‹ L'esprit des bsChapitre 14 sur 27 · ORMUl.E DU GEHFArT. iAS · texte numérisé non relu

ORMUl.E DU GEHFArT. iAS

maintenait la femme en état de servage conjugal et donnait au père droit de mort sur son fils.

Le latin est une langue particulièrement répulsive à la femme, et qui n'a dû conséquemment enfanter aucun chefd'œuvre, même au temps de sa plus haute splendeur, attendu que les chefs-d'œuvre littéraires consistent exclusivement en peintures d'amour, romans, drames, comédies. Or, il n'existe ni drames, ni comédies, ni romans en latin, par la raison qu'il était impossible d'en faire. Ce qu'on appelle improprement les comédies de Térence sont des œuvres bâtardes baignées d'une atmosphère glaciale qui vous donne l'onglée et vous empêche totalement de tourner le feuillet. Yirgile, malgré son immense talent de style, n'a jamais pu nous faire croire à l'amour de Didon pour le pieux Enée, un héros assommant pétri des quatre semences froides, et qui se dit fils de Yénus, je ne sais pas pourquoi, car sa principale occupation semble être de faire du chagrin à sa mère. Parmi les erotiques latins, d'ailleurs, YirgihusMaro y compris, je n'en vois pas un seul qui n'ait sali l'amour. S'il est vrai que la littérature soit l'expression de la société, toute la littérature romaine doit être dans Sénèque, dans le Digeste et dans les Pandectes.

Yénus et Cupidon, Diane et l'Aurore, Junon et Minerve, Hélène, Léda, Procris et les mille autres personnifications de la beauté féminine tiennent dix fois plus de place dans la poésie des Grecs que dans celle des Romains. Donc la littérature grecque dépasse de cent coudées la romaine, où il n'y a pas une femme. Et cette première application de la formule à la littérature antique va se représenter comme une conclusion inévitable au bout de toutes les comparaisons des littératures modernes.

Donc Shakspeare doit être le plus grand de tous les poètes de l'humanité, puisque c'est lui qui a créé les

types les plus divins et les mieux réussis de la femme, Ophélia, Cordelia, Desdemona, Julietta, Titania, etc., etc. Shakspeare écrivait sous le règne d'une femme.

Molière, Byron, l'Arioste et ceux qui viennent après, n'ont fait toute leur vie qu'aimer, et leur adoration pour la femme s'est traduite en chefs-d'œuvre dans leurs chants immortels.

La littérature française, qui est la plus riche et la plus conquérante de toutes les littératures de l'âge moderne, ne doit son éclat irradiant qu'à la prédominance du principe germain sur le principe latin dont elle est infectée. J'ai dit, d'après Tacite, que les Germains considéraient la femme comme un être intermédiaire entre Dieu et l'homme. Ils l'environnaient d'une vénération infinie, et prenaient ses conseils dans toutes les grandes occasions. De là, conclut cet historien immense, la pureté des mœurs de ce peuple, sa fidélité à la foi jurée, sa valeur indomptable dans les combats...

Quel hommage rendu par Tacite à la puissance des principes du gerfaut !

Là est, en effet, tout le secret de l'influence de la littérature française. Le respect traditionnel du Germain pour la femme a été le salut de la France, qui avait à lutter contre l'influence de l'abominable héritage qu'elle avait reçu de Rome, le code du servage conjugal et l'atroce principe grammatical que le masculin est plus noble que le féminin. Il a fallu que nos mœurs chevaleresques fussent plus fortes que nos lois pour assurer à notre littérature la domination de la terre.

La langue française a été tirée de la barbarie par les femmes vers la première moitié du xvif siècle. C'est en ce temps-là qu'on la voit s'épurer, se clarifier, se délatiniser, et finalement changer de sexe sous l'influence des

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Précieuses. Les Précieuses, dont le nom est encore impopulaire de nos jours et dont les services immenses ont été longtemps méconnus, étaient de très - grandes dames, ornées de mérites infinis et qui formaient l'élite de la société parisienne. Elles firent naturellement leur langue à leur image, une langue chaste et pudique, grande dame et coquette, et superbement attifée ;... spirituelle et jaseuse, et plus souple aux caprices et aux broderies de la conversation raffinée, et plus remplie de délicatesses exquises, et plus riche en expressions des choses du cœur que pas une,... une langue si ennemie du pathos que le mérite de ses écrivains se mesure à la limpidité de leur style; si pure que toutes les autres la prennent volontiers pour arbitre; si honnête que pas une imposture religieuse n'a osé s'en servir.

La langue française est donc quant à l'esprit, à la tenue, aux allures, tout l'opposé de la romaine sa mère avec laquelle elle n'a plus que la ressemblance extérieure des traits. C'est pourquoi je proteste au nom de la vérité et du bon sens contre cette banalité odieuse, stéréotypée à l'usage des prud'hommes de la pédagogie et des niais, à savoir qu'il est impossible d'être très-fort sur l'orthographe française quand on ignore le latin. Double et triple mensonge ! car la science de l'orthographe est avant tout une science pratique qui vient exclusivement de la mémoire des yeux, et une science qui se perd par V étude et par l'âge au lieu de se fortifier. Mensonge, car les jeunes tilles un peu bien élevées et qui n'ont jamais su. Dieu merci, un seul mot latin, écrivent et parlent leur langue dix fois plus purement et plus correctement que nous, élèves-martyrs de Lhomond. La langue latine, je vous le répèle, n'est qu'une langue de cuistres, de faux dévots et de feuilletonistes fourbus, bonne tout au plus cà mas-

quer l'ignorance des pédants et à servir de sentine aux mots sales. Pour quelle cause je déclare, sur mon àme et conscience, que la continuation de l'enseignement public de cet idiome mort est une des grandes hontes et des calamités de ce temps. Attendu que nous ne pouvons plus ignorer aujourd'hui que les langues sont les véhicules les plus rapides du progrès, et que les révérends Pères de la Foi, qui ont fait de l'enseignement du latin le pivot des études classiques, n'ont jamais eu d'autre but, en procédant ainsi , que d'arrêter la marche des idées modernes , en condamnant les lettrés à l'emploi quasi-exclusif d'un idiome enterré depuis vingt siècles, et impropre, par conséquent, à propager comme à traduire les dogmes de l'esprit nouveau.

Mais rien n'est parfait dans ce monde, pas même les langues de création féminine. Et il manque à la langue française, la plus riche de toutes peut-être en modulations du mode mineur, la presque totalité des notes du clavier majeur. Je veux dire que la langue française est aussi pauvre sous le rapport de l'expression scienlilique qu'elle est riche sous celui de l'expression dramatique, artistique et sentimentale. Et ce malheur était inévitable, hélas !

Les créatrices de la langue française, si supérieures qu'elles fussent en une foule de points aux hommes de leur siècle, ne pouvaient, en effet, doter leur œuvre que des dons qui étaient en elles; et comme elles n'avaient pas la science, qui est dans les dons de l'autre sexe, elles omirent naturellement de s'occuper du vocabulaire d'icelle. Alors la création du langage scientifique revint aux hommes, et le flot de la barbarie recommença de couler. On sait de quels noms odieux, mal sonnants ou grotesques les savants ont déshonoré les plus charmantes individua-

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lilés des trois règnes. L'honneur de l'idiome national a saigné là par tous les pores.

Et ce n'est pas seulement le vandalisme de ses nomenclatures que je reproche à la science. Il y a un tort plus grand encore que celui d'infliger de vilains noms aux oiseaux et aux fleurs : c'est de n'en pas donner du tout aux êtres qui en ont le plus hesoin. C'est, par exemple, de n'avoir pas même su créer des appellations acceptables pour les types génériques des règnes, comme l'oiseau, le poisson, etc. Car, étymologiquement et scientifiquement parlant, oiseau ne veut pas plus dire bête qui vole, que poisson bête qui nage. Et c'est une honte pour une langue, aussi bien que pour la science, de ne pas posséder un seul substantif légitime, honnête et euphonique pour désigner clairement une créature ailée et qui vit dans les airs, qui porte une robe déplume, fait un nid, poiid et couve et abecque ses petits, ou bien une créature qui porte des nageoires, des écailles, et vit au sein de l'onde. Or il n'y a pas, dans tout le vocabulaire zoologique de France, un seul mot disant cela, comme mammifère dit bête qui porte des mamelles, qui respire par des poumons et allaite ses petits. C'est que mammifère, qui est un titre générique excellent, a été pris de la féminité, qui porte seule le cachet du règne , chez les insectes comme chez les fleurs, chez les animaux comme chez l'homme.

L'Académie française, qui a refusé à l'un de ses derniers élus la permission d'employer le verbe «^m/zser dans son discours de réception, aurait bien mieux à faire, dans l'inrét des belles-lettres, que de barrer le passage aux mots neufs et jolis comme stériliser, dont j'use pour mon compte sans remords depuis que j'écris. Ce serait, par exemple, de fonder un concours pour la refonte totale de

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son langage scientifique et le comblement des lacunes de son vocabulaire.

C'est une très-haute question littéraire que celle du sexe des langues et qui renferme d'étranges secrets sur les causes inconnues de la misère et de la richesse des idiomes ; et pour cela j'appelle les investigations de la critique sur le sujet neuf et fécond que Boileau-Despréaux semble avoir effleuré, quand il exprime si bien la diflerence caractéristique qui est entre le génie des deux langues latine et française :

Le latin dans les mots brave l'iionnêteté, Mais le lecteur français veut être respecté.

Boileau qui a toujours raison quand il demeure lui et ne va pas demander aux Romains de la décadence leur opinion sur les femmes de Paris, Boileau déduit nettement, de cette comparaison si juste, que la langue française est femme, et que la pudeur, qui est la plus incendiaire des vertus féminines, fait partie de son apanage. Or, c'est à cette sensibilité exquise, à sa clarté et à sa grâce que la langue française doit le secret de son influence irrésistible, et qu'elle devra de devenir l'idiome universel de l'humanité avant un demi-siècle. Elle conservera même ce privilège jusqu'à la première période d'Harmonie ; mais alors sa parenté malheureuse avec la romaine sera cause qu'on lui fera bien des misères et qu'on lui reprochera de se parler du nez comme la portugaise, de mâcher ses lettres, d'être sourde, et finalement qu'on la répudiera. La vraie langue universelle, celle de pleine phase d'Harmonie ou d'Apogée , sera souple et pudique comme la française, riche et melliflue comme la grecque, pleine, sonore et majestueuse comme

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l'espagnole, molle et douce à chanter comme l'italienne. Elle se chantera et ne se parlera pas, et elle différera essentiellement de tous les idiomes civilisés et barbares en ce que le féminin y sera plus noble que le masculin.

Si le peuple français avait le bon esprit de s'entendre dès aujourd'hui pour ne parler aucune langue étrangère et pour n'aller à aucun peuple, il forcerait bien vite tous les autres peuples de venir à lui. C'est même le moyen le plus sûr et le plus économique qu'il possède de réaliser sa chimère, qui est d'attacher à son char une foule de nations.

Ainsi, la grave question de la littérature comparée se résoud par cette simple formule entrevue par le grand Corneille : Dis-moi comme tu aimes, je te dirai ce que tu vaux (comme tu aimes, c'est-à-dire comme tu honores la femme) .

Avais-je tort d'affirmer que ni l'Académie française, ni celle des Inscriptions et Belles -Lettres, ni même le Conseil supérieur de l'instruction publique, n'avaient encore considéré l'enseignement de la langue latine sous son véritable point de vue? Parlons de l'Art maintenant.

On a écrit de tout temps que l'Art et la Poésie étaient sœurs. Le fait est vrai, toutes les deux sont filles de Vénus. Un puriste dirait frères au lieu de sœurs et fis au lieu de filles; mais j'aime mieux commettre trois fautes contre la grammaire que de me résigner à prononcer des mots qui blessent la pudeur. Tant pis pour l'art si ses parrains l'ont reconnu pour être du genre masculin, je n'endosserai pas la responsabilité de leur sottise.

Il est si vrai que l'art est du genre féminin que le domaine de l'art est celui où la formule du gerfaut s'applique de la façon la plus intolérante et la plus tyrannique : Ta?it

vaut l amour, tant vaut l'artiste, dit l'histoire de l'art.

La raison de ce despotisme est bien simple, et se trouve dans la définition même de l'art.

L'art est l'incarnation de l'idéal. Or, je vous l'ai dit déjà, il n'y a jamais eu et il n'y aura jamais pour l'homme qu'un idéal, l'idéal féminin, l'Ange, la Yierge-Mère. Et Virginité et Maternité sont deux aspects si ravissants, si poétiques de la même figure, que l'homme est entraîné par les aspirations de son éternel amour à les rallier bon gré mal gré dans un seul et même type, dans un type divin. La Vénus de Milo est une vierge-mère comme celle du Paradis chrétien. La muse inspiratrice s'appelle partout du nom de la femme adorée.

Pygmalion, qui souffla une âme à une statue de marbre, et Orphée, qui attendrit les Mânes par sa lyre, sont peutêtre les deux artistes qui ont démontré le plus vaillamment la puissance prodigieuse de l'art. Or Pygmalion et Orphée ne personnifient qu'un seul type, celui de l'amant passionné. C'est le feu de l'amour divin allumé dans leur cœur qui anima le marbre et faillit ravir une proie à l'avare Achéron.

Que vous parliez d'épopée, de pinceau, de ciseau ou de lyre, la question de classification ne change pas. Je la tiens emprisonnée dans la formule de la classification ornithologique. Le pivot de série autour duquel s'échelonnent les innombrables produits de l'intellect humain demeure là impassible, immuable, indifférent .

La mélodie est la voix de l'amour, ainsi qu'il est prouvé par le chant des oiseaux et parce que la passion d'amour est passion foyère d'enthousiasme ou de composite.

La musique est le plus divin et le plus puissant des arts, parce que c'est la langue universelle et éloquentissime de la passion d'amour.

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L'Opéra est le plus enchanteur et le plus enivrant de tous les spectacles, parce que l'Opéra est la scène par excellence des triomphes féminins.

La danse est le langage expressif et muet de l'amour. L'art de la danse est si essentiellement féminin que l'homme y est déplacé, sinon souverainement ridicule. Le plaisir excessif que les hommes éprouvent à voir une jolie danseuse déployer ses talents provient de ce que Dieu, qui tira l'homme du limon et la femme de V homme, prit soin de corriger sur sa seconde épreuve les vices de la première.

Sculpture, peinture, ciseau, pinceau, appellent invinciblement les noms harmonieux de Phidias et de Raphaël, les deiLX artistes qui comprirent le mieux l'idéal de la beauté féminine. Une statue de Vénus dont on ignore l'auteur s'attribue à Phidias. Les vierges d'Italie, de France et d'Angleterre rêvent d'amants aux yeux bleus ayant nom Raphaël.

Cet artiste géant qu'on nomme Michel -Ange est peutêtre un génie plus sublime et plus surhumain que les deux autres ; mais parce qu'il n'a sculpté que des Mo'ise et peint que des Jugement dernier, le monde le connaît moins et moi je le conteste. L'auréole qui brille à son front ne peut avoir la même intensité d'éclat que celle qui couronne le statuaire du Parthénon et le peintre des Madones. Dieu refuse au génie lui-même la puissance de détourner l'admiration humaine de sa tendance irrésistible vers son idéal exclusif, la femme reine de beauté.

On m'objecte que Phidias a sculpté des figures masculines, le Thésée, le Jupiter, que Michel-Ange a peint des figures de femmes, et que ces ouvrages sont des chefsd'œuvre. Je ne dis pas le contraire ; mais qui s'occuperait de Phidias, s'il n'eût fait que des hommes ! Qui voudra

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jamais croire aux l'emmes de Michel-Ange, le peintre du hideux !

L'histoire de l'avenir, oublieuse des conquêtes et des noms des tyrans, ne mentionnera peut-être aux âges d'harmonie que deux races d'élite, les deux races d'essence féminine auxquelles la Providence avait remis le soin d'illuminer le genre humain et de le racheter par la Charité du mal de la Misère et du mal d'Ignorance. Ces deux races, vers lesquelles les regards des nations sont déjà tournés aujourd'hui et dont le radieux génie brille comme un double fanal au milieu de l'obscurité des temps, sont la race Grecque et la race Française, unies à travers la distance par la noble culture de l'intelligence et des arts, fécondes toutes deux en apôtres et en martyrs de la sainte liberté. Bien des races éminentes les égalent en bravoure et les surpassent même dans l'art d'égorger, d'asservir et de pressurer les peuples, comme la Romaine et l'Anglaise. Mais Dieu n'a donné à aucune autre comme à elles le privilège de vaincre les vainqueurs et de conquérir par l'idée. Pour tout ce qui sent, pour tout ce qui pense, pour tout ce qui aime, l'humanité n'a que deux patries, Athènes dans le passé, Paris dans le présent. Et la puissance d'absorption et d'irradiation intellectuelle dévolue à ces deux races leur vient de ce qu'elles ont été les premières à adopter en principe dans la poésie et dans l'art la formule du gerfaut.

Comme l'Athénien et le Français sont marqués au faucon, le Romain et l'Anglais le sont à l'aigle. L'aigle est vaillant aussi et monogame, et il s'élève plus haut que le faucon dans les airs, et la nature l'a armé d'un bec plus fort et de serres plus terribles. Mais il n'use que pour lui de la puissance de ses armes ; il ne se rallie pas au service de l'humanité, il s'isole dans son orgueil et linit par

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jijourir misérablement de faim au milieu de ses richesses, llévélalion prophétique du supplice terrible que la juslice divine réserve aux conquérants parjures et aux larrons insatiables!

Or, l'art grec consiste tout entier dans la divinisation de la femme, ou, si vous aimez mieux, dans la féminisation de toutes les vertus et de toutes les beautés, ce qui est la même chose. C'est-à-dire que si l'on ôte au peuple grec son culte frénétique et respectueux de la beauté féminine qui le fait s'incliner devant Laïs sortant de l'onde ; que si l'on relire de sa mythologie Vénus, mère de l'Amour et des Grâces, le peuple grec n'est plus et que la cité de Minerve se confond aussitôt avec les autres cités mortes dans l'oubli du cercueil. Je dis que le divin Phidias et le divin Homère perdent du même coup leur immortalité. Je dis que la sculpture des Grecs est Vénus Aphrodite, et Vénus toute seule.

Et cela est si vrai que les types de beauté masculine les plus ambitieux de l'art grec n'osent pas porter la barbe, parce qu'ils sentent que cet ornement léonin ne les sépare pas suffisamment de la brute. Cela est si vrai que ses Méléagres, ses Antinous, ses Apollons, ses Bacchus visent à V hermaphrodite pour se rapprocher autant que possible du type féminin. Le plus beau de tous les Apollons antiques s'appelle l'Apolline. Le Jupiter et l'Hercule, qui sont presque les seuls à ne pas rougir de leur sexe, ont du moins la pudeur de se montrer constamment en puissance de femme, pour honorer l'amour. La tradition du travestissement s'est, du reste, fidèlement conservée jusqu'à nous. Quand nous avons besoin d'un trop joli chérubin à la scène, nous donnons le rôle à une femme.

Et ce qui est vrai de l'art grec est tout aussi vrai de la

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comédie française, et de l'esprit français, et de tous les autres esprits, de quelque lieu qu'ils soient. Tout ce qui s'est fait de beau, comme tout ce qui s'est fait d'un peu grand dans ce monde, s'est fait sous l'influence de l'autorité féminine ou de l'adoration de la femn^e. Littérature, poésie, beaux-arts, tout ce qui s'appelle le progrès, tout noble essor de l'intelligence humaine, tend virtuellement à la glorification de la femme. Le roman et la comédie, ces deux vastes écoles d'enseignement mutuel où s'instruisent les peuples, ne sont que d'éternelles protestations de la raison huniaine contre le régime de contrainte qui pèse sur la femme. Le divin Platon, qui se félicitait d'être Grec et non pas barbare, d'être homme et non pas femme, était lui-même un barbare qui n'a jamais fait que de belles phrases pour justilier son surnom de divin. Un faiseur d'utopies qui chasse de sa république idéale les musiciens et les poètes est un maniaque absurde, qui ne mérite pas plus d'être appelé divin que le législateur qui admet la promiscuité des femmes n'a droit de donner son nom à l'amour céladoniciue (spirituel). Divin Platon et amour platonique sont des termes impropres, inconvenants et ridicules, et contre lesquels je proteste de toute mon énergie, attendu que les hommes vraiment divins, c'est-à-dire inspirés de Dieu comme Fénelon et Vincent de Paul, considèrent tous les hommes comme des frères et respectent la liberté d'amour. Si l'idéal de nos réunions de plaisir est le bal où la femme est reine, si le poëte est le roi delà scène qui procure à l'esprit les jouissances les plus délicates, si la musique est la voix des fêtes, je comprends qu'un utopiste, embrasé de l'amour de ses semblables, invente des républiques pour multiplier outre mesure les institutions ci-dessus, le poëte, le musicien et le reste. Mais qu'on veuille faire du neuf pour démolir le peu de

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gaieté qui subsiste en ce monde et pour porter l'ennui ;\ la septième puissance, voilà ce qui me passe et ce que je considérerai toujours comme le dernier degré sous zéro du bon sens.

Je cherche toujours et ne rencontre pas dans tout le personnel de l'Académie des beaux-arts un seul sculp-teur, un seul compositeur, un seul peintre qui ait jamais soupçonné la connexion intime qui lie la question d'art à celle de la classification ornithologique. Je demande qu'on me cite aussi le nom du maître assez osé pour dire publiquement devant des hommes ce que les oiseaux disent tous les jours devant Dieu par leurs chants, leurs nids, leur parure, ce que le grand Corneille avouait ingénument lui-même : «. La première condition du génie est d'aimer. »

Je viens d'écrire, sans le vouloir, en traitant la question d'esthétique, l'histoire de deux grands peuples ; je ne serais même pas étonné d'avoir écrit du même trait de plume un discours abrégé de l'histoire universelle.

Car la formule du gerfaut contient aussi en substance la méthode de classification historique supérieure, c'est-àdire une méthode qui permet de faire tenir commodément en une demi-page le travail immense de Bossuet, surchargé du travail immense d'une foule d'autres historiens.

Laissons parler Fourier (Théoine des quatre mouvements, page 178) :

Les progrès sociaux et changements de périodes s'opèrent en raison des progrès des femmes vers la liberté, et les décadences d'orclre social en raison des décroissetnents de la liberté des femmes...

L'extension des privilèges des femmes est le principe général de tout progrès social.

Et plus loin :

« Les Japonais, qui sont les plus industrieux, les plus braves et les plus honnêtes d'entre les Barbares, sont les moins jaloux et les plus indulgents pour les femmes.

c( Les Otahitiens, pour la même cause, furent les meil- •leurs de tous les Sauvages.

« Les Français, qui sont les moins persécuteurs des femmes, sont aussi les meilleurs d'entre les Civilisés.

« On peut de même observer que les plus vicieuses nations ont toujours été celles qui ont le plus asservi les femmes, témoin la Chinoise, qui est la lie du globe, la plus fourbe, la plus lâche, etc. ))

C'est-à-dire que la galanterie décerne les rangs chez les hommes comme chez les bêtes, et que la femme baisse ou élève les peuples suivant qu'elle est elle-même humiliée ou glorifiée.

Ceci est la traduction littérale de la formule du gerfaut. Ou bien c'est la formule du gerfaut appliquée à la comparaison des peuples.

Ainsi les peuples ne valent qu'en raison du respect dont ils entourent la femme; et il en est de même des législations et des religions.

Comme voilà qui simplifie l'étude de l'histoire !

Aidés de la formule et de son commentaire, nous pouvons désormais marcher droit et sans crainte d'erreur à travers le dédale des faits de tous les temps.

Pour pénétrer au fond de l'histoire de chaque peuple, nous laissons de côté le chiffre de ses impôts et celui de l'effectif de ses troupes. Nous ne nous occupons pas davantage du nombre des victoires que ses généraux ont gagnées, encore moins du nombre d'hectares qu'enclavent ses frontières. Nous cherchons au code civil l'article droita de la femme y et, suivant que ces droits sont plus

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OU moins étendus, nous concluons à l'enfance, à l'apogée ou au déclin de ce peuple. Une simple visite au Harem du Grand Seigneur nous en apprend plus sur l'histoire de la Turquie que les trente volumes d'IIammer, dont la composition a coûté ù son auteur trente années de recherches. Quels tintouins, quels efi'orts désespérés de mémoire épargnés pour l'avenir à la jeunesse studieuse, et notamment à tous les ambitieux qui aspirent au baccalauréat ès-lettres, laminoir obligé du barreau, de la médecine et de l'enregistrement !

Pour l'histoire universelle ou l'histoire comparée, procédé plus expédilif et plus infaillible encore. Le premier des empires n'est plus celui où le soleil ne se couche jamais, mais celui où la loi fait le sort le plus doux à la femme. Les peuples sont entre eux comme leurs femmes. Alors les rangs se donnent à la galanterie et à la finesse du pied. C'est le peuple français qui prend la tète. 0 France ! ô ma patrie ! quand cesseras-tu de t'enivrer de la fumée de la poudre à canon pour voir clair en ta gloire ?

On peut appliquer la méthode aux Etats puissants d'aujourd'hui pour en vérifier la justesse.

Dieu a livré le monde aux races de souche germanique qui honoraient la femme.

La plus puissante de ces nations est l'anglaise, où le sceptre est aux mains d'une femme, et où les plus illustres monarques s'appellent Elisabeth, Anne, Victoria. Le gouvernement anglais est jusqu'ici le seul où un premier ministre (M. Disraeli) ait osé soutenir en public qu'il y aurait justice à accorder le droit de suffrage à la femme, qui devait être capable de voter puisqu'elle était capable de régner.

L'Empire russe, qui était naguère le plus puissant

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après le britannique, est un empire de sang-mélé, mais où les souverains s'appellent aussi Elisabeth et Catherine.

Si la fortune de la France, aussi haute en ce moment que celle de l'Angleterre et plus haute que celle de la Russie, a été longtemps inférieure, c'est la faute de la loi salique, qui, sous prétexte d'empêcher le sceptre de tourner en quenouille, nous a soumis au régime avilissant des maltresses et nous a ôté les grande Elisabeth et les grande Catherine pour nous infliger les Maintenon, les Pompadour, et les Cotillon II et les Cotillon III.

La France ne peut remonter au premier rang qu'en remettant les soins de sa destinée à ses femmes, qui sont aussi supérieures k celles de Russie et d'Angleterre que ses homm.es politiques sont inférieurs à ceux de ces derniers pays.

On peut voir par ce simple parallèle que toute l'histoire est là où je viens de le dire, là et non pas ailleurs. On peut consulter, phase par phase, les archives de l'humanité, chacune répondra à son tour par la formule du gerfaut.

Quant à la question religieuse, je n'aurai pas besoin de faire une grande dépense de dialectique pour démontrer qu'elle tient à côté des autres dans la formule du gerfaut. Et il me suffira pour ce d'affirmer la supériorité de la religion du Christ sur celle de Moïse.

Or, qu'est-ce que la religion de Moïse ?

La religion de Moïse est une religion révélée qui pivote sur l'indignité de la fetnme^ où notre première mère est représentée comme complice de Satan, où la femme enfin perd le monde.

Tandis que dans la religion du Christ la femme est réhahilitép et s'appelle Mère de Dieu, Notre-Dame-de-

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Délivrance, Notre-Dame-de-Bon-Secours. C'est la patronne et la consolatrice de tous les affligés, qui aiment bien mieux s'adresser dans leurs afflictions à une femme qu'à un homme. C'est la Rédemptrice du genre humain .

Je crois sincèrement qu'il y a plus de véritable science historique dans les quelques lignes qui précèdent que dans tous les écrits de MM. Bossuet, Bollin, Crevier, Lebeau, Hammer. Je vais plus loin, j'affirme que toute l'histoire du passé de l'humanité pourrait tenir moins de place encore et se borner au simple rapprochement du sort de l'Yankee et de celui de l'Iroquois.

Pourquoi l'Iroquois et l'Yankee occupent-ils aujourd'hui les deux degrés extrêmes de l'échelle sociale ?

Pourquoi le dernier des Iroquois va-t-il mourir de faim et disparaître de la surface de ce même sol où l'Yankee a su trouver les éléments d'une prospérité fabuleuse ?

— Parce que chez ces Iroquois, friands de chair humaine, la femme était esclave, dégradée et assujettie à tous les travaux pénibles; tandis que laNorth-Amérique, vers laquelle en ce moment l'Europe entière émigré, est la seule terre où la femme ait été affranchie de toute rude corvée, où elle soit honorée et considérée à l'égale de l'homme, où l'on ait commencé à lui restituer la jouissance de ses droits politiques.

Ainsi la seconde moitié de la formule du gerfaut, relative au rang des espèces, résoud toutes les questions d'ordre scientifique , politique , historique , esthétique, religieux, etc.

Et la formule entière ne se borne pas à révéler aux esprits curieux les secrets du passé. Elle sait l'avenir et enseigne l'issue pacifique des difficultés du présent.

Elle dit que puisque le bonheur des sociétés humaines I. 11

se mesure à réchelle des libertés de la femme, la politique, qui est l'art de rendre les gens heureux, consiste exclusivement à étendre ces libertés. Un enfant qui vient de naitre trouverait cette conclusion.

Et que le salut de la société n'est pas dans la conservation des anciens abus, comme le prétendent les vieux, ni dans la banque d'échange comme Proudhon l'a rêvé longtemps, et encore moins dans le circulus de Pierre Leroux, attendu d'abord qu'une société ne peut pas être sauvée par un mot latin et ensuite parce que ce salut est ailleurs... Et qu'un espoir plus ridicule encore serait de l'attendre d'une troisième ou quatrième restauration du droit divin monarchique. Elle dit que le salut de la société glt exclusivement dans la restauration du droit divin de la femme, à laquelle il a été réservé de mettre fin au régime de la force et de l'imposture, en écrasant la tête du serpent.

Un jour, lorsque la science aura pénétré dans les secrets de Dieu parla brèche que je viens d'ouvrir et laissé entrevoir l'unité du principe qui régit le monde moral et le monde physique, lorsque ces deux mots de mathématiques et de justice ne réveilleront plus qu'une seule et même idée dans le cerveau des hommes, alors un académicien se lèvera pour dire que la découverte du procédé sériaire était le pont aux ânes de la science ; et il s'étonnera que ses collègues des temps antérieurs, qui possédaient la notion du clavier sidéral et celle du clavier musical, ne soient pas arrivés à la découverte deux ou trois siècles plus tôt; et il démontrera, enfin, que le nombre des familles des minéraux, des fleurs, des oiseaux et des autres bêtes est le même que celui des familles humaines répandues sur le globe et que celui des touches du clavier sidéral.

FORMULE mi GERIAUT. 1(33

Et ce révélateur opportun des lois de la série sera comblé de renommée et d'honneurs pour être arrivé en son temps; et le bouquiniste fâcheux, qui vit dans la poussière des livres oubliés, sera le seul à protester contre le triomphateur du jour et à revendiquer le mérite de la découverte pour l'utopiste obscur mort depuis de longues années dans la mémoire des hommes, et à qui la même audace n'avait valu hélas! que les rires dédaigneux de ses contemporains.

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