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CHAPITRE IV

Bètes qui né se chassent pas.

LE HÉRISSOX.— ÉA TAUPE. — LA MUSARAIGNE. — LE DESMAN. LE RAF. — LE HAMSTER. — LA MARMOTTE. — LES CHEI- ROPFÈRES.

LE HÉRISSOX.

Encore une ignoble bête, une saleté, une vilenie, un emblème de conservateur-borne, d’obseurant et de parasite. Le hérisson symbolise le goujat mercantile, le goujat littéraire, le journaliste sans foi ni loi, qui fait argent de tout. Il a pour analogue, dans le ‘règne végétal, l’artichaut au sue immonde couleur d'encre, aux feuilles hérissées de piquants, l’artichaut corrompu et vénal, symbole de prostitution, qui donne à quiconque en réclame, un morceau de son cœur. Règle générale, tous les ennemis du progrès sont ennemis de la lumière, habitent des repaires ténébreux comme la musaraigne, la taupe et le renard, et se reconnaissent à deux caractères de physionomie que j'ai déjà indiqués plusieurs fois, l’exiguité des yeux et le développement extraordinaire de l'appareil olfactif (nez). Comme l’infime écrivain dont il est l'emblème, et qui ne peut tenir que dans un milieu anar— chique et ténébreux, le hérisson affectionne les fourrés épais et ténébreux jonchés de végétations parasites. Son antipathie pour le progrès se trahit par la lenteur de sa marche; il rampe plus qu'il ne court. C’est l'image parfaite du rhéteur stipendié du journal de la banque qui se pelotonne dans son égoïsme de repu, qui se hérisse au seul mot de réforme; un être dangereux et absurde qui se fera écraser mille fois plutôt que d'avancer d'un pas. Mauvais coucheur, du reste, rembourré d'épigrammes el toujours prêt à piquer. Bête vorace et d'aspect repoussant, s'accommodant de tout, de fruits et de légumes, comme de limaces

et de menu gibier. Vorace et d'aspect repoussant, c'est aussi le portrait du valet de plume infime , trafiquant de toute question, vendant Ves brevets de maître de poste etles concessions de théâtre, et jusqu’à des promesses de sourires ministériels, et tirant sans remords de sa conscience d’artichaut et de chrétien faux serments et apologies à prix fixe pour toutes les turpitudes et tous les scélérats, encensant Metternich et bafouant O’Connell. La nature l’a doté (le hérisson) d’un groin comme le porc pour faire allusion à sa cupidité et à la bassesse de ses appétits ; mais là s'arrête la comparaison. Ainsi qu'on le verra plus tard à l'article sanglier, le porc est l'emblème de l’avarice utile; tous les morceaux en sont bons quand il est mort. Le hérisson, au contraire, n'a pas plus de valeur après que pendant sa vie. Que reste-t-il après sa mort du goujat littéraire attaché à la rédaction du journal de boutique ? Rien que le fugitif souvenir des affronts qu'il a subis, des mépris qu'il a inspirés. Je sais qu’une opinion contraire a trouvé crédit dans le sein des campagnes où la chair du hérisson a passé long-temps pour mangeable. Je ne puis que déplorer sincèrement cette erreur gastrosophique que je comprends et que j'excuse, par la misère des civilisés et la détérioration universelle du goût. L'erreur, du reste, n’a pas fait fortune, et le chien, dès le premier jour, a protesté contre la gibelotte de hérisson en termes chaleureux. Il y a antipathie naturelle entre le chien et le hérisson; le premier, emblème de dévouement et de courage, ennemi du mercantilisme ; l’autre, emblème de cupidité et de lâcheté. Le chien entre en fureur à la vue de l'immonde animal et se rue sur lui avec rage; mais congne il à peur de se piquer le nez, il renonce bientôt à l'attaque et passe outre, se bornant à lui adresser en manière d’adieu l'expression de ses mépris.

Ainsi, le législateur bien intentionné, mais qui a peur de se piquer les doigts à la réforme des abus de la presse mercantile, se contente de flétrir de sa réprobation l'infamie du goujat littéraire pris en flagrant délit de vol et de faux serment...; si bien que la misérable industrie finit par se faire du dégoût universel une sorte de cuirasse impénétrable et de brevet d’impudence, et que, n'ayant plus à redouter la loi qui la dédaigne, elle profite de la faculté de RÉPERCUSSION DÉFeNxsive dont elle est armée,

pour intimider ses adversaires et poursuivre le cours de ses déprédations. Cette faculté de répercussion défensive, propre à plusieurs espèces et notamment aux accapareurs, est un des plus saisissants problèmes de l’analogie passionnelle. On a beaucoup écrit et discouru sur les causes de la grandeur et de la décadence de Napoléon Bonaparte; mais bien peu sé doutent certainement que l’Empire a péri par un effet de répercussion défensive, par une manœuvre de hérisson (coalition d'accapareurs et de fournisseurs de grains qui, ayant à se plaindre des procédés du grand chef à leur égard, suscitèrent en 4812 une famine factice qui retarda l'expédition de six semaines). Aussi pourquoi l'empereur qui avait deviné le défaut de la cuirasse du commerce et qui voulait délivrer le monde de cette industrie parasite, en lui ravissant les deux monopoles de la banque et des transports, pourquoi l'empereur ne mit-il pas à exécution ce dessein grandiose ? Pourquoi, pourquoi? Eh! mon Dieu, précisément parce que le commerce est armé de la puissance de répercussion défensive et qu'on ne sait par quel bout le prendre.

On dit que le hérisson est le seul des quadrupèdes de France sur lequel le venin de la vipère n'ait pas prise. J'aurais deviné l'exception par l’analogie seule. Ce qui m'étonne, c'est qu'un homme de sens ait pu faire à la bête ignoble un mérite de son invulnérabilité. Et comment voulez-vous, s’il vous plaît, que la calomnie (vipère) morde sur le goujat littéraire et sur le bas industriel qui sont au-dessous d’elle et qui en vivent ; les huissiers de Molière ne meurent pas non plus sous les coups de bâton dont on les gratifie, au contraire.

Hélas ! cent fois hélas! quand les gouvernements qui ont sous les yeux l'exemple de Napoléon culbuté par une coalition d'aceapareurs ; quand les législateurs qui ont sous les veux, dans leur tribunal, l’image du Christ crucifié par les pharisiens; quand les gouvernements et les législateurs mieux avisés, en arriveront-ils à comprendre que toutes les souffrances et toutes les misères des populations, ne viennent à celles-ci que de la voracité insatiable du vautour commercial qui ronge incessamment le foie du travailleur. et que toutes les émeutes et toutes les révolutions qui s'adressent aux trônes ont leur unique cause dans lexploitation du producteur par l'intermédiaire parasite !

Hélas ! cent {fois hélas! au lieu d'exécuter les plans de campagne de Napoléon contre le commerce et la banque, les gouvernements français, héritiers de l'Empire, accordent des subventions de cent mille écus et plus aux organes officiels de la banque, pour qu'ils défendent les opérations des accapareurs et qu'ils répondent par des railleries agréables aux prières désespérées du travailleur demandant à vivre de son travail. Et les penseurs les plus haut placés dans l’estime publique semblent frappés du même vertige que les gouvernants... Les disciples de Charles Fourier prennent quasi contre moi la défense du juif brocanteur et parasite, qui nulle part ne laboure la terre, qui n'a fait de sa vie œuvre utile de ses mains, du Juif qui prélève aujourd'hui sur le travail de toutes les nations du monde une dime colossale…. Et M. Louis Blanc, l'ami du peuple, l'historien populaire de la grande révolution française, M. Louis Blanc place le juif à côté du nègre, dans la catégorie des races exploitées!

Le hérisson aussi a ses souteneurs parmi les forestiers de France et d'Allemagne. Beaucoup le supposent innocent, parce qu'il ne détruit les faisans et les perdreaux que dans l’œuf, et parce qu'il ne fait la guerre qu'aux levrauts nouveau-nés. Pour moi, en quelque lieu que je chasse, je mets sa tête à prix,

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