plutôt devant ce tapis flamboyant, de quoi
inutile. Je crois entendre cet air enchanté,
1 ter le terme de cette course sans but appa-
est faite mon émotion? Iei, l'analyse s’arrête, Quel est le chant magique, l’incantation qui couvrit cette prairie d’une vaine pour-
pre? Ovide nous dit que Cérès blessée par un chant de perdition ne donne qu ‘une herbe
de
cette musique sublime et nuisible. À vivre
ici (ul s’agit de Mirabeau, en Provence), n'ac- … querrait-on pas la faculté de créer des .
| Doythesi ) ‘4 La création d’un Day da est peut-être en …
rent. Et plus on s’approche d’ elle, plus augmente l’extase. Dans la pensée de Barrès, en dehors de la poésie, le service de Dieu, de la patrie (considérée comme un conservatoire des morts), de la science, recèle de | tels éblouissements. Il s’en explique plus nettement dans le morceau qu'il appelle le | Testament d’Eugène Delacroix. I] se sert des : admirables textes du journal (2) pour éclairer. les dernières œuvres du peintre, c’est-à-dire. des fresques de Saint-Sulpice, dans la cha-.
(1) Personne, en France, n’a été plus près que Maurice … Barrès de la conception ioodame lil du romantisme see # manique. NS
(2) Je signale que le Journal de Delacroix, trop longtemps À épuisé, vient enfin de reparaître à la librairie Plon. On ne sait. ji
LE
pelle des Anges. Il voit dans Jacob luttant avec l’ange un frontispice « à tous ces livres que dans les chansons de geste on appelle
les enfances d’un héros en les opposant à sa
chevalerie. » Mais, — et c’est ici qu’on entrevoit ce qu'il y a de singulièrement gratuit dans la pensée de Barrès, — ce grand thème ne l’inspire pas mieux, ni différemment, que cette simple visite d’un pigeon dans sa chambre, ou la contemplation des turquoises
ou des améthystes sravées, que les gnostiques …
donnaïent en Égypte comme talismans aux
gens simples. Je lerépète, Barrès en était arrivé
à cette saturation de soi-même, particulière aux grands artistes à la fin de leur vie. C’est lheure où leur choix, dans le monde extérieur, s'arrête aussitôt à l’élément qui seul s’accordera à leurs émotions. Tout ce qui, à
l'esprit de Barrès, ne rendait pas un son déjà
barrésien, avait pour lui un médiocre intérêt. Le secret de la grandeur est dans cette domi-
nation de la matière par l'esprit.
On trouvera aussi dans ce recueil quelques
pages charmantes sur l’Enfance de Jeanne.
pas assez qu'il s’agit là non seulement des réflexions d’un grand peintre sur son art, mais aussi d’un document vastement
humain qui illumine dans un sens l’histoire du romar-
tisme, mais aussi l’âme même.
. d'Arc et sur Claude Géllée. Ce ui la Dale \
lorraine de ce testament. Mais je regrette que … les éditeurs du Mystère en pleine lumière, dans Ja préface qu’ils ont mise en tête du volume, aient dans un certain sens voulu restreindre | sa pensée. Parlant de ces pages interrompues, 1ls disent : « On constatera, nous en sommes assurés, leur importance ne pour qui .
veut comprendre Barrès et la Lorraine. »
L'autre jour, à l’Académie française, M. Louis Bertrand, de même, n’a voulu considérer en :
Barrès que le Lorrain. Il est quand même irritant que l’on ramène sans cesse à ses origines un des rares esprits français contemporains qui ait touché à l’universel. Que Barrès lui-même ait voulu toujours aflirmer ses.
racines et les enfoncer plus profondément dans le sol natal, cela était fort naturel. Mais il nous appartient, à nous, de le dégager de plus en plus de son milieu po et de voir combien de reflets du monde se sont joués sur lui. Ce qui est mystérieux et rare, ce n’est pas de venir de telle ou teile province et d'y avoir gagné telle ou telle particularité, mais, sortant d’un cercle aussi étroit, d’avoir | pu porter ses yeux sur tant d'objets éloignés … et différents. Cela, sans doute, touchait plus | particulièrement no dans son admiration pour Claude Lorrain. On trouvera à la fin du livre les notes qu'il préparait pour une étude … sur lui. Il est curieux de les lire et de voir 4
les matériaux épars qui devaient servir à des pages sans doute parfaites. C’est un perpétuel balancement à la Chateaubriand entre des textes qui touchent Claude Gellée et destextes qui introdusent dans le jeu la personnalité
de Barrès. Son art consistait évidemment à
fondre les deux, à leur ôter cette régularité, à dégager de ce désordre ordonné un poème
aux contours indécis et mouvants qui agirait presque comme de la musique et où la pensée … ne se préciserait que pour se disperser aussitôt dans une vague mélodieuse. Ces notes
de Barrès font sentir, mieux encore quen’importe quelle partie achevée de son œuvre,à
quel point il était un artiste admirable.