‹ L'esprit des bêtesChapitre 29 sur 50 · DES BÊTES A DETRUIRE · texte numérisé non relu

DES BÊTES A DETRUIRE

C’est toujours chose grave qu’un décret d’extermination contre quelques milliers d’espèces, contre quelques millions d’individus créés et mis au monde pour y vivre et y remplir une mission préparatoire quelconque. Aussi P analogie 'passionnelle y a-t-elle regardé à deux fois avant de formuler la sentence terrible et ne s’est-elle décidée à cette mesure extrême que sous la pression impérieuse de la nécessité.

Car la question qui se posait ici pour l’homme était d’êlre ou de ri être pas. ür, une question ainsi posée laisse peu de latitude à l’option, et l’analogie a opté en faveur de l’espèce humaine.

Option d’autant plus judicieuse que la tuerie universelle est une loi de nature, loi imprescriptible et fatale, que chaque espèce a été créée pour vivre d’autres espèces et ne peut vivre qu’en tuant {tuer, du latin tueri , se défendre). Option d’autant plus judicieuse que l’homme est en état de légitime défense contre le Lion, le Tigre, les Ours blancs et gris, les Crocodiles et les Requins qui le mangent, contre les Vipères, les Serpents à sonnettes, les Moustiques, les Punaises et toutes les autres vermines qui le rongent et vivent de lui.

L extermination par l’homme des espèces rebelles à son autorité est même si légitime qu’elle constitue au matériel une des principales conditions du progrès. Ainsi la Propreté est l’arrêt de mort de la vermine qui afflige l’Espagnol, le Russe, le Noir et le Sauvage. La Santé est l’arrêt de mort ou l’arrêt de développement des myriades d’animalcules parasites qui vivent de nos maladies. Le Mal a été créé pour forcer la créature intelligente à réagir contre lui, en réduisant indéfiniment sa sphère et en élargissant d’autant celle du Bien. La destruction des bêtes nuisibles ou des éléments du mal est donc la part de collaboration dévolue par Dieu à l’homme dans l’œuvre du progrès commun qui est l’embellissement de ce globe.

Je n’insiste pas sur le sujet. L’analogie d’ailleurs ne tient pas assez au

civilisé pour défendre sa cause d’oflice ; et la facilité extrême avec laquelle elle a adopté les circonstances atténuantes en faveur du Loup et de la Loutre, deux espèces en état d’hostilité ouverte contre l’homme, prouve qu’on peut avoir pleine confiance en son amour de la justice et de la vérité.

Le chiffre des mammifères de France dont l’analogie passionnelle, d’accord avec l’intérêt public, demande l’extermination, s’élève à une trentaine environ. — Rat, Loir, Hamster, parmi les rongeurs; Taupe, Desman, Musaraigne, Hérisson, parmi les insectivores; Chat, Lynx, Fouine, Renard, Blaireau et Ours parmi les carnassiers.

LE RAT

J’écrirais vingt volumes sur le Rat, si on me laissait faire ; car il n’est pas de sujet plus riche à traiter que le Rat, celui de Paris surtout. Je parle du Rat qui hante les égouts, non du Rat de coulisse, une autre catégorie de rongeurs dont l’histoire a bien aussi son intérêt et ses charmes.

Le Rat dit les invasions des Barbares, comme le Cheval de bataille dit le grandeur et la décadence de l'Aristocratie de sang.

Telle Horde, tel Rat : à chaque occupation de la superficie correspond une occupation du sous-sol. Il y a eu le Rat des Goths, le Rat des Vandales, le Rat des Hunsl il y a le Rat Normand (Anglais) et le Rat Tartare (Moscovite). On pourrait compter les couches de Barbares qui se sont superposées l’une à l’autre sur notre sol par le nombre des variétés de rats que ce sol a successivement nourries. Voilà certes une donnée historique importante et nouvelle L Je parierais cependant beaucoup de choses que c’est pour la première fois que l’Académie des inscriptions et belles-lettres est appelée à méditer sur ce rapprochement lumineux. Il y a longtemps que j’ai dit que l’histoire universelle était à refaire, à commencer par celle de Brutus, un aristocrate fieffé, un républicain formaliste qui prêtait son argent à 10 pour 100 par mois et dont M. de Voltaire et tant d’autres ont eu la naïveté de me faire un jacobin.

Je ne fouillerai pas dans les décombres du passé pour y chercher les traces du passage et de l’établissement des rats de la grande invasion dans les Gaules. J’aurai assez du témoignage des races contemporaines pour appuyer mon système.

Deux mots préalables seulement sur l’histoire du Rat en général.

L. J’ai dit au commencement de ce livre que cette même thèse avait été développée depuis par M. le docteur Lallemand, dans la Revue indépendante (avril 1847). Mon travail est antérieur de trois ans à celui de l’illustre académicien.

LK RAT

Et d abord, le Rat n’est pas le mari de la Souris, ainsi qu’un préjugé populaire trop répandu l’avait fait généralement supposer jusqu’à ce

jour. Le Rat n’est pas plus le mari de la Souris que le Crapaud celui de la Grenouille.

Tous les rats sont ratophages, c’est-à-dire qu’ils se mangent entre eux. Non-seulement les races voisines s’entre-dévorent, mais encore les individus de la même race. Les pères mangent leurs enfants au berceau pour les affranchir des douleurs de l’initiation à l’existence ; les enfants reconnaissants s’empressent à leur tour de débarrasser leurs parents un peu vieux du fardeau de la vie, comme faisaient les Massagètes, ces dignes ancêtres des Cosaques. C’est pour cela sans doute que j’ai lu dans le traité de la Morale en action, qu’on m’a donné pour prix, une foule d’exemples touchants de piété filiale, empruntés à l’histoire du Rat et de la Souris.

Tous les ans, à 1 arriere-saison, à l’époque où les trésors de l’automne commencent à s’épuiser, de sanglantes guerres civiles dont le bruit n’arrive pas jusqu à nous, éclatent dans les tribus obscures des campagnols, des lemmings, des hamsters, des musaraignes. Le Hamster pénètre dans le silo du Hamster voisin, le tue et le dévore, puis s’empare de ses provisions d’hiver. La fureur de destruction devient universelle. Le Lapin n’essaye pas de se soustraire à cette accusation générale de cannibalisme qui pèse sur les espèces souterraines. Toutes imitent le procédé de la Taupe, qui plonge avec bonheur son long museau pointu dans les entrailles de la Taupe voisine qu’elle vient d’égorger, et boit avec délice le sang de sa victime. Il paraît certain que M. de Buffon et les autres nous en avaient conté sur les vertus filiales des rats ainsi que sur les mœurs patriarcales de la taupe.

Toutes les familles de rats, douées d’une fécondité prodigieuse, sont les emblèmes de ces populations misérables et prolifiques qui couvrent aujourd hui le globe, et que la faim et la haine du travail poussent à se faire la guerre et à s’entre-dévorer. Elles disparaîtront un beau jour, en même temps que la guerre, la peste et la famine.

Le Rat, comme le Barbare, est un fléau que Dieu envoie aux nations civilisées pour les avertir et les punir de leurs égarements. Le Rat a été chargé plus d’une fois de l’exécution des sentences divines ; aussi occupe-bil à ce titre une place importante dans les fastes de l’humanité. C’est le Mulot d’Égypte qui détruisit l’armée de Sennachérib ou d’un autre, en dévorant pendant la nuit toutes les cordes des arcs et toutes les courroies des boucliers assyriens. Pline a consacré un chapitre entier de son huitième livre à raconter les cités détruites par les ravages des bêtes. Le Rat a joué, avant et depuis Pline, un rôle immense dans l’histoire de ces bouleversements. On sait le sort de cet archevêque de Mayence qui fut arraché de sa tour,

C’est pour le dégoûter du métier.

traîné jusqu’au milieu du Rhin et noyé par une bande de rats suscités par Dieu même, et qui ne se retirèrent satisfaits, dit l’histoire calviniste, qu’après avoir fait disparaître à coup de dents, des tapisseries saintes, le nom et l’image de l’impie.

Ce vice de nature, qui porte le Rat à tourner ses incisives contre son propre sang, est le correctif de cette perpétuelle fringale dont il est possédé. Le Rat aurait déjà dévoré tous les habitants du globe sans la ratophagie. Et si le Lord anglais et le Boyard moscovite, je veux dire le rat Normand et le rat Tartare, au lieu de se jalouser, s’unissaient demain, par exemple, pour partager l’Orient !

Il y a des rats comme des campagnols et les lemmings, qui quittent cha-

LE RAT

Le rat des champs qui émigre chaque année.

que année leur territoire pour aller butiner dans les contrées avoisinantes, et puis reviennent chez eux l’expédition terminée. Ainsi faisaient les Gaulois, nos barbares ancêtres ; ainsi opèrent encore de nos jours les pirates, les Arabes et toutes les populations nomades de l’Afrique et de l’Asie. Ces rats voyageurs sont suivis dans leurs émigrations par leurs ennemis habituels, quadrupèdes et volatiles, les renards, les belettes, les hiboux. Ainsi, les bancs de harengs et de maquereaux entraînent à leur suite la baleine

et les squales. Ainsi le Yisigoth et l’Ostrogoth précèdent le Franc, celui-ci l’Anglais et le Russe.

Il y en a d’autres qui, commme le Rat Rrun et le Surmulot, abandonnent leur patrie sans esprit de retour, et s’établissent à demeure sur le sol des

pays conquis, comme le Normand dans la Grande-Bretagne, le Mongol dans la Chine. J’entendais dire dernièrement, par un diplomate à l’affût de toutes les nouvelles et très-bien informé, que l’avis officiel du retour du Surmulot vers sa contrée natale venait de parvenir à l’ambassade de Russie.

J’arrive à l’histoire de la raterie française.

On compte en France cinq espèces de rats. La Souris domestique, le Campagnol ou Rat des champs ; le Rat Brun, le Surmulot, ou Rat de Montfaucon ; le Rat d’Eau.

La Souris de France est autochthone ; on la retrouve du moins dans les habitations gauloises dès les âges les moins historiques. Cependant l’usage du Chat qui remplace le Furet, lequel date lui-même de l’invasion du Lapin et de l’Arabe, l’usage du Chat ne commence à être adopté en France que vers le commencement du onzième siècle. La Souris est essentiellement sédentaire.

On n’en peut dire autant du Campagnol ou du Rat des champs, qui émigre chaque année par grandes masses du Nord vers le Midi, et qui sert de pâture aux loups, aux renards et aux fouines, ainsi qu’à une foule d’oiseaux de proie et d’échassiers murivores.

Les autorités abondent pour prouver la simultanéité de l’invasion du Normand et de celle du Rat Brun, du Rat proprement dit. Le Surmulot, le Rat actuel de Paris, date d’hier en Europe, comme le Moscovite, d 'où il nous est venu.

Le Normand, honorable souche de l’aristocratie anglaise d’aujourd’hui, est la horde qui a laissé dans le monde la plus effroyable réputation de barbarie. Le pirate normand a fait croire à l’existence de l’ogre. Longtemps après que les rois de France eurent acheté la paix de Rollon au prix de la riche Neustrie, le peuple, dans ses prières publiques, suppliait encore le bon Dieu de le délivrer du mal et du Normand. C’est encore aujourd'hui le refrain des prières publiques de l’Irlande et de toutes les contrées malheureuses où domine le Normand, je veux dire le landlord (ne pas confondre avec le prolétaire anglais que je porte dans mon cœur). L’Irlandais et le Saxon ne sont pas pour moi des Anglais.

C’est la terreur de la férocité normande qui força le peuple des campagnes de France à se réfugier sous la protection des Comtes, et à bâtir pour ceux-ci des châteaux-forts où la tyrannie féodale s’installa et se casemata aussitôt pour un millier d’années. Ainsi, en ce temps-là, les pirates normands semaient déjà partout sur leur passage l’oppression, la misère et les ruines. J’entends le Portugal, l’Espngne, la Chine et l’Inde qui me crient que le sang de Rollon n’a pas dégénéré.

Les historiens de l’époque s’accordent à constater que la venue des Nor-

LE RAT

mands fut accompagnée et suivie Tune foule de calamités atmosphériques et zoologiques de tout genre. On peut consulter avec avantage, à ce sujet, Aldrovande, qui résume les travaux des écrivains antérieurs. Au milieu de ce déluge affreux d'insectes dévorants, de reptiles venimeux et de loups enragés qui fondent de tous côtés sur la France, apparaît pour la première fois le Rat Brun. Le Rat Brun, originaire de la presqu’île Scandinave, a passé la Baltique sur les esquifs des pirates normands, et il s’est établi aux bouches de l’Elbe, du Weser et des fleuves du Nord. De là, il marche à la conquête du continent, faisant d’abord une guerre d’extermination aux mulots des champs et aux souris des villes, et s’avance peu à peu vers les contrées méridionales. On signale son apparition en France sous le règne

de Louis A II, 1 infortuné mari d’Éléonore d’Aquitaine, l’introductrice de l’Anglais.

A cette époque, disent certains chroniqueurs, une nouvelle espèce marronne envahit tout le territoire et détruisit complètement la race rouge ou ombrée qui, depuis les Normands, était en possession du sol, et vivait en bonne intelligence avec une dynastie moins nombreuse, mais plus fortement constituée, la race amphibie, vulgairement appelée de nos jours Rat cl eau ou Rat de la Salpêtrière , parce que l’emplacement sur lequel est bâti 1 hospice de ce nom fut le bsrceau de la lignée du premier émigrant.

Il est plus que probable qu’il y a ici confusion dans l’histoire, et que cette espèce marronne est la même que la brune, à laquelle on l’accuse de

s’être substituée.

Lors de l’affranchissement des communes, l’abbé Suger constata, dans les caveaux de Saint-Denis, la présence d’une troisième espèce de rats nommés Épagneuls, à cause des longs poils qui couvraient leur robe, et non Espagnols, ainsi qu’on les appela depuis par corruption.

Sous la Ligue et sous la Fronde, les guerres religieuses et les discordes

civiles qui désolaient la France appelèrent sur son sol une troisième invasion de rats, toujours venant du Nord.

Cette troisième race, beaucoup plus nombreuse et plus forte que les précédentes, fut nommée la Grise , ou Vulcain. Après avoir détruit la race Épagneule, elle prit possession de ses États, et continua ses relations de bonne amitié avec la race amphibie, dont la parenté de couleur avec les nouveaux

conquérants assura la durée de la bonne intelligence entre les deux espèces. Cette race grise a bien l’air de n’être que l’avant-garde de celle connue, de nos jours, sous le nom de Rat de Montfaucon.

En tout cas, cest le Rat Brun qui détermine l’épicier français à accepter les services du Chat. Le Rat Brun réussit à s’implanter si profondément dans le sol, que c’est lui qui finit par recevoir le nom générique de l’espèce.

Ce que le Rat Brun a détruit de richesses péniblement amassées par les travailleurs de France, pendant les six ou sept siècles que nous avons eu à le nourrir, ne se calcule pas. C’était aussi le temps où le travail du Serf nourrissait la paresse et le faste du Noble. Envahisseur, carnivore et pillard.... tel fut le Rat Normand. La crainte de troubler l’entente cordiale qui existe entre le gouvernement anglais et le nôtre m’empêchera de pousser 1 analogie jusqu’au bout.

Le Rat Normand a trouvé son maître, au siècle dernier, dans le Rat Moscovite ou Tartare, autrement dit le Surmulot, le Rat de Montfaucon.

Un jour, en 1760 (il y a cent ans à peine), la ville de Jaïk, en Sibérie, fut attaquée et prise d’assaut par une armée innombrable de rats. L’attaque avait eu lieu à quatre heures du soir; les vaincus accordèrent en toute souveraineté aux vainqueurs un quartier de la ville.

Ces nouveaux rats, inconnus à l’Europe, descendaient des hauteurs de ce même plateau central d’Asie, d’où s’échappèrent dans les temps ces cavaliers huns et mongols qui, se répandant a droite et a gauche du soleil, prirent une fois l’Occident et Rome, une autre fois l’Orient, de Jérusalem à Pékin.

Le débouché ouvert par la conquête d’une ville, le flot de l’invasion ne cessa plus de couler. Bientôt il se transforma en torrent; le Surmulot déborda sur l’Europe. Il a pénétré, en cinquante ans, au cœur de toutes les capitales ; nul ne sait où s’arrêtera le cours de ses progrès souterrains. Paris tremble de fournir un nouveau chapitre à l’histoire des villes renversées de Pline. Le Surmulot vient de signaler son apparition dans la Nouvelle-Zélande par la destruction du Perroquet nocturne. 11 a détruit le Diablotin aux Antilles. Le Perroquet nocturne de la Nouvelle-Zélande et le Diablotin de la Guadeloupe habitaient des terriers comme le Fadorne.

L’établissement du rat Moscovite ou Tartare en France eut pour préalable l’extermination complète du rat Normand, parce qu’il y a antipathie mortelle entre le sang normand et le sang moscovite. Le rat Brun oigueilleux, qui couvrait naguère encore le territoire français de ses colonies innombrables, n’existe plus aujourd’hui dans Paris qu au cabinet d histoire naturelle et dans la langue du pays!... A peine si quelques rares débris de la race ont réussi à se soustraire à la dent du vainqueur, en gagnant à la nage quelques misérables îlots de la côte inhospitalière de Bretagne, au pa^s des Venètes (Vannes). La Venise de l’Adriatique fut fondée aussi par des débris de populations cisalpines échappés au glaive d’Attila, et qui trouvèrent asile

en ses lagunes !

L’extermination du Rat Normand par le Rat Moscovite en France est contemporaine de l’anéantissement des privilèges de 1 aristocratie française et de l’ avènement du sabre.

LE RAT

La puissance de destruction dont le Rat Tartare est armé, sa voracité effrayante, son courage indomptable rappellent complètement la manière des farouches cavaliers d’Attila et de Timour-Lenk, ces impitoyables exterminateurs qui s’amusaient à bâtir des pyramides vivantes où l’homme servait de pierre, et qui ne voulaient pas que l’herbe repoussât à la place où leurs chevaux avaient passé.

Le Surmulot dévore le Chien, le Chat; il attaque l’enfant endormi, il est friand du cadavre de l’homme; il commence par lui manger les yeux comme au cheval. Sa dent est des plus venimeuses. Je sais dix cas d’amputations de jambe nécessitées par la morsure du rat d’égout.

Les abattoirs et les égouts de Paris nourrissent un nombre de surmulots inimaginable. On en a tué des vingt mille et des trente mille pendant plusieurs jours de suite à la voirie de Montfaucon, sans que le nombre en parût sensiblement diminué. On calcule qu’il leur est servi en tribut annuel six millions de kilogrammes de viande, tant en chair de cheval qu’en autres matières animales putréfiées.

La question du rat de Montfaucon s’est élevée, dans ces derniers temps, à la hauteur d’une question sociale. On sait la célèbre délibération de ce conseil municipal de la banlieue qui, consulté un jour sur cette question terrible, décida que le meilleur moyen de venir à bout du Rat était de le tuer ; solution ingénieuse, mais qui avança peu les choses, attendu que l’assemblée oublia de s’entendre sur le moyen de destruction. Cependant la solution de la question ne saurait être ajournée plus longtemps, car il s’agit tout bonnement, dans cette affaire, pour les quartiers de l’est de la capitale, d'être ou de n’être pas ; c'est là toute la question .

Considérez un peu ce rapprochement bizarre !

Les deux variétés de rats les plus féroces et les plus sanguinaires, celles qui ont pesé le plus lourdement sur le monde européen, nous sont venues précisément des mêmes lieux et en même temps que les deux nations qui sont demeurées les dernières barbares, la nation russe et la nation anglaise, vouées encore aujourd’hui au principe de guerre et de spoliation.

Or, la France est le tombeau de toutes les barbaries : elle verra s’éteindre avant peu la dynastie du Rat Moscovite, comme elle a vu s’éteindre la dynastie du Rat Normand. Le principe de l’autocratie ou du despotisme d’un seul n’est pas plus fait pour s’acclimater chez nous que celui de l’oligarchie. Il faut que le barbare s’incline devant le Dieu d’égalité et de paix, comme le Sicambre, ou qu’il périsse écrasé sous le marteau, comme le Hun et l’Arabe !

Mais le Rat, emblème de misère, de meurtre et de rapine ; le Rat, emblème de la horde normande ou moscovite, ne peut disparaître du sol qu’a-

près que la misère et le meurtre en auront été bannis d’abord, et que les gouvernements sages auront mis en pratique la théorie pacifique placée par moi dans la bouche du grand vainqueur d’Isly, et formulée jadis en un hardi toast, dans une assemblée solennelle :

A l'abolition de la guerre! à la transformation des armées destructives en armées productives 1 !

Paroles sublimes dans la bouche d’un guerrier.

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