LA CHÈVRE
Lascive, capricieuse et facile, adonnée à la vie errante et à la sorcellerie, friande de salpêtre, bonne fille au fond et bonne mère, la chèvre représente la gitana pur sang, la gente Esméralda,
la compagne du satyre, la parure et la joie de la cour des Miracles, la poursuivante désordonnée du droit de libre amour. Pauvre race de victimes condamnées par la défaite et par la misère au vagabondage éternel, race qui doit disparaître de la surface du globe, à mesure que les sociétés graviteront vers leurs phases supérieures. Plaignez Esméralda, Djali et le Satyre, mais gardezvous de conjurer le sort qui les attend. A quoi bon conserver l'emblème de la dégradation féminine, quand le type à symboliser ne sera plus, quand la jeune fille, affranchie de la misère morale et matérielle, aura résurgi glorieuse dans la sphère d'Harmonie où trône la beauté. Une chose restera de la chèvre, pour immortaliser son souvenir, le café, emblème d'amour charnel, qui ne pouvait être découvert que par l'emblème d’une créature tant soit peu folle de son corps. Que la chèvre aussi se dépêclie de se faire une position honorable pour l'avenir, comme moule de ransition.