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402 ORM'IIIOI.OGIE PASSIONNELLE.
ce qui rintriguait fort. Cependant comme il partageait l'erreur générale sur le compte du Coucou qu'il croyait dévoré de la passion des œufs à la coque, il avait tout naturellement attribué cette particularité singulière du dégorgement de l'œuf in extremis^ à la passion susdite. Mais voilà (ju'un beau jour, en fouillant dans le gosier d'une femelle qu'il venait de tuer raide et qu'il se proposait d'empailler, notre chasseur fit la trouvaille d'un œuf parfaitement intact, et qui était le même qu'un œuf de Coucou précédemment rencontré dans un nid de Mésange. Dès lors la lumière était faite dans les ténèbres de l'histoire du moule mystérieux; la science possédait désormais une vérité de plus : la femelle du Coucou porte son œuf dans son gosier et le dépose avec le bec dans les nids étrangers. Je ne sais pas si depuis cette affirmation de Levaillant un seul observateur a été assez heureux pour la vérifier par le cas de flagrant délit, mais l'hypothèse de l'illustre naturaliste est si spécieuse et si irréfutable qu'elle possède pour moi tous les caractères de la vérité mathématique.
Levaillant avait d'abord un moyeu très-facile de vérifier la justesse de sa supposition ; c'était d'attendre que la saison de la ponte des Coucous fût passée pour voir si la circonstance du dégorgement de l'œuf se reproduirait encore après ce temps. Or elle ne se reproduisit plus, bien qu'après cette époque les nids des petits oiseaux qui font deux ou trois pontes par an fussent toujours remplis d'œufs et continuassent d'offrir aux appétits ovivores de l'oiseau les moyens de se satisfaire. .Te ne sais pas, au reste, comment on pourrait expliquer, en dehors de l'explication de Levaillant, cette aventure malheureuse arrivée à un jeune Coucou qui fut élevé par une Bergeronnette dans une cavité d'arbre dont l'orifice était si étroit qu'il ne put jamais en sortir. Comment la mère aurait-elle pu entrer pour pondre par une ouverture qui aurait refusé plus tard de livrer passage au petit? Mais le fait, inexplicable dans le système de la ponte, devient la chose la plus simple du monde avec celui de l'introduction par le bec.
La femelle du Coucou choisit pour déposer son œuf le nid des espèces insectivores, telles que Fauvettes, Rouge-gorges, Bergeronnettes, etc. Aristote affirme que le nid du Pigeon et celui
de la ïourterelle sont parmi ceux qu'elle honore de son choix. Ce doit ôlre une erreur, car les Pigeons sont presque exclusivement granivores, et les Coucous, au contraire, ne vivent que de chenilles, de chenilles processionnaires notamment. Or, il est dans la logique de la nature que les mères mettent leurs petits en nourrice chez les espèces qui vivent du même régime qu'eu*
Il est à remarquer maintenant que ces femelles ne déposent jamais leurs n-ufs (|ue dans un nid où la mère commence seulement à pondre. La découverte de Jenner va nous dire le pourquoi de cette précaution.
Le petit Coucou, quand il vient au monde, est un être trèsdiiïorme, dont le dos est creusé en forme de cuvette; mais cette difformité couvre un but cruel de la nature. L'oiseau, à peine sorti de sa co(|uille, se donne des mouvements tout particuliers et tente des efforts inouïs pour faire tomber dans cet entonnoir perfide tout ce (|ui l'entoure, œufs ou petits, et aussitôt qu'il sent ses épaules chargées, il imprime à son corps une secousse énergique, qui fait que le fardeau est lancé pardessus bord. Or, toute chute est mortelle en un âge aussi tendre, et les pauvres parents, qui sont témoins de la catastrophe, se bornent à la déplorer , la nature leur ayant refusé les moyens de la prévenir. Le fils de l'étrangère ne s'arrête donc en son œuvre de destruction qu'après s'être rendu maître absolu du logis et possesseur exclusif de la tendresse et des soins de ses père et mère adoptifs, au préjudice de leurs héritiers légitimes. Comme l'appétit de cet intrus est insatiable, comme il tient autant de place et absorbe autant de nourriture à lui seul que cinq de ses frères de lait, il fallait bien qu'il eût recours pour vivre aux procédés féroces qu'il a mis en usage. C'est le cas de dire avec le proverbe : « La faim justifie les moyens. »
Ainsi la naissance de chaque Coucou coûte la vie à cinq oiseaux chanteurs, et comme la ponte de chaque femelle est de cinq ou six œufs, on ne peut guère évaluer à moins de vingtcinq ou trente le chiffre annuel de ses assassinats. On comprend maintenant pourquoi la nature a permis à la r.ace maudite de revêtir la livrée des tueurs. Ce travestissement caractéristique
■iOi Olî.MrilOLOGlE l'ASSlONNi:i,l-l£.
de l'élève du Rouge-gorge en oiseau de meurtre se justifie suliisamment par ses actes. Cette sombre rayure transversale du poitrail, empruntée au costume de l'Émerillon, est la barre de bâtardise qui dénonce le crime de la naissance de l'enfant (lu malheur.
Le lecteur intelligent a deviné, d'après le récit des horreurs qui j)récèdent, la raison qui a poussé la femelle du Coucou à déposer son œuf dans le nid de la Fauvette vers le commencement de la ponte de celle-ci. C'était pour que le futur assassin vît le jour en même temps que ses frères, sinon auparavant, alin de n'avoir affaire qu'à des êtres sans défense. Et ce résultat est si bien dans les vues de la nature qu'elle a doué l'œuf du Coucou de la propriété d'éclore plus rapidement qu'aucun autre. Cet œuf est également d'une très-petite dimension relative.
Le Coucou adulte est un insectivore pur, vivant exclusivement de chenilles velues, dont il ramasse les dépouilles en pelottes dans son estomac, pour les rejeter ensuite par le bec, comme font les oiseaux de proie pour les plumes et les peaux des petits animaux qu'ils dévorent. C'est une espèce anormale et excentrique et qui paraît tenir à se distinguer en tout des oiseaux de son ordre, car elle prend de l'embonpoint à l'arrière saison et devient alors très-mangeable. Il arrive de tuer des Coucous en France jusque vers la fin d'octobre, mais la règle la plus générale est que le Coucou, qui nous arrive au 15 avril, nous quitte vers la mi-aoùt.
Le Coucou est un oiseau jaloux de sa liberté et ([ui ne supporte guère la captivité plus de six mois. La seule idée de passer un hiver dans nos rudes climats suffit pour le plonger dans un état de désespoir qui se termine habituellement par la mort. C'est du reste un triste compagnon de volière, stupide, muet, vorace, et complètement indigne des soins et de l'affection de l'homme.
La différence de plumage entre les vieux et les jeunes Coucous et l'habitude qu'ont les deux âges de voyager séparément, ont fait croire longtemps à l'existence de deux (Coucous français, l'un
.)U(Jit»Éi)t:s. wô
gris et l'autre roux. Mais il a été déinoutré (|ue le roux n'était autre (jue le gris, après sa première mue. .]"ai oui parier encore d'une troisième espèce, d'un Coucou huppé afriaiin (jui ne serait pas totalement invisible sur les plages maritimes de nos départements du midi où le pousserait (|ueIquelois la tempête. Je ne nie pas la possibilité de l'accident, mais à quoi bon l'ébruiter, s'il est si rare, et trouve-t-on qu'il y ait beaucoup de patriotisme à faire sa patrie plus riche en Coucous qu'elle ne l'est.
L'histoire du Coucou est une des plus intéressantes de tout le règne animal. Il serait même diniciie de trouver dans celles des sociétés humaines un sujet plus propre à inspirer au penseur des méditations sérieuses ; car l'analogie passionnelle y a logé à côté d'un pieux enseignement moral , une ironie sanglante dont l'audace vous elTraie.
Le Coucou qui dépose son œuf dans le nid de la Fauvette cha ritable et qui édilie la fortune et la gloire de ses bâtards sur la ruine des enfants légitimes d'autrui, est évidemment l'emblème du séducteur adultère, qui se fait un jeu du déshonneur des époux et introduit l'abomination de la désolation dans le sein des ménages paisibles. Or, d'où vient que l'opinion publique est si indulgente aux méfaits du (Coucou?"
C'est comme si vous me demandiez pourquoi l'opinion du parterre est toujours pour la femme parjure contre le mari vexé? Pourquoi Molière qui eut tant à souffrir des légèretés de la Béjart, n'en fut pas moins impitoyable envers ses malheureux confrères?.. Pourquoi le Christ pardonna à la femme adultère?
L'analogie passionnelle répond à toutes ces questions en ces termes :
11 n'y a qu'une union légitime aux yeux de Dieu, celle où l'union des âmes précède celle des corps. Dieu réprouve toutes les autres, notamment les traités infâmes , dits mariages de raison par antiphrase ou mariages d'argent, et il a charge l'adultère de punir tous les infracteurs de sa loi. Or l'adultère étantparmi les hommes, il fallait bien que son emblème existât parmi
iOO OR.MTHOLUGIt: PASSIU.NNKLLK.
les oiseaux. De là la nécessité du Coucou, dont l'astuce déjoue les ligues maritales ; car tous ks mâles des petites espèces insectivores, qui savent de quel malheur les menace l'immoralilé du Coucou, ont conclu ensemble contre lui un traité d'alliance olTensive et défensive, demeuré jusqu'à ce jour, hélas, sans résultat.
Sans doute, \a-t-on m'objecter, nous comprenons parfaitement que l'adultère soit l'expiation attachée au crime de prévarication à la loi de Dieu, et que le malheur sévisse sur les humains des sociétés limbiques qui traitent l'amour de folle illusion du jeune âge et s'ingénient impudemment à le proscrire de leurs associations conjugales. Mais en quoi les Fauvettes, les Rougegorges, les Bergeronnettes et tant d'autres qui sont des espèces innocentes et qui observent fidèlement dans leurs contrats d'union les commandements de la loi de Dieu qui prescrivent de ne céder qu'à la passion sainte, en quoi le Traine-buisson et le Rouge-gorge ont-ils mérité l'expiation que la scélératesse du Coucou leur inflige ? Est-ce ainsi que la Nature entend la justice et l'applique ?
Oui, c'est aiusique la Nature entend la justice et l'applique... dans les sociétés à rebours. Oui, c'est la loi des phases subversives que les bons expient les iniquités des méchants, que les Louis XVI payent pour les Louis XY, que les victimes de la rouerie des don Juans, des Lo\elaces, des Alcibiades, s'appellent dona Elvire, Clarisse Harlowc, Glycère,... que la séduction et le suicide s'abattent de préférence sur les créatures les plus nobles, les plus dévouées et les plus adorables. Qui dit héroïne de roman dit assemblage de toutes les perfections physiques et morales en même temps que victime des entraînements de son cœur, et la loi est fatale et ne souffre pas d'exception. Je défie tous les écrivains de génie de m'intéresser au bonheur ou à l'infortune de la femme forte, c'est-à-dire sans cœur. II y a dans la Fiancée de Lnmmermoor un monstre plus épouvantable, plus en dehors de la féminité que lady Macbeth et Médée. Ce monstre a nom lady Ashton...
Vous savez maintenant pour quelle cause le Coucou adultère
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choisit de pretereiice les jnéniiges des Fauvettes pour y semer le trouble et la désolation. En Harmonie, où le parjure est un crime impossible et où la loyauté règne dans toutes les relations d'amour , l'espèce du Coucou s'est éteinte d'elle-même. Mais l'analogie passionnelle n'a pas encore tout dit sur ce sujet immense.
J'ai souvent reproché aux gouvernements civilisés de ne pas appliquer à l'amélioration de la race humaine ce sage système de primes d'encouragement qu'ils accordent chaque année à l'amélioration de races bien moins intéressantes, la bovine, l'ovine, lequine, etc. Jai même écrit, je crois, que cette indifférence coupable et incompréhensible pour les intérêts les plus chers de l'espèce pivotale était un des traits les plus caractéristiques de laliénation mentale constitutionnelle dont toutes les sociétés primitives sont plus ou moins frappées. On va voir tout à l'heure comme quoi cette question si grave se rattache à celle du Coucou.
En attendant, si vous êtes curieux d'en apprendre de belles, vous n'avez qu'à laisser la parole aux Coucous et prêter à leurs dires une oreille complaiï^aute. Ils ne seront pas embarrassés de vous prouver que les Coucous sont les plus saintes gens du monde, sont d'innocentes victimes de l'ignorance des sots et de la calomnie des méchants, de nobles serviteurs du bien public qui remplissent une mission providentielle auguste, jusqu'ici méconnue. Je leur sais des arguments d'une audace incroyable, oubliés par Byron et par tous ses complices. Ils disent notamment qu'ils n'ont été institués par la nature que pour s'opposer à la trop grande pullullation des espèces chétives, et qu'ils ne choisissent jamais pour y déposer leurs œufs que les nids des couples malingres, minés par la consomption et l'âge, et incapables d'amener à bien une couvée plantureuse, etc., etc.
Il est clair que s'il en était ainsi, la question du Coucou et de tout ce qu'il symbolise changerait visiblement de face, et que rien ne semblerait alors plus excusable que la faiblesse de la mère Fauvette oubliant les désastres qui ont frappé le reste de sa famille pour s'absorber dans la contemplation du développement des formes athlétiques de son unique nourrisson. Telle la
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pauvre fille des champs, trop pauvre pour se passer la lantaisie (l'ôtre mère, abandonne sur la voie publique le fruit de ses entrailles pour vendre le lait de ses mamelles au lils de la riche étrangère, au fruit d'un autre amour, et se console de sa maternité perdue par l'orgueil de nourrir un enfant de sang noble. Ou mieux encore, telle l'infortunée Yalentine de Milan, inconsolable du meurtre de son époux, se délectait à voir grandir et se développer sous son aile le beau bâtard Dunois, dont la constitution plus robuste que celle de ses frères légitimes, lui garantissait plus sûrement dans l'avenir la vengeance du défunt.
Seulement, le Coucou ne songe pas que s'il en était ainsi, l'analogie passionnelle, qui a été forcée de signaler en lui l'emblème de l'adultère, se trouverait logiquement réduite à hisser ce crime odieux à la hauteur d'une vertu sociale, comme avait fait Lycurgue, et que, de til en aiguille, nous serions amenés à considérer les Paris, les don Juans, les Alcibiades, les Lovclaces et toutes les Elvires et toutes les Hélènes mises à mal par ces traîtres, comme autant d'innocentes victimes de la fatalité, connue autant d'instruments aveugles et dociles de la nature, qui, dans son amour jaloux de la conservation dos races, aurait entraîné violemment ces types d'élite à s'unir pour s'opposer à la trop grande multiplication des ftimilies rachitiques et prévenir la dégénératioude l'espèce humaine, image de Dieu ici bas!... Ce qui expliquerait en passant l'indulgence excessive avec laquelle tant de nobles esprits et de sages législateurs ont jugé la femme adultère; car si la religion juive a condamné la malheureuse à être lapidée, le Christ a défendu ([u'on lui jetât la pierre.
Je n'ai pas besoin de dire que l'analogie passionnelle repousse avec indignation la solidarité des doctrines impures du Coucou et qu'elle lui en laisse la responsabilité tout entière. L'analogie passionnelle qui estime les hommes et les bètes au titre de leur fidélité amoureuse ne peut pas admettre de transaction sur le principe même qui sert de |)ierre de touche à sa classilication; mais elle avoue cependant que le paradoxe de l'oiseau criminel n'est pas totalement dépourvu d'un (crlain cachet spécieux, d'une certaine apparence de raison grossière, laquelle suflit, hélas, pour
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entraîner tous les jours à leur perte une foule de cœurs sensibles trop disposés à trouver des excuses à l'infidélité. Gardons-nous bien toutefois d'attribuer à l'humaine nature ces tendances déplorables qui ne sont que des conséquences fatales du vice de nos institutions.
Si la nature tient es.sentiellement, en effet, à la conservation de la pureté de ses types reproducteurs, comme tout nous invite à le croire, disons franchement qu'elle n'a pas lieu d'être satisfaite de l'institution du mariai^e, tel qu'il se conduit et comporte dans les législations patriarcale, civilisée et barbare, où il semble n'avoir d'autre objet que de la contrarier et de marcher au rebours de ses indications.
Je demande, par exemple, s'il est possible d'admettre que ce soit la nature qui ait dictéàMo'ise ou bien k Mahomet cette loi matrimoniale absurde qui permet à l'homme riche de posséder légitimement autant de femmes que ses moyens pécuniaires lui permettent d'en nourrir, si bien qu'il fut loisible au sage roi Salomon d'en avoir jusqu'à mille sur la fin de ses jours? — Non, évidemment, mille fois non , ce n'est pas la nature, car elle sait aussi bien (juc nous que c'est trop de mille femmes et même de moins pour un homme seul, et ce n'est pas elle qui condamnera jamais les pauvres et les jeunes à la continence forcée, sinon à l'adultère. Et puis d'ailleurs si cette loi eût été dans la Nature, est-ce que le roi David, qui était un homme saint inspiré de l'esprit de Dieu, l'eût violée comme il fit, en volant Bethsabée à son époux Urie ? Est-ce que Dieu eût béni l'union qui suivit l'adultère en en faisant naître Salomon, quMl combla de tant de grâces et de tant de faveurs? En vérité, je vous le dis, je ne connais pas de condamnation plus dangereuse de la loi juive qui fait de l'adultère un crime capital, que cette absolution solennelle de la faute du saint roi. Quant à la loi de Mahomet, je n'ai besoin que d'un mot pour la confondre et pour la convaincre d'imposture. On sait que le prophète de l'islam prétendait que ses dépèches du ciel lui arrivaient par reiilremise d'une colombe. Or. je demande s'il est bien supposable que le même Dieu qui avait créé cette colombe des le commencement pour être un des
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cinbk'inos de la lidélité conjugale (monogamie), l'eût choisie plus tard pour porteuse d'un décret de polygamie !
Toute loi religieuse «|ui statue la polygamie, c est-à-dire qui |)ermet l'intidélité au mari en l'interdisant à la femme, est une loi contre nature, absurde par conséquent, et inexécutable. Voilà ce que dit le bon sens, et ce que l'histoire conlirme.
Maintenant, la loi matrimoniale civilisée, pour être ])lus humaine dans sa lettre que la barbare et la patriarcale, ne l'est guère plus dans son esprit; car elle aussi excuse et encourage l'infidélité du mari, et elle fait du droit de paternité légitime un privilège pour le riche. Or, tout le monde sait que les voies de la richesse sont pavées de souillures, et que cette richesse, (juand elle ne provient pas de l'invention ou de l'héritage, est dix-neuf fois sur vingt le partage des sots, des vieux ou des infirmes, de ces pauvres d'esprit et de cœur qu'on appelle gens rangés parce qu'ils n'ont pas une seule noble passion à nourrir, et que le vide de leur cervelle les laisse tout entiers aux choses de la rapine, du tralic et de l'usure. Un malheureux ouvrier que son propriétaire était sur le point de faire exécuter pour défnut de payement d'un terme de quarante francs, s'elforçait d'attendrir le Crésus inhumain par la peinture de sa détresse, qu'il opposait naïvement à la richesse de son créancier. — Riche tant que vous voudrez, répondit l'autre, mais je ne le serais pas si j'avais écouté les pleurnicheries de toutes les mauvaises payes... D'où il suit que la possession légitime des plus charmants échantillons du sexe revient quasi-exclusivement aux sans cœurs et aux mal bâtis, ce qui est manifestement contraire aux vouix de la nature, qui créa de tout temps les jeunes et les belles pour les jeunes et les beaux. Puis il faut dire aussi que la civilisation, qui est la pha'^e de déclin et de décrépitude de la période la plus douloureuse de l'humanité, abonde en institutions politiques, religieuses et autres nécessairement hostiles à l'amour. Qu'il me suflise de citer dans le nombre ces lois de recrutement si anormales, si outrageantes pour la raison et pour l'espèce humaine, qui prélèvent chaque année sur la génération nouvelle l'élite et la fine fleur des jeunes hommes pour les envoyer à la mort, laissant
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à la charge du reste le soin de continuer la race... Comme si le premier mouvement du bon sens et la première inspiration de la nature ne prescrivaient pas de suivre ici une marche totalement opposée, c'est-à-dire de garder exclusivement pour le service marital , le plus sacré et le plus important de tous, tout ce qu'on avait de mieux, de plus sain et de plus solidement établi en fait de mâles, et de se débarrasser du reste en faveur de la guerre ou du célibat monastique. Ainsi font en effet chaque jour les habiles praticiens en horticulture, qui gardent exclusivement les plus beaux sujets pour la graine et emploient le reste à autre chose. Ainsi font les ministres éclairés qui cherchent à encourager l'amélioration des bètes de boucherie et de somme en allouant des primes fabuleuses aux plus magnifiques étalons.
Mais alors, se demandera-t-on, pourquoi l'idée n'est- elle jamais venue aux sages qui gouvernent les empires d'appliquer à l'amélioration de leur propre espèce le système qui leur réussit si bien à l'égard des chevaux et des bètes à cornes?
C'est que les gouverneurs des empires savent parfaitement, hélas ! que les grandes nations sont bien plus difficiles à manier (juc les petites , et qu'ils ne peuvent pas raisonnablement agir contre leurs intérêts en poussant par des primes à l'élévation de la taille chez leurs administrés. Contemplez la nation française, si ingouvernable, si remuante, il y a soixante ans; si calme, si paisible, si altérée d'ordre et de repos, aujourd'hui que la taille de nos conscrits a perdu plus d'un pouce sur celle de leurs pères. Mais que la foule satisfaite admire en cette conversion la sagesse des sages, moi qui ne suis pas de la foule et ne partage ni ses peurs ni ses admirations pi ses haines, moi qui rae consolerais facilement d'être seul à avoir raison dans mon siècle, je continue à tenir que la race des humains d'Europe, ravagée, déshonorée, flétrie par six mille ans et plus de fanatisme, d'esclavage et de misère, décimée tous les ans par quelque épidémie nouvelle, empoisonnée k la tâche par les falsifications du commerce libre et saignée à blanc par Broussais , je tiens , dis-je, que cette espèce réclame de plus urgentes améliorations encore que celle des nToutons ou des porcs, et je
Hi OUMTllOLOGIE PASSIONNELLE.
demande à porler un toast aux utopistes et aux fous de la jeune Amérique, mes frères, dont la taille grandit tous les jours et qui, rompant hardiment en visière à la routine du vieux monde, viennent de prendre l'initiative de la réforme par moi sollicitée, et de fonder un i-loricux prix d'embonpoint et de croissance en faveur des poupons d'un an, nés et élevés en terre libre....
Vents alises de l'Atlantique, steamers fumeux du Havre qui dévorez l'espace, emportez-moi bien vite vers les rives heureuses où tant de .sagesse habite, que mes yeux contemplent de^ ti.ommes avant de se fernier pour jamais !
\vi<ii(iiiii. .\ iiKiiciiiii ! ! !
H> DE LA DKl \li-:Ml': l'AllilK.