LE HAMSTER
Le Hamster, habitant de la vallée du Rhin et du versant oriental des Vosges, originaire du Nord, vit dans un terrier comme le lapin, mais il possède de plus que celui-ci l’instinct de la prévoyance. Le terrier du Hamster est un riche magasin de comestibles. C’est le Hamster qui a inventé le procédé du silo pour la conservation des grains. La nature, pour favoriser les tendances conservatrices du Hamster, l’a doué de deux poches énormes ou abajoues, situées de chaque côté des mâchoires, appareil précieux dont l’animal se sert pour voiturer dans son fort les provisions qu’il récolte, c’est-à-dire la dîme qu’il prélève sur les moissons du laboureur.
Le ménage du Hamster est l’image parfaite du ménage morcelé et de l’entente cordiale des époux civilisés. Le mâle et la femelle s’entendent dabord admirablement pour piller le public en commun ; le désaccord n’arrive qu’au moment du partage des dépouilles, comme en civilisation. Le mâle, qui a été très-heureux d’utiliser le travail de la femelle pour emplir son magasin, comme le mari d’encaisser la dot de la femme pour étendre son commerce parasite, le mâle, dès les premiers jours de la saison d’hiver, commence par réduire la femelle à la portion congrue ; puis, sous un prétexte injurieux quelconque, il l’expulse du domicile conjugal. Mais la femelle, qui connaît ses droits et la cachette où est enfermé le trésor, n’abandonne pas aussi aisément la partie. Obligée de fuir devant la force, elle creuse une voie détournée pour rentrer dans la place, et parvient à faire au
magot une saignée abondante. Elle fait mieux, elle réclame l’assistance d’un
Egisthe, et tous deux, profitant du sommeil de l’Agamemnon repu qui dort sur ses richesses, l’étranglent et le mangent. Car c’est le sort du Hamster d’être dévoré par sa femelle ou par son associé, lorsqu’il n’a pas le bon esprit de prendre l’initiative.
J’ai dit que pendant toute la durée de l’hiver, les basses régions du sol
1. Prononcé par M. le maréchal Bugeaud dans le banquet phalanstérien du 7 avril 1840.