au nom de l’analogie passionnelle, accueillez avec indulgence l'acte de contrition que mon humilité vous adresse. Vous qui recherchiez la loi de l'unité avec tant d'ardeur en cette vie, vous ne pouvez blâmer dans l’autre ceux qui essaient courageusement de marcher sur vos traces, de si Join que ce soit. Vous n'êtes pas de ceux que le verbe de vérité offense dans leur tombe, et vous devez l'entendre avec faveur de quelque part qu’il vous arrive, de la bouche des faibles comme de celle des puissants. Alors vous excuserez la hardiesse de l'écrivain obscur qui n’a pas craint de signaler vos erreurs, fruits de la grammaire latine, parce qu’il a compté sur votre générosité. Quel triomphe ce serait cependant pour la doctrine de la lucidité amoureuse, s'il suffisait à un simple chasseur, à un ornithologiste de rencontre, de se trouver dans l’état spécial de grâce indiqué par Boileau et par saint Augustin, pour découvrir dans les verbes de la nature un sens qui vous aurait échappé, à vous les princes de la poésie et de la science, les génies lumineux!
Le temps n’est plus où les savants paraient avec amour leur nom d'une docte particule en us, et les esprits les plus avancés de ce siècle commencent à comprendre les vices de l’enseignement classique. Beaucoup conviennent même que l'étude de plusieurs langues vivantes, qui sont d’une utilité extrême dans le commerce de
la vie, remplacerait avec avantage l'étude d’une seule langue morte
qui n’est plus guère propre qu’à inspirer des songes de tragédie et des inscriptions tumulaires, genre d'industrie peu lucratif et peu réjouissant. Enfin le père de famille, que l'expérience a instruit des disgrâces inévitables que l'avenir réserve aux jeunes gens forts en
thème, les redoute naturellement pour ses rejetons mâles; de sorte que c’est depuis trente ans bientôt à qui jettera la pierre à l'Université, fille des rois. J'ai suivi l'exemple de tout le monde; mais j'ai l'orgueil de croire que personne n'avait encore indiqué aussi traitreusement que moi le côté vulnérable de la place. Espérons tous que la langue latine ne se relèvera pas du coup que je lui ai porté.
Simplistes qui accusez les auteurs latins de créer des générations de rhéteurs et de révolutionnaires, comment ne voyez-vous pas qu'il n’en saurait être autrement de l'étude d’un idiome qui a décrété en principe que le masculin était plus noble que le féminin ? Et le moyen, s’il vous plaît, qu'une langue qui commence par se mettre en insurrection contre Dieu et la femme, soit plus respectueuse à l'endroit des institutions des hommes? La honte et le malheur sont l'apanage naturel du fils qui outrage sa mère!
Je parle sérieusement et suis de bonne foi quand j’accuse M. Lhomond d’hérésie, et quand je lui reproche d'être cause du malheur de Linnæus et de Geoffroy Saint-Hilaire. A Dieu ne plaise que je m'en aille de gaieté de cœur appeler les foudres de l’excommunication majeure sur un homme qui ne les mérite pas; mais le mot d’hérésie n’a pas deux significations sur la terre, c’est le crime de rébellion contre Dieu, et nous avons vu que le rudiment tendait de tous ses essors à consolider cet état de rébellion qui est le caractère normal des sociétés subversives.
I n'y a qu'une vérité d’ailleurs, comme il n’y a qu’un mensonge. La vérité est tout ce qui s'accorde, le mensonge ou la fausseté tout, ce qui discorde avec Dieu ; et lorsque Dieu affirme pour la botanique ou pour l’ornithologie, c’est comme s’il affirmait pour l'ordre universel, moral ou matériel. Dieu est un et ne se dément pas.
Or, la vérité en classification ornithologique étant que le rang des espèces est en raison directe de l'autorité féminine, et cette formule étant diamétralement opposée à celle du rudiment, il s'ensuit que le rudiment est en opposition radicale et universelle avec Dieu. Il s'ensuit encore que si la formule du gerfaut est une clef qui ouvre toutes les serrures, la formule du rudiment est un éteignoir qui fait la nuit dans tous les entendements. On conçoit parfaitement, en effet, que la nature répugne à confier à ses ennemis avoués le
secret de ses lois. Alors je n’ai pas été trop rigoureux envers le rudiment en demandant sa tête.
Mais voyez donc quelle adorable science que cette analogie passionnelle qui non-seulement fait lire aux simples le texte écrit de la loi divine, mais qui leur fait découvrir dans l'unité de cette loi un procédé infaillible pour discerner la vérité de l'erreur et un autre pour ranger chaque chose à sa place, leur révélant à la fois la double loi de l’ordre matérielet de l’ordre moral! Qu'on aille me chercher dans les académies françaises, morales ou politiques, un immortel qui m'explique pourquoi le latin est contraire en principe à la loi de Dieu, et qui me fasse découler de cette explication le classement méthodique de toutes les littératures, de tous les peuples, de toutes les religions!
Mais ce que le plus illustre et le plus savant de tous les académiciens ne vous dira jamais, mit-il cinq lustres (1) à vous répondre, le dernier des analogistes va vous le dire à la seconde et sans hésitation aucune.
La langue latine est contraire en principe à la loi de Dieu, parce qu’elle subalternise le féminin au masculin ; et puisqu'elle se conduit ainsi, c’est une langue fausse. C’est une langue mâle qui a vécu ce que vivent les mâles, et qui n’a pu servir d'expression qu’à une législation barbare comme celle des Romains, laquelle maiïntenait la femme en état de servage conjugal, et donnait au père droit de mort sur son fils. Le latin est une langue particulièrement répulsive à la femme, et qui n’a dû conséquemment enfanter aucun chefd'œuvre, même au temps de sa plus haute splendeur, attendu que les chefs-d'œuvre littéraires consistent exclusivement en peintures d'amour, romans, drames, comédies. Or, il n'existe ni drames, ni comédies, ni romans en latin, par la raison qu'il était impossible d’en faire. Ce qu’on appelle improprement les comédies de Térence sont des œuvres bâtardes baignées d’une atmosphère glaciale qui vous donne l’onglée et vous empêche totalement de tourner le feuillet. Virgile, avec tout son talent de poëte, n’a jamais pu nous faire
(1) Le dictionnaire du Tintamarre définit ainsi le lustre : Espace de cinq ans qui donne du reflet aux étoffes.
croire à l'amour de Didon pour le pieux Énée, un héros assommant pétri des quatre semences froides, et qui se dit fils de Vénus on ne sait pas pourquoi, car sa principale occupation semble être d'occasionner du chagrin à sa mère. Parmi les érotiques latins, Virgilius Maro y compris, je n’en vois pas un seul qui n’ait sali l'amour. S'il est vrai que la littérature soit l'expression de la société, toute la littérature romaine est dans Sénèque, dans le Digeste et dans les Pandectes.
Le rang des littératures est en raison directe de l'importance du rôle qu'y joue la femme. Telle est la loi que vous retrouverez invariablement au bout de toutes les comparaisons de toutes les littératures antiques et modernes. C’est la formule du gerfaut appliquée à la poésie.
Vénus et Cupidon, Diane et l’Aurore, Junon et Minerve, Hélène, Léda, Procris et les mille autres personnifications de la beauté féminine tiennent dix fois plus de place dans la poésie des Grecs que dans celle des Romains. Donc la poésie des Grecs est dix fois supérieure à celle des Romains.
Shakespeare doit être le plus grand de tous les poëtes de l'Humanité, puisque c'est lui qui a créé les types les plus divins et les mieux réussis de la femme, Ophélia, Cordelia, Desdemona, Julietta, Titania, etc., etc. Shakespeare écrivait sous le règne d'une femme.
Molière, Byron, l’Arioste et ceux qui viennent après, n'ont fait toute leur vie qu’aimer , et leur adoration pour la femme s’est traduite en chefs-d'œuvre dans leurs chants immortels.
La littérature francaise, qui est la plus riche et la plus conquérante de toutes les littératures de l’âge moderne, ne doit son éclat irradiant qu’à la prédominance du principe germain sur le principe latin dont elle est infestée. J'ai dit, d'après Tacite, que les Germains considéraient la femme comme un être intermédiaire entre Dieu et l'homme. Ils l'environnaient d'une vénération infinie, et prenaient ses conseils dans toutes les grandes occasions. De là, conclut cet historien immense, la pureté des mœurs de ce peuple, sa fidélité à la foi jurée, sa valeur indomptable dans les combats.
Quel hommage rendu par Tacite à la puissance des principes du gerfaut !
Là est, en effet, tout le secret de l'influence de la littérature francaise. Le respect traditionnel du Germain pour la femme a été le salut de la France qui avait à lutter contre l'influence de l'abominable héritage qu'elle avait recu de Rome, le code du servage conjugal et l’atroce principe grammatical que le masculin est plus noble que le féminin. Il a fallu que nos mœurs chevaleresques fussent plus fortes que nos lois pour assurer à notre littérature la domination de la terre.
Une tradition touchante qui est dans notre sang veut que le pays ne puisse être sauvé que par une femme en ses grandes afflictions. J'ai invoqué plus d’une fois depuis dix ans l'apparition de l’ange de salut.
Boileau, qui a toujours raison quand il demeure lui et quand il ne demande pas à Juvénal son opinion sur les femmes, a parfaitement saisi et exprimé la différence du génie des deux langues latine et francaise :
Le latin dans les mots brave l’honnéteté.
Mais le lecteur français veut être respecté;
Du moindre sens impur la liberté l’outrage, etc.; c'est-à-dire que la langue française est femme, et que la pudeur, qui est la plus incendiaire des vertus féminines, fait partie de son apanage. C'est à cette sensibilité exquise que la langue française devra de devenir l’idiome universel de l'humanité avant un demisiècle. Elle conservera même ce privilége jusqu’à la première période d'harmonie; mais alors sa parenté malheureuse avec la romaine sera cause qu'on lui fera bien des misères et qu'on lui reprochera de se parler du nez comme la portugaise, de mâcher ses lettres, d’être sourde, et finalement qu'on la répudiera. La vraie langue universelle, celle de pleine phase d'harmonie ou d’apogée, sera souple et pudique comme la française, riche et melliflue comme la grecque, pleine, sonore et majestueuse comme l’espagnole, molle et douce à chanter comme l'italienne. Elle se chantera et ne se parlera pas, et elle différera essentiellement de tous les idiomes civilisés et barbares en ce que le féminin y sera plus noble que le masculin.
Si le peuple français avait le bon esprit de s'entendre dès aujourd'hui pour ne parler aucune langue étrangère et pour n'’aller à
aucun peuple, il forcerait bien vite tous les autres peuples à venir à lui. C’est même le moyen le plus sûr et le plus économique qu’il possède de réaliser sa chimère qui est d’attacher à son char une foule de nations.
Un professeur de littérature comparée, qui joindrait à beaucoup d'esprit et de savoir une forte dose d'imagination poétique, ne devrait pas être fort embarrassé, à mon sens, d'écrire douze charmants volumes sur cette simple formule : Dis-moi comme tu aimes, je te dirai ce que tu vaux.
Avais-je tort d'affirmer que ni l’Académie francaise, ni celle des Inscriptions et Belles-Lettres, ni même le Conseil supérieur de l'instruction, n'avaient encore considéré l’enseignement de la langue latine sous son véritable point de vue? Parlons de l'Art maintenant.
On a écrit de tout temps que l'Art et la Poésie étaient sœurs. Le fait est vrai, toutes les deux sont filles de Vénus. Un puriste dirait frères au lieu de sœurs et fils au lieu de filles; mais j'aime mieux commettre trois fautes contre la grammaire que de me résigner à prononcer des mots qui blessent la pudeur. Tant pis pour l’art si ses parrains l'ont reconnu pour être du genre masculin, je n’endos- : serai pas la responsabilité de leur sottise.
Il est si vrai que l’art est du genre féminin que le domaine de l’art est celui où la formule du gerfaut s'applique de la façon la plus intolérante et la plus tyrannique : Tant vaut l'amour, tant vaut l’artiste, dit l'histoire de l’art.
La raison de ce despotisme est bien simple, et se trouve dans la définition même de l’art.
L'art est l’incarnation de l’idéal. Or, il n’y a jamais eu et il ny aura jamais pour l'homme qu’un idéal, l'idéal féminin, l’ange, la Vierge-Mère. Et Virginité et Maternité sont deux aspects si ravissants, si poétiques de la même figure, que l'homme est entrainé par les aspirations de son éternel amour à les rallier bon gré mal gré dans un seul et même type, dans un type divin. La Vénus de Milo est une vierge-mère comme celle du paradis. La muse inspiratrice s’appelle partout du nom de la femme adorée.
Pygmalion, qui souffla une âme à une statue de marbre, et Or-
phée, qui attendrit les Mânes par sa lyre, sont peut-être les deux artistes qui ont démontré le plus vaillamment la puissance prodigieuse de l'art. Or Pygmalion et Orphée ne personnifient qu’un seul type, celui de l'amant passionné. C’est le feu de l'amour divin allumé dans leur cœur qui anima le marbre et faillit ravir une proie à l’avare Achéron.
Que vous parliez d'épopée, de pinceau, de ciseau ou de lyre, la question de classification ne change pas. Je la tiens emprisonnée dans la formule de la classification ornithologique. Le pivot de série autour duquel s'échelonnent les innombrables produits de l’intellect humain demeure là impassible, immuable, indifférent.
La mélodie est la voix de l'amour, ainsi qu’il est prouvé par le chant des oiseaux et par une foule de romances.
La danse est le langage expressif et muet de l'amour. L'art de la danse est si essentiellement féminin que l’homme y est déplacé, sinon souverainement ridicule. Les grues sont des oiseaux trèsamis de la danse ; on a donné le nom de demoiselle à l'espèce de ce genre la plus forte en chorégraphie. Le plaisir excessif que les hommes éprouvent à regarder travailler une jolie danseuse provient de ce que Dieu, qui tira l'homme du limon et la femme de l’homme, prit soin de corriger sur sa seconde épreuve les vices de la première.
Sculpture, peinture, ciseau, pinceau, appellent invinciblement les noms harmonieux de Phidias et de Raphaël, les deux artistes qui comprirent le mieux l'idéal de la beauté féminine. Une statue de Vénus dont on ignore l’auteur s'attribue à Phidias. Les vierges d'Italie, de France et d'Angleterre rêvent d'amants aux yeux bleus ayant nom Raphaël.
Cet artiste géant qu'on nomme Michel-Ange est peut-être un génie plus sublime et plus surhumain que les deux autres ; mais parce qu'il n’a sculpté que des Moïse et peint que des Jugement dernier, le monde le connaît moins et moi je le conteste. L'’auréole qui brille à son front ne peut avoir la même intensité d'éclat que celle qui couronne le statuaire du Parthénon et le peintre des Madones. Dieu refuse au génie lui-même la puissance de détourner l'admiration humaine de sa tendance irrésistible vers son idéal exclusif, la femme reine de beauté.
On m'objecte que Phidias a sculpté des figures masculines, le Thésée, le Jupiter, que Michel-Ange a peint des figures de femme, et que ces ouvrages sont des chefs-d’œuvre. Je ne dis pas le contraire; mais qui s'occuperait de Phidias, s’il n'eût fait que des hommes! Qui voudra jamais croire aux femmes de Michel-Ange, le peintre du hideux!
L'histoire de l'avenir, oublieuse des conquêtes et des noms des tyrans, ne mentionnera peut-être aux âges d'harmonie que deux races d'élite, les deux races d'essence féminine auxquelles la Providence avait remis le soin d'illuminer le genre humain et de le racheter par la Charité du mal de la Misère et du mal d'Ignorance. Ces deux races, vers lesquelles les regards des nations sont déjà tournés aujourd'hui et dont le radieux génie brille comme un double fanal au milieu de l'obscurité des temps, sont la race grecque et la race française, unies toutes deux à travers la distance par la noble culture de l'intelligence et des arts, fécondes toutes deux en apôtres et en martyrs de la sainte liberté. Bien des races éminentes les égalent en bravoure et les surpassent même dans l'art d'égorger, d’asservir et de pressurer les peuples, comme la romaine et l'anglaise ; mais Dieu n’a donné à aucune autre comme à elles le privilége de vaincre les vainqueurs et de conquérir par l'idée. Pour tout ce qui sent, pour tout ce qui pense, pour tout ce qui aime, l'humanité n'a que deux patries, Athènes dans le passé, Paris dans le présent. Et la puissance d'absorption et d'irradiation intellectuelle dévolue à ces deux races leur vient de ce qu'elles ont été les premières à adopter en principe dans la poésie et dans l'art la formule du gerfaut.
Comme l’Athénien et le Francais sont marqués au faucon, le Romain et l'Anglais le sont à l'aigle. L’aigle est vaillant aussi et mo- nogame, et il s'élève plus haut que le faucon dans les airs, et la nature l’a armé d'un bec plus fort et de serres plus terribles. Mais il n’use que pour lui de la puissance de ses armes ; il ne se rallie pas au service de l'humanité, il s'isole dans son orgueil et finit par mourir misérablement de faim au milieu de ses richesses. Révélation prophétique du supplice terrible que la justice divine réserve aux conquérants parjures et aux larrons insatfables !
J'ai donné ailleurs de vastes développements à cette donnée historique de la parenté des deux nations grecque et française par l'art et la divinisation de la femme, et je n’y reviendrais pas si le courant de la démonstration n’entrainait malgré moi ma plume ; mais le sujet est si important pour l’élucidation de la question lit téraire, historique et philosophique, qu'on me pardonnera, je l’espère, cette redite.
Je le répète donc, l’art grec consiste tout entier dans la divinisation de la femme, ou, si vous aimez mieux, dans la féminisation de toutes les vertus et de toutes les beautés, ce qui est la même chose. Je dis que si l’on ôte au peuple grec son culte frénétique et respectueux de la beauté féminine qui le fait s'incliner devant Laïs sortant de Tonde ; que si l’on retire de sa mythologie Vénus, mère de l'Amour et des Grâces, le peuple grec n’est plus et que la cité de Minerve se confond aussitôt avec les autres cités mortes dans l'oubli du cercueil. Je dis que le divin Phidias et le divin Homère perdent du même coup leur immortalité. Je dis que la sculpture des Grecs est Vénus Aphrodite, et Vénus toute seule.
Et cela est si vrai que les types de beauté masculine les plus ambitieux de l’art grec n’osent pas porter la barbe, parce qu’ils sentent que cet ornement léonin ne les sépare pas suffisamment de la brute. Cela est si vrai que ses Méléagres, ses Antinoüs, ses Apollons, ses Bacchus visent à l’hermaphrodite pour se rapprocher autant que possible du type féminin. Le plus beau de tous les Apollons antiques s'appelle l’Apolline. Le Jupiter et l'Hercule, qui sont presque les seuls à ne pas rougir de leur sexe, ont du moins la pudeur de se montrer constamment en puissance de femme, pour honorer l'amour. La tradition du travestissement s’est, du reste, fidèlement conservée usqu'à nous. Quand nous avons besoin d’un trop joli chérubin à la scène, nous donnons le rôle à une femme.
Or, ce qui est vrai de l’art grec est tout aussi vrai de la comédie française, et de l'esprit francais, et de tous les autres esprits, de quelque lieu qu'ils soient. Tout ce qui s’est fait de beau, comme tout ce qui s’est fait d’un peu grand dans ce monde, s’est fait sous l'influence de l'autorité féminine ou de l’adoration de la femme. Littérature, poésie, beaux-arts, tout ce qui s'appelle le progrès,
tout noble essor de l'intelligence humaine, tend virtuellement à la glorification de la femme. Le roman et la comédie, ces deux vastes écoles d'enseignement mutuel où s’instruisent les peuples, ne sont que d’éternelles protestations de la raison humaine contre le régime de contrainte qui pèse sur la femme. Le divin Platon, qui se félicitait d'être Grec et non pas barbare, d'être homme et non pas femme, était lui-même un barbare qui n’a jamais fait que de belles phrases pour justifier son surnom de divin. Un faiseur d’utopies qui chasse de sa république idéale les musiciens et les poëtes, Rossini et Shakespeare, le drame et l'opéra, est un maniaque absurde, qui ne mérite pas plus d’être appelé divin que le législateur qué admet la promiscuité des femmes n'a droit de donner son nom à l'amour céladonique (spirituel). Divin Platon et amour platonique sont des termes impropres, inconvenants et ridicules, et contre lesquels je proteste de toute mon énergie, attendu que les hommes vraiment divins, c'est-à-dire inspirés de Dieu comme Fénelon et Vincent de Paul, considèrent tous les hommes comme’des frères et respectent la liberté d'amour. Si l'idéal de nos réunions de plaisir est le bal où la femme est reine, si le poëte est le roi de la scène qui procure à l'esprit les jouissances les plus délicates, si la musique est la voix des fêtes, je comprends qu’un utopiste, embrasé de l'amour de ses semblables, invente des républiques pour multiplier outre mesure les institutions ci-dessus, le poëte, le musicien et le reste. Mais qu'on veuille faire du neuf pour démolir le peu de gaieté qui subsiste en ce monde et pour porter l'ennui à la septième puissance, voilà ce qui me passe et ce que je considérerai toujours comme le dernier degré sous zéro du bon sens.
Je demande qu’on me cite dans tout le personnel de l’Académie des Beaux-Arts un seul sculpteur, un seul compositeur, un seul peintre qui ait jamais soupconné la connexion intime qui lie la question d'art à celle de la classification ornithologique. Je demande, par la même occasion, le nom du maitre assez osé pour dire publiquement devant des hommes ce que les oiseaux disent tous les jours devant Dieu par leurs chants, leurs nids, leur parure, ce que le grand Corneille avouait ingénument lui-même : « La première condition du génie est d'aimer. »
Je viens d'écrire, sans le vouloir, en traitant la question d’esthétique, l’histoire de deux grands peuples; je ne serais même pas étonné d’avoir éerit du même trait de plume un discours abrégé de l’histoire universelle. Ces carambolages de hasard, s’il est permis de s'exprimer aussi légèrement sur une matière aussi grave, sont fréquents en analogie, où toutes les questions se touchent ; celui-ci était immanquable et me livre une série qui ne finirait pas si je voulais ménager mes effets.
Car la formule du gerfaut contient aussi la méthode historique supérieure, c'est-à-dire une méthode qui permet de faire tenir commodément en uñe demi-page le travail immense de Bossuet, surchargé du travail immense d'une foule d’autres historiens.
Laissons parler l'oiseau : « Le rang des peuples, dit-il, est en raison de l'autorité féminine. »
Traduction par Charles Fourier, Théorie des quatre mouvements, page 178 :
Les progrès sociaux et changements de périodes s’opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté, et les décadences d'ordre social en raison des décroissements de la liberté des femmes.
L'extension des priviléges des femmes est le principe général de tout progrès social.
Voici qui simplifie étrangement l'étude de l’histoire. Aidés de la formule et de son commentaire, nous pouvons désormais marcher droit et sans crainte d’encombre à travers le labyrinthe des faits universels ou des faits spéciaux à chaque peuple.
Pour pénétrer au fond de l'histoire de chaque peuple, nous laissons de côté le chiffre de ses impôts et le chiffre de l'effectif de ses troupes. Nous ne nous occupons plus du nombre des victoires que ses généraux ont gagnées, encore moins du nombre d'hectares qu'enclavaient ses frontières. Nous cherchons au Code civil l'article concernant les droits de la femme, et suivant que ces droits sont plus ou moins étendus, nous coneluons à l'enfance, à l'apogée ou à la décadence de ce peuple. Une simple visite au harem du Grand Seigneur nous en apprend plus sur l'histoire de la Turquie et de ses dépendances que les trente volumes de Hammer, dont la composition à coûté à son auteur trente années de recherches. Quels
tintouins, quels efforts désespérés de mémoire éparznés pour l'avenir à la jeunesse studieuse, et notamment à tous les ambitieux qui aspirent au baccalauréat ès lettres, laminoir obligé du barreau, de la médecine et de l'enregistrement. Oh ! que si une méthode aussi simple eût existé de mon temps !
Pour l'histoire universelle ou l'histoire comparée, Srnité plus expéditif et plus infaillible encore. Le premier des empires n'est plus celui où le soleil ne se couche jamais, mais celui où la loi fait le sort le plus doux à la femme. Deux peuples sont entre eux comme leurs femmes. Alors les rangs $e donnent à la galanterie et à la finesse du pied. C’est le peuple francais qui prend la tête. O France! Ô ma patrie! quand cesseras-tu de t'enivrer de la fumée de la poudre à canon pour voir clair dans ta gloire?
On peut appliquer la méthode aux États puissants d'aujourd'hui pour en vérifier la justesse.
Dieu a livré le monde aux races de souche germanique qui honoraient la femme. .
La plus puissante de ces nations est l'anglaise, où le sceptre est aux mains d’une femme, et où les plus illustres monarques s’appellent Élisabeth, Anne, Victoria. Le gouvernement anglais est jusqu'ici le seul où un premier ministre (M. Disraëli) ait osé soutenir en publie qu'il y aurait justice à accorder le droit de suffrage à la femme, qui devait être capable de voter puisqu'elle était capable de régner.
L'empire russe, qui est le plus puissant après le britannique, est un empire de sang-méêlé, mais où les souverains s'appellent aussi Élisabeth et Catherine.
Si la fortune de la France est moindre que celle de l'Angleterre ou de la Russie, c'est la faute de la loi salique qui, sous prétexte d'empêcher le sceptre de tourner en quenouille, nous a soumis au régime avilissant des maîtresses et nous a ôté les grande Élisabeth et les grande Catherine pour nous infliger les Maintenon, les Pompadour, les Cotillons II et les Cotillons II.
La France ne peut remonter au premier rang qu'en remettant les soins de sa destinée à ses femmes, qui sont aussi supérieures à
celles de Russie et d'Angleterre que ses hommes politiques sont inférieurs à ceux de ces derniers pays.
Rapprochement singulier et qui n’a peut-être frappé que moi encore parmi tous ceux qui recherchent les causes de la grandeur et de la décadence des empires!
La nation anglaise et la russe, les deux nations les plus puissantes du globe, sont précisément celles où l’homme fait le plus d'efforts pour ressembler à la femme... l'Anglais en se rasant sans cesse,.… le Russe en se bombant la poitrine!!!
Vous pouvez voir par ce simple parallèle que toute l’histoire est là où je viens de vous dire, là et non pas ailleurs; vous pouvez consulter, phase par phase, les archives de l'humanité, chacune vous répondra à son tour par la formule du gerfaut.
Les Japonais, qui sont les plus industrieux, les plus braves et les plus honnètes d’entre les Barbares, dit encore Fourier, sont les moins jaloux et les plus indulgents pour les femmes.
Les Olahitiens, pour la méme cause , furent les meilleurs de tous les Sauvages.
Les Français, qui sont les moins persécuteurs des femmes, sont aussi les meilleurs d’entre les Civilisés.
On peut de méme observer que les plus vicieuses nations ont toujours été celles qui ont le plus asservi les femmes, témoin la chinoise qui est la lie du globe, la plus fourbe, la plus lâche, etc., etc.
Je crois sincèrement qu'il y a plus de véritable science historique dans ces dix lignes de Fourier que dans tous les écrits de MM. Bossuet, Rollin, Crevier, Lebeau, Hammer. Je vais plus loin, j'affirme que toute l’histoire du passé de l'humanité pourrait tenir moins de place encore et se borner au simple rapprochement du sort de l'Yankee et de celui de l'Iroquois.
Pourquoi l'Iroquois et l'Yankee occupent-ils aujourd'hui les deux degrés extrêmes de l'échelle sociale ?
Pourquoi le dernier des Iroquois va-t-il mourir de faim et disparaitre de la surface de ce même sol où l’'Yankee a su trouver les éléments d’une prospérité fabuleuse ?
— Parce que chez ces Iroquois, friands de chair humaine, la
femme était esclave, dégradée et assujettie à tous les travaux pénibles ; tandis que la North-Amérique, vers laquelle en ce moment l'Europe entière émigre, est la seule terre où la femme ait été af- ” franchie de toute rude corvée, où elle soit honorée et considérée à légal de l’homme, où l'on ait commencé à lui restituer la jouissance de ses droits politiques.
Immense enseignement du passé et de l'actuel... Solution radicale de la question politique. Histoire de l'avenir.
Puisque le bonheur des sociétés humaines se mesure à l'échelle des libertés de la femme, il est clair que la politique, qui est l’art de rendre les gens heureux, consiste exclusivement à étendre ces libertés. Un enfant qui vient de naître trouverait cette conclusion.
Un enfant qui vient de naïtre, c’est vrai, mais pas un vieux professeur d'histoire de Sorbonne ou de l'Institut. L'Académie française foisonne d'historiens célèbres, qui ont eu deux ou trois gouvernements tués sous eux; mais on y chercherait vainement un Washington capable d'assurer l’évolution pacifique de la société actuelle vers la société à venir par une transition ménagée.
Le salut de la société n’est pas dans la conservation des anciens abus, comme le prétendent les vieux, ni dans la banque d'échange, comme Proudhon l'a rêvé longtemps. Il est encore moins dans le Circulus de Pierre Leroux, attendu d’abord qu'une société, quelle qu'elle soit, ne peut pas être sauvée par un mot latin et ensuite parce que ce salut est ailleurs. Un espoir plus ridicule encore serait de l’attendre d’une troisième ou quatrième restauration du droit divin monarchique dans une branche aînée ou cadette. Le salut de la société git exclusivement dans la restauration du droit divin de la femme, à laquelle il a été réservé de mettre fin au régime de l'imposture et d’écraser la tête du serpent.
L'histoire des diverses phases qu'ont parcourues les humanités des planètes Jupiter et Saturne nous apprend que la Civilisation (période actuelle de notre humanité) transite en Garantisme par la reconnaissance universelle de l'égalité politique entre l'homme et la femme, et le Garantisme en Harmonie par la reconnaissance de la supériorité de la femme. Or. je ñe sais qu'un moyen
de bien faire, c'est de suivre l'exemple de ceux qui ont fait mieux que nous.
Si vous n'avez pas foi aux dires des historiens de Jupiter et de Saturne, vous ne refuserez peut-être pas créance aux rapports de” Swedenborg, de Saint-Martin, de Louis Lambert et des autres explorateurs courageux qui ont pénétré dans la vie ultra-mondaine. Or, tous ces témoins oculaires constatent à l'unanimité que l'ange au corps glorieux n’est qu'une transfiguration de la femme qui règne souverainement là-haut.
Je n'ai pas besoin à présent de faire une grande dépense de dialectique pour démontrer que la solution de la question religieuse tient dans la formule du gerfaut. Je me contenterai pour cela d’affirmer la supériorité de la religion Chrétienne sur la Juive.
Or qu'est-ce que c'est que la religion de Moïse? — Une religion qui pivote sur l'indignité de la femme, où notre première mêse est représentée comme complice de Satan, où la Femme perd le Monde.
Dans la religion du Christ, au contraire, la femme est réhabilitée ; le fils de Dieu veut naître d'elle. La Vierge-Mère s'appelle Notre- Dame de Délivrance, Notre-Dame de Bon-Secours, ete., ete. C’est la patronne et la consolatrice de tous les affligés, qui aiment bien mieux s'adresser dans leurs afflictions à une femme qu’à un homme; c’est la Rédemptrice du genre humain !!
« Le culte systématique de la femme, écrit Auguste Comte, est le précurseur nécessaire de l’adoration de l'Humanité. »
Ainsi la formule du gerfaut résout toutes les questions d'ordre moral par la formule du bonheur des individus proportionnel à l’autorité féminine — et toutes les questions d'ordre scientifique par celle de la classification des espèces par rang de galanterie.
Pour l'analogiste bien trempé, l'idée de la série qui distribue l'harmonie universelle revêt invinciblement la figure de la pyramide triangulaire, ou, pour me servir d'une image moins ambitieuse, la figure d’une échelle double ou d’un escalier gigantesque. Au sommet de cet escalier trône, assis dans sa gloire, le moule pivotal de l'ordre, dominant les Puissances étagées par rang de mérite ou de galanterie sur toute la hauteur des gradins, aileron
ascendant à gauche, aileron descendant à droite. S'agit-il, par exemple, de la série ornithologique, l'échelle mystérieuse se dresse incontinent sous l'œil de ma pensée. Au gradin inférieur de gauche pose debout l’'Autruche, indigène des déserts de feu ; l'Autruche, ambigu monstrueux du dromadaire au volatile, ovipare emplumé sans ailes, cloué par sa pesanteur à la terre. A droite, au poste correspondant, se tient le Manchot-géant, habitant des déserts de glace, ambigu de l'oiseau au phoque, ovipare aussi privé d'ailes et cloué par sa masse aux roches des banquises.,.… pendant qu'au sommet de l'échelle le Gerfaut et la Frégate se mirent dans leur immobilité majestueuse, rivés tous deux à la calotte du ciel par l'envergure démesurée de leurs ailes. Et la galanterie distribue les rangs intermédiaires avec une régularité si parfaite que toute ligne menée d'un point quelconque de l’un des côtés du triangle à l’autre, et parallèlement à la base, divise ces deux côtés en parties proportionnelles , et rallie deux groupes homologues, Autruche-Manchot , Faucon-Cormoran, Effraie-Épouvantail! 4b uno disce omnes!
Toute classification d'ordre moral ou d'ordre physique s'étage et se range dans ce cadre avec une facilité excessive, et le redressement des erreurs de Linnæus ne coûte pas plus de peine que celui des erreurs de Geoffroy Saint-Hilaire. Je prouverai par plus d’un exemple les avantages de cette disposition.
Un jour, lorsque la science aura pénétré dans les secrets de Dieu par la brèche que je viens d'ouvrir, et laissé entrevoir l'unité du principe qui régit le monde moral et le monde physique; lorsque ces deux mots de Mathématique et de Justice ne réveilleront qu'une seule et même idée dans le cerveau des hommes, alors un académicien se lèvera pour dire que la découverte du procédé sériaire était le pont aux ânes de la science; il s’'étonnera que ses coilègues des temps antérieurs, qui possédaient la notion du clavier sidéral et celle du clavier musical, ne soient pas arrivés à la découverte deux ou trois siècles plus tôt; il démontrera enfin que le nombre des familles d'oiseaux, de minéraux, de fleurs, est le même que celui des familles humaines répandues sur la face du globe et que celui des touches du clavier sidéral. Combien de familles humaines ? combien de touches au clavier sidéral? Trente-deux.. vingt-quatre
touches ou notes composant la gamme majeure et la gamme mineure, plus quatre notes pivotales et quatre notes ambiguës.
Alors ce révélateur des lois de la série sera comblé de renommée et d'honneurs pour être arrivé en son temps. Et le bouquiniste fàcheux, qui vit dans la poussière des livres oubliés, sera le seul à protester contre le triomphateur du jour et à revendiquer le mérite de l’invention pour l’utopiste obscur mort depuis de longues années dans la mémoire des hommes, et à qui la même audace n'aura valu, hélas! que le titre de cerveau timbré et les rires dédaigneux de ses contemporains.
Mais, pour l'amour de Dieu, coneluez ! me cerie-t-on de toutes parts. Je m'empresse de souscrire à ce désir unanime; je conclus.
Nobles enfants du beau pays de France, terre de gloire et d’amour,empressons-nous de revenir aux nobles suggestions de notre nature germaine qui nous dit qu’en la femme est la toute Sagesse.
Puisque toutes nos révolutions nous ont été confisquées par des hommes d'âge, profitons de l’enseignement de nos fautes et procédons à l'avenir par la méthode de l'Écart absolu.
Puisque toutes nos révolutions avortées s'étaient faites au nom des droits imprescriptibles de l'homme tout seul, faisons-en une au nom des droits imprescriptibles de la femme, pour voir si elle réussira mieux.
Puisque le plaisir est l'unique boussole que possède notre raison pour nous guider vers le pôle de notre destinée, puisque le bal est la seule réunion où les hommes sachent se tenir, habituons-nous à calquer toutes nos institutions sur le bal, où la femme est reine.
Puisque, de l’aveu des oiseaux, de Tacite et de Robert d’Arbrissel, l'usage d’adorer la femme et de la consulter dans toutes les affaires importantes est la source de toutes les vertus, le mobile de toutes les grandes choses et la garantie de tous les succès, ayons la force de remettre en honneur les pratiques de nos ancêtres les Germains. Ne nous bornons plus à dorer la chaîne de notre esclave, brisonsla : faisons passer dans la constitution ce qui est dans nos mŒurs,
et inserivons au frontispice de la loi fondamentale l'immortelle déclaration de Carus : La femme est, l'homme devient.
Puisque Dieu a concédé à la femme le privilége exclusif d’enthousiasmer les hommes et d’attendrir les lions par le charme de la parole, lui mettant des larmes dans la voix, des flammes magnétiques dans le regard, ajoutant à ces talismans de séduction irrésistible la dent blanche, la narine mobile et le don plus magique encore de traduire les invisibles palpitations de son âme par les visibles palpitations de son sein , rendons à la femme ce qui appartient à la femme; ouvrons-lui la tribune pour qu'on sache une fois ce que c’est que l’éloquence.
Ouvrons-lui la tribune, foyer de loyale propagande et d'irradiation lumineuse, pour arracher à l'obscurantisme ses auxiliaires les plus redoutables, et les métamorphoser en apôtres du progrès.
Revenons en toute hâte au suffrage universel véritable, à celui d'où la femme ne sera pas exclue, et au système des deux chambres, l'une d'hommes, l’autre de femmes; la première qui propose, la seconde qui dispose. Cette hiérarchie est dans l’ordre des choses, puisque le sentiment, qui est le lot de la femme, est le critérium souverain de l'équité, et juge les choses de plus haut et de be loin que la science, qui est le lot de l'homme.
. Décidons que nulle ne pourra être élue représentante avant l’âge de quinze ans ni passé celui de trente ; l’homme avant vingt ans et passé trente-cinq. Et laissons raîller les mauvais plaisants qui mentent lorsqu'ils disent que la femme aimera mieux renoncer à son droit de vote que de décliner son âge. Disons que l'assemblée sera renouvelée tous les ans, à la saison des fleurs ; que les femmes seront élues par les hommes exclusivement, et vice versé les hommes par les femmes, afin que le vrai mérite ait désormais place au soleil et que le titre d'homme d'esprit ne soit plus un titre d'incapacité législative comme par le passé. Enfin, pour éviter toute querelle et toute jalousie, que le sceptre de l'autorité exécutive, essentiellement temporaire et annuelle comme l’Assemblée qui la nomme, revienne de droit à la plus jeune, à l'instar de ce qui se pratique dans la république des abeilles.
Hors de là point de salut ; car il est écrit que nulle société ne peut
se perpétuer sans la femme, et l’histoire et les oiseaux nous apprennent que Dieu a refusé la durée à toute institution où la femme, pivot d'attraction, n’occupe pas le premier rang.
L'institution d'une assemblée législative féminine, c’est le coup de grâce de la force brutale; c’est le glas funèbre du sabre et de la culotte de peau, le glas de l’imposture, de la corruption et de la vénalité; c’est la fin de la prostitution masculine et de l’autre; c’est l'aurore d'harmonie, c’est l'ère de elemence, de justice et de charité où la punition disparaitra avec le crime pour laisser la société se tenir seule, en vertu de la mirifique puissance du principe d’attraction qui soutient les globes dans l’espace. Je sais de science certaine que le dernier mot de la navigation aérienne n'attend pour se laisser lire que le grand jour de la réparation.
L'institution du parlement féminin en France, c'est la renaissance des arts, des plaisirs, des fêtes éternelles; c'est l'explosion électrique de la liberté, du bonheur, sur toute la surface de la terre; c'est lembrassement universel de toutes les nations, de toutes les classes et de tous les âges; c’est le règne de l'amour et de la fraternité, dont la venue fera tressaillir les planètes d’allégresse.
O mon Dieu! qui voulez toujours tout ce que veut la femme, preuve que la femme ne veut jamais que ce que vous voulez, faites par votre toute-puissance que le peuple de ma patrie se passionne pour le programme ci-dessus, et faites aussi que je voie toutes ces choses... Ensuite vous pourrez prendre votre serviteur pour le transporter n'importe où...