LE BOUC
Le bouc, type domestique du bouquetin des Pyrénées, n'a ja mais joui d’une grande réputation de sainteté dans la légende biblique, pas plus que dans celle de la mythologie grecque, et je ne prends pas sur moi d'affirmer qu'il vaille beaucoup mieux que sa réputation. Il est très certain que le bouc prête le flanc à la médisarce par ses mœurs dissolues, et que l’odeur qu'il exhale ne symbolise pas un grand charme d'attraction. C’est l'emblème
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du sensualisme brutal; les religions grecque, juive et chrétienne sont d'accord sur ce point avec l’analogie. Les Grecs ne se con— tentèrent pas d’immoler le bouc à Bacchus comme un des ennemis de la vigne, un des fléaux du travail attrayant; ils affublèrent leurs satyres, adversaires acharnés du droit de libre amour, du masque et du caractère de l’animal lubrique, pour flétrir l'amour matériel et grossier d’une réprobation éclatante; pour dire que la passion exclusivement sensuelle dégrade l’homme et le fait descendre au niveau de la brute. On sait que les Juifs chargeaient chaque année de leurs iniquités un bouc qu'ils immolaient ensuite au Seigneur, moyennant quoi tout pécheur sortait du temple, blanc comme neige et libre de travailler de nouveau à sa perdition. J'admire ce procédé d’expiation commode. Les chrétiens avaient peu de chose à faire pour métamorphoser le satyre antique en satan. Je ne vois pas bien pourquoi l’image du démon de la chair, en subissant sa dernière métamorphose, a gagné une paire d'ailes; mais la chose esssentielle à constater en tout ceci, c’est que l'opinion de tous les temps et de tous les peuples a été fidèle à flétrir la luxure, et à ne reconnaitre le caractère de passion divine qu'à l'amour composé (double essor des sens et de l'âme). Il m'en coûte d'accabler de ma sentence une pauvre bête déjà chargée des iniquités d'Israël , mais je ne saurais tr ouv dans mon cœur une parole d’indulgence pour un emblème de luxure, un ennemi des vendanges et de l’agriculture. L'avenir du bouc m'épouvante, je ne le cache pas, car je ne lui vois guère d'emploi en harmonie.
Le bouc a contracté alliance avec la brebis de temps immémorial, le bélier avec la chèvre. Il en est résulté une espèce métise très-commune en Amérique, espèce très-précieuse pour la beauté de sa toison. Le bouc peut encore rendre de très-grands services à l’homme, mais uniquement comme agent de transition.