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Héva, Zoé (Vie, selon la Genèse), parce que la femme est la vie de l'humanité, plus vivante que l'homme en toutes ses manifestations. La seconde femme a été dite Eucharis, pleine de grâces...»
Et ailleurs :
« La Beauté est ce qu'il y a de plus divin parmi les hommes, et la femme a reçu en Beauté tout ce que l'homme a reçu en force. »
« La femme est meilleure que nous, et nous ne valons que par elle ...»
« Toutes les imprécations contre la femme sont autant d'hommages désespérés rendus à son pouvoir. »
On sait que ce fameux chapitre de l'apologie de la femme se termine par une série de formules adoratrices, copiées sur le modèle des Litanies de la Vierge, et toutes marquées au coin de l'extase amoureuse.
Si c'est là calonmier la femme et outrager en elle le principe de la justice humaine, qui est le respect de la dignité d'autrui, j'avoue que je ne comprends plus rien à la valeur des mots.
Si les bêtes à quatre pattes, les oiseaux et les fleurs sympathisent si volontiers avec la femme, et la respectent et l'écoutent avec plus d'intérêt que l'homme, c'est que la sympathie pour tout ce qui a vie est plus active chez la femme, qui porte en elle le germe de création et de vie, et à qui la Nature révèle mystérieusement l'unité.
Cette puissance de favoritisme ou de rayonnement d'attraction, dévolue par Dieu à la femme, et devant laquelle tout s'incline, hommes et bêtes, n'est pas seulement le caractère qui trahit l'essence supérieure de l'être , c'est encore le signe révélateur de la mission glorieuse, le cachet du vase d'élection.
La vierge de Nanterre, qui chassa les Huns de Paris,
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avait le don de charmer les bêtes, comme son homonyme de Brabant , dont les tribulations me firent verser autrefois tant de larmes au spectacle des Ombres chinoises.
Jeanne d'Arc, qui chassa l'Anglais de France, et qui était aussi bergère de son métier, ne pouvait faire un pas dans la plaine sans voir accourir autour d'elle toutes les créatures du bon Dieu.
« Quand elle estait petite et qu'elle gardait les brebis^ les oyseaulx des bois et des champs, quand elle les appelait^ ils venaient manger son pain dans son giron comme privez. » (Journal d'un bourgeois de Paris.)
Jocelyn dit de Laurence :
« // me montre
Les oiseaux qu'il a pris en leur jetant du grain, Et les chevreuils privés qui mangent dans sa main-, Car soit par préférence, ou soit par habitude. Tous ces doux compagnons de notre solitude. Biches de la montagne, élans, oiseaux des bois, Accourent à sa vue et volent à sa voix. »
Jocelyn ne sait pas encore en ce moment que Laurence est une femme; mais les biches de la montagne et les oiseaux des bois en savent plus long que l'amoureux, et ils n'ont pas eu besoin, pour distinguer la jeune fille du jeune homme, qu'on leur mit les points sur les i.
Les deux Genevièves, Jeanne d'Arc et les autres, sont autant de créatures ravissantes choisies par Dieu pour accomplir de grandes choses, autant de vases d'élection !
Mais vainement les romanciers de l'un et de l'autre sexe, historiens distingués du cœur, ont mis leur imagination à la torture pour inventer des types masculins de favoritisme. Leurs efforts ont échoué; les plus heureux n'ont abouti qu'à de vulgaires héros de mélodrame ou de
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cour d'assises, tous plus ou moins escrocs, corsaires ou assassins; et c'est à grand'peine si dans toute cette bande de Leone-Leoni, de Lovelaces, de Szaffies et d'Horaces Beuzevals, on trouverait un seul fascinateur capable de charmer un pigeon.
Alexandre le Grand, qui charmait les chevaux, et dont le corps exhalait la senteur de la violette, est le plus illustre type de favoritisme dont l'histoire ancienne fasse mention; mais Alexandre avait le malheur d'être roi, et qui peut nous garantir qu'on ne l'a pas flatté, ainsi qu'on a flatté le grand roi Louis XIV, dont le corps n'exhalait pas une odeur de jasmin?
Saint François d'Assise, que les oiseaux du lac Rieti suivaient avec amour, et qui était obligé d'aller reporter dans les bois les faons des biches qui s'obstinaient à se réfugier dans ses bras ; saint François d'Assise, qui faisait nicher les tourterelles partout où il voulait, voire sur son bâton, qu'il avait soin toutefois de transformer préalablement en orme ou en chêne touffu ; saint François d'Assise, qui fut vaincu par un rossignol dans une lutte musicale ; saint François d'Assise, qui avait l'oreille de toutes les bêtes, eut malheureusement la faiblesse de céder aux exigences de son époque et de faire des miracles, ce qui a tué sa gloire ; car depuis qu'il a été démontré que jamais miracle ne s'était accompli en ce monde sans l'autorisation de la police, cette risible prétention d'opérer l'impossible est devenue une très-mauvaise note dans l'opinion publique.
Je ne connais qu'un seul homme dans l'histoire moderne qui ait possédé à un degré remarquable la puissance de favoritisme : c'est Léonard de Yinci, qui mourut au château d'Amboise ou de Fontainebleau dans les bras de François P'. Léonard de Vinci ne fut pas seulement un
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peintre de la taille de Raphaël et de Rubens, un grand sculpteur et un grand architecte comme Michel-Ange, un grand ingénieur comme Yauban , un grand compositeur comme Rossini, un grand instrumentiste comme Listz ,- Léonard de Yinci joignit à tous ces génies le don plus singulier et plus rare de captiver à première voix les coursiers les plus indociles, de se faire suivre et accompagner par tous les oiseaux dans les bois, de passionner pour ses propres goûts tout ce qui l'approchait, hommes ou femmes. L'arrivée de Léonard de Yinci à la cour galante de François P"" (loio) fut le signal d'une révolution radicale dans le costume des deux sexes ; et pour la première fois dans l'histoire, on vit des femmes, des femmes de Paris, emprunter à un homme, à un étranger, à un vieux, des moyens d'ajouter à l'éclat de leurs charmes. Les biographes de Léonard n'ont pas assez admiré cette page glorieuse de la vie du grand artiste.
Enfin je lis dans une petite brochure rose, intitulée : de la Prééminence de la Femme, par M. le docteur Guilmot, de Lille :
« Le savant et vénérable Deleuze, homme judicieux , méthodique et fort peu enthousiaste, surtout recommandable par sa véracité, dit , dans son Instruction pratique sur le magnétisme animal , qu'en trente ans d'exercice du magnétisme, il n'a vu V extase se produire que quatre fois. En cet état, tandis que les cinq sens sont engourdis d'un sommeil de mort, la perceptivité prend une extraordinaire transcendance, et cet état est tellement supérieur aux autres degrés de somnambulisme, il ouvre de si brillantes percées sur les régions lumineuses de la vie ultramondaine, qu'être témoin, ajoute Deleuze, d'un pareil spectacle est le plus grand bonheur qui puisse arriver à un homme en toute sa vie, Or, l'on voit plus de femmes que
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d'hommes atteindre les hauts degrés du somnambulisme, plus de femmes aussi passer à l'extase, reprend le docteur Guilmot; donc la femme, je le répèle, est plus éthérée que l'homme, plus voisine, pour ainsi parler, des intelligences célestes et plus en rapport avec elles. »
Le savant qui s'exprime ainsi est un ancien chirurgienmajor de la garde impériale, naguère médecin en chef de la maison de Loos, et qui n'est plus, comme lui-même l'affirme, dans l'âge du madrigal et des tendres illusions.
Je trouve dans le même écrit cet argument triomphant, que j'extrais d'une foule d'autres non moins forts :
« Pour comble, enfin , dans cet ordre de preuves, c'est au sein de la femme que le Messie, le Dieu incarné des chrétiens, daigna revêtir la forme humaine. C'est au sein de la plus pure des vierges que le Christ prit un corps, à l'exclusion absolue de toute participation de l'homme. L'homme , être inférieur , en ce sens qu'il est moins dégagé de la matière, l'homme, immédiatement sorti du limon originaire, eût de son souffle seul terni le vase d'élection ! »
J'en resterai là, si l'on veut, de ma démonstration, la jugeant pour mon compte suffisante, et ne pouvant guère décemment invoquer un autre témoignage après celui de Dieu. Je prie seulement celles et ceux qui me lisent, de considérer que les trois quarts au moins des pièces justi^ ficatives qui précèdent émanent littéralement des Maîtres de la Science, des Sages et non de moi.
Ainsi tous les règnes témoignent des préférences passionnées de la nature pour le sexe féminin, conservateur par excellence et tuteur né de l'espèce.
Ainsi la préséance du sexe féminin est d'institution divine et d'ordre providentiel ; ce qu'il fallait démontrer.
Mais cette preuve n'est encore que la première base de
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notre argumentation et la moitié de la moitié de notre tâche. Nous avons conquis le principe, reste à tirer les conséquences.
La première conséquence à tirer du principe de la préséance du sexe féminin est celle-ci :
Puisque c'est Dieu lui-même qui a dévolu la préséance au sexe féminin dans tous les règnes, il est clair que plus une espèce honorera ses femelles... plus elle agira conformément à la volonté de Dieu et s'élèvera dans l'échelle !
Et que, vice versa , plus elle honorera ses mâles, plus elle se dégradera. . .
Or, ceci est tout simplement une des clefs de la classification universelle des êtres organisés...
Et comme Dieu est un et ne se déjuge pas, il s'ensuit que ce qui est vrai des bêtes et des fleurs l'est également des hommes.
Et que la classification des bêtes entraine fatalement celle des peuples, et, à la suite, celle de leurs Littératures, de leurs Arts, de leurs Législations, de leurs Religions ! !
Remarquons, en passant, qu'il n'y a que les analogistes et les simples pour tenir compte ainsi des indications de la nature en matière de classification universelle. Tandis que les faux savants, aveuglés par l'orgueil et qui n'ont foi qu'en eux , dédaignent de s'astreindre aux faciles prescriptions de la méthode naturelle, et préfèrent distribuer les êtres à leur guise. x\ussi arrive-t-il que la nature, pour récompenser les premiers de leur humilité, leur révèle gracieusement le secret de ses lois, qu'elle cache obstinément aux seconds.
Un chapitre spécial ayant été consacré à la classification dans ce livre, il nous est interdit d'appuyer avant l'heure sur ce sujet immense. Mais rien ne nous empêche de vider sur-le-champ, et sans désemparer, les grandes questions
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qui s'y rattachent , et qui tiennent, depuis que le monde est monde, toutes les sociétés en émoi. Et d'abord, faisons savoir pourquoi tous les savants, et parmi eux des génies de premier ordre, ont manqué jusqu'ici la classification botanique et zoologique.