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.l'ii ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.
res dont nous avons encore à décrire l'histoire , que l'ordre dc^ Sédipèdes touche à sa (in. Le Martin-pêcheur qui vit beaucoup pkis de poissons que d'insectes, est le dernier terme de l'ordre dans cette classilication pédiforme , et les genres Sitclle et Mésange que nous rencontrerons après lui sur la route de l'ordre voisin, sont des ambigus si prononcés que nous avons reconnu la nécessité d'en faire une classe à part, à ce titre, entre les Percheurs et les Grimpeurs. L'étrangeté de ce rapprochement du genre le plus voisin des Pics avec un oiseau plongeur à bec droit, paraîtra moins choquante quand j'aurai démontré par un fait que c'est la nature elle-même qui a créé ce rapprochement dont je ne suis pas fautif. Il existe en effet une nombreuse famille naturelle d'oiseaux que les savants appellent Jocamars ^ et ces Jacamars tiennent par tant de caractères aux Piverts et aux Martins-pêcheurs , qu'il est com])létement inij)ossible de nier la parenté des deux groupes. Je n'ai pas le temps de discuter le fait , je le cite, cela suffit.
Le Martin-pêcheur, qui jouit en France et dans tous les écrits des auteurs d'une immense ré|)utation de beauté , est un oiseau presque aussi remarquable par la disgracieusetc de ses formes que par l'éclat de son plumage. Son long bec caréné est beaucoup trop fort pour sa tailhi , sa tête aussi est trop volumineuse , sa queue trop courte , ses ailes trop arrondies. Il porte sur la tête une calotte bleu sombre marquetée d'écaillés bleu clair et termince par un épais chignon d'où part , pour aboutir à l'extrémité de la queue, cette fameuse zone longitudinale aigue-marine dont l'éclat métallique motive suffisamment la célébrité de l'oiseau. Le reste du plumage n'a plus rien d£ bien merveilleux : Moustaches vertes , gorge blanche , tout le devant et tout le dessous du corps d'un roux orangé vif. J'ai dit à l'alinéa qui précède le système de nidification du Martin-pêcheur et même la couleur de ses œufs.
Cet oiseau n'est commun nulle part en France ; ce qui u'empêche pas qu'on ne l'y rencontre partout, même aux bains Yigier du Pont-neuf, en plein cœur de la capitale. Il habile indifféremment les rives de tous les cours d'eau grands et petits bordés d'arbres
et aussi rcllrs dos étangs, des i!)nchaics, des toiiihières. Ses doniourcs de i)rodilcciion sont les basses branches des oseraies et des saules qui pendent sur les (lots, et d'où il regarde passer les pc'.its |ioissons dont il fait sa nourriture, et qu'il est très-habile à prendre entre deux eaux. Aussitôt qui! aperçoit sa proie, il Tond dessus avec la rapidité de la balle , la saisit de son longbec et revient la manger sur une pierre du rivage. Quebiuclois, il improvise un observatoire aérien, (û s'clevant à une hauteur de deux ou trois mètres dans l'espace , se maintient une demiminute immobile à la même place , comme i'.VIouette devant son miroir, et pi(|ue de là sa tète sur le menu fretin. Quand il manque son coup , ce qui lui arrive quelquefois , ce qui nous est arrive à tous, si habiles chasseurs et pécheurs que nous soyons, il remonte vivement à son poste pour essayer de mieux faire. Il est beau de persévérance, de calme et de philosophie. Le Martin-pêcheur est facile à prendre à la raquette , à raison (le l'habitude où il est de percher sur tous les bouts de branches mortes (pii se détachent du fouillis de la verdure riveraine et font saillie sur le courant. La marcliette du piège lui offre précisément les meilleures conditions de cette sorte de perchoir à lleur d'cciu, et la malheureuse bète .se hâte d'eu proliter. Je sais des pays où l'espèce a été complètement anéantie par l'emploi de ce procédé criminel. Le Marti n-pècheur n'est pas difficile non plus à surprendre, puisqu'il stationne fréquemment sdus les berges, d'où il est impossible qu'il voie venir le chasseur. Il a coutume de jeter un long cri d'alarme toutes les fois qu'il quitte son poste pour se rendre à un autre ; il fuit en ligne droite et rase de tout près la surface de l'onde sur laquelle on dirait qu'il trace un rapide sillon rouge et bleu. C'est un crime de le tuer, puisqu'il ne fait de tort à personne et qu'il charme les regards par l'éclat de ses couleurs et que sa chair n'est pas mangeable. Ce meurtre s'expliquait autrefois par l'importance extrême des propriétés qu'on attachait au corps de cet oiseau, qui passait alors pour prédire les changements de temps, pour indiquer la direction du pôle par celle de son bec , et aussi pour préserver les draps de l'invasion des teignes. Il n'a p'us d'excuse
aujourd'hui que le Martin-pècheur empaillé peut être avantageusement remplacé dans le triple oftioe ci-dessus par le baromètre , la boussole , le camphre et le vétiver.
Nops retrouvons dans cette croyance du peuple à la sensibilité barométrique du Martin-pêcheur les traces d'une tradition antique et solennelle consacrée par la poésie d'Ovide et l'une des plus charmantes histoires de la mythologie grecque. Il paraît donc qu'autrefois le Martin-pècheur, qui s'appelait alors l'Alcyon, jouissait du curieux privilège de poser son nid sur la mer, à la surface même des flots. Or , comme il fallait que la mer fût trèsdouce pour que l'embarcation ne chavirât pas, et comme l'oiseau avait besoin de trois semaines au moins pour parfaire toutes ses opérations de ponte , d'incubation et d'éducation des jeunes , les Dieux avaient décidé dans leur sagesse de lui accorder chaque année cet intervalle de calme plat. Ils lui avaient de plus attribué le don de prévoir à heure fixe la venue de ces jours pacifiques que les marins appelaient les jours Alcyoniens. Naturellement il s'était trouvé beaucoup de gens de bonne volonté pour être témoins de la construction et de la mise à l'eau du nid de l'Alcyon, de même qu'il se trouve de nos jours des Rosette Tamisier et de bons gendarmes pour être témoins de phénomènes non moins miraculeux. Plutarque fut un de ceux qui virent l'Alcyon travailler. L'Alcyon commençait, comme nos ingénieurs de marine , par construire la charpente de son embarcation à terre. Cette charpente était composée des arêtes d'un certain poisson qui étaient reliées entre elles par un mastic doué d'une imperméabilité supérieure à celle du caoutchouc, mais dont le secret est perdu. La construction avait l'apparence d'une chambrette ronde assise dans un canot , et les constructeurs, avant de la lancer pour tout de bon, avaient soin de la mettre à l'eau une ou deux fois pour l'essayer et voir si elle n'embarquait pas la lame; puis, quand elle était en état, et que le moment favorable était venu , ils la livraient sans crainte à la merci des flots et à la protection de Neptune. Une seule chose ntrigue l'historien dans toute cette afl'aire, c'est de n'avoir jamais pu surprendre la manière dont la couveuse s'introduisait
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dans son domicile. C'est bien le cas de répéter avec le sage que l'homme n'est jamais content. Je n'aurais vu que la moitié des phénomènes dont Plutarque eut la chance d'être témoin oculaire, que je m'estimerais déjà suflisamment heureux. Il est difficile aujourd'hui de vérifier si Plutarque et les autres ont dit toute la vérité et rien que la vérité en tout ceci, puisque, depuis un temps immémorial, les Martins-péchcurs ont renoncé à l'habitud»- Je nicher sur les flots de la mer pour adopter le système de la nidification à huis-clos dans le sein de la terre; mais j'avoue néanmoins que cette histoire des faits et gestes de l'Alcyon racontée si naïvement par Plutarque n'a pas peu contribué à invalider pour moi le témoignage de l'illustre écrivain relativement à la continence de Scipion. Du reste, il nous faut reconnaître, à la justification de Plutarque , que beaucoup de naturalistes modernes et des plus éminents même ne paraissent guère mieux renseignés que lui sur la nidification du Martin-pécheur. C'est ainsi que François de Neufchâteau , personnage consulaire mort en 1828, en plein dix-neuvième siècle, affirme encore à son heure dernière que cette espèce fait son nid sur les saules , version qui n'est pas plus vraie que l'autre, et qui est moins amusante.
Ceux qui sont forts en mythologie savent pourquoi les Dieux avaient concédé à l'Alcyon le privilège de bâtir sur l'eau et le don de prévoir le beau temps. C'était pour le récompenser de sa vertu et d'avoir été parmi les hommes un modèle parfait de tendresse et de fidélité conjugale avant de subir sa métamorphose en oiseau.
Groupe ambigu. Omnivoric. Deux genres; neuf espèces.
Il a été établi précédemment que l'ambigu était la charnière naturelle, le trait d'union, et pour mieux dire encore l'accolade des séries voisines, et que celui qui négligeait de s'en servir, dans ses opérations de classement des espèces , était semblable à un explorateur des catacombes de Rome, qui aurait eu le malheur
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de perdre sa ficelle et ne pourrait plus reconnaître, à travers les nombreuses routes du dédale, celle par où il était venu. J'ai démontré que cette situation perplexe était celle où se trouvaient aujourd'hui nos plus fameux généalogistes d'oiseaux qui, pour avoir hublié de tenir compte des indications de la nature relativement à la nécessité de l'intervention de l'ambigu , avaient vu toutes leurs classifications dérailler faute de tenons et se culbuter l'une sur l'autre : celle de Bull'on sur celle de Linnœus; celles de Latham et de Cuvier su celle de lîuffon ; celle de Temmynck sur le tas ; spectacle lamental>lo. J'ai dit enfin qu'un des plus sûrs moyens d'éviter pareille malencontre était d'abandonner d'aljord ^a voie dangereuse suivie par ces illustres maîtres, puis de procéder à l'égard de leurs systèmes par la méthode logique de l'Ecart absolu. Ainsi ai-je lait dans l'espèce.
L'Omnivorie est, de tous les caractères d'ambiguïté, le plus saillant et le plus fécond en anomalies de tout genre. Or l'Omnivorie était le titre de la Sitelle et de la Mésange. Je me suis donc autorisé de cette donnée pour retirer cas deux genres des positions ridicules qu'ils occupent dans toutes les classifications officielles et pour les réintégrer dans leur poste normal de moules de transition des Percheurs aux Grimpeurs. Croiricz-vous qu'ils ont bien eu le iront de me loger la Mésange entre l'Ortolan et l'Alouette !
Auprès de l'Ortolan des vignes, la Mésange, le plus amer, le plus sec, le plus ingrat de tous les rôtis peut-être !
Auprès de l'Alouette , coryphée des célestes concerts , innocente et joueuse, la Mésange un petit monstre de perversité
et de s'^élératesse, (jui mange la cervelle à ses sœurs, donne sur la charogne et siflle comme la vipère.
Auprès de l'Alouette au long pouce rcctiligne inhabile au perchement et à la préhension... la Mésange au long pouce crochu , un grimpeur armé de grilTettes d'oiseau de proie , de véritables mains !
Mais voyons un peu si nos deux genres sont timbrés , comme j'ai dit, du cachet de l'ambiguïté.
SÉDIPEDES. 339
Genre Silelle. lue espccc.
La Sitclle , qu'on appelle aussi le Torchepot , a le pied bâti comme tous les Sédipèdes: trois doigts devant, un derrière; seulement ce dernier doigt en vaut presque deux autres , tant il est large et fort et surtout bien ongle. La Sitelle est friande de chènevis, de noix et de noisettes, appétit qui la rapproche des granivores et notamment du Coccothraustes (gros bec). Elle bâtit en ciment comme les Hirondelles, et vit principalement d'insectes percebois, par quoi elle touche aux insectivores. Pour le reste, c'est un vrai grimpeur à bec droit taillé en ciseau, et qui passe sa vie à évoluer circulairement après le tronc des vieux arbres , à la façon des pics , tapageant sans cesse comme eux du larynx et du bec. Voilà certainement plus d'anomalies qu'il n'en faut pour constituer une ambiguïté très-tranchée; mais le caractère d'excentricité ou de monstruosité appartenant en propre à la SitelJe et qui m'impose la loi de la loger à part en cette classification, est son amour désordonné du suif ou du gras de cadavre. Je ne connais dans toute la nature vivante que deux bipèdes , la Mésange et le Cosaque', qui poussent aussi loin que lui la passion de cette substance odieuse.
La Sitelle est plus voisine des Pics que la Mésange, par toutes ses allures et par la force de son bec; cependant, deux raisons d'unehaute valeur m'ont déterminé à la laisser au tenon inférieur de la charnière. La première de ces raisons est la parenté de couleur de ce moule avec le Martin-pêcheur et le Guêpier. La seconde , est que nous avons décidé que le pied prenant (la main) occupait les gradins les plus élevés dans le règne des oiseaux comme dans celui des mammifères. Or, la Mésange a le pied prenant , presque la serre de l'oiseau de proie.
11 me reste peu de chose à dire sur le compte de la Sitelle. C'est un oiseau doué de grands moyens comme grimpeur,
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comme maçon et comme charpentier. 11 parcourt l'arbre en tous les sens et manie aussi habilement la truelle que le ciseau et la bisaiguë. Il ne mancjue pas non plus de courage ni d'initiative et donne à la pipce. La Sitelle n'a pas besoin d'attendre après le travail des autres pour se faire un chez soi ; et elle n'est pas plus empruntée que le Pivert pour se tailler un domicile dans le sein du tremble ou du chêne. Seulement elle aime mieux que l'Epeichc ou quelque autre piocheur de la tribu lui ait mâché la grande besogne de l'évidage de l'intérieur, pour qu'elle n'ait plus qu'à donner une dernière façon de retrécissage à la porte. Bien entendu que quand c'est elle-même qui se charge du devis et de l'exécution de sa bâtisse , elle a grand soin de n'accorder à cette baie que des dimensions raisonnables. La Sitelle est un parfait modèle de l'ouvrier en bâtiment, habile à se tirer d'affaire et à faire flèche de tout bois. C'est un gai compagnon de travail , mais qui chante trop haut et dont l'entrain assomme.
La Sitelle est curieuse à voir travailler à la perforation et à l'exploitation d'une noix ou d'une noisette. Elle commence par l'assujettir fortement dans l'étau de deux branches et la pioche ensuite vaillamment de son ciseau pointu jusqu'à ce qu'elle ait percé la cuirasse rebelle, après quoi elle la vide, en s'encouragcant de la voix. Les Anglais lui ont donné pour cette cause un nom qui vaut mieux que Torchepot et qui veut dire hache noix.
La Sitelle mise en cage n'y reste pas longtemps, pour peu qu'elle ait ses coudées franches ; car si la muraille de sa prison n'est qu'en bois, elle n'en a que pour quelques heures à y pratiquer une issue suffisante pour lui livrer passage. On l'a vue essayer de percer un obstacle en pierre et se casser le bec à cette tentative insensée. La Sitelle ne chante pas, elle crie.
Genre Mésange. Huit espèces.
L'ambiguïté est plus accentuée encore chez la Mésange que chez la Sitelle; car c'est le seul des oiseaux percheurs et chan-
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leurs qui soit infecté du vice d'Infanticide et de Cannibalisme, le seul qui donne sur la charogne , le seul qui ait les pieds prenants, le seul qui t/tcsaurise. Ajoutez à cela qu'elle fait plus d'une ponte par an malgré sa fécondité prodigieuse, qu'elle grimpe , qu'elle marche et qu'il ne lui manque plus que de savoir plonger pour jouir de la faculté de locomotion omnimode. Ditesmoi maintenant dans quelle catégorie de mangeurs vous classeriez une échenilleuse qui adore le suif, le chcnevis, le mollusque, l'abeille, la semence de charme et la cervelle de rougegorge! Assurément que jamais espèce n'a mieux mérité que celle-ci le titre d'ambiguë.
Les Mésanges forment la dernière tribu de l'ordre des chanteurs. Ce sont de petits oiseaux de grand courage, vifs, bruyants, hargneux, querelleurs, qui voyagent par compagnies ou plutôt par familles. Ils ont pour principaux caractères un bec conique, court et robuste, à mandibules tranchantes, des doigts armés d'ongles recourbés semblables à ceux de l'oiseau de proie et doués de la faculté de préhension. Georges Cuvier, Temmynck et les autres les divisent ordinairement en deux genres comme les Fauvettes. Ils appellent s?//m<nes celles qui font leurs nids dans les bois, riveraines celles qui nichent dans les roseaux et habitent les jonchaies. Les premières, à l'exception d'une seule, nichent dans les trous naturels des arbres et dans les fissures des murailles ; les secondes suspendent leurs habitations aux branches des tamarins qui pendent sur les eaux ou les attachent aux tiges des roseaux comme les Fauvettes des marais. Les nids de la Mésange à longue queue , de la Moustache et surtout de la Rémiz passent à bon droit pour des merveilles d'art. Les Mésanges qui habitent les forêts ont le naturel plus féroce et plus carnassier que les Arondinicoles. Elles sont au nombre de six, les dernières au nombre de deux seulement.
La Mésange charbonnière ou la Grosse Mésange. Cette espèce dont la taille est celle du Rouge-gorge est la plus grosse du genre, d'où son nom de Grosse Mésange. Elle porte sur la tète une calotte épaisse d'une belle couleur noire à reflets. Un long
:m ORNlTHOLOCilE l»ASSIONNELLE.
sillon (le luèinc nuance traverse toute la partie antérieure et inférieure du corps qui est jaune; manteau cendré bleuâtre, comme les couvertures des ailes; celles-ci traversées d'une zone blanche- Toutes G,es couleurs sont caractéristiques ; elles disent de prime abord les dominantes passionnelles du moule. Le jaune est symbolique de familisme, le noir d'égoïsme concentré ; le bleu pâle argentin annonce un essor faussé d'affective. J'ai souligné dans la première phrase de ce chapitre le verbe thésauriser : parce que ce verbe suffisait à lui seul pour dévoiler à l'analogiste le secret de l'amalgame incroyable de vices et de vertus qui est dans la Mésange et qui imprime à sa figure un cachet d'élrangeté si curieux. Il est de fait que la Grosse Mésange est pétrie de tant de turpitudes et possède tant de qualités qu'il est fort dillicile d'établir à priori la balance de son compte moral, et que le naturaliste est tout aussi embarrassé devant la portraiture de cette espèce , que l'historien politique devant celle d'Alcibiade , qui était aussi un mélange très-remarquable de grandeur et de petitesse , de vices et de vertus.
La Mésange thésaurise; cela veut dire qu'elle est dévorée de la passion d'acquérir. Or, tout le monde sait que cette passion (|ui dans le langage des hommes s'appelle l'Avarice ou la Cupidité et que l'Église a mise au rang des péchés capitaux est la source des dix-neuf vingtièmes des scélératesses qui déshonorent l'enfance des humanités et notamment de toutes les infamies commerciales. L'histoire de la Mésange est toute dans ces lignes. 11 n'y a plus de place pour une autre passion dans un cœur où la cupidité s'est logée.
La Mésange est, en effet, l'emblème de tous les essors subversifs qui peuvent dériver de l'égoïsme familial , affection légitime dans son essence, mais atroce en ses subversions, qui sont au premier rang la peur de la misère , l'avarice , la rapacité, etc.
La Mésange est la plus féconde de toutes les espèces de son ordre ; elle pond vingt œufs d'une seule ponte et tous ces œufs viennent à éclosion. Voilà le secret de ses crimes.
SLDll'EDtlS. ;{(i;{
Car il est naturel (|uc '■^ père et la mère qui ont charge d'une famille aussi nombreuse et qui sont obligés de subvenir à la nourriture de tant de becs par leur seule industrie , aient peur de n'y pouvoir suffire et que cette peur terrible les pousse à chercher à se prémunir contre les menaces du besoin par une économie sévère et par la création d'un magasin de réserve. Rien de plus sage au premier abord que cette précaution; rien de|)lus innocent et de plus simple que de placer ses économies à la caisse d'épargne, pour les retrouver aux mauvais jours; mais le diable est bien (in , et habile (|ui lui en remontrerait dans l'art de capturer sa proie. C'est précisément sur ces légitimes appréhensions de la tendresse maternelle que l'odieux pervertisseur des àraes a spéculé pour faire tomber la Mésange dans ses pièges. Observez-la marcher.
La pauvre bète n'agissait donc dans le principe , que dans un but parfaitement honorable qui était de se garantir elle et les siens des redoutables éventualités de la misère , et c'est dans cette vue qu'elle avait entassé chenilles sur semences, larves sur bouts de chandelles , et qu'elle avait empli de ses trésors les cavités des chênes et les nids de lécureuil. Mais par une fatalité bien étrange, voici que loin de se calmer ])ar la possession de ces ressources immenses, sa peur de la misère n'a fait que croître et qu'elle a pris tout à coup des proportions gigantesques... C'est que la peur de la pauvreté s'est transformée petit à petit en soif de la richesse, par la malice infernale du démon qui a placé une puissance de fascination irrésistible dans la contemplation du trésor, puissance qui agit aussi en raison directe de la masse. Du moment que la Mésange s'est trouvée à la tète d'un petit capital , elle a été condamnée à l'accroître sans relâche et per (as et nefas , en vertu de cette force ascensionnelle d'attraction qui est dans l'épargne. Ce n'est pas tout : qui trésor a guerre a, et en même temps qu'elle est devenue riche, elle a été portée à considérer tous ses voisins qui sont demeurés pauvres comme autant d'ennemis. Elle a été en proie à une inquiétude dévorante qui ne l'a laissée en repos ni le jour ni la nuit. Les flâneurs les plus innocents et les plus paciiiques qui
vivent au jour le jour, ne songeant qu'à aimer, ont cessé d'être pour elle comme par le passé, d'aimables compagnons de plaisir. La peur d'être dépouillée par eux du fruit de ses épargnes lui a fait découvrir dans leur troupe joyeuse nine bande de brigands avides en quête de son magot. Puis elle a commencé par n'y plus voir que rouge , et dans sa rage aveugle , elle s'est ruée sur les espèces les plus inoiïensives. Comme elle était armée pour la guerre et ces espèces pas , tous les coups qu'elle a frappés ont été mortels et la victoire lui a été facile. Alors elle s'est mise à dépouiller les morts ; après leur avoir percé le crâne de son pic acéré, elle s'est enivrée de leur cervelle; et la soif du meurtre étant venue s'ajouter à l'autre pour lui brûler le sang, elle s'est habituée au carnage, achevant tout ce qui souiïrait, attaquant tout ce qui était faible , pénétrant jusque dans le domicile de ses sœurs pour massacrer leurs petits au berceau. L'histoire cite le fait d'une Mésange charbonnière qui , transportée dans une volière populeuse, mit à mort tous ses habitants en une nuit. Une Caille dormait paisiblement à terre , presque cachée sous un monceau des cadavres , et ne s'imaginant même pas qu'une bête trois fois moins forte qu'elle put avoir l'idée de l'attaquer; mais la petite ogresse, non encordasse de tuer, ne l'eut pas plus tôt avisée, qu'elle fondit sur elle , et d'un seul coup de son casse-tête lui fracassa la tempe etl'étendit morte à ses pieds.
Ainsi cette mère si tendre , si prévoyante de l'avenir, si soucieuse de la sécurité des siens, est devenue en peu de temps et sous la pression primitive de l'égoïsme familial, la terreur des familles et l'ennemie de la sécurité publique , et elle n'a pas eu honte de descendre jusqu'à l'infanticide , le plus lâche et le plus odieux de tous les assassinats !
Encore, si ces atrocités avaient pour elles l'excuse d'une soif immodérée de jouissance, d'immenses besoins de luxe el de faste dépensier, mais point! la misérable assassine n'a pas même à invocjuer en atténuation de ses crimes la circonstance d'une nature gloutonne impérieuse. Elle entasse pour entasser comme elle tue pour tuer , par peur ; et elle aime mieux se laisser mourir de faim et d'élhisie auprès de ses trésors que de les diminuer
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de la plus minime parcelle. C'est là ce qui me révolte le plus. De mémoire d'homme on n'a vu Mésange grasse , c'est-à-dire Mésange à qui sa richesse profitât ; mais tous les jours on en voit, en revanche, qui meurent sur un galetas, réduites par le jeune à l'état complet de squelettes, et sous la paillasse desquelles on trouve , après leur mort , des capitaux énormes que la moitié du temps la défunte ne se connaissait pas ! Ceci ressemble furieusement à une foule de faits divers que je lis de temps à autre dans la Gazette des Tribunaux.
Morale. L'histoire de la Mésange nous apprend que la fin de l'avare est digne de sa vie, et que l'avarice est une mystification atroce , sinon la plus honteuse et la plus extravagante de toutes les folies , puisqu'elle ne laisse goûter au riche de toutes les j ouissances de la richesse , que la peur de la perdre , torture plus âpre mille fois que celle du besoin. Elle enseigne de plus aux pères et mères de familles trop portés à ne rien voir dans le monde, en dehors des intérêts et du bonheur des leurs, que les chemins de l'égoïsme familial sont pleins de loups.. Elle recommande enfin d'une manière toute spéciale à la sage jeunesse de s'empresser de jouir des félicités de l'heure présente, sans se préoccuper des misères dcJ'avenir; ou plutôt, en prévision des misères de l'avenir, puisque l'avenir c'est la vieillesse qui raye l'homme du cadre du plaisir et supprime les besoins. Tâchons de profiter tous de ces enseignements et de en jamais remettre à bien manger , aux jours où nous n'aurons plus de dents. Ceci est la morale de Dieu exprimée par la vertu de l'analogie passionnelle et il n'y en a point d'autre.... et les stupides déclamations des vieux qui acquièrent pour ne pas dépenser ne prévaudront pas contre elle. Il n'y a parmi les oiseaux que ceux du diable, les Mésanges, les Corbeaux, les Pies voleuses, qui placent leurs capitaux à la caisse d'épargne; ceux du bon Dieu, les Rouges-gorges, les Hirondelles et les Bergeronnettes, n'y ont jamais eu une obole.
Mais l'égoïsme familial et la passion de s'enrichir n'engendrent pas que des turpitudes , dira le philosophe impartial, et il est impossible que deux agents moteurs doués de si grande puis-
3fi() ORMTJIOI.Or.lE PASSIONNEIJ.E.
sanco pour le mal, ne portent pas quelque vaillant correctil'avec eux. L'observation est juste. Je n'ai tracé que la moitié du portrait (le la Mésange en peignant ses bassesses et il me faut l'aclicver par l'énumération de ses vertus; car elle a des vertus, et ses vices eilx-inèmes, ses vices odieux que je viens de flétriront apporté plus de profit que de perle à l'humanité.
Au premier rang des vertus de la Mésange brille l'amour maternel que la nature a sagement proportionne dans cette espèce à l'immensité de la lâche qu'elle avait à nmplir. Rien n'égale l'activité que ces oiseaux déploient pour nourrir leur nombreuse famille. On calcule qu'il n'est pas de couple de grosses Mésanges qui ne détruisent par jour trois cents chenilles au moins pour fournir à la consommation de ses petits. La Mésange est, à ce titre d'échenilleuse, la providence du jardinier, du forestier et du pépiniériste, et la somme de richesses qu'elle préserve chaque année de la dent de la vermine s'élève à des chiffres fabuleux. Ainsi le reproche d'avarice que nous lui adressions tout à l'heure était presque de notre part un acte d'ingratitude, puis- (jue cette manie d'enfouir et d'entasser qui poss<^de le Mésange, profite largement à l'homme et ne prolite qu'à lui. La Pie-griéche, qui est un petit oiseau féroce et un ambigu comme la Mésange, est affligée aussi du singulier besoin de détruire pour détruire ; mais comme cette manie s'exerce surtout aux dépens des scarabées qui dévorent nos arbres , de quel droit nous plaindrions-nous de la cupidité insatiable de la Pic-grièchc qui travaille pour nous?
La Mésange est un oiseau brave et qui ne regarde pas à la taille de l'ennemi qui menace sa famille pour lui livrer bataille; et sa bravoure n'est pas, comme chez la poule domestique, une impulsion temporaire de l'amour maternel ; c'est une disposition de son esprit, permanente et normale. Elle ne montre pas moins d'énergie pour attaquer la chouette de sang -froid , au mois de septembre, ({ue pour défendre ses petits contre l'agression de l'Épervier ou du Corbeau , au mois de mai. Le Coucou qui ne vit que de chenilles et (jui ne voudrait j)our ses petits d'autres nourrices que dos Mésanges, se tient sagenjent à distance de la
SKDiPLni'S. :m
demeure de ceséchenilleuscs redoutables qui sont toujours sur le qui-vive, prêtes à faire sauter la cervelle à quiconque les olîusquc. La Mésange est de tous les petits oiseaux celui qui résiste le plus éncrgiquement à l'oppression et qui sait le mieux faire respecter ses droits. Les vertus de cet ordre-là ne sont pas données à tous.
L'ainour de la famille insjjire d'habitude le goût de l'architecture savante et confortal)le. J'ai dit que les nids de quelques Mésanges étaient des chefs-d'œuvre admirables. Ce dernier titre ne conviendrait j)as à la demeure de la Charbonnière que j'ai prise pour ty|)e du genre. Toutefois cette demeure est tapissée d'étoffes douces et soyeuses, de duvet , de laine et de crin, et comfue elle est placée dans le fond d'un trou d'arbre ou d'un trou de muraille, elle n'a pas besoin d'être plus luxueusement ornée.
J';ii dit aussi l'ambition de la Mésange Charbonnière au chapitre du Chardonneret. L'ambition est un titre qui caractérise les races fortes.
Aucun oiseau n]est plus habile du bec et de la main que là Grosse Mésange. Elle ne concasse pas la graine de chènevis entre ses mandibules comme les Granivores, mais elle la prend délicatement entre les doigts , y taille une petite ouverture dans la partie supérieure et la vide jusqu'à l'écorce, comme nous faisons d'un œuf frais. Elle travaille les noix avec la même adresse. Cette diversité d'aptitudes industrielles, jointe à la faculté de vivre de tout et partout , révèle une nature supérieure.
Toutes les Mésanges voyagent par compagnies et par petites étapes. Ces compagnies ont l'air d'être guidées par un chef qui doit en être ou le père ou la mère. Leur vol est incertain , gracieux et léger; elles envahissent les forêts , les jardins , les campagnes, passant les inspections des arbres, des buissons, des murailles , cueillant adroitement les larves des insectes ou les semences du charme , s'accrochant par les griffes à l'extrémité inférieure des tiges, chassant dans toutes les attitudes, se ré-, clamant et se poursuivant sans ce;sse. Leur humeur batailleuse et leur curiosité indiscrète en font une proie facile pour le pipeur
et le tendeur qui n'ont que trop souvent à gémir de l'abondance de leur capture , attendu qu'il suffit du moindre passage de Mésanges, surtout de Mésanges à longue ([ueuc , pour détendre une pipée , et que ce gibier-là d'ailleurs est de difficile placement. Il se fait dans tous les départements boisés de l'Est des pipées spéciales pour les Mésanges forestières dont il se prend chaque année des myriades de douzaines à la perche fendue.
Le courage de la Mésange ne se dément pas dans l'adversité. Prise au gluau, elle cherche à s'en dépêtrer plume à plume; prise à la raquette , elle cherche à déchiqueter la ficelle qui lui scie les tibias ; elle se révolte contre la main de l'homme qui la prend. La captivité même n'abat pas son moral , et elle conserve jusqu'au dernier instant l'espoir de meilleurs jours.
Comme elle se sait destinée à garder la demeure et le jardin de l'homme , elle ne peut s'habituer à voir en lui un ennemi et ne fuit point sa présence. Elle aime même à nicher sous son toit. J'ai connu à Màcon une Mésange charbonnière qui avait choisi pour demeure un trou dans une muraille de tir au pistolet. La détonation de la poudre et la présence des gens lui faisaient si peu d'elTet qu'on l'aurait dite sourde, et quelquefois elle s'amusait pour défier l'assistance à se placer sur le haut de la plaque , en guise de poupée. J'en sais une autre qui donna un jour une bien grande preuve de courage en même temps que de confiance dans l'amitié de l'homme. Un propriétaire d'Angers, père d'un de mes amis , se promenant un matin dans les allées de son parterre , fit rencontre d'une Charbonnière qui semblait l'appeler à son aide du haut d'une quenouille et qui, au lieu de fuir à son approche, descendit de branche en branche jusqu'à la portée de sa main. Il prit doucement l'oiseau et n'eut pas longtemps à chercher pour deviner la raison de sa conduite étrange, car la pauvre suppliante avait le sommet de la tête envahi par un tiquet énorme qui la défigurait complètement; et c'était la douleur que lui faisait éprouver la succion du hideux parasite qui l'avait portée à recourir à l'assistance de l'homme, se disant qu'après tout si celui-là trahissait sa confiance, elle ne mourrait pas deux fois. Heureusement qu'elle avait à faire à un noble ami des
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oiseaux, incapable d'une semblable noirceur, qui lui rendit Je service qu'elle attendait de lui et ne le lui fit pas payer en la retenant en cage. Ce trait de magnanimité honore l'homme presque autant que la bète. Je sens que je faiblis dans ma haine contre l'espèce maudite, mais il est si diliicilc de condamner sans rémission de jolies petites bêtes capables d'autant d'intelligence et de résolution.
11 y a eu aussi dans le monde des nations de proie , rapaces et avides et douées au plus haut degré du génie de l'industrie et du commerce anarchicjue; et ces nations-là ont semé bien des misères et versé bien du sang sur la face du globe , et leur cupidité sans frein a largement motivé les anathèmes de l'église et les imprécations des âmes charitables. .Mais pourtant ce commerce anarchique , générateur fatal de guerres , d'oppressions , de carnage, de fourberies et d'empoisonnements, n'en a pas moins rempli son rôle de serviteur fatal de la cause du progrès. Et ces nations maudites qui lancèrent les premiers navires sur les océans inconnus , ont abouché entre eux des mondes qui s'ignoraient et qu'elles ont découverts, et elles ont rapporté de leurs spoliations le sucre , le café , le thé , le coton et la pomme de terre. Elles ont voiture les idées en même temps que les divers produits des zones et des industries dans tous les hémisphères, et peut-être ont-elles travaillé plus efficacement au ralliement universel des peuples que les nations innocentes et paisibles. Peut-être leurs fourberies ont-elles émancipé plus d'ilotes et brisé plus de fers que les plus éloquentes tirades des philanthropes contre la soif de l'or et ses conséquences homicides !
La Mésange aussi en est là. Emblème de l'avare qui enfouit ses trésors dont il n'usera jamais; emblème de l'éditeur qui vit de la cervelle d'autrui ; emblème du commerce anarchique , spoliateur et déprédateur ; mais destructrice infatigable de la chenille impure , fléau de nos vergers et image de misère et de parasitisme; plus utile cent fois à l'honinie par ses vices que vingt autres par leurs vertus.
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La PETiTi: CnAUBo.NNifcRE. iMoulc réduit de la précédente. Ailes de la même couleur, cendré bleuâtre, traversées par un sillon blanc; tète et 2;ori;;e noires; jaune absent, dessous du corps blanc sale. Espèce indii^ène des l'orèts du nord de l'Europe, nichant trt*s-rarement en France et n'y apparaissant pas tous les ans. La petite Charbonnière est avide des semences du charme et donne abondamment dans les lorèls de la Lorraine , peuplées de cette essence, (piaïul la saison a ete lavorable à sa fructification.
La Nonnette ou la petite Mésange à tète noire. Même taille (]ue lu petite Charbonnière. Calotte noir mat; tout à lait semblable pour la couleur à la Fauvette à tète noire ; tres-connue dans tous les pays boisés de l'Est. Ennemie des (luèpes et des Abeilles.
La Mésange huppée. Même taille (|ue la Nonnette, même teinte de plumage, llemarquable par sa huppe mélangée de plumes noires et blanches ; espèce indigène du Nord et très-rare en France où je ne crois pas qu elle niche. Totalement inconnue des tendeurs de Lorraine.
La Mésange blele. Annonciade de Lorraine. La plus connue de toutes les Mésanges, et nichant aussi volontiers sous les tuiles des maisons et dans les branches creuses des pommiers que dans le milieu des forêts. Manteau bleu , robe jaune, bec robuste; cannibale clIVcnee.
Les cinq espèces ci-dessus S(int les vraies forestières ous\l- \aines des auteurs. Toutes ont Ihumeur batailleuse et les appétits cannibalesques de la grosse Mésange. Toutes viennent à l'ap- ])eau de la feuille de lierre et à celui de la chouette avec la même ardeur ; toutes nichent dans des trous d'arbres ou de murs et pondent des œufs blancs tiquetés de points roses. Toutes sifflent comme la vipère. Tous les autres petits oiseaux les redoutent et les fuient.
La Mésange a longi i: qiei e, Espèce plus petite encore que la
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-Mésange bleue et se rapprochant tout à fait du Roitelet par la taille. La Mésange à longue (jueue, sutlisamment caractérisée par le nom qu'elle porte , lait un nid merveilleux dont la célébrité le dispute à celle de tous les autres.
Sa forme est celle d'un énorme cocon élargi par la base, ou bien celle d'une pomme de pin. Les Anglais ont trouvé que cette forme était plutôt celle de la caraflé ou de la bouteille; ce qui est cause que le peuple d'Albion a donne à l'oiseau le nom de Jack ou de Tom-CaralTe. Le nid est collé d'habitude contre le tronc d'un peuplier ou d'un saule, de la même manière que celui des Pinsons contre le tronc moussu d'un ponuuier. Quelquefois il est placé très-près de terre au milieu de quelque petit buisson toulfu; en (juchpies rares circonstances enlin, il est logé dans i'enfourchure d'un arbuste, aune assez haute élévation. Mais j'en ai toujours trouvé dix nids sur le peuplier d'Italie pour un seul sur d'autres essences. La coque extérieure de ce nid, tout à fait semblable d'aspect à celle du nid du Pinson et du Chardonneret, est composée du lichen argenté recueilli sur l'arbre même contre lequel il doit être appliijue , pour éviter toute dissonnance de couleur et tromper le regard du passant. Toutes le? pièces en sont reliées entre elles par des cordons de laine trèsdéliée; le dôme est protégé contre la pluie par une couche épaisse de mousse grise et enveloppé de ces lils d'araignée dits tils de la bonne Vierge dont quelques bouts passent au dehors. L'intérieur qui ligure un four, forme la plus favorable à la concentration de la chaleur, est garni d'un lit de plumes d'une épaisseur formidable. 11 .serait impossible d'imaginer une couche plus chaude et plus douce. La muraille est percée à un pouce environ du sommet d'une petite ouverture; quelques naturalistes disent de deux ouvertures qui se correspondent, et cette double ouverture serait , suivant eux , nécessaire pour le placement de la queue de la couveuse qui ne pourrait se loger dans l'intérieur à cause de sa longueur excessive. Je n'oserais nier le fait de l'existence des deux ouvertures correspondantes , mais je ne l'ai jamais observé. La ponte habituelle de cette espèce est de seize à vingt o^ufs. Il faut avoir vu de ses yeux ces vingt petites têtes
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et ces vingt petits corps rangés avec un ordre et une symétrie admirables dans le fond de cet étroit réduit, large tout au plus comme le creux de la maiu, pour imaginer que tant de monde y puisse tenir et tant de grandes queues s'y développer. On a dit que la gVandeur de l'auteur de la nature éclatait surtout dans l'ordonnance de l'infiniment petit. Le talent prodigieux d'architecte que dépense la petite Mésange dans la bâtisse de son nid, le zèle passionné et ingénieux qu'elle déploie dans l'éducation de son innombrable progéniture, sont certainement parmi les plus charmantes preuves qu'offre le monde des oiseaux à l'appui de cette vérité. La première fois que je trouvai un nid de Mésange à longue queue dans lequel grandissaient dix-huit jeunes, je fus ému d'un si vif sentiment d'admiration que j'en jurai sur-le-champ de rester éternellement sur le pied de paix avec l'espèce. Depuis lors, il m'arriva bien des fois , quand un passage de petites Mésanges se précipitait sur ma pipée , de sortir de ma loge pour leur dire de rebrousser chemin ; ce qui ne suflisait pas toujours pour les faire changer de route. 11 est vrai que la Mésange à longue queue n'a que les os et la peau , et que sa taille est beaucoup au-dessous de la moyenne des petites bétes. Alors il est bien possible que cette considération ait influé sur ma conduite à son égard, ce qui diminuerait un peu le mérite de ma résolution.
Il n'est jamais venu à ma connaissance que la Mésange à longue queue se soit rendue coupable des atrocités qu'on reproche aux cinq autres espèces forestières. C'est un joli petit oiseau courageux et plein de charité pour ses semblables, et qui ne fait de mal à personne , excepté aux chenilles et aux petits scarabées qui font beaucoup de mal aux arbres. Il chante une chansonnette agréable au printemps , et il est aussi amusant a regarder qu'à entendre, quand il exécute ses cabrioles autour des bouquets de feuillage , la tète en bas , les pieds en l'air. Pour mille et une raisons, il importe de le respecter.
Les Mésanges riveraines sont moins omnivores que les forestières; elles quittent peu les jonchaies et poursuivent leur proie
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avec une grande agilité sur les tiges des joues, des roseaux, des saules et des tamari\. Elles sont presque exclusives aux l'rands étangs salés des provinces du Midi.
La Mésange a moustaches. Moustache de Russie. Jolie espèce, à robeaventurine, de la taille de In grande Charbonnière; remarquable par une superbe paire de moustaches noires mobiles , dont le mouvement obéit à tous les sentiments qui l'agitent et accentue sa physionomie d'une anitnation toute spéciale. La Mésange à moustaches est un oiseau du Nord, très-rare eu France, mais très- commun en Russie, en Pologne, en Danemarck, en Hollande et même en Angleterre. J'ignore les raisons qui ont pu lui l'aire prendre notre pays en grippe, mais il est certain qu'on ne la trouve presque nulle part dans les provinces du milieu ni du nord, et qu'elle ne niche guère que dans les jonchaies du midi. C'est un oiseau élégant et de ligure avenante qui vit parfaitement en cage et n'a jamais fait dire beaucoup de mal de lui. En liberté on le voit courir sur ks feuilles du nénuphar, comme la Rergeronnette ; l'hiver il patine sur la glace avec habileté. Son nid est un ouvrage fort remarquable , mais qui n'approche pas pour le merveilleux de celui de la Mésange à longue queue, et encore moins de celui de l'espèce qui va suivre. C'est un nid à ciel ouvert, qui s'attache à trois ou quatre tiges de roseaux comme celui des jaseuses et qui se promène au gré des vents sur la face des flots.
La Mésange rémiz. Penduline; Mésange du Languedoc. Plus petite que. la Moustache, manteau roux marron, gorge blanche, dessous (lu corps roux clair, calotte blanche; les ailes et la queue noire.-^ avec bordure roussàtre. Cette espèce moins vive que ses congénères, ne se rencontre, comme la précédente, que sur les bords des rivières et des grands étangs du Midi. Elle habite les fourrés d'oseraies, de salicaires et de tamarix.Elle aime a suspendre son nid aux branches de ces derniers abrisseaux. Ce niddont on retrouve fréquemment les analogues dans les contrées marécageuses de la zone tropicale est unique pour sa forme en
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France, (l'ost une sorte de bas fabriqué avec le coton <le la tlcur des peupliers et des saules, artistenicnt feutré, foulé et consolidé par des trames de crin et de laine. Les détails de la fabrication de cette étolTe sont encore aujourd'hui un mystère pour tous no^ ouvriers tisserands et fouleurs. ix bas est suspendu par des cordages de laine ou de chanvre à l'extrémité des rameaux du saule et du tamarix et se balance au-dessus des ondes sous le souffle du vent. Il est percé dans sa partie supérieure et sur la face qui regarde l'eau d'une ouverture très-étroite qui fait saillie ou goulot en dehors et ressemble au col dune cornemuse. La construction de cette œuvre d'art admirable et qui pourrait passer à bon droit pour une des sept merveilles du monde des oiseaux, n'exige pas moins de trois semaines d'un travail frénétique et non interrompu et d'un travail à deux. Je ne connais en France que le nid du grand Pic noir dont l'établissement nécessite une pareille dépense de main-d'œuvre et de temps.
Je tiens de l'un de nos professeurs les plus distingués et les plus justement pop^daires de la Faculté de médecine, une histoire intéressante concernant les Rémiz et qui peut aller de pair avec celle de la Charbonnière , venant se faire opérer de l'extraction du tiquet par un homme de l'art. Deux Rémiz avaient vu détruire par la main rapace du pâtre , l'espoir d'une postérité plantureuse et le fruit de leurs travaux de vingt jours , et elles se lamentaient à l'idée de passer toute une belle saison sans amour. Avec quelle matière, en effet, confectionner l'étofle d'un nid flottant, quand est passe le temps de la floraison des amentacées ( arbres à chatons cotonneux^ , et de quel droit aimer, quand on n'a pas par devers soi les jnoyens d'assurer l'avenir de la fnmille à naître? L'aflliction de nos deux amants paraissait donc sans remède , quand elles apprirent de rencontre, par le bavardage d'une pie.... qu'à tel endroit de la rive de la forêt prochaine, gisait un cadavre de renard. Et s'etant transportés à la place indiquée , ils virent que la béte était encore ornée de sa fourrure. Alors l'idée leur vint d'essayer s'il ne serait pas possible tl'employer ce poil soyeux en guise de coton végétal , pour la construction d'une bâtisse nouvelle. Or l'épreuve
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réussit au delà de leur espoir; ils eurent beaucoup d'enfauts et ils vécurent i)ieMlieureux.
Le savant et spirituel professeur (|ui m'a raconté cette histoire avait été témoin de l'expérience; il a vu et tenu ce nid de Rémiz en poil de renard qui ne serait pas déplacé, ce me semble, au milieu des produits industriels les plus curieux d'une exposition universelle de Londres ou de Paris.
Nous voici parvenus cette lois à la clôture délinitive et sans remise de l'ordre des Sédipedes (|ui débute par le i^roupe ambigu des Colombiens et se termine par la tribu des Mésanges. Bien que le nombre des espèces que nous venons de passer en revue ne s'élève, selon mes estimations personnelles, qu'au chiffre de cent vingt-sept; cependant, comme je ne me crois pas infaillible, et comme il y a chez moi incertitude sur l'existence du second Bec-croisé français annoncé par Temmynck et sur l'effectif exact de la tribu des Fauvettes sylviennes et riveraines, j'ai porté à tout risque le totui de ce chapitre à cent trente. .l'ai agi en cette circonstance autant par esprit de condescendance pour la classilicatiou oflicielle que par mesure de précaution contre les cas d'oubli éventuel, imitant la sage j)révoyance de ces bonnes mères de famille qui ont soin de tailler un peu larges les vêtements de leurs fils en âge de croissance.
Mais j'ai le droit de grossir cet effectif de nos richesses indigènes par l'addition d'une quinzaine d'espèces sédipedes exoli(jues, récemment conquises sur la zone tropicale par 1rs travaux ingénieux et persévérants de quelques amateurs éclairés et dévoués à la science, parmi lesquels j'aime à citer M. Jules Delon de Soizy , déjà nommé , et M. Saunier de Saint-Brice. Ces espèces s'appellent le Cardinal huppe, le Paroare, le Commandeur, le Bec d'argent , le Fondy , le Sénégali orangé , le Sénégali de Sainte-Hélène, le Cordon bleu, le Chanteur d'Afrique , le Cou coupé , le Bengali . le Pape , le Capucin , le Domino , le Ministre, etc., j'en passe peut-être et des meilleures. Toutes appartiennent à la grande série des Granivores Dégorgeurs; toutes
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sontjîcllesa voir, plusieurs agréables à entendre; une seule, le Paroarc , fait preuve de méchant caractère et semble avoir appris de la Mésange (Charbonnière ce terrible coup de tète qui cloue la victime sur place. Les espèces que je viens de citer sont celles qwe j'ai vues de mes yeux et que j'ai pu observer et admirer tout à l'aise dans la charmante volière de M. Jules Delon , où elles font leurs nids sans plus de gène que si elles étaient chez elles et où elles se reproduisent depuis quelques années avec une bonne volonté digne d'elogcs , en compagnie de quatre à cinq Perruches d'Australie , plus jolies et plus sociables que toutes celles qui nous étaient venues jusqu'à ce jour des continents d'Asie , d'Afrique et d'Amérique. Beaucoup de ces espèces , et notamment les Perruches australiennes, ont également adopté ponrpatrie la délicieuse habitation de M. Saunier à Saint-Brice, où les volières sont de grands arbres entourés à distance de filets invisibles et où il est accordé aux prisonniers tant d'air, de verdure et d'espace, qu'ils ont fini par se croire en pleine liberté. M. Saunier est en ce moment occupé (juin 185i) à doter la France de la magnifique perdrix américaine dite de Californie , intermédiaire pour la couleur et la taille entre notre Perdrix rouge et le Colin vulgaire, et remarquable par la singulière aigrette d'une seule plume (jui lui part du sommet du front pour lui retomber sur le bec. Quand la fortune contraire vous a refusé les moyens de travailler de vos propres mains à l'accroissement du mobilier zoologique de votre pays , le plus noble but auquel puisse aspirer l'ambition du sage, il est doux encore d'applaudir aux succès de ceux qui , plus favorisés que vous . ont pu y consacrer leurs efforts, leur temps et leur bourse; et je regarde , quant à moi , comme une des meilleures chances de ma vie d'avoir été témoin de l'éclosion de la première couvée de Perdrix de Californie nées en France, souche féconde dont les rejetons innombrables couvriront glorieusement un jour le sol de ma patrie. Qui sait même si la phrase qui s'écoule en cet instant de ma plume, retrouvée dans deux ou trois cents ans d'hui par queUpie intrépide liseur de boucjuins ignorés, ne servira pas à fixer la date précise de l'acclimatation du précieux
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gallinace et à rappeler à la mémoire ingrate des populations le nom de son acclimatateur? Il n'y a pas encore trois siècles que le Dindon a été naturalisé en France et déjà le nom de ses importateurs a disparu de l'histoire des l)ienlaiteurs de l'humanité.
MM. Jules Delon et Saunier , qui sont de très-puissantes autorités en matière d'éducation de granivores , pensent comme înoi qu'il n'est pas une espèce de cette catégorie , voire de celle des Perruches, qui ne soit friande de l'insecte en la saison d'amour.
Une grande société nationale, ayant pour objet la conquête pacifique de toutes les bétes agréables et utiles du globe, s'est fondée naguère à Paris sous la présidence de M. Isidore-Geoffroy-Saint-Hilaire, (Jouverneur général du Jardin des Plantes, un savant de haut titre qui porte avec aisance le poids de la gloire paternelle. De cette Société sont membres MM. Jules Delon, Saunier, Florent-Prévost et vingt autres. J'attends beaucoup pour l'avenir de la France, des efforts d'une société aussi riche de bon vouloir et de science ; étant de ceux qui estiment le gain d'une fleur , d'un légume, d'un lapin bien au-dessus de celui de vingt batailles. II serait curieux tout de même de voir incessamment se rapprocher par leurs bêtes les peuples que leurs hommes d'esprit avaient réussi à maintenir jusqu'ici en état de flagrant antagonisme. Remarquons que la première colonie de Chinois qui se soit établie à Paris est celle du Jardin des Plantes.
Adieu le monde harmonieux de la poésie, des chants, des fêtes éternelles, où l'amour, ce charmeur suprême, transforme le travail en plaisir; où lescieux ne retentissent que des bénédictions de la terre: où la libéralité du soleil dore à tous l'existence, décuple les bonheurs de la maternité, affranchit les âmes et les corps de l'ignoble oppression ûq^ besoins matériels et fait les cœurs amis 1 Adieu le monde heureux des joutes artistiques et
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des rivalités innocentes, mirage éblouissant de l'utopie, (.'est-àdire du monde vrai , vision anticipée de l'idéal , de l'harmonie future où les humains de ce globe vivront soixante mille ans et plus... mais en dehors de laquelle ils sont fatalement voués à la misère, ay travail répugnant, à l'antagonisme fratricide. Adieu la gentille alouette, l'hirondelle légère, le rouge-gorge intrépide, délices de l'atmosphère des champs, des villes et des bois. Adieu les sublimes gosiers, les splendidcs parures, les rôtis succulents ! A la place des joyeux chanteurs, des artistes l)rillants , si doux à regarder et à entendre pendant leur vie, si bons encore après leur mort, nous ne rencontrerons plus , hélas ! dans les derniers ordres d'oiseaux qu'il nous reste à décrire, qu'oppresseurs sanguinaires accouplés pour le meurtre, que travailleurs malingres talonnés par la faim cruelle, que larynx discordants , que muscles décharnés, emblèmes des vivants des sociétés maudites dont la Civilisation actuelle est la phase pivotale. La liseuse ingénue que la sévérité maternelle condamne à quitter subitement la lecture attachante des récits de l'Arioste et du Tasse pour reprendre l'histoire des rois de France par M. Le Ragois n'éprouve pas un désenchantement plus amer que l'ornithologiste passionnel , au moment où il touche à ce point douloureux de la bifurcation de l'idcal et du réel où nous sommes arrives.