LA MARMOTTE
Habitante des hautes montagnes des Alpes, gagne-pain du Savoyard. A l’instar des Dormeurs , la Marmotte s’endort à l’automne pour se réveiller au printemps. Elle perd son poil par le travail , par allusion à la misère du pauvre Savoyard dont l’industrie pénible a pour premier effet de râper les vêtements. C’est elle qui a appris au ramoneur à grimper entre deux parois de rocher ou de cheminée, et elle exhale une odeur désagréable qui n’est pas sans analogie avec celle de la suie.
C’est l’emblème du pauvre montagnard qui s’engourdit dans sa misère et se résigne patiemment au travail le plus ingrat pour la récréation des oisifs.
La Marmotte ne fait de mal à personne. Elle dort pendant une moitié de l’année et vit frugalement pendant l’autre. Son sifflet aigu et perçant est une des rares voix des solitudes alpestres. L’industrie et l’art de guérir doivent avoir un jour à compter avec elle. Ne la détruisons pas.
Chéiroptères ( chauves - souris) .
J’ai déjà dit qu’il n’était pas de série animale qui eût eu moins de chances pour ses dénominations que celle des mammifères volants; que le peuple l’avait baptisée d’abord du nom générique de Chauve-souris, nom absurde, vu que l’animal fabuleux qu’il s’agissait de désigner n’est ni souris ni chauve; — que la science n’avait pas mieux réussi avec sa dernière étiquette de chéiroptères ( mains ailées ), attendu que les organes de locomotion
de la bête en question ne sont ni des mains ni des ailes. Vesperlilions, Antro • pomorphes n’en disent ni plus ni moins.
J’ai dit que puisque la science officielle désirait à toute force honorer cette anomalie d un nom grec ou latin, elle devait lui fabriquer un substantif composé qui répondît à l’indication naturelle, quelque chose comme oiseau- mamelle, par exemple : oiseau à poil , quadrupède volant , mammiptère.
Prenons, si vous voulez, le mammiptère , et convenons, du reste, que de toutes les bizarreries de la création dernière, la.... chauve-souris.... était sans contredit la plus difficile à nommer; et que j’aurais eu peur d’effrayer mes jeunes lectrices en lui restituant son vrai nom.
Car la chauve-souris est un emblème de mort.
Et un seul nom lui convenait, celui ü Épouvantail ou de Satanite , que certains zoologistes passionnels ont donné au Pétrel des tempêtes.
Les personnes peu habiles dans l’art de deviner les rébus de la nature, et qui savent quelle peine on a souvent à faire parler les muets, me croiront sur parole, quand je leur aurai affirmé qu’il m’a fallu dix années de relations suivies avec la Chauve-souris, et des efforts inouïs de persévérance et d’importunité pour l’amener à desserrer les dents, et à me faire l’aveu de toutes ses turpitudes. Il est vrai qu’elle m’en a dit long. Et je ne sais véritablement pas, vu la nature de ces confidences, si je ne ferais pas mieux de les garder pour moi que d’en faire part au public. Je sens la chair de poule me venir à la seule idée des conséquences fâcheuses que pourrait avoir mon indiscrétion avec des personnes faibles.
La question de la Chauve-souris est une question de l’autre monde, une question qui sent le fagot....
Tout est mystère, imposture et ténèbres dans cette série de transition , dans tous ces moules à! ambigus , marqués au coin de l’anormal, du hideux et du fantastique.
Est- ce le noir esprit de l’abîme, le porte-drapeau de Satan, le fantôme décharné et livide que la peur de l’enfer fait apparaître au chevet du moribond, le spectre au rire affreux qui se lève des tombeaux avec le crépuscule et y rentre avec 1 aube, le squelette à la faux, planant dans les régions de
j Érèbe d un vol silencieux? C’est tout cela à la fois et quelque chose encore.
C’est l’image de la mort dans les sociétés limbiques, l’image de la transition douloureuse, le cauchemar des imaginations terrifiées*
La Chauve-souris habite les sombres caveaux comme les spectres, les sombres caveaux et les troncs d arbres morts , les noires cavernes et les crevasses des vieux murs, qu’elle quitte aussi à l’heure douteuse qui précède la nuit. Suspendue pendant le jour à la voûte des grottes sépulcrales,