T.E HÉRISSON
Bête vorace et d’aspect repoussant, s’accommodant de tout, de fruits et de légumes, comme de limaces et de menu gibier.
Vorace et d aspect repoussant, c’est aussi le portrait du valet de plume infime, trafiquant de biographie et de chantage, vendant des brevets de maître de poste et des concessions de théâtre, et jusqu’à des promesses de sourires ministériels, et tirant sans remords de sa conscience d’artichaut et de faux chrétien faux serments et apologies à prix fixe pour toutes les turpitudes et tous les scélérats, encensant Metternich et bafouant O’Connell.
La nature a doté le Hérisson d’un groin comme le Porc pour faire allusion à sa cupidité et à la bassesse de ses appétits ; mais là s’arrête la comparaison. Ainsi qu on l’a vu à l’article Porc, ce dernier animal est l’emblème
L’ESPRIT DES RETES.
de l’avarice utile; tous les moreeaux en sont bons quand il est mort. Le Hérisson, au contraire, n’a pas plus de valeur après que pendant sa vie. Que reste-t-il après sa mort du goujat littéraire ou industriel, sinon le fugitif souvenir des affronts qu’il a subis, des mépris qu’il a inspirés.
Je sais qu’une opinion contraire a trouvé crédit dans le sein des campagnes où la chair du Hérisson a passé longtemps pour mangeable. Je ne puis que déplorer sincèrement cette erreur gastrosophique que je comprends et que j’excuse, par ia misère des civilisés et la détérioration universelle du goût. L’erreur, du reste, n’a pas fait fortune, et le Chien, dès le premier jour, a protesté contre la gibelotte de hérisson en termes chaleureux.
Il y a antipathie naturelle entre le Chien et le Hérisson ; le premier, emblème de dévouement, de fidélité et de courage; le second, emblème de cupidité, de lâcheté et de vénalité.
Aussi le Hérisson préfère-t-il la chair du Chien à toute autre venaison. De même, le Chien entre en fureur à la vue de l’immonde animal et se rue sur lui avec rage ; mais comme il a peur de se piquer le nez, il renonce bientôt à l’attaque et passe oatre, se bornant à lui adresser de haut l’expression de ses mépris.
Ainsi, le législateur bien intentionné, mais qui a peur de se piquer les doigts à la réforme des abus, se contente de flétrir de sa réprobation l’infamie du goujat littéraire pris en flagrant délit de chantage et de calomnie. .. Si bien que la misérable industrie finit par se faire du dégoût universel une sorte de cuirasse impénétrable et de brevet d’impudence, et que, n’ayant plus à redouter la loi qui la dédaigne, elle profite de la faculté de répercussion défensive dont elle est armée, pour intimider ses adversaires et poursuivre le cours de ses diffamations.
Cette faculté de répercussion défensive , propre à plusieurs espèces et notamment aux accapareurs, est un des plus saisissants problèmes de l’analogie passionnelle. On a beaucoup écrit et discouru sur les causes de la grandeur et de la décadence de Napoléon Bonaparte ; mais bien peu se doutent certainement que l’Empire a péri par un effet de répercussion défensive , par une manœuvre de hérisson , par une coalition d’accapareurs et de fournisseurs de grains qui, ayant à se plaindre des procédés du grand chef à leur égard, suscitèrent en 1812 une famine factice qui retarda l’expédition de la Russie de six semaines. Aussi, pourquoi l’Empereur qui avait deviné le défaut de la cuirasse du Commerce, et qui voulait délivrer le monde de cette industrie parasite en lui ravissant ses deux monopoles de la Banque et des Transports ; pourquoi l’Empereur ne mit-il pas à exécution ce dessein grandiose? Pourquoi, pourquoi? Ehl mon Dieu, précisément parce que