‹ L'esprit des bêtesChapitre 34 sur 50 · LE HÉRISSON · texte numérisé non relu

LE HÉRISSON

Encore une ignoble bête, une saleté, une vilenie, un emblème répulsif d obscurant et de parasite. Le Hérisson symbolise le goujat mercantile, le goujat littéraire, l’industriel de bas étage qui fait argent de tout. Il a pour analogue, dans le règne végétal, l’artichaut au suc immonde couleur d’encie, aux feuilles hérissées de piquants, l’artichaut corrompu et vénal, symbole de prostitution morale, qui donne à quiconque en réclame un morceau de son cœur. Règle générale : tous les ennemis du progrès sont ennemis de la lumière, habitent des repaires obscurs comme la Musaraigne, la Taupe

II est bien facile de lui tendre un piège.

et le Renard, et se reconnaissent à deux caractères de physionomie que j’ai déjà indiqués plusieurs fois, la petitesse des yeux et le développement ex traordinaire de l’appareil olfactif (nez).

Comme l’infime industriel dont il est l’emblème, et qui ne peut tenir que dans un milieu anarchique et ténébreux, le Hérisson affectionne les fourrés épais et ténébreux, jonchés de végétations parasites. Son antipathie pour le progrès se trahit par la lenteur de sa marche ; il rampe plus qu’il ne court. C’est l’image parfaite du parasite fainéant qui se pelotonne dans son égoïsme de repu, qui se hérisse au seul mot de réforme; un être dangereux et absurde qui se fera écraser mille fois plutôt que d’avancer d’un pas. Mauvais coucheur, du reste, rembourré d’épigrammes et toujours prêt à piquer.

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