CHAPITRE XVI
Les gallinacés. — Le dindon. — Les 6chassiers. — Les gallinacés pressirostres et cultrirostrcs. — Le héron. — Les échassiers longirostres. — Un récit d'Audubon.
L'ordre des gallinacés en France est surtout nombreux à cause des nombreuses espèces domestiques.
Le faisan (phasianus colchicus).
Le grand coq de bruyère ou tétras (tétras urogallus). Le coq de bruyère à queue fourchue (tétras tetrix). La gelinotte ou poule des coudriers (tétras bonasia). La lagopède ordinaire ou perdrix des Pyrénées (tétras lagopus).
Le ganga ou gelinotte des Pyrénées (tétras atchata). Le francolin à collier roux (tétras francolinus). La perdrix bartavelle (tétras saxatilis).
La perdrix rouge (tétras ru fus).
La perdrix gamba (tétras petrosus).
La perdrix grise (tétras cinereus).
La caille commune (tétras cotumix).
Le pigeon ramier (columba palumbus).
Le colombin ou petit ramier (columba œnas).
Le pigeon bizet (columba livia).
La tourterelle (columba turtur).
Le coq (phasianus gallus).
Il faut ajouter aux gallinacés le dindon [meleagris galle pavo). Quoique d'importation relativement récente en France, cet oiseau n'en peut pas moins être compté aujourd'hui parmi ceux qui se trouvent domestiqués et même naturalisés chez nous.
Lorsque le roi Charles IX, âgé de vingt ans, épousa le 26 novembre 1570, à Mézières, Éîisabeth, fille de l'empereur Maximilien II, on servit sur la table du banquet nuptial un mets dont les convives, raconte un chroniqueur du temps, — c'est d'Àubigné, s'il m'en souvient bien, — ne goûtèrent d'abord qu'avec une extrême défiance, en dépit des éloges des maîtres-queux qui l'avaient acheté au poids de l'or et fait venir d'Espagne à grands frais.
C'étaient deux gros oiseaux farcis de truffes et disposés dans des plats d'or massif, où on les voyait, suivant la coutume usitée pour les rôts à plumes, accoutrés de leur queue, de leurs ailes et de leur tête. Cette tête semblait peu ragoûtante, à cause de
son long col tout couvert d'excroissances charnues, et du bas duquel sortait une sorte d'aigrette de crins noirs et rudes.
La jeune reine, la première, pour se montrer brave et plaisante en présence du roi , approcha de ses lèvres mignonnes une aiguillette de la poitrine d'un de ces oiseaux. Elle donna un si grand éloge à sa chair savoureuse et délicate, que les convives ne purent faire autrement que de l'imiter. Chacun donc, reginœ ad exemplar, goûta bravement de ce rôt inconnu, et fit chorus d'éloges avec Élisabeth. Après quoi le sire de Biron déclara qu'il fallait introduire en France un oiseau de si haut goût ; le sire de Mesmes appuya fort cette opinion.
Peu de temps après, en effet, quelques dindons, importés d'Espagne à Bourges, s'acclimatèrent dans cette ville, s'y multiplièrent, et ne tardèrent point à devenir fort communs en France, où ils portèrent longtemps le nom à'oiseauœ de la paix boiteuse. Gela provenait de ce que le sieur Malassis de Mesmes et le sire de Biron, qui clochaient de la jambe droite, étaient les auteurs de la paix signée le 25 août, à Saint-Germain-en-Laye, entre les protestants et les catholiques, et, comme nous venons de le conter, les promoteurs de l'introduction des dindons en France.
Je vous ai parlé des massacres que les chasseurs font des alouettes. Les pigeons, qui appartiennent à la famille des gallinacés, dont je suis en train de vous parler, ne sont pas plus heureux, et Ton en pratique, dans les Pyrénées, d'affreux carnages.
Situées entre la Méditerranée et l'Océan, les Pyrénées offrent un point de repos naturel pour les tribus d'oiseaux voyageurs qui dirigent leurs migrations annuelles tantôt vers le nord, tantôt vers le midi; la chaîne occidentale, moins élevée et moins aride, attire de préférence ces hôtes passagers que la diversité de leur instinct, de leur chant et de leur plumage rend si intéressants à observer.
Dès le printemps, les hirondelles de mer remontent les rivières, qu'elles effleurent d'une aile rapide, suivies par les goélands, les mouettes, les coupeurs d'eau, dont le nid repose sur les récifs de l'Océan ; la huppe se montre bientôt à la pointe des bruyères qui commencent à verdir, et chante en hérissant les plumes de sa jolie crête ; le coucou devance dans les bois la naissance des feuilles et fait entendre les deux notes de son couplet monotone.
L'été vient à son tour, avec le loriot, qui, par ses sifflets joyeux et cadencés, semble défier les merles ; les vautours, exilés par l'hiver, rentrent en foule dans les montagnes ; le barbu prend un essor puis-
sant, avec ses larges ailes dont l'envergure dépasse celle même du grand aigle ; l'aman à tête chauve descend dans les profondeurs des ravins et plane sur les eaux.
Avec l'automne arrivent les mûriers, les becfigues, les étourneaux, les grives, les cailles ; tandis que, sur les genêts dorés et les buissons jaunis, les rossignols, les linottes, les chardonnerets et toutes les familles d'oiseaux chanteurs volent par troupes nombreuses, s'appellent vivement, s'assemblent, puis redoublent en chœur des refrains d'adieux , pour aller chercher au loin un autre printemps et une autre patrie.
La colombe océanique, le ramier bleu qui joue un si grand rôle dans la cosmogonie ibérienne, apparaissent dans les Pyrénées en septembre.
Rien n'égale la rapidité de son vol bruyant, et il est impossible de se faire une idée du fracas qui accompagne ces oiseaux, lorsqu'ils s'abattent par milliers dans les grandes forêts de hêtres.
Les montagnards les chassent avec de grands filets tendus à l'extrémité d'un vallon; le choix du site et l'habileté des chasseurs concourent à la rendre plus ou moins heureuse; les produits en sont assez lucratifs pour faire de chaque pantière une propriété importante et privilégiée.
a L'épervier et le hobereau sont les seuls oiseaux de proie que le ramier doive craindre, dit l'écrivain basque Chao ; la vitesse de son vol le met à l'abri de tous les autres. » L'épervier, en effet, s élance de terre perpendiculairement, et se renverse sur le dos pour saisir sa victime , qu'il frappe de son bec tranchant et de sa poitrine osseuse; les ramiers, instruits par l'instinct, évitent son atteinte en abattant subitement leur vol.
L'idée de la chasse aux filets est fondée sur cette observation. Les chasseurs se postent sur les collines, dans un rayon d'un kilomètre, à portée des filets, armés de raquettes blanches, dont la forme imite un épervier; leurs yeux perçants ne se détachent point de l'horizon, où d'imperceptibles vapeurs leur font reconnaître chaque volée de ramiers, plus de vingt minutes souvent avant son approche; ils s'avertissent mutuellement par des cris et des signaux, et lancent leurs raquettes avec tant d'intelligence et d'à-propos, qu'ils manquent rarement de faire prendre aux ramiers la direction fatale. L'instant qui cause le plus d'émotions est celui où les pauvres oiseaux se pressent en colonnes, d'un vol étourdissant que précipite la terreur, et donnent tête baissée dans les filets qui tombent pour les envelopper. Tous les ramiers pris vivants sont
mis en volière, vendus, et garnissent la table des montagnards pendant l'hiver. On tue à coups de fusil ceux que Ton sert en automne et qui n'en sont,
dit- on, que meilleurs : on emploie, pour les attirer, des appeaux vivants auxquels on a crevé les yeux.
La venue des oiseaux voyageurs dans une contrée se détermine par la maturité des fruits dont
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chaque espèce se nourrit. Les uns arrivent aux Pyrénées à l'ouverture des moissons, les autres dans les vendanges. Les grues forment Tanièregarde de la migration; mais, dirigeant leur vol au-dessus des régions que l'aigle fréquente en été, ces oiseaux passent sans s'arrêter, à moins que le mauvais temps et les brouillards ne dérangent leur ligne de bataille et ne les forcent à descendre. Le héron cendré, le cygne sauvage, le canard et l'oie sauvages, la sarcelle, l'outarde et la cigogne séjournent dans les Pyrénées une partie de l'hiver.
Il y a en France quatre espèces d'échassiers : les pressirostres (à bec serré), les cultrirostres (en forme de couteau), les longirostres ( à long bec ) , et les macrodactyles (à grands doigts).
ÉCHASSIKRS PRESSIROSTRES.
La grande outarde (otis tarda).
L'outarde canepetière (otis tetrax).
L'œdicnème ordinaire (charadrius œdienemus).
Le pluvier doré (charadrius pluvialis).
Le pluvier guignard (charadrius morinellus).
Le pluvier à collier (charadrius hiaticula).
Le vanneau gris (tringa squatarola).
Le vanneau huppé (tringa vanellus).
L'huîtrier (hœmatopus ostralegus).
Le coure-vite isabelle (cursorius isabellinus),
L'ESPMT DES OISEAUX.
ÉCHASSIERS CULTRIROSTRES.
La grue cendrée (grus cinerea).
Le héron (ardea picnuta).
Le héron cendré (ardea cinerea).
Le héron pourpre (ardea pur purea).
Le héron à aigrette (ardea rigreta).
La petite aigrette ou galette (ardea garzetta ).
Le héron crabier ( ardea comata).
Le grand butor (ardea stellaris).
Le bihoreau à manteau noir (ardea nycticorax).
Le héron, qu'on regardait au moyen âge comme un oiseau peu courageux, ne mérite point cette accusation. Infatigable et affamé pêcheur, il passe sa vie dans la vase au bord des lleuves ; mais il ne faut pas l'attaquer, car nul oiseau ne sait se servir plus vaillamment et plus rudement de son bec robuste et de ses pattes armées d'ongles redoutables.
L'aigle lui-même trouve chez le héron un adversaire que n'épouvante point la force de son ennemi. Belon raconte que, poursuivi par « le roi des airs », le héron s'élève dans les plus hautes régions de l'atmosphère. Là , il passe son bec dans sa propre aile, et présente à l'aigle ce bec, contre lequel celuici vient se percer dans l'impétuosité de son vol.
Le naturaliste américain Audubon parle avec un grand enthousiasme du héron du nouveau monde, dont les mœurs , du reste , présentent une grande analogie avec les mœurs du héron français. C'est surtout le bihoreau dont il aime à dire la vie pittoresque et dramatique.
Voici dans quels termes il me la disait lui-même, il y a vingt-cinq ans, durant une excursion scientifique que nous fîmes ensemble au Canada, et telle qu'il la raconte, à peu près de même, dans son bel ouvrage intitulé : Scènes de la nature aux États- Unis.
« Le héron de nuit ne quitte pas les États du Midi.
« On l'y trouve en abondance dans les contrées marécageuses, aux environs des côtes, depuis l'embouchure de la rivière Sabine, jusqu'aux frontières est de la Caroline du Sud. Sur toute cette vaste étendue de pays, on peut s'en procurer quelle que soit la saison.
« Les adultes se tiennent moins au sud que les jeunes ; et des troupes de ces derniers demeurent tout l'hiver dans la Caroline méridionale.
« On les appelle poulets indiens; les créoles leur donnent le nom de gros bus; les habitants de la Floride orientale, celui de poules indiennes; quant
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à la désignation plus singulière de qua bird, par laquelle il semble qu'on ait voulu imiter le cri de cet oiseau , elle est généralement usitée dans les États de l'Est.
« Les hérons, sauf pendant la saison des œufs, se montrent défiants et farouches, surtout les adultes ; s'en approcher après qu'ils vous ont aperçu , n'est pas chose facile: ils semblent connaître la distance à laquelle votre fusil peut les atteindre , guettent tous vos mouvements, et, lorsqu'il en est temps, s'enlèvent de leur perchoir. Au moindre bruit, ils partent tous ensemble, en battant vivement des ailes, comme fait le pigeon commun, et l'on dirait que, dans leur fuite rapide, ils se moquent de votre désappointement.
« Au contraire, on les tue sans peine en les épiant aux lieux où ils viennent se reposer pendant le jour.
« lis y arrivent ordinairement seul à seul ou par petites troupes; et de sa cachette, sous les arbres, rien n'est plus aisé au chasseur que de les tirer à bonne distance, au moment où ils se posent audessus de sa tète. J'ai connu des personnes qui , de cette manière, en tuaient, à deux, de quarante à cinquante en une couple d'heures.
« On peut également en tuer à chaque instant
du jour, en les surprenant à l'écart, pendant qu'ils sont occupés à manger, et c'est une chasse qui ma fréquemment réussi dans les diverses parties des Ktats-Unis, même dans les États du Centre.
« Cependant les hérons se laissent rarement joindre quand ils sont à terre; ils possèdent une ouïe plus fine encore que le butor américain : celui-ci, lorsqu'il entend du bruit, se tapit parmi les herbes, tandis que le héron de nuit s'envole immédiatement.
« Le héron bihoreau niche en communauté, autour des étangs dont l'eau est stagnante , près des plantations de riz , dans l'intérieur des marais reculés, ou dans la mer, sur quelques îles couvertes d'arbres verts.
a Les héronnières sont établies, tantôt parmi les basses branches des buissons, tantôt sur des arbres d'une hauteur moyenne, ou, au contraire, très-
élevés, selon que les uns ou les autres paraissent plus convenables et plus sûrs.
« Dans les Florides , les bihoreaux recherchent les raangliers qui penchent au-dessus des eaux salées; dans la Louisiane, ils préfèrent les cyprès, et, dans les districts du milieu, les cèdres leur semblent mieux appropriés à leurs besoins.
« Dans quelques-unes de leurs colonies, non loin de Charleston, que je visitai en compagnie de Bachman,nous trouvâmes les nids placés en bas, sur des buissons, serrés les uns contre les autres : les uns à un mètre seulement de terre, les autres à deux à trois mètres, un grand nombre à plat sur les branches ; certains, enfin , dans les bifurcations.
« On en apercevait plus de cent à la fois , tous bâtis sur la lisière des buissons et faisant face à la mer.
« Les nids que je vis dans les Florides étaient invariablement placés sur le côté sud -ouest des îles de mangliers, mais plus écartés l'un de l'autre; quelques-uns n'étant qu'à trente centimètres audessus de la marque des hautes eaux, tandis qu'il y en avait jusqu'au sommet des arbres, lesquels, toutefois, ne dépassaient guère six à dix mètres.
« Dans la Louisiane, j'en remarquai tout en haut d'immenses cyprès qui n'avaient pas moins de cent
pieds ; et à côté étaient les nids de Yardea herodias, de Yardea abba, et de quelques anhingas.
« Thomas Nuttall affirme que sur une île trèsretirée et marécageuse, dans l'étang qu'on appelle Freshpond, près de Boston, il existe une ancienne héronnière; de méchants garnements ont beau dérober à plaisir les œufs des pauvres oiseaux, ceux-ci ne se rebutent point, mais se remettent aussitôt à pondre et réussissent ordinairement à élever une seconde couvée.
« Le nid du bihoreau est large, aplati, composé de petits bâtons croisés en divers sens et sur une épaisseur de trois à quatre pouces. Parfois il est arrangé avec si peu de soin, que les petits font la culbute en bas, avant de pouvoir voler.
« Souvent les oiseaux se bornent à réparer ces nids chaque année, et quand ils ont une fois trouvé quelque position qui leur plaît , ils y reviennent périodiquement, jusqu'à ce qu'une castastrophe les contraigne à l'abandonner, lis ont, au plus, quatre œufs. La coquille est mince et d'un beau vert de mer.
« Trois semaines environ après leur éclosion , la plupart des jeunes quittent le nid , grimpent le long des branches, auxquelles ils s'accrochent, et parviennent à se hisser jusqu'au sommet des arbres
et des buissons , où ils attendent que les parents leur apportent de la nourriture.
« Si vous vous en approchez dans ces momentslà, votre présence jette le trouble parmi les petits et les grands; le croassement que les uns et les autres ont jusqu'ici continuellement fait entendre, cesse tout à coup; les vieux s'envolent et viennent planer autour de vous, ou se posent sur les arbres voisins, pendant que les petits s'échappent en rampant dans toutes les directions et tâchent de se sauver. Leur terreur est telle, qu'on en voit qui se précipitent à l'eau, où ils nagent très-vite; bientôt ils atteignent la rive, et courent se cacher partout où ils le peuvent.
« Retirez -vous à l'écart, pendant une demiheure , et vous êtes certain de les entendre s'entreappeler de nouveau. Leurs cris s'élèvent graduellement, redeviennent bientôt aussi bruyants que jamais. La puanteur des excréments qui recouvrent les nids abandonnés, les branches et les feuilles des arbres et des broussailles aussi bien que le sol; l'odeur fétide qu'exhalent les œufs cassés et les cadavres des jeunes qui ont péri, jointes à celle du poisson et des autres matières, font, d'une visite à une héronnière, une véritable corvée.
<( Les corbeaux, les vautours et les faucons tour-
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mentent ces oiseaux pendant tout le jour, tandis que les ratons et les autres animaux carnassiers les détruisent à la faveur de la nuit.
« La chair des jeunes, tendre, grasse et succulente, est aussi bonne à manger que la chair du pigeon, et n'a qu'à un très-faible degré ce goût désagréable qu'on reproche aux autres oiseaux qui , comme eux , se nourrissent de poissons et de reptiles.
« À cette époque de Tannée , on trouve rarement les vieux hérons parés de ces plumes effilées qui leur pendent derrière la tête en forme de léger panache , et ce n'est qu'à la fin de l'hiver suivant qu'elles repoussent; mais alors elles atteignent toute leur longueur en quelques semaines.
« Quand un héron se sent blessé, il cherche d'abord à se dérober parmi les herbes et les broussailles, où il se foule dès qu'il a trouvé une bonne cachette. Au contraire, lorsqu'il croit n'avoir aucun moyen de fuir, il s'arrête, redresse son aigrette, hérisse ses plumes et se prépare à la défense , en ouvrant son long bec, dont parfois il administre de rudes coups ; mais il fait encore bien plus de mal avec ses griffes. Quand on le saisit, il pousse un cri fort, rauque et continu, et cherche à tous moments à s'échapper. »
Un autre échassier, la cigogne, ne présente pas, en Europe, des mœurs moins curieuses que le héron en Amérique. Voici ce qu'en raconte M. Martner :
« J'habitais à Strasbourg le troisième étage d'une haute maison, et de mes fenêtres j'apercevais cinq ou six nids de cigognes ; mais d'un vaste grenier, situé au-dessus, je pouvais voir presque tous ceux de la ville. Ces nids sont tous situés dans le même quartier, dans un espace assez resserré, et à l'ouest de la cathédrale, dans un rayon qui ne dépasse pas trois à quatre cents mètres, ce qui indique dans ces oiseaux un esprit de sociabilité bien prononcé.
« L'arrivée des cigognes a lieu constamment vers la fin de février, et leur départ dans les premiers jours de l'automne. Leur premier soin , après avoir pris possession de leur demeure, qui paraît être la propriété d'une même famille, est de réparer les dégâts causés par l'hiver. Les cigognes vont chercher dans la campagne des branchages qu'elles entrelacent très -solidement avec les anciennes constructions, de sorte que les nids ont quelquefois une hauteur de cinquante à soixante centimètres. Ces nids sont placés sur le sommet des cheminées hors d'usage ou couvertes d'un toit plat. Dans les campagnes, les habitants cherchent à les attirer en plaçant sur les cheminées ou sur le pignon de
Féglise une vieille roue de chariot, et même petit plancher en bois, pour servir de point d'appui à leurs constructions.
« Les cigognes se répandent dans toutes les parties basses de l'Alsace, qui sont couvertes de grandes prairies entrecoupées de cours d'eau, où elles trouvent facilement leur nourriture.
Elles s'arrêtent au pied des Vosges, qu'elles ne dépassent jamais. Cependant il est ar-
rivé une fois qu'un couple de ces oiseaux est venu s'établir à Lunéville, en bâtissant son nid sur la tête d'une statue qui surmonte une tour de l'église principale. Cette statue représente l'archange saint Michel , dont les ailes ont servi à appuyer un des rebords du nid. Cet essai ne leur a pas paru satisfaisant, car elles ne sont plus revenues. A Saverne, au pied de la côte, il existait aussi un nid trèsancien sur la maison qu'habitait ma famille, et qui était occupé chaque année; mais à la suite d'un feu d'artifice tiré dans le voisinage , elles ont disparu subitement et n'ont plus reparu. J'ignore si, à cette heure, uue nouvelle famille n'en a pas pris possession.
« Pour revenir aux cigognes qui s'abattent sur Strasbourg, j'ai été témoin de plusieurs faits, dont l'un prouve qu'il y a entre ces animaux une entente semblable à celle que l'on remarque chez les hirondelles. Un couple, sans doute jeune et inexpérimenté, s'était établi sur une cheminée vacante, en face de mes fenêtres ; le nid s'élevait rapidement ; mais, un jour, une demi -douzaine de cigognes, s'apercevant que ce nid se formait aux dépens des leurs, se précipitèrent avec fureur sur le nouvel édifice , en dispersèrent une partie des matériaux, les firent tomber à terre, et en emportèrent le reste
dans leur bec. Pour faire ce coup, elles avaient profité de l'absence du jeune couple.
« Ces oiseaux pondent ordinairement deux ou trois œufs; j'ai vu un nid qui contenait cinq jeunes. À. mesure que les petits grossissent, leur appétit devient plus fort, et les parents ont fort à faire pour leur apporter la nourriture nécessaire. Un jour, un de ceux-ci arrivant avec la provende, qui paraissait être une couleuvre vivante qui se débattait beaucoup, les petits allongèrent vivement leur bec, chacun d'eux voulant être servi le premier, et piquèrent ou pincèrent probablement leur mère. Celle-ci s'abattit sur le nid en piétinant avec colère pendant quelques instants ; puis, inclinant la tête de côté, les regarda fixement pendant quelques minutes, comme pour les menacer. Les cigogneaux ne bougèrent pas, se tinrent parfaitement tranquilles, et reçurent ensuite avec beaucoup de calme la nourriture que la mère leur distribua également.
« Quand les petits sont devenus un peu gros, le nid se trouve trop étroit ; les parents vont se percher, pendant la nuit, sur le faîte des toits voisins. Rien de plus amusant que de voir les enfants s'essayer à voler; ils se dressent d'abord sur leurs longues pattes, battant gauchement de leurs ailes
par un mouvement régulier; puis ils s'élèvent quelque peu avec le même mouvement, et retombent lourdement dans leur nid. Les parents leur avaient enseigné cet exercice par une manœuvre semblable. Au bout de huit à dix jours, ils peuvent prendre leur vol, en augmentant progressivement les distances. Ils ont quelquefois trop présumé de leurs forces ; on les relève avec soin pour les mettre dans les cours ou les jardins. En captivité, ils se promènent gravement, mais ne se familiarisent pas. J'ai vu à Saverne, dans un établissement de bains, un de ces oiseaux qui, ayant une querelle avec un chien pour un morceau qu'ils se disputaient, a eu la mandibule inférieure brisée. Le pauvre animal devait nécessairement mourir de faim. Un ferblantier fut appelé, lui fabriqua un fragment de bec en fer-blanc qui fut rajusté à la partie restante au moyen de petits clous, et dont le blessé se servit fort bien.
« Le départ d es cigognes a lieu de bonne heure ; je crois que c'est au commencement de septembre. Déjà longtemps avant cette époque les nids sont vides ; pères et enfants vont passer la journée dans les champs, au bord des ruisseaux, des mares, oïi ils trouvent de petits poissons, des grenouilles, des souris, de gros insectes, car tout leur est bon ;
et ils ne reviennent que dans la soirée, où ils vont se percher sur les toits. Quelques jours avant le départ, on voit toutes les cigognes rangées à côté les unes des autres, sur le toit très-élevé et très-aigu de l'église appelée le Temple-Neuf, qui sert au culte protestant. On les entend, pendant la nuit, claqueter
continuellement de leurs becs, comme pour se concerter; puis, un beau matin, on n'en aperçoit plus une seule : elles sont parties au point du jour. »
Après les hérons viennent, dans l'ordre des échassiers de France, les cultrirostres :
La spatule blanche (platalea leucoroides).
La cigogne blanche (ciconia alba).
La cigogne noire (ciconia nigra).
La cigogne maguari {ciconia maguari).
Cette dernière espèce est assez rare en France ;
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L'ESPKIT DES OISEAUX.
cependant on en tue presque chaque année quelques individus à l'époque du passage de ces oiseaux. Passons maintenant aux échassiers longirostres.
L'ibis vert ou noir (scolopax falcenellus).
Le courlis (scolopax acquata).
Le petit courlis ou courlieu (scolopax phœopus).
La bécasse ordinaire (scolopax rusticola).
La double bécassine (scolopax major).
La bécasse sourde (scolopax gallinula).
La barge rousse (scolopax limosa ru fa).
La barge à queue noire (scolopax melanura).
La maubèche ou bécasseau noirâtre (tringa maritima).
La bécasse de Lemmink (tringa Lemminkii).
La bécasse échasse (tringa minuta).
La maubèche canut ( tringa cinerea ).
Le sanderling variable (charadrius calidris).
L'alouette de mer ou bécasseau brunette (tringa anelus >.
Le bécasseau cocorli (scolopax subarqi4ata).
Le combattant (tringa pugnax).
L'KSPMT DES OISEAUX.
Le tourne-pierre à collier (tringa interpres). Le chevalier aux pieds verts (scolopax glottis). Le chevalier noir (totanus fusais).
Le chevalier gambette ou aux pieds rouges (totanus calidris).
Le petit chevalier aux pieds verts (totanus stagnatilis).
Le cul-blanc (tringa ochropus).
Le chevalier Sylvain ou des bois (tringa glareola).
Le chevalier guignette (tringa hypolcucos).
L'échasse à manteau noir (himantopus melan opter us).
L'avocette à nuque noire (recurviroslra avocetta).
ÉCHASSIERS MACRO DACTYLES.
Le râle d'eau d'Europe (rallus aquaticus).
Le râle des genêts ou roi des cailles (rallus crex). Le râle tacheté ou marouctte (rallus porhana). Le bâillon (rallus Baillonii).
Le râle poussin (rallus pusillus). La foulque commune (fulica chloropus).
La macroule ou morelle (fulica atra).
La perdrix de mer ou glaréole (fulica glareola). La perdrix de mer ordinaire ou glaréole à collier (glareola torquata).
Le flamant rouge (phœnicopterus ruber).
Les palmipèdes, c'est-à-dire les oiseaux qui portent des espèces de palmes aux pattes, pour en unir les doigts et les rendre propres à la natation, se divisent en palmipèdes plongeurs, en palmipèdes longipennes, ou à longues plumes des ailes
et grands voiliers, en palmipèdes totipaimes, c'està-dire à palmes très- grandes, et en palmipèdes amellirosires, c'est-à-dire à bec en forme de lames.