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LE FURET

Le Furet, sans qu’il y paraisse, est un des plus anciens amis de l’homme; presque nulle part, en effet, on ne le rencontre à l’état sauvage. 11 est originaire d’Afrique, d’où il est passé en Espagne, avec les Arabes. Il nous est venu de l’Espagne, comme chacun sait, en compagnie de ces envahisseurs. Le Furet ne vit qu’à l’état domestique en France; il semble profondément mépriser tous ses congénères.

Je ne crois pas qu’il soit très-habile de dire beaucoup de mal d’une bête qui s’est ralliée à nous. C’est pourquoi j’ai mieux aimé renvoyer à l’article fouine, que garder pour l’article furet les observations générales que j’avais à faire sur les mœurs peu édifiantes de la famille des buveurs de sang. Il est d’une sage politique de voiler les turpitudes de ses amis, sauf à s’indemniser de sa réserve sur le compte de ses ennemis.

Le Furet, malgré sa robe blanche, est la bête noire du Lapin, et réciproquement. Il a été créé dans l’intérêt de l’espèce humaine, pour opposer une barrière aux envahissements du rongeur, que sa fécondité excessive eût bientôt fait maître du globe. Le laboureur, songez-y bien, n’a pas de plus grand ennemi que le Lapin.

L’éducation du Furet ne coûte pas des peines infinies. Il suffit, pour bien faire, de l’abandonner à ses impulsions naturelles, qui le conduisent tout 'droit au terrier du Lapin. Il entre, fouille les galeries, y met le désarroi, en expulse tous les habitants. Son idée fixe est d’en acculer un dans une impasse ; et s’il parvient à ce résultat, si l’on n’a eu soin de le museler, de bien le faire manger avant la chasse, il égorge incontinent sa victime, et lui suce le sang jusqu’à ce qu’il en soit ivre ; et comme il s’endort aussitôt qu’il est repu, force est bien d’attendre son réveil pour recommencer le fouillage. Une éventualité non moins désastreuse de la chasse au furet est la rencontre imprévue d’un Blaireau ou d’un Renard dans un terrier de lapins. Le Furet, en ce cas, court grand danger de s’endormir du sommeil éternel. On sait que tous les animaux qui sont demeurés en dehors de l’alliance avec l’homme, traitent de Judas les individus ralliés et leur ont déclaré une guerre sans merci. Le Furet n’a pas moins de vengeance à redouter de la part du Putois ou de la Martre que la Loutre ou la Buze de celle de leurs congénères conjurées.

Je ne peux pas aimer une bête qui appartient à la tribu des buveurs de sang, une bête insatiable, cauteleuse et fétide. Cependant je ne saurais m’empêcher d’avoir un peu de reconnaissance pour le Furet, et de lui savoir gré de son obéissance à l’homme; car la déférence du Furet pour l’homme est d’autant plus méritoire que rien ne le forçait à solliciter notre alliance, qu’il pouvait s’en passer mieux qu’aucune autre bête, et qu’il a, en définitive, plus perdu que gagné à la domestication. En effet, le Furet a toujours soif de sang, sang de lapin, sang de pigeon, sang de poulet. Or il vit parmi ces es-

pëces; il les entend roucouler, chanter, trottiner à ses côtés, tout le long du jour, sans pouvoir franchir l’obstacle qui le sépare d’elles. Sa vie n’est qu’un long supplice de Tantale, et son maître, comme pour activer l’ardeur de ses regrets et de ses désirs, le nourrit presque exclusivement de laitage. Le sort de la Martre et de la Fouine dans les bois et dans les granges est incontestablement plus doux.

La domestication du Furet est, à mon sens, une des plus glorieuses démonstrations de la légitimité des prétentions de l’homme au titre de souverain absolu du globe, parce que c’est la soumission imposée à l’une des tribus les plus farouches et les plus réfractaires de l’animalité.

Mais quand la série des félins (lions, tigres), et celle des serpents ellemême étaient contraintes par la volonté d’en haut de se rallier à l’homme, au moyen de leurs derniers anneaux (chat privé, couleuvre domestique), il était de toute impossibilité que la série des ègorgeurs demeurât en dehors de la loi générale. La série des ègorgeurs s’est donc humanisée comme les autres, et elle a détaché le Furet auprès de l’homme pour le servir en qualité de fouillelapin. On m a assuré plusieurs fois que la Fouine et le Putois, entraînés par l’exemple du Furet, avaient cherché à se rapprocher de l’homme. Je n’en serais pas surpris.

Nous sommes trop disposés, tous tant que nous sommes, à oublier le service des bêtes, depuis que nous avons perfectionné les armes à feu, qui nous permettent de nous passer un peu de leur concours. Il est donc convenable que ceux qui ont conservé le souvenir des misères et des difficultés des époques primitives rappellent aux oublieux les devoirs de la gratitude. Le Furet fut utile aux jours du débordement du Lapin; respectons cette page de ses mémoires. Aujourd’hui que l’oisiveté l’a fait ivrogne, gourmand, dormeur, joueur et voleur, il n’est plus que l’emblème du valet de grande maison : ivrogne, fainéant, corrompu, débaucheur de jeunesses. Mais la domesticité personnelle elle-même, si honteuse qu’elle soit devenue, pivotait sur le dévouement et l’honneur aux premiers jours de la féodalité.

Ce Furet, qui boit le sang du Lapin et s’enivre, quand on oublie de le museler.... c’est évidemment le Frontin du grand seigneur, qui boit tout le Chambertin de son maître, quand celui-ci a oublié de fermer la porte de la cave ! la race des Frontins a produit des Galebs.

Et puis la chasse du Lapin au furet est un des plus agréables délassements de la villégiature, et une chasse qui fournit au tireur habile l’occasion de faire montre de son adresse, ce qui lui permet de supporter avec plus de résignation les ennuis du chômage de la saison d’été.

LE BOUC. — LA CHEVRE

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