‹ L'esprit des livres 1923Chapitre 42 sur 43 · CAR · texte numérisé non relu

CAR

à moi-même : petits écrits que je voudrais transparents et tranquilles, comme des

flammes qui brûlent en plein soleil. Ah!

quel délice devant ce cahier de papier blanc et sur une table nette de se livrer à sa fantaisie, avec une paisible attention et de n'avoir d'autre loi que les rythmes qui se proposent à un poète dans ses loisirs. »

[Il est évident que Barrès a toujours répuoné à l’art du roman. Les siens sont de beaux livres, mais ne sont pas de bons romans. Il s’ennuyait vite et n’aimait pas à suivre.

logiquement le cours de sa pensée. La composition, qui est une chose à laquelle il faut tout le temps réfléchir, qui nécessite un état moral à peu près égal, n’autorisant ni carence sur certains points, n1 enthousiasme sur d’autres, ne convenait pas à son esprit.

L'important pour lui, c'était de se mettre à demi volontairement dans une certaine disposition spirituelle. Il en était arrivé, vers la fin de sa vie, à se connaître assez exactement pour évaluer les causes qui le mettraient dans cette réceptivité. Ces causes étaient souvent minimes, mais que lui importait le point de départ, l’essentiel c'était d'aboutir à l’un de ces andantes majestueux, de ces largos frémissants qu’il appelait lui-même son chant.

[l'est visible, dans le Mystère en pleine lumière, que Barrès avait de moins en moins besoin d’une cause extérieure pour trouver

le secret de cet enchantement. Si, dans son Enquête aux pays du Levant, nous le voyons :

prendre son élan devant de orands spéctacles, par contre, dans son dernier livre, l'incident le plus insignifiant lui suffit, et par exemple, la visite que lui fait un pigeon. Il est vrai que le pigeon se présente à lui, dans son cabinet de travail, au moment même où 1l décrit celui qui se pose, dans la cathédrale d'Auxerre, sur la tête de la Sibylle. [l n’en faut pas davantage pour qu'il voie là une circonstance mystérieuse et qu'il y.

trouve le secret d’une de ces méditations à la fois exaltées et vagues.

Mais ces minutes où l’homme se dépasse, de quoi sont-elles faites en réalité? A ce point de vue, le livre de Maurice Barrès est : à la fois explicite et indécis. À tout moment, il revient sur le sens de ces éclairs et jamais il ne nous les livre entièrement. Peut-être, en effet, est-il bien difficile de faire comprendre à ceux qui ne les ressentent pas, ces décharges brusques d'émotion qui semblent à la fois vous faire avancer vers le centre de vous-même et vous projeter au delà de vous.

C’est le seuil de ce monde que les mystiques ont entièrement parcouru et dont les poètes ‘entrevoient l'entrée. M. l’abbé Bremond y découvre cette recherche d'adaptation à un.

plan supérieur, d’où naissent à la fois à ses yeux la poésie et la prière. |

Tout être qui s est élevé à une contempla-

tion supérieure des choses a convoité et aperçu ces belles minutes. On trouverait làdessus bien des textes, et les plus beaux peutêtre qui aient été écrits. C’est le grand livre des pressentiments de l'humanité.

Mais Barrès lui-même voit ce qu'il y a d’insuffisant dans les explications qu’ 1] donne de ces lumières. Parlant de son pigeon, il dit : « Esprit m’inspire un sentiment du mys- tère des choses. Devant cette charmante merveille animée, qui piétine sur ma maison, j éprouve quelque chose que nous ressentons à écouter une sonate de Mozart : un mélange de tendresse et de gaieté, une harmonie de tout l’être qui ne manque pas de magie et je ne sais quel attrait pour le pur génie de la vie.

« Cette explication manque de limpidité?

Je ne me fais pas d’Esprit et de mon attirance vers lui un concept précis, clair, distinct? Eh! j'en conviens. C’est la connaissance obscure dont parlent les mystiques, c'est l’état d'âme des poètes qui ne peut pas se ramener aux catégories de la logique. » Aülleurs 1l définit de même ces impressions : « Le monde est plein de pouvoirs occultes qui gisent dans les cimetières et dans les consciences, dans les prairies et dans les bois. Nous ne vivons vraiment qu’aux moments où nous . percevons par la douleur, la terreur ou l'amour

. ces D lhialions de l'âme < de la nature (4). »

. Plus loin encore, il s’exprime ainsi : « Ou

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