FORMULE DU GERFAUT
si belle place dans le traité de la Morale en action, où il rendit un enfant aux larmes de sa mère, n'eût jamais fait au père une semblable concession.
La supériorité de la femme, selon d'autres , n'a pas besoin d'être démontrée par poids et par mesures. Elle se lit à première vue dans ces regards purs et limpides, comme les hommes n'en ontpas; sur ces joues veloutées et roses, sur cette peau satinée et fine qui n'offre plus aucun vestige de la pilosité animale ; tandis que la peau velue de l'homme offre encore tous les caractères des téguments de la brute. C'est pourquoi la femme seule porte sur sa figure le caractère de l'hominalité.
Et cela est si vrai que l'homme peut rester beau dans le vice, dans l'orgie, dans le meurtre même, tandis que la moindre atteinte portée à la beauté morale de la femme la dégrade et fait pleurer les anges. Si l'abjection est plus repoussante chez la femme que chez l'homme , c'est la preuve sans réplique que la femme tombe de plus haut. Si la flétrissure de ses traits provoque le dégoût, c'est que a forme féminine a été créée pour l'expression la plus sublime de la beauté composée, beauté de l'âme et du corps, et que la puissance d'inspirer le véritable amour n'appartient qu'à cette beauté-là.
La femme a donc reçu en partage la Beauté et l'homme la Force. Or, la beauté semble une irradiation plus directe de la Divinité que la force ; car la puissance mystérieuse d'attraction et de fascination qu'elle exerce s'impose sans contrainte comme la volonté de Dieu et nous obhge tous à fléchir le genou.... Tandis que nous ne pouvons reconnaître de tels attributs à la force. Ensuite la Machine et le Chameau peuvent suppléer la force qui est l'apanage des brutes, et rien ne peut suppléer la beauté.
11 est facile aussi de lire dans la grâce infinie des mouvements de la femme, dans l'élégance idéale de ses formes, dans la délicatesse des teintes de sa chair, qu'elle a été créée pour le charme, la danse et le bonheur des yeux, et non pour le travail des bras, qui déshonore le. corps et dégrade les traits Tandis que la conformation anguleuse et peu achevée de l'homme dénote clairement qu'il a été façonné tout exprès pour les travaux pénibles et surtout pour démontrer la mesure de l'angle BAC, inscrit à la circonférence.
L'homme est plutôt un être pensant qu'un être sentant. C'est pourquoi le sentiment de l'équité est si peu développé chez lui, ainsi que dans ses institutions. On trouve des écrivains pour justifier toutes les sottises et toutes les infamies. Il y en a qui adressent des odes à la peste. L'archevêque catholique vous prouvera , si vous voulez le laisser dire, que le Dieu de la paix et celui de la guerre ne font qu'un. Vépée est samte, disent les chanteurs de Te Deum, oubliant que le Christ a ordonné à saint Pierre de remettre le glaive dans le fourreau.
L'homme est le champion de la logique. Or la logique, dit madame de Staël, pousse invinciblement à ^^'«/mer que soi et à n'estimer que l'argent et la Force, les deux plus laides puissances de ce monde.
Newton, qui mourut vierge à plus de quatre-vingts ans, a écrit quelque part que la pauvreté était le plus impardonnable des crimes. Newton n'était peut-être pas un homme, mais ce n'en fut pas moins un grandissime géomètre et un parfait logicien.
L'homme veut paraître avant tout grand et fort Ce
qui fait qu'il honore par-dessus tout la tuerie homicide et qu'il élève d'abord des statues aux héros.
La femme , au contraire , a plus de sentiment que de
roH.Mi i.iL. DU (;eiuai 1. 1 17
logique.... et le Sentiment associe au lieu que la Logique divise. Elle ne discute pas la justice comme l'homme; elle la sent y ce qui vaut mieux..., et elle ne se trompe jamais, parce que le sentiment qui inspire le bon mouvement est le conseil instantané de Dieu et vaut mieux que la réflexion, fruit de Vexpérience qui suggère le biais. Jamais la raison de l'homme n'a atteint dans ses ascensions les plus élevées à la hauteur des aspirations d'unitéisme qui jaillissent du cœur de la femme en bouquet continu.
La femme ne tient pas à briller par la force. Elle aime mieux intéresser et plaire. Elle ne craint même pas de confesser ses faiblesses, parce qu'elle sait que la faiblesse intéresse. Elle a horreur de l'échafaud , quel que soit le sang qu'on y verse. Les femmes de nos jours n'ont pas encore pardonné à la première république le sang d'André Ghénier et celui de la princesse de Lamballe.
L'homme possède en propre l'esprit de suite et d'analyse qui fait réussir dans la Science et aussi dans le Notariat et dans l'Epicerie. L'esprit de suite est cette faculté merveilleuse dont sont doués certains individus de s'absorber tout entiers dans la poursuite d'un but unique et exclusif dont rien ne les détourne et qu'ils finissent nécessairement par atteindre. Le procédé de Newton, qui finit par découvrir la loi de la gravitation en y pensant toujours, diffère peu dans le fond de celui de l'Auvergnat qui finit par devenir millionnaire à force d'entasser sou sur sou. Et c'est pour cela que la richesse est le lot fatal des pauvres d'esprit qui, n'ayant pas les moyens de dépenser leur argent, sont forcés de le garder. Ce brave homme qui prit un soir la farce des Plaideurs pour le dénoùment de la tragédie de Britamiicus, parce que les deux pièces se suivaient, était un géomètre doué de l'esprit de suite à un très-haut degré.
118 ORNITHOLOGIE l'ASSlONiNELLK.
La femme n'a pas l'esprit de suite, l'esprit d'analyse, mais bien l'autre : l'esprit de synthèse qui saisit les rapports des choses et voltige dans les hauteurs de l'espace pour planer à la fois sur tous les horizons ; l'esprit d'embrassement qui s'habille volontiers de paraboles, d'allégories et de métaphores, parce que ces figures sont des mariages d'idées. Ce qui est causé que la femme, si faible en géométrie, en métaphysique et généralement dans les sciences ennuyeuses, est si supérieure en revanche dans le grand art de la conversation aussi bien que dans ceux du chant, de la science dramatique et de la botanique passionnelle, qui exigent l'éloquence, le charme et l'expression, parfums de la parole.
« Si, par le travail, le génie et la justice, l'homme est à la femme comme 27 est à 8, dit Proudhon, la femme à son tour par les grâces de la figure et de l'esprit, par l'aménité du caractère et la tendresse du cœur, est à l'homme comme 27 à 8. » J'accepte ces calculs.
L'homme cherche la lumière, la femme porte en elle la chaleur.
La Femme est la Poésie, l'Homme la Prose....
La religion, dit Carus, est Esprit et Vérité pour l'homme ; pour la femme , c'est Foi et Amour.
La femme bâille et s'endort aux discussions subtiles sur l'infini, parce qu'elle n'a pas besoin qu'on lui démontre ce qu'elle sent. L'homme, à force d'apprendre, tombe dans le scepticisme. La femme, qui est en communion plus intime avec la nature par la maternité, ne perd jamais l'idée de Dieu. C'est pour la même cause que la femme n'éprouve jamais le besoin de se faire apôtre comme l'homme quand elle croit à une vérité religieuse. C'est pour cela encore qu'elle a plus de tolérance et qu'elle n'a jamais songé comme l'homme à se déifier. Or la déification de
l'ORMULli ItU (lEUlAUT. 1 W)
l'homme par l'homme, qui est le fond de toutes les religions révélées, est certainement le nec plus ultra des extravagances de l'esprit humain. C'est la folie que les humanités des autres globes pardonnent le moins à la nôtre.
Les Grecs avaient donc de puissantes raisons pour faire sortir la sagesse du cerveau du maître des dieux, sous la forme d'une femme.
On objecte à ces raisons-là qu'il est impossil)le que le sexe féminin soit supérieur à l'autre, puisque l'homme et la femme sont les deux moitiés de I'être, et que cette expression de moitié implique égalité. Egalité, tant que vous voudrez, mes maîtres, mais vous n'empêcherez pas que le sexe féminin ne soit à l'autre ce que le mode mineur est à l'ordre majeur en musique. Ces deux modes sont bien égaux mathématiquement parlant, puisque leurs gammes ont la même étendue et possèdent le même nombre de notes. Seulement, si les deux gammes sont égales en étendue et en puissance, elles diffèrent, vous en conviendrez , quant à la disposition sériaire des intervalles ; et cette diversité d'agencement interne suffit pour faire que les modulations naturelles du mode mineur se prêtent mieux à l'expression des joies et des tristesses du cœur... et celles du mode /?2a/e^^r à l'expression de r enthousiasme belliqueux ou bachique. Ce qui revient à dire que le mode mineur a pour dominante l'Amour et l'autre l'Ambition...
Hélas ! l'existence de l'homme se divise aussi en deux parts, comme le clavier d'harmonie en deux modes :
La première part, qui monte de l'enfance à l'âge viril , et qui est régie par l'Amour.
La seconde, qui descend de l'âge mûr à la décrépitude, et qui est régie par l'Ambition.
La première, où la femme règne sous sa triple cou-
ronne de mère, d'amante ou d'épouse, et où rali'ection fjouverne. C'est la phase de beauté et de parfait développement; c'est l'âge du dévouement chevaleresque, du sacrifice et de l'idéalisme, où les impulsions du cœur sont les seules qu'on écoute.
La seconde, où l'Homme règne et où l'intérêt gouverne sous le nom mensonger et trompeur de Sagesse.
Or, la plupart des hommes, a écrit Aristote, sont méchants et dominés par la passion de s'enrichir, et lâches dans le péril.
Laquelle des deux époques est la supérieure, je l'ignore, mais la plus plaisante, je le sais; car je sais qu'il n'y a jamais eu qu'un seul paradis sur la terre, et que ce paradis est l'Amour, et que ce n'est qu'après avoir été chassé de ce séjour de délices que le vieux imagine de décerner des prix à la vertu... par esprit de vengeance.
Burdach se résume ainsi, à la suite de longues considérations sur la matière :
« L'homme est donc plus animal, la femme plus humaine. L'homme est phis Carnivore^ la femme plus herbivore^ et par conséquent moins impure ; car la carnivorie est une aberration de la nature humaine et un quasi-retour à la nature bestiale.
« La prédominance des appétits carnivores ou herbivores est un des caractères des deux sexes. La femme forte^ esprit fort ou Carnivore^ est une anomalie et une dégradation, car la femme ne revêt jamais le caractère ou LA forme de l'homme SANS DESCENDRE ! !
« La forme de la femme porte le cachet de l'union et de la fusion , celle de l'homme le cachet de la séparation et de la distinction. L'homme n'exprime qu'une direction particulière de la vie. La femme est l'image de la vie universelle, de la nature.
loiiMLJj-: 1)1 (iiauAL 1'. Itil
« Ur, l'amour est la conscience de l'imperfection de l'individualité et le besoin de se compléter en cherchant son contraire. Et la double ivresse des sens et de l'âme, produite par le véritable amour, prouve que le bonheur n'est que dans l'unité. »
Retenez bien cette définition morale de l'amour et la phrase sublime qui la précède : La femme ne vire jamais à l'homme sans descendre.
Il est reconnu en histoire que tous les peuples grossiers ont l'habitude de considérer la femme comme une créature inférieure. 11 m'est douloureux d'ajouter que beaucoup de philosophes illustres et de Pères de l'Eglise, Aristote, Platon, saint Thomas d'Aquin, etc., etc., ont donné dans le même travers^ et que plusieurs même ont été jusqu'à lui refuser une âme. Que Dieu pardonne aux philosophes et aux Pères de l'Eglise !
En revanche, les anciens Germains, à qui devait appartenir un jour l'empire de la terre, considéraient la femme comme un intermédiaire entre Dieu et l'humanité. Je répète Tacite.
Auguste Comte, le chef de l'école positiviste, un des plus profonds penseurs de ce siècle, a écrit :
« Supérieures par l'amour, mieux disposées à toujours subordonner au Sentiment l'Intelligence et l'Activité, les femmes constituent spontanément des êtres intermédiaires entre l'Humanité et les Hommes. Telle est leur sublime destination aux yeux de la religion démontrée. Le grand Etre leur confie spécialement sa providence morale pour entretenir la culture directe et continue de l'affection universelle, au milieu des tendances théoriques ou pratiques qui nous en détournent sans cesse. »
Alexandre de Humboldt :
« La Nature a pris les femmes sous sa protection spé-
ciale et les a traitées avec la préférence la plus marquée. Semblables aux filles de la maison, elles se pressent autour de leur mère diligente... Tandis que le fils, aveuglé par le sentiment de sa force, s'élance à corps perdu dans le torrent de la vie. La Nature vient plus en aide à la femme qu'à l'homme, quand il s'agit de démêler la vérité ou de résister à la maladie. »
Carus :
« La nature de l'homme et celle de la femme peuvent être excellentes toutes deux ; mais la femme est et l'homme devient. Or, devenir est chose incertaine. La masculinité est plus propre à fournir des génies que la féminité, mais elle court aussi plus de chances d'être féconde en idiots et en imbéciles. Toutes les vertus de l'humanité sont inhérentes à la femme; l'homme est forcé de les acquérir. y>
P.-J. Proudhon, le grand justicier, que ses ennemis accusaient d'avoir calomnié et outragé la femme, leur répond en ces termes :
« La femme est la conscience de l'homme personnifiée. C'est l'incarnation de sa Jeunesse, de sa Raison et de sa Justice, de ce qu'il a en lui de plus pur, de plus intime, de plus sublime, et dont l'image vivante, parlante et agissante lui est offerte pour le réconforter, le conseiller, l'aimer sans fm et sans mesure. Elle naquit de ce triple rayon qui, partant du visage, du cerveau et du cœur de l'homme, et devenant corps, esprit et conscience, produisit, comme idéal de l'humanité, la dernière et la