‹ L'esprit des bsChapitre 7 sur 27 · LF. MONDE DES OISEAUX · texte numérisé non relu

LF. MONDE DES OISEAUX

Là est en effet le dernier mot de la science économique, le guide-âne des gouvernements, le commencement de la fin du règne de l'usure, le point de départ de l'utopiste pour le voyage d'harmonie. Je ne connais pas de problème de géométrie ou d'économie sociale dont la solution, de près ou de loin, ne découle de la formule du gerfaut.

J'appuie ici sur le danger de l'engouement général pour les sciences inférieures, comme l'astronomie purement géométrique, parce que cet engouement a pour conséquence habituelle le dédain des sciences supérieures.

Or, la science supérieure, celle dont nous avons le plus besoin, est la science qui nous apprend à marcher dans la voie de nos destinées, et à dépenser de la manière la plus avantageuse et la plus agréable les cent quarante-quatre ans que la nature nous donne de temps à autre ù vivre sur cette terre. D'ici à ce que nous connaissions le procédé, nous n'avons que faire de la science de luxe qui nous enseigne que les antipodes marchent la tète en bas et les pieds en l'air, et que notre globe est un fort toton qui pirouette dans l'espace avec une vélocité inconvenante. Dieu s'est ouvert, il y a deux mille cinq cents ans, à Pythagore sur le carré de l'hypoténuse, et, quelques siècles plus tard, il a révélé à Archimède le secret de la pesanteur spécifique des corps. Or, je demande ce qu'il est advenu pour le bonheur de l'humanité de cette double confidence qui n'a pas empêché le monde antique de rétrograder mille ans après de Civilisation en Barbarie et de Barbarie en Patriarcat. Je demande quand viendra le jour où la science du nécessaire aura enfin le pas sur celle du superflu dans les conseils des hommes !

Les hommes, par grand malheur, ont chargé de penser

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pour eux des corps savants qu'ils rétribuent convenablement pour cette lâche, et qui pourraient l'aire de grandes choses, s'ils n'étaient trop généralement composés de gens chauves. Cet inconvénient capital, qui pousse à la paresse et à l'esprit de vieillerie, est cause que les académies accordent volontiers des primes de 300 francs et plus à l'auteur du meilleur mémoire sur les évolutions d'une planète microscopique , mais qu'elles ne feraient pas l'aumône d'un misérable centime à l'auteur de la meilleure histoire des institutions politiques de Saturne ou de Jupiter. Ces pauvres corps savants, par parenthèse, ont été longtemps travaillés d'une manie étrange. La vogue y a été si forte pour un moment aux découvertes ou plutôt aux inventions planétaires, qu'on n'exigeait plus même de l'inventeur pour le décorer et le renier outrageusement qu'il livrât son produit. Je laisse à penser les abus, et les mystifications sans nombre, et les planètes subjectives qui durent naître de tels encouragements.

Soyons justes, soyons généreux même à l'endroit des planètes nouvelles, mais exigeons au moins qu'on nous les montre avant de les payer, et n'achetons pas chat en poche. Donnant, donnant ; la réserve n'est que légitime, c'est la loi de tous les marchés.

J'ai signalé dans le temps la mésaventure arrivée à un de ces prétendus découvreurs qui ne put jamais dire ni le nom, ni la couleur, ni l'odeur de sa planète, ni ses productions et qui les ignorerait probablement encore â

l'heure qu'il est, sans la charitable assistance d'un analogiste passionnel.

Je le répète une fois de plus, je ne jalouse pas le géomètre, je ne m'inscris pas en faux contre l'illustration des noms propres de la géométrie ; j'exprime simplement le désir que cette science peu agréable ne s'en fasse plus

l.E MONDE riF.S OTSEAFX. AI

accroire et qu'on la reinette à sa place. Je ne méprise pas le génie du calcul non plus ; bien au contraire ; je regrette seulement que ce génie se soit fourvoyé dans l'impasse du mouvement matériel, au lieu de s'élancer hardiment dans la sphère radieuse du mouvement passionnel. Dieu ne demandant pas mieux que de se laisser lire par les gens curieux, et tenant habituellement son livre ouvert au chapitre bonheur, j'accuse la myopie de nos chercheurs qui n'ont pas su encore nous déchiffrer ce texte, et qui se sont divertis à des puérilités. On objecte parfois que Dieu est plus mystérieux, plus cachotier, s'il est permis de s'exprimer ainsi, à l'endroit de ses vérités morales qu'à l'endroit de ses vérités physiques. L'accusation n'est pas complètement fondée. Dieu nous inspire à tous le désir d'être aimés avant celui d'être forts en géométrie ou en thème. C'est donc de notre faute, et non de la sienne, si nos regards de taupes n'osent pas suivre par delà les fausses sciences la direction constante de nos propres pensées. Versons des larmes amères sur cette timidité d'optique qui provient bien plus encore de la misère de nos cœurs que du manque de lunettes. On ne sait pas assez que cette misère du cœur est la pire de toutes celles qui pèsent sur un globe. Le retard de la Terre dans la marche générale du tourbillon solaire n'est qu'un retard d'amour.

Or, la formule du gerfaut, qui doit révolutionner la science et redresser l'entendement humain , a été extraite du chapitre en question par ce voyant de premier ordre. C'est une traduction littérale de la loi divine d'harmonie. De lu sa portée incroyable.

La formule du gerfaut révèle de prime abord aux âmes tendres, femmes et poëtes , le mystère de leurs sympathies pour l'oiseau.

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Cette sympathie est un hommage involontaire et tacite que ces natures privilégiées rendent à la loi d'harmonie ou d'amour, qui n'a pas sur cet infortuné globe de sectateurs plus fervents et plus enthousiastes que le moineau franc, le canari, Thirondelle et les autres.

Les oiseaux sont les précurseurs et les révélateurs de l'Harmonie.

L'Harmonie est cette phase d'apogée des humanités et des globes qui s'intitule le règne de Dieu dans le Pater noster. Pendant toute sa durée, qui occupe heureusement les trois quarts de l'existence des humanités planétaires (soixante mille années sur quatre-vingt-un mille pour nous), l'homme est en accord parfait avec lui-même, avec ses semblables et avec Dieu. Et, comme en cette phase de délices où le bonheur des individus se noie et se confond dans le bonheur collectif, toute passion mène au bien, il s'ensuit que jamais le langage ne ment à la pensée. Nous appelons cette concordance de la parole avec le sentiment l'accord de la Tonique avec la Dominante.

L'accord de la Tonique avec la Dominante, qui est la base de l'accord parfait dans le monde musical [ut-sol]^ joue un rôle identique parmi les institutions des humanités planétaires. \\ constitue la loyauté ou la franchise, qui est le signe caractéristique des sociétés harmoniennes.

Les sociétés subversives , au contraire , la civilisée notamment, sont celles où la Tonique jure perpétuellement avec la Dominante. Ces sociétés se reconnaissent au mensonge, à la fourbe, û, l'hypocrisie, vices infects qui dégradent l'espèce humaine et sont étrangers à l'oiseau. Sénèque, l'agioteur millionnaire, qui prêche le mépris des richesses; Messaline l'impudique, qui couronne les rosières; tous ces illustres chevronnés du parjure qui discourent sur l'honneur, et à qui les faux serments comptent

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comme années de campagne; tous ces coquins, toutes ces coquines sont des créatures perverties chez lesquelles la Tonique [vertu] discorde complètement avec la Dominante [ardeur à la curée) .

Et nos mépris légitimes pour cette canaille ont précisément la même base que nos sympathies pour l'oiseau. Ce qui nous ravit en celui-ci , sans que nous nous en doutions le plus souvent^ c'est l'accord constant de sa Tonique avec sa Dominante. Un oiseau ne ment jamais, à moins d'avoir été dressé à ce vice par l'homme. Ce qui nous révolte chez le Robert-Macaire de robe ou d'épée, c'est la discordance scandaleuse de son langage et de ses actes, et le chiffre de ses faux serments.

Ma lectrice ne devine pas encore à quelle conclusion éblouissante je la conduis à travers cette courte discussion sur l'accord de la Tonique avec la Dominante, qui lui semble d'ici un hors-d'œuvre. Je jouis d'avance de l'ébahissement profond dont elle sera frappée à l'aspect de l'horizon magique que va lui ouvrir cette percée.

Car l'Amour est la Dominante de la gamme universelle. Les anciens poètes avaient constaté le fait en écrivant que l'amour était le dominateur suprême des hommes et des dieux. La science moderne est d'accord sur ce point avec la poésie antique, quand elle fait de l'amour, qu'elle nomme attraction , la puissance génératrice du mouvement universel. Il faut bien que l'amour soit la dominante de la gamme naturelle , puisque la perpétuation des espèces est l'objet quasi-exclusif des préoccupations de la nature.

Mais, du moment que cette vérité est admise et que nous savons la dominante de la gamme universelle, nous tenons la clef de l'accord parfait de Dieu et des harmonies célestes; car la tonique de cette dominante est connue.

oO t»P.MTIIOLO(;iF. PASSlONNF.I.r.K.

( î'est la galanterio ou déférence passiomiée du sexe masculin pour l'autre .

Cela veut dire, entendez bien , que l'Amour est le commencement de la sagesse, contrairement à l'opinion des eunuques et des Burgraves, et que l'amour parfait est celui qui force l'amoureux à fléchir le genou devant sa souveraine et à la reconnaître comme l'arbitre suprême de sa félicité.

Cela veut dire que Dieu ne reconnaît pour siens que ces agenouillés et ne se combine avec les esprits humains qu'à de hautes températures, ainsi que fait l'oxygène à l'égard de certains métaux

Cela veut dire encore que l'amour est la clef du bonheur composé, qui est à' aimer et de connaître, et que toutes les questions de science et de classification ne sont que de pures questions de galanterie ou de préséance des sexes.

Mais je ne finirais pas d'écrire, «i j'entreprenais d'enregistrer l'une après l'autre, en manière de programme, les propositions innombrables que soulève cette façon nouvelle d'envisager l'amour. Il faut bien se borner pourtant, quand on ne veut pas donner à un chapitre la dimension d'un volume. Bornons-nous donc modestement à donner en icelui , et en dehors de notre sujet principal , la solution de cinq à six problèmes sociaux d'intérêt supérieur, et reprenons, sans plus tarder, notre formule fulgurante. N'énonçons plus, prouvons.

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Formule du Gerfaut. — Où il est prouvé par le témoignage de tous les règnes que

le bonheur des individus est en raison directe de l'autorité

féminine et inverse de la masculine.

Le bonheur des individus proportionnel ;\ l'aulorilt'' féminine !

Mais c'est l'affirniation première que la nature écrit en caractères de feu sur tous ses horizons, (Vest la devise qui se lit sur l'étendard de tous les règnes, (-'est la fanfare éclatante que sonnent les anges de lumière aux quatre points cardinaux du ciel. Là où il n'y a qu'à regarder pour voir et qu'à écouter pour entendre, qui peut demander des preuves, sinon les aveugles et les sourds?

J'oublie, hélas! dans l'ardeur de ma foi, que les aveugles et les sourds sont en majorité chez les humains, dans les phases subversives, et que c'est précisément pour guérir ces malheureux de leur infirmité que j'écris. Alors que les clairvoyants et les bons entendeurs qui comprennent à demi-mot soient indulgents à ma surabondance et ne se rebutent pas trop vite de mes banalités.

J'ai coupé en deux parties la féconde formule, espérant que cette séparation me permettrait d'apporter un peu d'économie dans mes preuves. Je débute par la thèse concernant le bonheur des individus^ pour finir par celle relative au ravr/ des espères.

Ol ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

Cette question de bonheur est si ardue et si controversée ; elle plane de si haut sur tous les intérêts de ce globe et des autres, que je sens le vertige qui me gagne, rien qu'à en mesurer du regard les proportions colossales. Elle est si compliquée, si vaste; elle débouche sur tant de conclusions inattendues, stupéfiantes, que mon embarras n'est pas moindre de savoir par où l'attaquer que par où la finir. Commençons, s'il se peut, par le commencement.

Pour m'élever jusqu'à la hauteur de l'oiseau, pour prouver que le bonheur des individus est en raison directe de l'autorité féminine et inverse de l'autorité ?/)asculine, il me suffit d'établir que l'amour est l'état parfait de l'être et l'état de grâce spécial où Dieu lui révèle sa loi. Le maximum d'amour correspond, en effet, au maximum de l'autorité féminine.

Je tiens en main un argument vainqueur, une simple définition de l'amour à l'aide de laquelle il me serait facile de couper court à la discussion ; mais, comme je ne suis pas homme à me priver gratuitement du concours des autorités de tous les règnes sous le futile prétexte d'éviter une redite ou d'économiser quelques phrases, j'entends ne démasquer cette batterie formidable qu'après que chacun aura parlé. Et, pour régler le tour de la parole, je suivrai l'usage établi dans les conseils de guerre, où les derniers en grade opinent les premiers : Minéraux , Végétaux, Insectes, Oiseaux , Hommes. Ces pauvres minéraux ont si rarement occasion de deviser d'amour, que c'est presque faire une bonne œuvre que de leur offrir celle-ci.

Si la chimie passionnelle n'était pas à créer, hélas ! à créer tout entière ; si la chimie, qui est la science des amours et des répulsions des corps, ne s'ignorait pas ellemême au point qu'il n'est peut-être pas encore aujourd'hui de chimiste en renom capable de dire à première

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vue le sexe d'un métal, d'un gaz ou d'un acide ce serait

par milliers que je compterais les adhésions aux doctrines du Gerfaut dans l'ordre des composés chimiques. Car les corps simples, croyez-le bien , n'aiment pas moins vaillamment que les plantes et les bêtes. J'en appelle à témoin l'amour désordonné de l'hydrogène pour l'oxygène et pour le chlore. J'en appelle à témoin les haines de ces prétendus corps inertes qui ne sont peut-être pas moins ardentes que leurs feux. Rien n'a fait plus de bruit dans le monde que les démêlés orageux de l'oxygène et de l'azote, ces deux principaux éléments de l'air atmosphérique, ces deux substances de tempéraments si inconciliables qui semblent ne pouvoir vivre l'une sans l'autre, et qui ne sont jamais plus voisines d'une séparation détonnante que lorsqu'elles vous paraissent en plus intime accord. Or, tout le monde sait aujourd'hui que la puissance de la poudre à canon n'est que l'expression de l'incompatibilité d'humeur qui est entre les deux corps simples, unis dans l'acide du salpêtre par un mariage forcé. Ajoutons que le salpêtre lui-même, n'est auprès du chlorure d'azote et de vingt autres tapageurs du même acabit, (ju'un modèle de patience, un lézard engourdi.

Explique maintenant qui pourra comment, malgré la violence ostensible des passions qui les brûlent, ces corps que l'on dit si simples ont réussi à tenir secrètes jusqu'ici leurs affinités passionnelles. Je crois bien pour mon compte que le scintillement des diamants, des rubis, des saphirs, n'est qu'un croisement indéfini d'ardentissimes déclarations d'amour, parce que l'analogie m'indique que la passion d'amour est la seule qui rayonne ainsi. .Je sais encore que la cristallisation est la fleur des minéraux, (|ue la pureté de Teau et l'inaltérabilité des pierres précieuses sont les images de la pureté et de la pérennité de

oi ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

leurs feux; mais, comme personne, pas même l'analogiste, n'a le droit de donner pour des preuves ses convictions personnelles les plus mûres et les plus arrêtées, il faut bien que j'avoue ici, en toute humilité, que les autorités dont j'aurais besoin pour étayer la formule du gerfaut sont absentes, et que l'état peu avancé de la chimie et de la minéralogie passionnelles ne me permet pas de soumettre cette doctrine au suffrage universel des corps simples. Mais à quoi pensent donc tant de jeunes chimistes distingués que je connais, de n'avoir pas su encore arracher à chaque substance élémentaire le secret de ses amours? Ce doit être pourtant chose facile, car tous les amoureux sont jaseurs. Un phénomène surtout qui me passe, c'est que les mêmes gens qui ont des yeux pour voir que le diamant est du carbone pur n'en aient plus pour reconnaître que ce carbone ne diffère de l'autre, de l'impur, que par l'éclat et l'ardeur de la passion. Le carbone cristallisé (diamant) est au carbone de cuisine (charbon) ce que le papillon est à la chenille. }*oussez ce carbone vulgaire jusqu'à la température où il aime, c'est-à-dire à une température impossible, accompagnée d'une pression adéquate, vous aurez du diamant à bâtir des palais.

Si la cristallisation a trop bien gardé son secret, la fleur a été moins discrète. Linnaeus a fait jaser la bavarde et lui a fait dire à peu près tout ce qu'il a voulu. Voici le résumé de sa conversation :

La fleur est l'explosion de l'amour et de la fécondité chez les plantes. Elle est au végétal ce qu'est l'aile à l'insecte. C'est, en même temps que sa parure d'amour, son attribut de perfection suprême et de nubilité. Si l'état parfait de la plante n'est pas celui où elle ravit les yeux par l'éclat de ses fleurs, où elle embaume l'atmosphère des senteurs de sa corolle, il faut dire tout bonnement que les

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mots n'ont pas de sens. Pourquoi cultive-t-on les plantes, si ce n'est pour jouir de leurs fleurs?

De même que l'insecte, Iransfiguré dans ses appétits et dans sa forme, s'élève glorieusement dans les airs, ainsi la fleur y verse ses parfums. Le parfum de la corolle est un hymne d'amour comme le feu des rubis et le chant des oiseaux. « La corolle, a écrit Linnaeus, est la couche nuptiale des fleurs, « pour dire que le luxe de cette enveloppe radieuse était l'ouvrage de l'amour.

Et Linnaeus a dit vrai : ces tentures splendides de l'enveloppe florale, où la richesse du coloris le dispute à la suavité du parfum, sont l'œuvre de la fée bienfaisante qui préside à l'union des cœurs, qui souffle aux individus de tous les règnes la passion immodérée du luxe et des brillants atours, et qui se charge partout, aVec une munificence sans égale, des frais du trousseau des fiançailles.

Il est si vrai que la fleur est l'état parfait de la plante, que c'est dans sa fleur seulement et au pourtour de sa corolle que la plante porte écrit son nom propre et son titre caractériel. La fée qui préside à l'hymen ne se borne pas à tisser pour les fleurs des costumes splendides et à baigner les rideaux de la couche nuptiale d'arômes enivrants pour que la brise du printemps en imprègne ses ailes et sème dans l'espace l'encens qui fait aimer : elle varie la senteur et la nuance des pétales suivant la gamme des caractères humains que chaque plante symbolise.

Par exemple, si la senteur dulilas est moins pénétrante que celle de l'œillet, et la nuance de ses pétales plus pâle, cela veut dire que la passion représentée par le lilas (cousinage ou amour enfantin) est moins vive que la passion symbolisée par l'œillet (emblème d'amour adulte, impétueux, débordant). La vigne, emblème cardinal d'amitié, se contente d'embaumer l'atmosphère et dédaigne d'é-

o6 ORNITHOLOGIE PASSIONNELLE.

blouir les yeux, parce que l'affection qu'elle figure prend sa source clans une affinité spirituelle et ne dépend que faiblement des charmes extérieurs. Aussi la fleur parfumée de la vigne est-elle quasi dépourvue de corolle.

Voyez au contraire ce qui se passe chez les fleurs du dahlia, de la balsamine et de la rose trémière, fleurs d'automne, symboles parlants des bourgeoises enrichies qui ne peuvent briller que sur le retour. Toutes ces fleurs cherchent à écraser leurs rivales par le luxe de leurs corolles voyantes et innombrables. Leur toilette est riche et fastueuse, mais c'est une toilette de mauvais goût qui sent sa parvenue. La rose trémière, malgré tout son éclat, est empesée, froide et pharmaceutique. Il n'y a pas jusqu'à son surnom de passe-rose qui ne rappelle l'idée d'une tante Aurore quelconque, moins l'amour des romans. La balsamine est imprenable par défaut de pédoncule ; le dahlia, avec ses pieds larges et sa haute fraise gaufrée et tuyautée, est l'image du collet monté. Comme le parfum manque à ces fleurs, ainsi qu'à leurs emblèmes, les amoureux et les poëtes n'ont jamais songé à faire avec elles ni bouquets ni sonnets. On sait que les jolies femmes n'adorent que les fleurs odorantes, qui gagnent prodigieusement de leur côté à se faner sur leur sein.

Le buis, qui représente le pauvre déshérité, est bien plus éloquent encore en son muet langage. Sa fleur est dépourvue de parfum aussi bien que de corolle, et son fruit ironique représente une marmite renversée. Peinture trop fidèle du ménage du pauvre habitant des campagnes qui ne possède pas même les deux meubles les plus indispensables au bonheur de l'espèce humaine, la marmite et le lit.

L'intérêt que nous portons aux plantes revient si exclusivement à leurs fleurs, et la fleur est si bien pour nous

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toute la plante, que notre langage a subi de ce lait une altération singulière. Nous disons la passion des fleurs et le marché aux fleurs, au lieu de la passion des plantes et du marché aux plantes, et certainement la plupart de ceux qui s'expriment ainsi ne comprennent pas toute la portée de leur synecdoque. La synecdoque est une figure de rhétorique à nom barbare qui consiste à prendre la partie pour le tout et qui signifie, dans l'espèce, que la floraison chez les plantes est la phase de l'état parfait. Il serait curieux après tout qu'une plante qui cause si agréablement quand elle est en fleur et qui charme l'esprit en même temps que l'odorat et les yeux, nous parût moins intéressante qu'à l'époque où elle est complètement inodore, incolore et muette.

La plante qui ne fleurit pas est une plante déclassée par les savants de l'Institut eux-mêmes, qui la relèguent au plus bas degré de l'échelle végétale et la désignent ordinairement sous quelque sobriquet injurieux de cryptogame ou d'agame, comme qui dirait sans sexe. Cette plante déshéritée s'appelle lycopode, moisissure. C'est encore le champignon immonde qui pousse sur le fumier comme l'ultramontanisme sur les cerveaux malades.

Ainsi la fleur, poésie de la végétation et miroir des passions humaines, chante de sa voix parfumée VHosanna in excelsis à l'amour, état de grâce spécial des âmes et des corps, don de lucidité suprême qui fait lire couramment dans le livre de Dieu.

L'histoire universelle des insectes répète mot à mot, comme celle des fleurs, des diamants et les autres, la formule du gerfaut.

Le papillon n'a été créé que pour aimer, pour aimer et pas autre chose. Qui nie que l'état de papillon soit l'état parfait de l'insecte à métamorphose?

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L'histoire des abeilles et celle des fourmis n'ont pas même besoin de recourir à l'argument d'amour pour démontrer que le bonheur des individus est en raison directe de l'autorité féminine.

La ruche est, à ma connaissance, la seule république dont la richesse repose sur le travail seul, et n'ait pas pour assises la guerre ou le commerce, une rapine quelconque. Le cas est assez rare pour valoir que nous l'honorions d'une mention toute spéciale, et que nous nous empressions de reporter à qui de droit le mérite d'une telle exception.

Or, il n'y a dans la ruche qu'une seule autorité, responsable de tout ce qui s'y l'ait de bien comme de mal : c'est l'autorité féminine. Politiquement parlant, le mâle, en cette espèce, est un mythe ; le mâle n'existe pas.

La richesse de la ruche, qui n'a coûté de sang ni de larmes à personne au dehors, semblerait démontrer a priori que c'est bien là le patron de la république modèle, et que la richesse et le bonheur sont dans la sagesse et dans la supériorité de la politique féminine. Mais la médaille là aussi a son revers, ce bonheur exigeant des victimes au dedans.

C'est une femelle qui est reine dans la ruche. Je demande pardon d'être obligé de me servir de cette expression de reine pour me faire comprendre du public illettré, car elle est complètement impropre à caractériser la présidence de la république des abeilles. Ce n'est pas la Reine qu'il faut dire avec le vulgaire, mais bien la Femelle ou la Mère, attendu que la fonction de cette prétendue reine n'est pas de régner, mais de pondre, et qu'elle seule en a les moyens. Et puis ce mot de royauté emprunté aux institutions politiques des hommes, et qui emporte avec lui l'idée d'oisiveté et de luxe fabuleux,

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jure avec la sainteté de la fonction maternelle, qui, loin d'être une sinécure chez les abeilles, constitue au contraire la plus pénible et la plus absorbante des occupations. On estime en effet que les plus fécondes de ces mères pondent jusqu'à vingt mille œufs par printemps. On voit par là qu'il ne peut pas leur rester une somme énorme de loisirs. D'ailleurs les malheureuses payent bien cher leur haute position. La reine des abeilles est plus esclave de la loi du travail qu'aucune de ses sujettes; elle est emprisonnée dans l'intérieur de la ruche et gardée à vue par d'impitoyables argousines toujours empressées à la lustrer, à la brosser, à l'aduler et à la nourrir, mais qui ne lui permettent pas de se distraire une minute de son rude labeur. Elle n'est adorée, respectée et servie qu'à titre de travailleuse et de productrice par excellence. La ruche a emprunté une foule d'institutions à la commune harmonienne. Elle est fondée comme celle-ci sur le travail attrayant ; on n'y trouve jamais ni oisifs ni improductifs. Elle en diffère seulement en ce que la fonction supérieure s'y décerne à la capacité... abdominale, et en ce que les travailleuses ne peuvent se défaire de la triste habitude de porter sous leurs robes des armes prohibées.

L'ordre et la sagesse que l'homme admire dans le gouvernement des abeilles n'en sont pas moins le fait d'une institution où la femelle est tout. La prévoyance qui caractérise cette espèce semble en effet être l'attribut exclusif de la féminité et de la maternité dans tous les règnes. C'est une vertu en grand honneur dans les institutions politiques de Jupiter, planète pacifique et généreuse de qui nous tenons la vache nourricière et la pomme de calville. Je prie à ce propos les jeunes personnes qui savent toutes ces choses-là, pour me les avoir entendu raconter, de ne

pas m'accuser trop précipitamment de redite. D'abord les grandes vérités ne sauraient trop se redire, et ensuite les détails de cette espèce ne sont pas encore assez profondément entrés dans le domaine des idées courantes pour qu'il y ait réellement péril à les rappeler de temps à autre. C'est à force de répéter tous les matins la même calomnie contre l'hydre du socialisme que les journaux du grand parti de la peur ont fini par faire croire à l'existence du monstre et par y croire eux-mêmes. C'est bien le moins que les apôtres du progrès mettent autant de persévérance à semer la vérité que les apôtres de la routine à propager le mensonge.

Point de richesse sans le travail attrayant ; point de travail attrayant hors de l'autorité féminine : voilà la formule des abeilles. Elle se rapproche en une multitude de points de celle du Gerfaut, sans être aussi complète.

Et la formule de l'abeille n'est pas de mon invention plus que l'autre. On sait que quand la Femelle ou la Reine des abeilles périt, la république prend instantanément le deuil, que le travail devient répugnant et que les ateliers se mettent en grève; enfin, que l'Anarchie succède à l'Ordre, et que les ouvrières démoralisées se ruent sur les provisions et les pillent, c'est-à-dire que le bonheur des abeilles est proportionnel à V autorité îémïmne.

Il est difficile de nier les magnifiques résultats de la politique adoptée par les habitants de la ruche. Toutefois, j'accorde volontiers aux mâles de toutes les espèces le droit de protester contre l'intimité et l'indignité du rôle assigné à ceux de leur sexe par cette politique ombrageuse.

Ceux qui ont un peu étudié l'histoire des abeilles savent en etîet que tous les mâles d'une tribu sont réservés aux plaisirs du harem de la Sultane-Mère; qu'ils sont

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là trois ou quatre cents amoureux qui se disputent la possession d'une coquette, et que la première laveur accordée par celle-ci à un seul de ses soupirants devient le signal de rextermination de tous. Il est clair qu'on pourrait se conduire d'une façon moins indélicate avec ces malheureux ilotes, et je ne suis pas assez partisan des harems féminins des Turcs, où l'on engraisse les odalisques, mais où on ne les tue pas, pour approuver l'institution des harems masculins des abeilles, où l'on extermine les mâles aussitôt qu'on n'a plus besoin de leurs services. Les abeilles ouvrières qui se chargent de la tuerie, et qui sont sans pitié parce qu'elles ont peu de sexe, disent bien, pour repousser l'accusation de barbarie qu'on leur adresse, que les mâles n'ont pas besoin qu'on les tue pour mourir, qu'ils se savent destinés à périr aussitôt que leur mission est remplie, et qu'ils sont tellement familiarisés avec l'idée de cette mort tragique qu'ils courent au-devant d'elle et l'acceptent comme un bienfait, la sollicitent même... Mais je ne sais pas jusqu'à quel point cette version est croyable ; et, d'ailleurs, je ne saurais me faire à l'idée de ces pratiques philanthropiques qui consistent à poignarder les gens pour les empêcher de traîner.

On peut donc trouver à redire aux principes politiques de la ruche; mais la prospérité de l'institution n'en est pas moins par elle seule une confirmation glorieuse de la théorie du bonheur proportionnel à l'autorité féminine. Car la ruche est un immense laboratoire où régnent l'autorité et l'ordre, la liberté, l'égalité et la solidarité, où l'amour sacré du travail est poussé jusqu'au fanatisme et où l'expression du bonheur de vivre est écrite sur chaque physionomie. Et s'il a fallu acheter ce résultat par quelques sacrifices regrettables, cela vient de ce que les in-

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sectes ne sont pas parfaits d'abord, et ensuite de ce qu'il est difficile de faire une excellente omelette sans casser quelques œufs. Enfin le résultat obtenu justifie en quelque sorte les moyens employés. Il est juste de faire observer d'ailleurs que ces mâles sacrifiés étaient des consommateurs improductifs complètement impropres à l'industrie, et qu'ils ne formaient qu'une fraction minuscule de la population de la république. Ah! si seulement les hommes qui tiennent depuis six mille ans les femmes à la chaîne pouvaient justifier par leur propre bonheur, comme le l'ont les abeilles, la barbarie de leur conduite à l'égard de leurs mères !

Quand on interroge la fourmi, cousine germaine de l'abeille, sur le secret de ses institutions politiques si grandioses, si durables, elle répond comme sa parente par la phrase stéréotypée : Attribution exclusive de l'autorité aux femelles, garanties naturelles d'attraction. Peut-être même la fourmi a-t-elle poussé plus loin que l'abeille le culte fanatique de la femelle, car je ne sache pas que les abeilles aient jamais adopté la méthode du palanquin pour voiturer à la promenade les jeunes personnes qui se trouvent dans une situation intéressante, tandis que l'usage de ce véhicule est pratiqué chez les fourmis depuis un temps immémorial. Les abeilles se disputent l'honneur d'apporter le miel à leur reine, et se précipitent sur ses pas pour lui caresser le corsage, pour brosser et lustrer toutes les pièces de son habillement; les fourmis ne se bornent pas à ces attentions délicates. Lorsqu'une de leurs femelles meurt, elles s'empressent autour du cadavre, le tournent et le retournent dans tous les sens, le manipulent, le frictionnent, et ne consentent à se séparer de l'objet de leur tendresse qu'après des heures entières ])asRées à cetie ])ieuse besogne, et a])rès avoir re-

FORMULE DT (lERFATT. 63

connu l'inutilité de leurs effors pour rappeler la défunte à la vie.

La fourmi a été assez longtemps colomniée par les fabulistes ignorants et par les historiens perroquets pour qu'un écrivain courageux croie enfin l'heure venue de prendre sa défense et de lui restituer ses mérites. Non, la fourmi n'est pas avare ^ et c'est là son moindre défaut ^ entendez-vous, mons La Fontaine. La fourmi n'amasse aucune provision pour l'hiver, 7ii mil, ni vermisseau, attendu qu'elle n'en a pas besoin, et qu'elle passe sagement cette saison à dormir comme l'ours et la marmotte ; partant, elle n'a jamais rien eu à refuser à la cigale, qui d'ailleurs ne lui a jamais rien demandé, attendu qu'il n'y pas de cigale en hiver, et que la cigale n'attend pas pour disparaître que la bise soit venue. Convenons-en tout bas pour l'honneur du bon La Fontaine, mais son déplorable apologue de la Cigale et de la Fourmi n'est qu'une petite flagornerie à l'adresse des capitalistes philanthropes qui fondent des caisses d'épargne dans le but de propager l'avarice et qui ne demandent pas mieux que de s'autoriser de l'exemple de la fourmi industrieuse pour faire de la morale au peuple, quand ce peuple lui demande du travail et du pain. Ces capitalistes philanthropes sont les mêmes qui trouvent fort étrange que ce soient toujours les malheureux qui se plaignent de l'état social et qui désirent changer de situation. Moi qui suis un homme simple, je comprends cette velléité, et je ne vois rien de bizarre à ce que ce soient ceux qui ont faim qui demandent à manger. La plainte m'étonnerait davantage sortant de la bouche des repus.

Une chose que les fabulistes n'ont pas sue et que les historiens n'auraient pas osé écrire, c'est que de toutes les histoires de ce bas-monde, celle de l'abeille exceptée, mais

celle de rhomnie comprise, la plus intéressante sous une foule de rapports, la plus curieuse à étudier, la plus féconde en enseignements politiques, est celle de la fourmi. On ne voudra peut-être pas ajouter foi à mes paroles, quand j'aifirmerai que les principes les plus avancés du socialisme ont pénétré dans les fourmilières depuis des milliers d'années ; mais le fait n'en est pas moins constant ni moins irrécusable. Oui, voilà dix mille ans et plus que ces insectes quasi-microscopiques que nous foulons aux pieds ont résolu, dans leur simple bon sens, toutes les graves questions politiques ([ui agitent encore si profondément aujourd'hui la pauvre espèce humaine. Voilà dix mille ans que les fourmis, ainsi que les abeilles, ont dit le dernier mot sur la meilleure des formes gouvernementales, après avoir usé à la pratique, lois de Minos, lois de Lycurgue, communautés de Saint-Benoit et d'Jcar, royautés absolues, royautés mitigées, théocraties, aristocraties, oligarchies, démocraties masculines et le reste. Et remar- (juez que l'opinion des fourmis et des abeilles est une opinion sérieuse qui s'étaye sur l'expérience et qui ne varie pas suivant les latitudes comme celle des versatiles humains : erreur en deçà des Pyrénées, vérité au delà. La foi que confessaient les fourmis et les abeilles, dès avant la naissance de l'homme, est encore celle qu'elles confessent à cette heure. Aujourd'hui, comme il y a cent siècles, dans le vieux continent comme dans les nouveaux, la fourmi et l'abeille portent gravée sur leurs étendards la rayonnante devise du travail attrayant. Et comme ces petites bêtes sont des logiciennes de haut titre, elles ont compris d'emblée que le principe du travail attrayant était incompatible avec la fainéantise, le parasitisme et l'oppression des femelles, les productrices par excellence. Puis, conformant leur conduite à leur foi, elles ont dé-

ronMii.F. i.i- f;F,RrAiT. (),';

crété sans phrase la suppression des parnsiles et la supériorité du sexe féminin sur l'autre.

Or, admirez la fécondité magique du principe divin. H a suffi de ces décrets héroïques pour élever les républiques modèles des fourmilières à des hauteurs de prospérité fabuleuses. C'est le travail glorifié qui enfante ces prodiges d'architecture, de sculpture et d'édilité dont le Caractère cyclopéen stupéfie l'observateur au premier regard qu'il aventure dans les détails du labyrinthe d'argile qui sert de domicile à une tribu de fourmis. On a fait beaucoup de bruit de faudace sans seconde des francsmaçons du moyen âge, artistes inconnus qui bâtirent avec leur truelle et leur foi tant de gigantesques cathédrales, Strasbourg, Rouen, Cologne, merveilles de l'art gothique, où la pierre spiritualisée semble avoir pris dans les mains du sculpteur la souplesse et la flexibilité du roseau. On élève jusqu'aux nues le grandiose génie de Michel- Ange, qui jeta dans les airs le Panthéon païen pour en faire la calotte d'une basilique chrétienne. Enfin , j'ai entendu vanter outre mesure, parmi les chefs-d'œuvre de l'art romain, le pont-aqueduc du Gard avec ses trois étages çle voûtes. Or, écoutez ceci, pauvres génies humains, qui vous imaginiez avoir poussé jusqu'à l'impertinence suprême l'élégance et la fioriture de l'architecture idéale, et souffrez que ma voix franche rabatte un peu les fumées de votre orgueil.

En vérité, je vous le dis, les plus sublimes hardiesses de l'art gothique, de l'art romain et de la Renaissance, vos voûtes vertigineuses qui ne tiennent en l'air que par la force de l'habitude, vos piliers de fusées volantes, vos flèches é vidées qui se balancent au vent, vos triples rangs d'arcades, vos pyramides d'Egypte elles-mêmes ne sont que jeux de goujats limousins auprès des constructions

(16 ORNITHOI-OGIE PASSIONNELLE,

impossibles de telle fourmi dédaignée de nos bois, de nos jardins, de nos plaines, qui jette insolemment cinquante ponts l'un sur l'autre, qui construit des pyramides de la taille de l'Hymalaya, et qui vous bâtit en huit jours une ville fortifiée avec ses ponts-levis, ses fossés, ses places publiques, ses monuments, ses rues et ses portiques, et même des faubourgs à chaque porte.

Artistes à deux pieds sans plumes, inclinez-vous de bonne grâce devant vos maîtres les artistes à six pattes. Politiques, guerriers, législateurs, éleveurs, professeurs de barricade ou de boxe, travailleurs de tous états, allez apprendre votre métier à l'école des fourmis. Il y a là de l'enseignement pour vous tous.

Car, bien avant que le chien eût fait don de la vache et de la brebis à l'homme, c'est-à-dire bien avant qu'il y eût des peuples pasteurs, la fourmi de nos rosiers se livrait avec succès à l'élève et au parcage du bétail, industries qui font aujourd'hui l'Anglais et le Normand si fiers.

Avant qu'il y eût des musées de peinture et d'anatomie comparée, la fourmi de nos bois montait déjà des squelettes de reptiles et de toutes sortes d'animaux pour en décorer ses galeries publiques, et elle avait acquis dans l'art de préparer ces pièces un talent surhumain.

0 hommes, mes semblables, qui n'avez qu'à vous baisser pour voir et pour apprendre des plus humbles créatm^es le secret des destinées heureuses, combien de temps encore le fol aveuglement de l'orgueil vous condamnerat-il à croupir dans les bas-fonds de la misère? Quelles sanglantes leçons et quelles douloureuses épreuves attendez-vous encore pour proclamer l'avènement de la femme reine et confesser le travail attrayant?

Mais accordons enfin la parole à l'oiseau, qui la réclame

FORMULE DU liKRI'ATIT. 67

avec impatience pour chanter à son tour les vertus du printemps.

L'oiseau est plus hardi que pas un dans la définition de sa passion dominante. Il appelle l'amour le flambeau de la vertu. Cette définition est fort juste.

L'oiseau nous crie depuis des siècles, sur tous les tons, sur tous les modes, et par-dessus les toits et par-dessus les feuillages, que toute beauté naît de l'amour au spirituel ainsi qu'au matériel; que toutes les vertus sont du printemps, tous les vices de l'automne.

Comme il a été suffisamment constaté par de précédents détails que c'était l'amour qui donnait au mâle son éclatant plumage et son brillant ramage, à la femelle ses talents d'architecte, sa sagesse, sa prévoyance, son courage maternel , son dévouement sublfhie ; comme personne ne s'est jamais insurgé contre cette attribution , pas même le savant d'Institut, je n'insiste pas sur la démonstration de l'axiome que toutes les vertus de l'oiseau sont de son printemps.

Je demande seulement une chose :

Quand est-ce que la nuit se fait dans son intelligence, et que sa voix se perd, et que ses plumes s'en vont, et que le ventre lui vient? — Sinon quand il cesse d'aimer, quand la passion rectrice qui illuminait son esprit s'esl éteinte elle-même...

Quand est-ce qu'il s'adonne à l'ivrognerie comme la grive, à la gourmandise comme le bec-figue, à la paresse comme la caille? Quand est-ce qu'il se laisse prendre à tous les pièges que l'homme tend à ses vices?— Sinon à l'arrière-saison ! Tous ses vices sont de l'automne !

Tous ses vices sont de l'automne. La sagesse éternelle a parlé par le bec des oiseaux.

Car il y a dans cette simple comparaison des mœurs de

l'oiseau aux diverses phases de son existence plus d'enseignement et de véritable science que dans les quatre cent mille tomes de la philosophie, de la théologie et de la métaphysique, ouvrages bons à chauffer les bains, et qui n'ont jamais servi qu'à faire vivre les philosophes et autres pervertisseurs de l'entendement humain.

Car à nous aussi, fils de la femme, nos vertus sont de notre printemps, nos vices de notre automne. Je voudrais voir pour beaucoup cette sentence de la nature écrite en lettres d'or au frontispice de tous nos monuments.

Car cette sentence de la nature, car cette vérité cruelle n'est que le développement de cette autre qu'il fallait démontrer : que l'amour est l'état parfait de l'Etre. — Et la glorification de l'amour entraine fatalement celle des jeunes,... Et la glorification des jeunes la démolition des vieux,... Et la démolition finale de ceux-ci entraîne celle de toutes les impostures religieuses, politiques et littéraires, y compris les règles de Lliomond. Quand je disais qu'il était difficile de calculer du premier coup d'œil la portée de la formule du gerfaut !

Nous voici arrivés à l'histoire de l'homme par celle de l'oiseau^ et là aussi il nous sera facile de démontrer par mille preuves que le bonheur des individus est en raison directe de l'autorité féminine et invertie de la masculine. Fasse le ciel qu'aucune considération d'intérêt personnel ne m'arrête en cette tâche courageuse, en m'inspirant pour mes contemporains une pitié coupable ! Car tout n'est pas rose dans le métier d'avocat du bel âge, quand on touche à la fin de son dixième lustre (18o3). Et pourtant il faut bien avoir un peu vécu pour savoir ce que c'est que vivre, pour juger et pour comparer.

C4'est une femme qui nous console de notre première douleur, qui cueille notre premier sourire, qui guide nos

luiLMiu: TM (ii;iîi Al 1. (5U

premiers pas; c'est la main d'une femme qui écarte de notre voie le mal et la souffrance, et colore pour nous de teintes roses les premiers horizons de la vie. Notre amour de la justice et des petits oiseaux, notre franchise, notre grâce et notre naïveté sont exclusivement de nos mères, anges gardiens du honheur et de la pureté de l'enfant, qui ne lui font connaître de l'autorité que le bénéfice et les charmes, et qui jamais ne demandent à la contrainte ce qu'elles peuvent obtenir par la douce persuasion, les caresses et les confitures.

Mais, si le premier bonheur de l'enfant lui vient de la femme, son premier cauchemar est de l'homme, sa première bète noire est le pion. Pion est le nom qu'on donne dans le monde à l'argousin du bagne collégial ; c'est une des variétés les plus déplaisantes du genre homme.

Il n'y a qu'une grande douleur et qu'une grande joie dans l'enfance : la grande douleur quand on quitte sa mère pour aller au collège ; la grande joie quand on quitte le collège pour se retrouver dans les bras de sa mère après dix mois d'absence.

Je me souviens encore comme si c'était d'hier, malgré quarante ans d'intervalle, du jour où ils m'ont arraché à mes vertes pelouses, au grand air, au vagabondage, aux lapins et aux merles; où ils m'ont pris tout chaud encore des larmes et des baisers de ma mère pour me livrer à des cuistres crasseux, lesquels m'ont tout d'abord cloîtré dans des nmrs sombres, comme un poulet à l'épinette, mais non pour m'engraisser, les traîtres ! Je crois subir encore les tortures effroyables qu'ils m'infligèrent dix ans en châtiment d'une prétendue passion immodérée des fruits rouges, doublée et chevillée d'une répugnance invincible pour le que retranché^ souvenir odieux qui me remonte au cœur comme un rhumatisme moral par les temps nébu-

70 ORNITHOLOfUE l'ASSlON'NELI^E.

leux. En ces jours-là j'entends encore, et je me répète mot pour mot , les longs discours qu'ils me tenaient de leur voix nazillarde sur les mérites de la sobriété et sur les inconvénients de la pâte ferme, eux, les mêmes misérables qui économisent sur la ration de leurs pensionnaires de quoi garnir somptueusement leur table, et qui ne manquent jamais d'abriter leur cupidité révoltante sous la sainte égide de la morale et des commandements de Dieu. Et ma haine contre ces tortureurs jurés de l'enfance n'a fait que s'aviver avec l'âge, et c'est toujours avec un nouveau plaisir que je saisis l'occasion de leur jeter à la face mes malédictions passionnées. Un pion, que je rencontrai dans le monde dix ans après ma sortie du collège, me disait qu'il n'oublierait jamais le mal que je lui avais fait. (( Hélas ! ni moi non plus, monsieur, lui répondis-je, car je sais encore tous vos vers de YEéloïse, du Warwick et du Fernand Cortès. »

Le lâche, abusant de sa position et de la ductilité de ma mémoire, me donnait à apprendre pour la moindre peccadille des tragédies entières de La Harpe et de Colardeau !

La théorie de la supériorité du pain sec sur la tarte aux cerises a été inventée par les hommes; mais il serait trèsdifficile de citer une seule phrase d'une femme célèbre à l'appui de celte dangereuse doctrine, qui est en opposition formelle avec le fameux précepte de la gastrosophie chrétienne : « Ne faites pas manger à autrui ce que vous ne voudriez pas manger. »

Ce qui prouve que non-seulement le bonheur des enfants est en raison directe de l'autorité féminine et inverse de la masculine, mais que, de plus, tout système d'enseignement national qui ne débute pas par confier à la femme le monopole de l'éducation primaire est un

lOKML'IJ'; Kl (.EUIAUT. 71

système funeste qui ne peut aboutir qu'à des monstruosités et à des révolutions. C'est précisément parce que Dieu a destiné la femme à jouer ce rôle d'institutrice primaire qu'il lui a départi avec tant de libéralité l'esprit, la sensibilité et la grâce, et qu'il lui a refusé la force musculaire nécessaire à l'exercice des industries pénibles. Il l'a faite gracieuse, douce et charitable, pour nous forcer à nous modeler sur elle à l'âge des impressions faciles ; car Dieu souffre plus qu'on ne pense de notre grossièreté et de notre gaucherie. Mais les hommes qui avaient accaparé la toute-puissance politique pour ceux de leur sexe ont bien compris que pour conserver â la barbe ce fructueux monopole, il fallait lui attribuer aussi le monopole de l'enseignement de l'enfance ; alors ils ont banni la femme de sa sphère d'action légitime. Ceci a été de leur part un trait de haut machiavélisme. On verra dans un autre alinéa de ce traité d'ornithologie passionnelle sous quelle tente s'est retirée la femme, indignement spoliée par l'homme de la fonction auguste que Dieu lui avait assignée.

Donc tout le bonheur de l'enfant git dans l'autorité de la mère ; mais cette autorité-là a le tort d'être quasi-légitime, quasi de droit divin. L'attachement des deux êtres l'un pour l'autre n'est pas libre; l'enfant est la chair de sa mère. Le désir de l'adulte aspire vers un autre idéal , parce que la sphère de la liberté illimitée est la seule où l'amour puisse déployer ses ailes, et la liberté illimitée n'est que là où s'exerce sans contrainte la souveraineté de la femme. Bonheur et Liberté et Servage d'amour sont trois mots synonymes; l'idéal de félicité suprême que rêvent les amoureux étant de demeurer enchaînés aux pieds de leur souveraine. Reprends sur tout mon être un invincible empire. Sois le jour qui me luit^ sois Pair que je respire. Les gens qui parlent ainsi et qui disent

72 ORNITHOLOGIE l'ASSIONiXELLE.

ce qu'ils pensent désirent modérément qu'on les délivre de leurs fers, et ils ont bien raison.

Jamais je n'ai demandé à nos gouvernements que de se faire obéir ainsi de fougue et sans gendarmes. Mais les gouvernements, qui sont presque toujours menés par des hommes très-vieux et qui n'ont pas les mêmes moyens de séduction que les jeunes femmes, aiment mieux se faire détester ; d'abord, parce que c'est plus facile, et ensuite parce qu'ils ont la ressource de rejeter sur l'esprit d'insubordination des masses les torts de leur impuissance sénile et de leur incapacité. Et notez que ces mêmes vieux à lunettes n'hésiteront jamais à mettre le feu aux quatre coins du globe pour défendre leurs emplois menacés, tandis qu'il est inouï que ces touchantes martyres, qui meurent si souvent du regret de leur souveraineté perdue, aient jamais eu recours à la force pour faire rentrer les insurgés dans le devoir, sachant que là où il n'y a plus d'amour, la reine perd ses droits.

Je ne suis pas le premier sage qui ait écrit que l'amour était l'état de lucidité suprême qui permettait de lire dans le livre de Dieu. Saint Augustin, qui avait beaucoup aimé et qui n'était pas myope, avait entrevu dès son époque cette faculté d'intuition divine dévolue à l'amour : Donnez-moi un homme qui aime, dit le docteur de la grâce, et il comprendra tout.

Michelet, un des Pères de l'histoire qui occupera dans l'avenir une place plus brillante que le Docteur de la grâce, a écrit après lui : « C'est le propre de l'amour de savoir sans avoir appris. »

Boileau, qui était un grand poëte,et qui se rendait volontiers justice en se plaçant au-dessus de Racine et audessous de Molière sur la liste des illustrations littéraires de son siècle, Boileau, qui a écrit une méchante satire

lOKMULE JJL GEHIAUT. 73

contre les femmes, confesse, dans son Art poétique, que ce n'est pas assez à' être poëtc pour exprimer les transports heureux de l'amour, qu'il faut être, en outre, amoureux. Il constate, dans le même volume, que de WmouY la fidèle peinture... est, jjour aller au cœur, la route la phis sûre. C'est-à-dire que le régent du Parnasse n'admet guère que les amoureux à l'honneur d'enfourcher Pégase, le bidet du local.

Ce double certificat d'aptitude poétique supérieure délivré à l'amoureux par un homme qui ne l'était guère, mais à qui l'on ne peut cependant pas refuser une dose de bon sens peu commune, est une pièce capitale. On ne s'attendait guère, j'en suis sûr, à voir le gerfaut et Boileau voter oui sur la même question.

Lamartine, qui eut le triste sort d'être plus aimé qu'amoureux, écrivait^ en son meilleur temps : Et rien, excepté nos amours, ne mérite un regret du sage.

Et si l'amour n'était l'état parfait de l'être, le point culminant de la sagesse, pourquoi le sage regretterait-il l'amour?

Je cite les poètes de préférence aux géomètres, parce que je les crois plus compétents que ceux-ci sur la question d'amour; étant fort naturel que les gens d'imagination qui traversent fréquemment les régions de l'idéal en sachent un peu plus long sur le chapitre des harmonies divines que les professeurs à^x , gens généralement casaniers. Et puis la géométrie n'est que du cerveau, tandis que la poésie est du cœur. Le géomètre dit ce qui est , le poëte ce qui sera ou ce qui devrait être. Si bien que ceux qu'on nomme les rêveurs sont toujours de quelques milliers d'années en avant des esprits positifs. Qu'est-ce que la vapeur, s'il vous plaît, cette vapeur animée dont le siècle est si fier, à côté de l'hippogriffe de l'Arioste,...

/ J. oKMTHOLOGlli l'ASSKhNINELLE.

une béte inlatigable, qui n'a besoin que d'être remontée comme une pendule pour entreprendre sans hésiter des voyages dans la lune? Qu'est-ce que votre palais des Tuileries avec ses cheminées qui fument, et vos jardins de Versailles où il tombe de la neige et où les arbres perdent leurs feuilles, en regard des jardins et des palais d'Alcine? Et comme la lecture de Roland furieux, de Patil et Virginie, de Robinson Crusoé, ou de Don Quichotte de la Manche , est plus intéressante aussi , plus suivie et plus instructive que la démonstration du binôme de Newton !

C'est l'amour qui, dans tous les actes de l'homme comme dans ceux des oiseaux, a créé le plus de merveilles. Et de toutes ces merveilles, la plus rare, la plus regardée et la plus admirée est une image de femme en marbre, en ivoire ou en or. Quand un conteur arabe veut enthousiasmer son auditoire inflammable aux veillées du désert, il n'a qu'à entreprendre le portrait de son héroïne. Alors tous les regards s'allument , toutes les respirations se suspendent , et quand l'orateur a terminé sa description par la formule consacrée : Gloire à Dieu qui créa la femme, tous les auditeurs répètent en chœur, avec un accent pénétré, l'expression d'admiration et de gratitude : Gloire à Dieu qui créa la femme !

Un dit que c'est le mot d'amour qui sonne le plus doux dans tous les idiomes de la terre : amour, amor, êros, love, liebe, etc.

Je ne comprends pas qu'on ose dire que l'amour rend aveugle, quand il est prouvé au contraire, par l'expérience universelle des siècles, que l'amour fait découvrir à chaque instant chez l'être aimé une foule de perfections adorables, invisibles à l'œil nu pour tout autre que pour l'amoureux.

lORML'LK Itl (iEKl Ain. 75

L'amour donne du cœur aux poltrons et de l'esprit aux sots; il double celui des filles.

J'ai vu des écrivains distingués de ma patrie qui avaient trop profité de la lecture d'Hegel faire retour à la lucidité nationale pour plaire à une grisette. J'ai vu des géomètres blessés d'un trait de Cupidon redevenir des hommes, et passer violemment du culte de l'angle aigu à celui de l'ellipse.

Je sais vingt définitions charmantes de l'amour laites par l'homme, car l'homme abandonné à lui-même, c'està-dire à la pression de Dieu , a une forte tendance à se préoccuper de cette passion d'amour, et il emploie généralement pour la peindre son style le plus chaud et le plus coloré. Il n'est pas une de ces définitions qui n'apporte un argument de plus à la théorie du gerfaut, tant les esprits supérieurs sont d'accord pour glorifier l'aiiiour.

Un premier Allemand a écrit :

« L'amour est le souvenir de l'unité primordiale de l'être. L'amour est à la fois souvenir et tendance. »

Un second Allemand :

« L'amour est un arbre magnifique, qui a ses racines dans la chair, mais dont les rameaux planent au-dessus du monde matériel et amènent à maturité des fruits impérissables. »

C'est une femme qui a dû penser, en levant ses doux regards bleus vers les nuages : que l'amour était la nostalgie de la patrie céleste.

On lit dans tous les poètes chrétiens, et même musulmans, que l'amour est un parfum qui ne peut se conserver que dans des vases d'or.

Celui qui a écrit que l'amour était la colonne de feu qui guidait les élus vers la terre promise pourrait bien appartenir au rite juif. Il n'y a pas de religion, si absurde

7(» OHM I i«)).o(.ii; i'Assio.NM:i,f-i;.

qu'elle soit, qui détende d'aimer. I)avid , qui «;tail un roi saint, et son fils Salomon, qui était un roi sage, ont aimé vaillamment. Le sage possédait, dit l'histoire, trois cents femmes légitimes et sept cents concubines. Trop de femmes pour un homme seul.

J'ai souvenance d'avoir été accablé de tr«'S-nondjreux sarcasmes, et d'avoir même été officiellement gratifié de l'épithète de cerveau timbré, pour avoir affirmé, dans un de mes moments de lucidité extrême, que l'Amour était le génie de la Raison. Mais je n'en persisterais pas moins à considérer celte définition comme la meilleure de toutes celles qui précèdent, si elle n'était de moi ; car elle a pour elle l'adhésion quasi-unanime des bêtes, des métaux et des fleurs, plus celle de l'histoire de ce globe, comme on l'a vu plus haut.

En effet, si l'amour, la jeunesse, le dévouement, la loyauté, le courage ne sont pas des mots synonymes dans le langage des hommes, ces mots sont liés l'un à l'autre d'un ciment indissoluble dans le langage de Dieu.

La pudeur, qui est le coloris de la vertu, ne fleurit qu'au printemps, et la jeunesse a de telles grâces d'état que sa gaucherie et sa timidité sont des charmes. Mais la nature ne donne la jeunesse à l'homme que pour aimer, et ne tolère pas volontiers qu'on emploie ce temps à autre chose ; à gagner des prix de sagasHn ou de vertu , par exemple, comme tant de malheureux professeurs de philosophie que je connais, (^e bonhomme Jadis de Murger, qui prie un jeune niais de lui prêter sa jeunesse puisqu'il n'en use pas, est un vieillard sensé taillé sur le patron des vrais sages par une main jeune et sure.

On m'ji demand(î (piclquefois pourcjuoi la nature, qui parait attacher tant de prix à l'exécution de ses ordres amoureux, a fait cependant la part d'amour si petite à

FORMULE lir CF.Rl ATT. 77

l'homme, après l'avoir fait»- si larf^e et si magnifique à l'oiseau. Je me tue de répondre à cette question que l'oiseau a déjà les trois quarts du corps en Harmonie, tandis que l'homme n'y a pas encore mis le premier orteil, — et que, le bien ne figurant jamais ([ne par exception, c'est-àdire pour un hiiitiètne dans les sociétés limbiques, il suit fatalement de cette loi que l'âge de l'amour ou de la lucidité morale ou du bien ne peut occuper que le huitième de la vie des civilisés. Heureusement que le contraire a lieu en Harmonie, et que ce n'est par conséquent qu'un peu de patience à avoir. I']n attendant, hélas! cette limitation fatale de la phase d'amour au huitième de la vie humaine actuelle est cause que les amoureux se trouvent forcément en minorité dans toutes les assemblées législatives de ce monde, et chacun doit comprendre l'excessive gravité de cet empêchement. Puisque l'entrée en Harmonie ne peut être déterminée que par l'avènement de la royauté féminine, et puisque la jeunesse est le seul âge où l'homme, conscieux de ses vrais intérêts, soit disposé à proclamer avec enthousiasme la légitimité des droits de la femme à la couronne, il est bien évident que cette ère fortunée ne s'ouvrira pas que les jeunes n'aient la majorité dans les conseils des peuples. Or, je laisse à imaginer si les vieux, qui jouissent depuis la Chute d'un pouvoir usurpé, et qui y sont plus âpres que le vautour à sa proie, s'en laisseront dépouiller philosophiquement et sans mot dire par la sentence du scrutin, ou si plutôt ils ne remueront pas ciel et terre pour conjurer le péril dont ils sont menacés... Car ces vieux sont les mêmes à qui la calomnie, l'imposture et la corde sont des armes familières, et qui ont déjà inventé contre la nature et contre la femme tant de fausses religions, de fausses morales et de faux codes, autant de tentatives de rébellion contre

Dieu. Et il est impossible de démontrer que l'amour est l'état de lucidité suprême , sans arriver fatalement à conclure qu'il est souverainement impolitique et absurde de confier le gouvernement de quoi que ce soit à des vieux. Le vieux est l'ennemi du bien , dit Célestin Nanteuil.

Bien entendu qu'en m'armant contre le vieillard, ce n'est pas à ses droits, mais à sa tyrannie que je porte la guerre. Je sais les privilèges de cet âge, c^ui sont de se reposer dans les délices du far niente, loin du bruit et de l'agitation fébrile, et d'y jouir doucement de la considération acquise par une vie bien remplie. Je veux faire au vieillard ces riches et plantureux loisirs; seulement je ne veux pas qu'on confonde les égards et la reconnaissance dus aux anciens services avec le respect dû à la femme jeune et belle. Je ne veux pas qu'on dise que l'arbre orné de son feuillage, de ses fleurs, de ses fruits est moins digne de respect que l'arbre chauve. En Harmonie, le mot de respect ne s'emploie jamais que de l'inférieur au supérieur et de l'homme à la femme.

Au surplus, quand je compare le sort que les civilisés font à leurs vieillards avec celui que nous faisons aux nôtres en cette même Harmonie, je ne puis me défendre d'une sainte colère à l'endroit de l'hypocrisie de, ces impudents philanthropes dont la bouche est toujours pleine de protestations de respect et (M amour pour les cheveux blancs, mais dont l'imagination desséchée n'a pu encore trouver mieux que Bicètre et la Salpétrière, deux ignobles prisons de fous^ pour loger convenablement ces objets de leur culte.

C'est que dans notre Eden d'Harmonie l'affection est au tond du cœur, et non pas sur les lèvres comme dans votre Enfer, 6 civilisés hâbleurs. Nous n'avons pas, comme vous,

FORMULE Dr GERFAUT. 79

la mauvaise habitude de vanter outre mesure les privilèges de l'âge, parce que nous n'admettons pas qu»' l'homme gagne beaucoup à vieillir, et parce que nous avons besoin de tenir notre Tonique d'accord avec notre Dominante. Nous n'appelons pas le vieux Nestor le coniident des Dieux parce qu'il a vécu trois âges d'homme et qu'il radote en conséquence; mais nous le logeons, lui et ses contemporains, en des appartements magnifiques et exposés au midi, dans l'aile la plus paisible et la plus retirée du palais communal. Là, nous le laissons dormir au sein des délices du confort , à l'abri de tout souci et de toute inquiétude, entouré des soins affectueux des enfants et de tous ceux dont il a dirigé les premiers pas dans la carrière du travail attrayant, et qui sont enchantés de lui payer en tendresse et en gratitude sur ses vieux jours les leçons qu'ils ont reçues de lui en leurs jeunes années. C'est un charmant spectacle à faire reprendre goût aux choses de ce monde et à faire désirer de vieillir, que cet exemple édifiant des effets de la loi du contact et du ralliement des extrêmes. Mais la sphère affective des relations du vieillard et de l'adulte se borne à cet échange cordial de bons offices et de reconnaissance. Il est inouï qu'en Harmonie un jeune homme ait jamais consulté un patriarche sur une affaire de cœur, ni que celui-ci ait prétendu s'entremettre dans une question de mariage, à. un titre de parenté quelconque, abus qui se renouvelle tous les jours chez les civilisés. Comme on regarde en Harmonie que les vieilles gens n'y voient goutte en amour, on a le bon goût de- ne jamais leur parler de ces matières-là.

Donc, la jeunesse, disions-nous, ne vaut que par l'amour, et n'a été donnée à l'homme que pour aimer. Un n'est brave, élégant, prodigue de sa bourse et de sa vie,

^0 onxnHor.ooiE passtonnei.i.e.

varié dans ses cravates et soigné clans ses chaussures que pour Elle. On n'a besoin de venger une offense et de couper la gorge à un ami que pour Elle. Et c'est même une observation très-curieuse, que l'homme joue d'autant plus facilement sa vie que cet enjeu a plus de valeur, et qu'il tient d'autant plus à sa peau que d'autres s'en soucient moins. Il n'y a peut-être pas un seul chauve en France et en Angleterre, où cette espèce est fort commune, qui , s'il était sincère, n'avouât naïvement comme moi qu'il a senti une vertu se retirer de lui avec chacun de ses cheveux.

Oiî j'admire surtout la sagesse des hommes mûrs, c'est dans leur manière de se tenir vis-à-vis du printemps.

Ouand vient le mois de mai , le doux besoin d'aimer se réveille ou s'allume au cœur de tous les êtres. Un désir infini de doubler son existence tourmente les créatures les plus chéries de Dieu, les vierges, les oiseaux et les fleurs. La vie circule à flots sous l'écorce des saules. La terre, nue naguère et sonore sous l'étreinte glacée des frimas, se dilate et se gonfle sous la chaude haleine du midi, et sa puissance génératrice éclate par un débordement fastueux de verdure et de fleurs. La prairie épaissit ses moelleux divans de pâquerettes pour assourdir les pas des amoureux ; la forêt aussi se fait sombre pour protéger les mystérieux promeneurs contre les regards indiscrets. L'amour velouté le gosier des oiseaux en même temps que les pétales des fleurs. Le rossignol, le merle, le louge-gorge, la fauvette font assaut d'harmonie, pendant que les lilas, les marronniers, l'aubépine luttent de coloris, de parfum, de parure. Le sang bat plus vite aux artères de la jeune recluse de Saint-Denis, qui commence à professer pour la raquette un souverain mépris. Ses lèvres et ses joues s'empourprent chaque jour d'un incarnat plus

lt)RMrLF. r.i; (IF.RFArT. 8i

vif, ot le besoin tle rêverie lui fait trouver du charme aux allées solitaires dont elle avait peur autrefois. L'auteur de toutes choses a placé sous le sein gauche des vierges une harpe éolienne qui rend des sons divins sous le souffle d'amour, et cette harpe résonne sous les caresses de la brise du soir, qui rapporte à la jeune captive les senteurs enivrantes et les élégies contagieuses qu'elle a ramassées en courant sur les buissons fleuris.

Ce besoin d'universelle expansion est le ressort puissant de la politique de la Nature qui ordonne d'aimer, et, quand vient le printemps, de respirera deux le parfum des lilas. Et la jeunesse, qui est toujours prête à souscrire aux ordres venus d'en haut , ne demande qu'à profiter des beaux jours pour aimer et jouir, parce qu'elle sent parfaitement que le plaisir est la seule chose sérieuse de l'existence, et que la vie humaine la mieux remplie compte à peine vingt printemps.

Le vieux, malheureusement, n'entend plus de cette oreille-là; sa politique n'est pas celle de la nature, au contraire.

Quand vient le doux mois de mai , le mois des amours et des fleurs, le vieux fait proclamer à son de trompe que le moment est venu... de se rompre les os.

Et le moraliste, qui est un vieux aussi , fait décréter en même temps d'immoralité scandaleuse la promenade à deux et le chant des oiseaux. Car l'unique bonheur des vieux est, comme celui des eunuques, d'empêcher les jeunes d'aimer.

Que vous semble de la folie des jeunes et de la sagesse des vieux?

Comme il avait raison ce Mirabeau, mort jeune, de dire que le peu de sagesse que possède ce monde lui a été apporté par les fous !

Car tous nos grands hommes d'Etat, toutes nos fortes têtes politiques d'Angleterre, de Russie, d'ailleurs, tous les sages en un mot et sans exception, en sont encore à considérer la question des beaux jours au point de vue exclusif de l'entrée en campagne.

Il y a eu en ce charmant pays de France , en l'an de folie 1840, un ministère sérieux composé d'hommes trèsforts et à qui poussa l'idée de faire la guerre, parce qu'il était né le l*^'' mars, mois du dieu des combats. La politique belliqueuse de ce ministère s'appelait la politique priïitanière dans les pamphlets du temps.

Je sais des écrivains qui écrivent de gros livres, lesquels livres sont très-lûs, pour démontrer que la guerre est le plus noble des passe-temps de l'homme. Et la masse stupide est si intimement convaincue que le métier de tueur d'hommes est le plus honorable de tous, que tous les souverains des Etats civilisés sont forcés de se déguiser en généraux d'armée dans les cérémonies d'apparat pour faire plaisir à leurs peuples. Il n'a manqué à Lamartine qu'un uniforme de général pour étouffer dans son principe la sanglante insurrection de juin 1848, cause de tant de malheurs pour la France. Cette déférence insensée de la vile nmltitude pour le sabre est arrivée en France à un tel paroxysme, qu'on y voit tous les jours de bons pères de famille, d'estimables bourgeois qui n'y sont pas forcés, habiller leurs enfants en hussards ou en artilleurs, et les faire peindre en ce costume, sans respect pour leur âge. La folie à cet égard est quasi-universelle.

Des hommes ont été jusqu'à associer leur Dieu bon, qui n'en pouvait mais, à leurs fureurs sanguinaires, et à lui imposer l'incroyable obligation de bénir les massacreurs à la suite d'une grosse tuerie. Le sacrilège prend même quelquefois uu caractère grotesque quand, par exemple,

FORMULK Dl GERKAl T. 83

chacune des deux armées qui viennent de se cogner fait chanter le Te Deum (Nous te remercions, Seigneur)... car c'est le même Dieu, notez bien, que Ton remercie de la victoire dans l'un et l'autre camp ! J'ai lu beaucoup d'histoires de bêles, je n'y ai jamais rencontré de pareilles extravagances.

Il est d'autant plus juste d'être dur envers les vieux qu'ils sont, de leur côté, sans pitié pour les jeunes. La sagesse qu'on leur prête par lâcheté et par habitude est une charité mal placée et dont ils font mauvais usage. Ce n'est pas tant la sagesse qui est le fruit des cheveux blancs que régoïsme,cet affreux égoïsme à un seul qui, pour vous mettre à l'abri des dangereuses impulsions de l'égoïsme à deux , ou à trois ou à quatre, commence par vous dessécher le cœur comme un vieux parchemin.

La vieillesse, c'est l'âge où l'on ne peut plus apprendre et où l'on ne peut plus oublier, même les tragédies de Ducis, de Piron et de Colardeau.

La vieillesse, c'est l'ennui de soi déteignant sur autrui ; c'est la ruine de l'âme et du corps ; c'est l'hiver qui fait le nez rouge et clôt les lèvres ardentes d'un fermoir de glaçon, l'hiver que la mythologie antique représente si judicieusement sous la figure d'un vieux fortement enrhumé. Or, laissez dire l'hiver, l'hiver qui vous dira, si vous le laissez dire, que la nature est une imprudente qui se ruine chaque printemps en des dépenses folles; ... et que le linceul de neige, dont lui recouvre à peine les noirs squelettes des arbres, leur va mieux mille fois que leur toilette d'amour. Je ne sais rien de plus outrageant pour la majesté divine que de représenter Dieu sous les traits d'un vieillard porteur d'une barlîe à frimas. D'abord l'Eternel n'a point de barbe ; ensuite il n'a pas d'âge, puisqu'il est l'Ëterne!.

Le respect exagéré des vieilles culottes de peau qui a

8i (»R>'ITHO].ÛGIE FASSIONNEI.I.F..

perdu la France est un préjugé d'autant plus déplorable, qu'il est en contradiction formelle avec le principe même du respect dû à l'autorité de l'Age,... attendu qiie les enfants sont toujours jjIus âgés que leurs pères.

Cette proposition , qui a le tort de choquer les idées reçues et de paraître paradoxale au premier aperçu comme toute vérité neuve, n'en est pas moins irréfutable, moralement et mathématiquement parlant. Si l'on veut bien convenir, en effet, que l'humanité a aujourd'hui six mille ans de plus qu'au déluge, ce qu'il est difficile de contester, il faut bien reconnaître alors que la génération la plus vieille est la dernière-née. Cette vérité, mise au jour par Pascal et Bentham , et consacrée par l'autorité religieuse du Dalaï-lama, a l'inflexibilité rigoureuse du chiffre. Le Dalaï-lama, qui réside au Thibet, est une incarnation permanente de Bouddha dans l'humanité. Le dieu Bouddha ou Fô est celui de la majorité des Chinois ; c'est un dieu qui, par parenthèse, compte plus de fidèles à lui seul que tous les cultes chrétiens, musulmans et juifs réunis. Or, comme le dieu qui sort du corps d'un vieillard pour entrer dans celui d'un enfant ne meurt pas, il s'ensuit que la série de ses incarnations constitue une chaîne insécable dont chaque anneau se compose d'une existence humaine, et que la dernière incarnation ou génération a vécu la vie de toutes les incarnations antérieures, et par conséquent que le dernier-né est le plus vieux. Le Dalaï-lama ne parle jamais des actes de ses prédécesseurs que comme de ses actes personnels.

Et le simple bon sens nous fait tous agir et penser comme le grand Lama du Thibet. L'humanité d'il y a six mille ans n'était que l'enfance de la nôtre, comme la nôtre n'est que l'enfance de la période d'Harmonie. La preuve que nous sommes plus vieux que nos pères, c'e«t que nous

IOUMLJ.H: lu (iKlUAUT. So

savons tout co qu'ils savaient, plus une multitude de choses et de procédés qu'ils ne connaissaient pas. Je vous demande comment nous recevrions aujourd'hui , à l'Institut ou ailleurs, un Epiménide qui se serait endormi vers l'époque de la guerre de Troie et qui , se réveillant tout à coup de sa longue léthargie, et ne comprenant rien aux usages du présent, voudrait nous ramener aux méchants bateaux plats et aux affreux rôtis de ses contemporains, en vertu de l'autorité de l'âge et de l'expérience. 11 est plus que probable que nous inviterions ce marmot à se recoucher au plus vite, au nom de la susdite autorité de l'âge et de l'expérience, et nous ferions très-bien. Cependant la prétention de ce revenant malavisé ne serait ni plus ridicule ni plus inconvenante au fond que celle qu'affichent journellement les pères d'en savoir plus long que leurs fils. L'enfant qui vient au monde trente ans après son père sait, au bout de trente autres années, comme j'ai dit, tout ce qu'a su son père, plus tout ce qui s'est découvert depuis que le père a atteint l'âge où l'on cesse d'acquérir pour commencer à perdre. Par conséquent, les jeunes en savent toujours plus que les vieux; il n'y a même que les vieux de mauvaise foi qui nient la chose. Seulement ces vieux de mauvaise foi sont en majorité.

Si la prétention des vieux à en savoir plus que les jeunes était admissible un seul jour, ce serait la preuve que le monde viendrait de s'arrêter dans sa marche, et que le trésor des connaissances humaines, au lieu de se grossir, s'en irait diminuant. Ainsi, quand le flambeau d'une Civilisation s'éteint quelque part, comme il est arrivé autrefois pour Rome, pour Athènes, pour Memphis ; quand une société fait retour, rétrograde à la Barbarie, c'est tout simplement que les fils font retour aux us et coutumes de leurs pères, car les Civilisés sont les fils des Bar-

8(î OKMl'HOLOCUE I'ASSHONKLM:,

bares, comme ceux-ci sont les fils des Patriarcaux et des Sauvages. Or, il est à remarquer que la plupart des historiens, qui ne sont cependant pas jeunes,' ne manquent jamais d'accompagner de leurs sanglots et de leurs jérémiades ces mouvements de recul qui ne sont pourtant que les triomphes des vieux sur les jeunes.

Maintenant, si les jeunes en savent plus que les vieux, on est bien forcé de leur décerner le prix de Sagesse en même temps que celui de Science, puisque le savoir est le véritable fonds de la sagesse; et alors ce serait aux cheveux blancs à s'incliner devant les noirs. Cette conclusion rigoureuse n'a rien qui m'horripile.

La supériorité de l'adulte sur le vieux n'a jamais fait, du reste, question en Harmonie, et si les civilisés n'osent pas encore la proclamer officiellement comme lesharmonienS;, c'est parce que l'hypocrisie empoisonne leur langue; mais il est trop facile de percer leurs mensonges, et de taire voir au travers que les déclamations des vieux contre les jeunes ne sont que des affirmations solennelles des mérites et des vertus de la jeunesse.

Jamais vieux, en effet, n'a insulté un jeune que du haut de sa jeunesse défunte... Jamais il n'a cherché à établir en principe la supériorité absolue de l'âge de soixante ans sur celui de vingt-cinq, mais seulement, notez bien, la supériorité relative de l'époque où il avait vingt-cinq ans sur celle où il en a soixante. L'apologie du bon vieux temps n'est pas dans sa bouche une insulte gratuite au bon sens et à l'histoire, c'est tout simplement le regret et la glorification du temps où il aimait.

« Nous portons envie à ceux qui possèdent ce qui nous « agréait et nous appartenait autrefois. Voilà pourquoi « les vieux portent envie aux jeunes. » Cette phrase est d'Aristote.

lOKMULE DU (lEUFAUT. 87

Les vieux traitent de folie la précieuse faculté exclusivement dévolue à la jeunesse de tout embrasser par la foi, de tout comprendre par le cœur ; mais je ne connais guère de vieux qui ne soient énergiquement disposés à troquer tous les trésors de leur expérience contre ce qu'ils appellent la déplorable inexpérience du jeune âge; j'en'connais même un très-grand nombre qui donneraient encore cinquante de leurs plus belles années de sagesse pardessus le marché. Et je ne crois pas m'aventurer en disant que s'il existait quelque part une fontaine de Jouvence, et qu'on y menât un chemin de fer, ce serait de toutes les lignes ferrées du globe celle qui donnerait les dividendes les plus inattendus et les plus scandaleux. On peut se faire une idée de la presse des futurs voyageurs par le récit de la fameuse émeute des Octogénaires^ qui eut lieu à Lisbonne vers 1520, dans des circonstances analogues, et qui nous a été fidèlement rapportée par Lorent Yasco le voyageur, en ses curieux mémoires retrouvés naguère et traduits par Antony Méray (lire Fortunada).

Encore une fois, si l'âge de la prétendue folie ne valait pas cent fois mieux que celui de la prétendue sagesse, pourquoi les prétendus sages le regretteraient-ils sans cesse et feraient-ils au besoin des émeutes pour s'en rapprocher.

C'est que le désir, hélas , entre toujours pour moitié dans le regret. Le verbe latin desiderare^ d'où nous avons tiré désir, veut dire regretter.

Je voudrais respecter ce chagrin légitime de la vieillesse jusque dans l'injustice de la plainte ; je serais tout disposé personnellement à pardonner à ceux qui n'aiment plus de jalouser ceux qui aiment; mais c'est un si grand malheur pour les humanités des jeunes globes que cette obstination de la génération qui s'en va à nier la supé-'

88 OHMTllOLOGIE i'ASS10NNKlJ>E.

riorité de celle qui arrive^ que la voix du devoir m'empêche d'écouter la pitié. Continuons donc de flétrir de toute notre énergie cette révolte impie des pères contre les iils, qui a coûté et qui coûtera encore à notre infortunée planète tant de larmes et de sang-.

Mais reconnaissons d'abord que cette révolte insensée n'est qu'un des accidents naturels de la grande rébellion des sociétés subversives contre Dieu ; que c'est ime des gourmes de la Terre dont la Terre se débarrassera à son heure, comme de la croûte de glace qui emprisonne ses deux pôles, et que ce mal enfin a eu sa raison d'être à un instant donné. Je ne cite qu'une preuve de cette nécessité fatale. Où en serait aujourd'hui notre littérature sans cette rébellion et cette tyrannie des pères? Où le Drame, la Comédie, le Roman et le reste auraient-ils pris hors de là la matière de leurs chefs-d'œuvre? Mais que les chefsd'œuvre de la littérature nous coûtent cher, ô mon Dieu !

Les vieux savants , ceux dont la vue est protégée par un abat-jour vert , et qui protestent dans leurs conciliabules contre la coalition des heureux, des oiseaux et des poètes, sont des rebelles sans foi et qui mentent à leur propre pensée , quand ils soutiennent que l'état parfait de l'homme est celui où les cheveux s'en vont et où le ventre arrive, contrairement à l'opinion de l'insecte. Et vainement ils décernent des prix avec l'argent des jeunes pour encourager la doctrine de la sainteté et de la supériorité des vieux. La meilleure preuve qu'ils mentent et qu'ils ne croient pas eux-mêmes à la puissance de leur principe, c'est qu'ils sont obligés de payer l'apologie pour trouver des apologistes. Leur vertu est si déplaisante par ellemême qu'ils sont obligés de la doter pour lui procurer des amants. Ne pouvant la faire belle, ils la font riche, à l'instar du statuaire antique.

FOK.MI l,K nu GKKIAUT. 89

Ht même, si la science officielle tolère purlailement le mensonge à propos de la vertu et de l'état parlait, quand il ne s'agit que de rhomine, il est juste de reconnaître que ses lâches complaisances s'arrêtent là. Ainsi, du jour où elle a admis que la fleur était l'état parlait de la plante, le papillon l'état parfait de la chenille, et que la corolle et les ailes étaient des attributs caractéristiques de la phase de plein développement, de ce jour-là la Science a pris sous sa protection spéciale les amours des insectes et des fleurs, et malheur à qui aujourd'hui diffamerait ces êtres! Tirez à votre plaisir sur la passion humaine, sycophantes moralistes, la Science constituée vous la livre ; mais que nul ne s'avise de toucher aux amours du puceron on de la lentille, s'il ne veut avoir sur les doigts.

J'ai même entendu quelquefois de ces contempteurs gagés de la nature humaine s'oublier jusqu'à dire que c'était l'amour qui allumait le fanal des lucioles dans les belles nuits d'été , ce qui m'a paru passablement léger pour des hommes graves. Mais, par exemple, pas un de ceux qui expliquent si bien le mystère de la phosphorescence des lucioles n'a pu m'expliquer l'aigrette bleuâtre qui scintille au cimier du casque de la capucine, le soir des jours brûlants où l'orage est dans l'air et où le cœur des jeunes vierges donne cent pulsations par minute. J'ai été obligé de découvrir moi-même que cette fleur originaire du Pérou, et dont la feuille est un soleil, symbolisait le prophète dont la mission est d'illuminer le monde et dont la parole jette souvent des éclairs au moment solennel qui précède le cataclysme social. Je m'accuse d'avoir désiré bien des fois que certains philosophes et certains savants n'eussent qu'une tête, pour me donner le plaisir de les coiffer tous du bonnet d'àne d'un seul coup.

Chateaubriand le poëte, qui eut la singulière chance de

90 OHiMTHOLOGlE PASSIOiNNELU:.

mourir jeune à quatre-vingts ans, a écrit de sa tombe, à propos d'une espièglerie du vieux roi Charles X : « Les u vieilles gens se plaisent aux cachotteries , n'ayant à K montrer rien qui vaille. Je voudrais qu'on noyât qui- « conque n'est plus jeune, à commencer par moi et douze « de mes amis. »

Je ne pousse pas le fanatisme du principe jusqu'à la monomanie du suicide, mais je proposerais volontiers un amendement à la proposition ci-dessus en laveur d'un certain nombre de Burgraves que la pudeur et la loi m'interdisent de nommer.

Le même grand écrivain a écrit :

« L'âge nous flétrit en nous enlevant une certaine vérité de poésie qui fait le teint et la fleur de notre visage. »

Je ne crois pas qu'il soit possible de parler plus sagement.

Je ferai, en passant, la remarque que c'est précisément cette vérité de poésie-là qu'il s'agit de reproduire dans le portrait... pour quelle cause on trouve si peu de peintres sur quatre ou cinq mille ouvriers en peinture que la France nourrit aujourd'hui.

Toutes les misères de ce monde lui viennent d'avoir été gouverné, depuis six mille ans, par des vieux. Moïse, qui damna la femme et qui eut l'impudence d'affirmer qu'il avait avec Dieu des entretiens secrets, Moïse , qui règne encore aujourd'hui par la superstition sur les dix-neuf vingtièmes des peuples civilisés. Moïse, qui décréta le commandement de l'usure, était vieux quand l'idée lui vint de fabriquer ses dogmes oppresseurs. Et c'est pour cela, je présume, que le vrai Dieu ne lui permit pas d'entrer dans la terre promise.

N'oublions pas de mentionner, à propos de Moïse, que tous les révélateurs de dogmes inhumains commencent

l'ORMULK 1)1 (.ErilAll. 01"

par établir la déchéance de la femme. Tous les illustres imposteurs sont en insurrection systématique contre la formule du gerfaut, à l'instar des peuples grossiers.

Jésus-Christ, que le vrai Dieu suscita pour démolir la Bible et qui racheta de leur dégradation la femme, le travailleur et l'esclave, Jésus-Christ, l'ennemi impitoyable de l'usure et du négoce, n'avait que trente-trois ans lorsque les Pharisiens et les Princes des prêtres le clouèrent sur la croix. Et rien ne garantit, hélas! qu'il ne fût pas mort conservateur, s'il eût vécu trente ans de plus.

Presque tous les grands noms de l'histoire sont des noms de jeunes filles ou de jeunes hommes.

Les vierges qui sauvent leur patrie de l'invasion étrangère passent rarement vingt ans.

Tous les grands capitaines de l'antiquité et de l'âge moderne, Alexandre de Macédoine, Jules César, Gustave Adolphe, Charles XII, Bonaparte ont atteint l'apogée de leur gloire militaire avant l'âge de trente ans. Tous les héros de la révolution française, Girondins ou Montagnards, orateurs ou soldats, Vergniaud, Robespierre, Saint-Just, Hoche, Marceau, Joubert, périssent avant l'ère de leur septième lustre. Ceux qui dépassent cette période finissent tristement, comtes ou barons d'empire.

Tous les réactionnaires de nos plus mauvais jours, tous ces méchants professeurs d'histoire, de trahison et d'économie politique, tous ces marchands de phrases renégats dont les noms reviennent si souvent, depuis quinze ans, dans les malédictions du peuple français, sont peut-être encore plus coupables de vieillesse que d'apostasie. Ils ont eu aussi leurs beaux jours, leurs jours de pauvreté, de jeunesse et de cœur, et, à l'âge de trente ans, ils prêchaient comme nous le progrès et la liberté. L'un s'emportait en imprécations généreuses contre les bourreaux

n'a 0KMTHOl>0(JIE l'ASSIONIVELLE.

de la Pologne et demandait la réintégration de la nation martyre sur le livre de vie des Etats; l'autre échautiait de sa parole éloquente une jeunesse enthousiaste; Fautre protestait contre la censure, au prix de ses pensions et de ses dignités. Mais l'âge leur est venu à tous avec l'or et le pouvoir, et ils n'ont pas su rester jeunes en prenant des années. Ils ont brûlé ce qu'ils avaient adoré et ils ont fléchi le genou devant le juif qu'ils avaient conspué. Ils ont pratiqué à l'extérieur la politique de l'aplatissement continu; à l'intérieur, ils se sont ingéniés à corrompre et à établir le tarif des consciences ; si bien que la patrie, malade d'un tel régime, les vomit un jour de son sein par un violent effort. Le ridicule et le mépris se sont attachés au nom de la plupart de ces apostats du libéralisme; et ces deux sentiments sont plus justes que celui delà haine ; car ces natures vulgaires étaient, je le répète, des transfuges de la jeunesse, plus encore que de la liberté. Aussi , de peur de finir comme eux, ai-je eu soin de rédiger mon testament politique et social le jour où j'ai atteint ma trente-cinquième année, pour protester d'avance et dans toute la plénitude de ma raison contre les défections et les palinodies involontaires que l'imbécillité et la peur, filles de la maladie et de l'âge, pourraient m'imposer au lit de mort.

L'histoire de France fait foi que jamais trahison n'a manqué faute d'un vieux général, ni un assassinat juridique faute de juges édentés. Dans les époques fécondes en bouleversements politiques, les plus vieux fonctionnaires, ceux qui s'intitulent eux-mêmes les piliers de l'ordre social , sont naturellement ceux qui ont sur la conscience le plus de faux serments.

Les trois quarts des révolutions ont péri faute de tomber aux mains des amoureux. Celle de 89 n'a pas tenu

FORIMTILE Di; GF.KKArT. 93

parce qu'elle n'avait fait que décréter l'égalité des hommes. Celle de février a vécu ce que vivent les roses, parce que les constituants de 1848 n'ont pas osé réparer l'iniquité de leurs pères.

La liberté du monde saignera bien longtemps des sept plaies que la maladresse des législateurs de la constituante de 18i8 a faites à la démocratie française. Longtemps encore les amis de la liberté auront à déplorer l'inconcevable vertige qui poussa tant d'hommes mûrs à remplacer la royauté héréditaire par la royauté présidentielle. Mais la terrible catastrophe n'aura que faiblement surpris le logicien inflexible , qui considérait le mouvement révolutionnaire d'un œil calme, car cette catastrophe était inévitable. Où pouvaient nous conduire, sinon dans le fond des abimes, des guides assez aveugles pour ne pas voir les droits politiques de la femme en plein midi de la révolution ?

L'homme inspiré de Dieu qui fonda Fontevrault , vers la fin du xf siècle, savait mieux la justice que les constituants de 1848, bien que plus jeune que ceux-ci d'environ huit cents ans. Alors que le travailleur asservi se débattait avec peine sous le poids de la féodalité, Robert d'Arbrissel eut l'idée de rallier tous les hommes sous la loi de la femme, pour les pousser au défrichement des terres incultes de la France par la méthode du travail attrayant. C'était un plan fort avancé pour son époque et qui, même de nos jours, serait très-susceptible d'être qualifié d'utopie impraticable et absurde. L'utopie cependant obtint , au moyen âge, un succès prodigieux , auquel le Dieu des catholiques lui-même ne dédaigna pas de s'associer par des miracles, si j'en crois les récits des chroniques locales. En effet, les populations enthousiastes de l'Ouest accoururen t à flots pressés sur les pas du saint hom-

94 ORNlTHOLO(iIE PASSIONNELLE.

me , désireuses de s'enrôler sous la bannière de l'autorité féminine, et quand elles furent arrivées vers la Thébaïde deFontevrault, Dieu fit jaillir du rocher, suivant l'usage, une source miraculeuse pour indiquer le lieu où devait s'établir la sainte colonie. Aux alentours de la source fut donc bâtie la célèbre abbaye de Bénédictins et de Bénédictines de Fontevrault , qui prospéra si rapidement sous la douce loi de la femme, que la colonie-mère dut essaimer de nombreuses succursales du vivant même du fondateur, et que la France compta un jour cinquante -sept prieurés régis par la règle de Fontevrault. Cette règle. qui me parait beaucoup plus suivant le cœur du vrai Dieu que le Décalogue de Jéliova, conférait l'autorité suprême et l'administration temporelle de l'abbaye à une Supérieure. C'étaient les femmes aussi qui étaient- chargées de l'office de la prière, comme possédant une âme plus pure que l'homme et un oi'gane plus agréable au Seigneur. Les religieux labouraient et rentraient les récoltes, priant par le travail et réhabilitant ainsi la condition du serf attaché â la glèbe; tout était pour le mieux. L'histoire, qui enregistre sottement tant de puérilités royales, a oublié de constater le chiffre des milliers d'hectares que ces valeureux pionniers rendirent â la culture pour mériter les bonnes grâces de leur Supérieure ; mais ce chiffre est énorme, et il est bien certain que si jamais ordre religieux eut droit aux bénédictions du peuple, c'est celui des Bénédictines.

Or, Robert d'Arbrissel, le précurseur de Charles Fourier, n'avait fait que mettre en pratique la formule du Gerfaut; et pour cette cause son œuvre a déjà duré près de huit siècles; et nous la verrons quelque jour, galamment transformée suivant la nécessité du progrès, s'incarner glorieusement dans toutes les institutions indus'irielles

FOBMILE Di; GERFAI'T. 95

de ce globe, pour lournir sa carrière jusqu'aux deruiers beaux jours de notre huoianité.

Remarquez, je vous prie, que l'abbaye deFonlevrault est sœur de l'abbaye de Thélème, où Rabelais lait aussi régner la vertu la plus pure, où tous les amoureux obéissent aveuglément aux moindres désirs des dames de leurs pensées et portent leur livrée en signe de servage.

Ainsi Dieu n'accorde la durée qu'aux seules institutions basées sur le principe de l'autorité féminine, et la refuse aux constitutions barbares qui ne tiennent pas compte des droits imprescriptibles et sacrés de la femme. Ceci est de l'histoire des hommes comme de celle des abeilles et de celle des fourmis. Ceci est la démonstration théorique et pratique du théorème contenu dans la prejuière moitié de la formule du Gerfaut.

Michelet, qui est un grand historien et un voyant de haut titre, Michelet, qui pénètre encore plus avant par le cœur que par le raisonnement dans le secret des choses, a parfaitement expliqué pourquoi la femme avait manqué jusqu'à ce jour à la démocratie.

La femme a manqué à la cause du progrès et viré à la superstition , parce que les chefs de la superstition sont les seuls qui lui aient donné dans leurs rangs une place honorable et fait une destinée proportionnelle à ses attractions.

La société de Jésus, si redoutable aux rois, aux peuples et aux hommes, ne vit que des iniquités de la loi masculine, comme l'absolutisme ne vit que des sottises de la démocratie. Toute la puissance de cet ordre fameux, dont les membres s'intitulent les Chevaliers de la Vierge, lui vient de l'habileté extrême avec laquelle il a su exploiter les ressentiments légitimes de la femme contre une constitution sociale qui l'a mise hors la loi. Voulez-vous frap-

96 ORNITHOLOGIF. 1» ASSIONXELLP.

per au cœur la société de Jésus, le ban et rarrière-ban de la supei'siition et de l'ultramontanisnie, appliquez à votre politique la formule du Gerfaut.

La femme, qui n'est que sentiment, charité et justice, appartient par essence au parti de la jeunesse, du mouvement, du plaisir et de la liberté. La démocratie ne peut pas, sans commettre un crime de lèse-humanité et sans trahir sa cause, se priver plu? longtemps des secours d'un auxiliaire si puissant.

Je termine cette série de preuves, qui m'a coûté tant de phrases, par cette définition victorieuse de l'amour que j'avais gardée pour la fin, et qui rend inutile toute autre démonstration de la première partie de la formule du Gerfaut : Le bonheur proportionnel à l'mitorlté féminine. Ecoutez :

L'Amour est la participation du fini a l'infini oui

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