CHAPITRE XV
Suite des passereaux denli rostres. — Le serin de la légende. — Le» passereaux conirostres. — Les syndactyles. — Les grimpeurs.
Revenons maintenant aux autres conirostres.
La mésange proprement dite (parus ).
La mésange charbonnière (parus major ).
La mésange petite charbonnière (parus ater).
La mésange bleue (parus cœruleus).
La mésange huppée (parus cristatus).
La mésange nonnette (parus palustris).
La mésange à longue queue (parus caudatus).
La mésange à moustaches (parus biarmicus ).
La mésange réveil ou penduline (parus pendulinus}.
Le bruant commun (emberiza citrinella).
Le bruant crocote [emberiza melanocephala).
Le binant fou des prés (emberiza ica).
Le bruant des haies (emberiza cirlus).
Le bruant des roseaux {emberiza schœniclus).
Le bruant des marais (emberiza palustris).
Le bruant proyer (emberiza mililaria).
L'ortolan (emberiza hortulana).
Le bruant mytilène ou gavoué (emberiza lesbia). Le bruant des neiges {emberiza nivalis).
Le bruant cendrillard (emberiza œsia).
Le bruant montain ou pinson des montagnes (emberiza calcarata).
Le moineau domestique (fringilla domestica).
Le moineau des bois ou friquet (fringilla montana).
Le moineau espagnol (fringilla hispanolensis).
Le pinson vulgaire (fnngilla cœlebs).
Le pinson de montagne ou des Aràenncs(monti fringilla).
Le pinson des neiges ou niverolle {fringilla nivalis).
L ESPH1T DES OISEAUX.
La linotte ordinaire (fringilla cannabina).
La linotte des montagnes (fringilla montana).
La petite linotte, le serin du cabaret (fringilla linaria).
Le serin de Provence ou cini {fringilla serinus).
Peut-être faut-il joindre à cette énumération des oiseaux de France une espèce exotique venant des îles Canaries , mais tout à fait domestique en France, puisqu'elle y peuple partout et qu'elle s'allie au besoin avec le serin de Provence, tout à fait indigène. Né en cage et livré, soit volontairement, soit par hasard, à une liberté qu'il n'a jamais connue, puisqu'il est né en esclavage, le serin des Canaries niche, pond en plein air, et se conforme en tout aux habitudes du serin provençal.
L'élève du serin des Canaries remonte en France à une époque assez ancienne, comme l'atteste le récit qu'on va lire.
Parmi les plantes qui fleurissent en ce moment et tapissent le pied des vieux murs ou les coins solitaires, et cherchent même à se conquérir une petite place obscure dans les terrains cultivés, il faut citer en première ligne la stellaria média des botanistes, que l'on nomme encore stellaire, aisine, morgeline, et qui n'est autre chose que le véritable mouron des oiseaux.
Avant le règne de Charles VI, personne ne s'in-
quiétait de cette herbe autrement que pour la qualifier de mauvaise et pour l'arracher quand elle poussait dans un champ; chacun la foulait aux pieds, sans y prendre garde, quand on la rencontrait sur son chemin.
Or, à l'époque où la plus terrible des maladies, l'aliénation mentale, vint frapper le pauvre roi, et lorsqu'on eut recouru inutilement pour le guérir à toutes les ressources de la médecine et même à la magie, quelqu'un s'avisa de faire observer qu'on n'avait pas consulté le neveu de Tarchiàtre du défunt roi Charles V, Guibert du Celsoy, ou de Salceto, doyen de la faculté de médecine de Paris.
Sans doute le neveu était l'héritier des secrets de son oncle, comme il était l'héritier de sa fortune et de sa maison de la rue Saint-Jacques, adossée à l'église Saint-Séverin, et portant pour enseigne une croix de fer.
On alla donc le quérir chez lui, et bon gré, mal gré, on le mit en présence du royal malade. Antoine Guibert de Celsoy, malgré la solitude profonde dans laquelle il vivait, passait à tort ou à raison pour un médecin de grande valeur comme son oncle, et on a lieu de s'étonner que Von ne l'eût point mandé plus tôt. Son épitaphe, qu'on lisait encore, il y a quelques années, dans la petite église
de Saint-Maur, au petit village de Celsoy, près de Langres, affirme, en effet, que :
Maistre fu es arts excellent Et en médecine ensement De la praticque souverain Pareil n'avoit en corps humain.
Il ne fallait point songer à déclarer incurable la maladie de Charles YI ; car on avait pendu, peu de temps auparavant, deux cordeliers appelés, comme Guibert, en consultation, et qui avaient déclaré la • science humaine impuissante contre un mal surnaturel, selon eux. Cette déclaration faite, on les obligea à exorciser le roi, et, le roi se trouvant plus mal après les exorcismes, on envoya au gibet les pauvres moines, sous prétexte qu'au lieu de chasser les mauvais esprits, ils en avaient évoqué de plus redoutables encore.
Donc, Antoine Guibert, après avoir mûrement étudié pendant plus d'une semaine les symptômes de la démence du roi, déclara que toute maladie mettant à s'en aller autant de temps qu'elle en avait mis à venir, et le roi étant malade depuis dix ans, il fallait également dix ans pour obtenir sa guérison.
Après cette sage précaution, il se mit à l'œuvre
et prescrivit à Charles VI, entre autres remèdes, des infusions d'une plante fraîche dont il faisait grand mystère.
A la grande surprise de ceux qui soignaient le roi, et surtout de damoiselle Odette de Champdivers, on ne tarda point à remarquer que le visage du roi se débarrassait des feux qui l'empourpraient, et que son humeur devenait plus facile. Antoine Guibert, nommé, pour ce premier succès, chapelain de la chapelle de Saint Jean- Baptiste , dans l'église de Paris, chapellenie qu'avait également obtenue son oncle, ordonna que chaque jour le malade prît, pendant deux heures, un bain préparé avec les mêmes herbes, non seulement cuites en eau bouillante, mais encore jetées fraîches et vives dans la baignoire.
Soit par suite de ce traitement, soit hasard, le roi entra alors dans une des crises de calme et de quasi- intelligence qui caractérisaient sa maladie.
Je n'ai pas besoin de vous dire qu'on cria au miracle , et que chacun voulut connaître quelle était l'herbe efficace dont Antoine Guibert faisait un si grand mystère. En agissant ainsi, il imitait ses confrères, qui tous cachaient avec un soin extrême la nature des remèdes qu'ils avaient découverts.
On épia si bien Guibert, qu'on finit par découvrir
que Y herbe du roi, — on rappelait déjà ainsi, — était la morgeline.
Alors chacun , d'abord à la cour, puis à la ville, voulut se mettre au régime d'une plante si bienfaisante, et à laquelle on ne tarda point à attribuer toutes sortes de vertus. La reine Isabeau elle-même voulut prendre chaque jour des bains semblables à ceux du roi, espérant ainsi donner plus de blancheur à sa peau et plus de relief à sa funeste beauté.
Ce fut avec les dons de la reine et les munificences des courtisans que Guibert fit élever, dans son village natal de Celsoy, une église qui subsiste encore en partie, et dans laquelle il consacra à la mémoire de son oncle un magnifique monument, sur lequel on lit Tinscription suivante :
Médecin fut des rois de France , Jehan et deux Charles sans doublance.
Après avoir usé des décoctions de morgeline et pris des bains parfumés des essences de cette plante, on recourut à elle comme à un vulnéraire résolutif et astringent , et on en composa par la distillation une eau tenue infaillible contre les maux d'yeux ; bref, on la fit entrer dans la préparation de tous les cosmétiques, et on finit même par la manger en salade et par en composer des potages de santé appelés soupes au roi.
Vers la sixième année du traitement de Charles Vf, Antoine Guibert, prétextant sa mauvaise santé, se donna des aides et des suppléants, ralentit ses visites à la cour, n'y reparut plus que rarement, et mourut vers 1409, laissant une réputation rivale de celle de son oncle, avec lequel, par parenthèse, on le confond souvent.
Les médicaments et les simples ont, comme les livres dont parle Horace, leur destin, c'est-à-dire qu'après les avoir prônés outre mesure, on les laisse tomber peu à peu dans un oubli profond
Sans avoir mérité Ni cet excès d'honneur, ni cette indignité.
La morgeline n'échappa pas au sort commun; non-seulement on cessa de s'en servir pour combattre la folie, mais encore les parfumeurs renoncèrent peu à peu à la distiller et à en préparer des cosmétiques, et les ménagères à en servir sur leur table des salades et des soupes au roi.
Le hasard rendit cependant, un siècle après, à la morgeline une partie de sa vogue, et voici en quelles circonstances.
Henri III aimait beaucoup les oiseaux, et surtout les serins, qu'on appelait alors Canaries, des îles d'où on les supposait originaires. Il en possédait
de belles espèces dont il s'appliquait encore à perfectionner la race par des croisements savamment combinés. Il fallait, selon les idées de cette époque, pour qu'un serin atteignît la perfection, quil fût svelte de taille, assez haut sur pattes, d'un jaune mat, le bec fort, et doué d'une voix éclatante.
Henri III s'enquérait de tous côtés des moyens les meilleurs d'élever les serins. Un de ses courtisans lui apprit qu'en Hollande, où se faisait un grand commerce de ces oiseaux, on plaçait dans leur cage des plantes de mouron, qu'ils trouvaient grand plaisir à becqueter, et qui les préservaient des maladies épidémiques trop souvent fatales à ces oiseaux.
Le roi n'eut point de cesse qu'on n'eût rempli ses cages de mouron. A sa grande surprise, les oiseaux moururent en masse victimes d'une maladie que l'on baptisa du nom à'astriction, et qui consistait en une sorte de colique sèche.
On accusa, non sans raison, le mouron d'être l'auteur de ces sinistres, et on le bannit des volières du Louvre.
Or, un matin que le roi venait de faire ses dévotion à l'église Saint-Séverin , il passa par la rue Saint Jacques ; il entendit dans une maison de cette rue, touchant à l'hôtel de Mortmer et à celle du Dieu-
d'Amour, des serins qui chantaient d'une façon merveilleuse.
Il leva la tête, vit au-dessus de la porte une croix de fer en guise d'emblème ou d'enseigne , entra sans façon, et alla droit à une magnifique volière pleine de serins et garnie de toutes parts de mouron.
« Vous ne savez donc pas que cette herbe maudite a empoisonné tous les oiseaux du roi? demanda-t-il à un jeune homme qui s'avançait pour recevoir le visiteur inattendu.
— Si fait , Monsieur, répondit le jeune homme ; mais c'est parce que les gens chargés d'approvisionner de mouron les cages du roi ont confondu avec cette plante une autre plante qui lui ressemble beaucoup; on la nomme anagallide, et on lui attribue , à tort ou à raison , la propriété d'attirer hors des blessures les fers de flèches. Quoi qu'il en soit, l'anagallide est un poison pour les oiseaux , tandis que le vrai mouron, la morgeline , les rafraîchit et les préserve de maie mort. La morgeline porte des fleurs blanches , et l'anagallide , des fleurs tantôt d'un rouge de brique, tantôt variant du blanc au bleu.
— Et où avez -vous appris toutes ces savantes choses?
— Dans les manuscrits que m'ont légués mes
grands-oncles, archiâtres et médecins des rois Jean, Charles V et Charles VI, Guibert et Antoine du Celsoy.
— Eh bien ! tu seras archiâtre de mes oiseaux, répliqua le roi en riant. »
Charles du Celsoy ne dédaigna pas d'accepter cette position officielle à la cour, et depuis lors la morgeline conserve le privilège de servir de nourriture aux nombreux serins qu'on élève à Paris, où les riches et les pauvres, les pauvres surtout, aiment passionnément les oiseaux et les fleurs ; sans doute par la grande difficulté qu'on éprouve à y élever des oiseaux et à y cultiver des fleurs.
Reprenons maintenant notre nomenclature des oiseaux de France.
Après le serin de Provence viennent parmi les
conirostres :
Le venturon commun (fringilla citrinella).
Le tarin commun (fringilla spinus).
Le gros-bec commun (fringilla coccauthraustes).
Le verdier (fringilla chloris).
Le saulcie (fringilla petronia).
Le gros-bec incertain {fringilla incerta).
Le bouvreuil (fringilla pyrrhula vulgaris).
Le bouvreuil gilhagine {pyrrhula vulgaris).
Le bec-croisé (pyrrhula loxia).
Le bec-croisé-perroquet ou des sapins (pyrrhula pythiopsittacus).
Le bec-croisé des pins (loxia curvirostra).
L'étourneau commun (sturnus vulgaris).
Le corbeau vulgaire (corvus corax).
La corneille (corvus corone).
Le freux {corvus fregillus).
Le choucas (corvus monedula spermologus).
La pie (corvus pica).
Le geai (corvus glandularius).
Le casse-noix (corvus caryocatactes).
Le rollier (coracias garrula).
On appelle tênuirostres , les passereaux à bec faible. Ce genre se compose des oiseaux suivants :
Le torche-pot (sitta europœa).
Le grimpereau (certhea familiaris).
L'échelette ou grimpe de murailles (certhia muraria).
La huppe commune (upupa epops).
Le crave d'Europe (corvus graculus).
On classe parmi les passereaux syndactyles^ c'est-
à-dire dont les doigts de pieds sont réunis par une membrane étroite :
Le guêpier commun (merops apiaster).
Le martin-pécheur (alcedo ispida).
Les grimpeurs sont :
Le pic noir (picus martius).
Le pic vert (picus viridis).
Le pic cendré C picus canus ).
Le pic moyen épeiche [picus major).
Le pic moyen (picus médius).
Le pic épeichette (picus minor).
Le pic tridactyle ou picoïde (picus tridactylus).
Le torcol (yunx torquilla).
Le coucou (cuculus canorus).
Le coucou Jean ou tacheté (cuculus glandarius).
Je vais vous conter, à propos des pics, un acte da dévouement et d'intelligence que je tiens de M. Servaux, chef de bureau au ministère de l'instruction publique, et, à ses heures de loisir, ornithologiste passionné. Je le laisse parler :
« À la fin de l'hiver, j'avais remarqué, dans une grande propriété de Montmorency (Seine-et-Oise), deux pics (le pic commun, picus viridis), qui avaient commencé à creuser leur nid dans un orme, à environ quatre mètres du sol. Vers le milieu de mai, pensant, à juste raison, qu'ils devaient avoir des œufs, j appliquai une échelle et montai le long
m L'ESPRIT DES OISEAUX.
de l'arbre ; mais impossible d'introduire mon bras dans l'ouverture : l'arbre était trop épais, et le trou, profond de cinquante centimètres environ. J'essayai, mais en vain, et pendant une demi-heure, d'arriver aux œufs, soit à l'aide d'une branche enduite de glu, soit avec une cuiller en étain recourbée... Enfin, lassé de mes tentatives infructueuses, je me décidai à boucher l'entrée du nid , avec cette espérance que peut-être, pressée de pondre, la femelle déposerait ses œufs (ainsi que je l'ai observé plusieurs fois) dans un trou d'arbre des environs. Je ne m'occupais plus des pics et ne pensais déjà plus à eux, lorsque le soir, vers quatre heures, passant dans cette même allée , j'entendis frapper à coups redoublés sur l'orme que j'avais quitté le matin. Je m'avançai avec précaution et j'aperçus, cramponné à la hauteur du fond du nid , c'est-à-dire à cinquante centimètres plus bas que l'ouverture, un pic qui, tout préoccupé de son opération, 'ne me vit pas et me laissa approcher jusqu'au pied de l'arbre. 11 s'envola alors, et grand fut mon étonnement, lorsque j'entendis continuer, mais intérieurement, dans l'arbre le même bruit que j'avais entendu au dehors. Évidemment j'avais enfermé la femelle dans le nid, sans m'en douter, et la pauvre bête, couchée sur sa couvée, n'avait pas donné signe
de vie le matin, lors de mes tentatives pour lui enlever ses œufs.
a J'appliquai de nouveau l'échelle contre l'arbre, et collai mon oreille à l'endroit où les coups de bec arrivaient sans arrêt et avec une précipitation qui indiquait le désir de la liberté que devait éprouver la prisonnière. Je fis du bruit, elle s'arrêta; mais un instant après elle recommença de plus belle. De son côté, le mâle n'était pas resté inactif, je vous assure ; car Técorce de l'arbre était fortement entamée sur une largeur de cinq à six centimètres, et sur une profondeur de plus de deux centimètres; inutile d'ajouter que ce commencement de trou correspondait juste à celui que la femelle commençait à l'intérieur.
a La captivité forcée que j'avais imposée bien involontairement à la pauvre femelle avait duré assez longtemps, et, après m'être bien assuré du fait que je viens de vous raconter, je retirai la pierre que j'avais mise le matin pour boucher l'entrée du nid. La femelle s'élança immédiatement, mais je la saisis au passage pour l'examiner avec attention. Elle était, comme vous pouvez le penser, extrêmement farouche, très-agitée, les plumes hérissées, le bec tout couvert de sciure de bois, et, lorsque je la lâchai, elle poussa deux ou trois cris en s'envolant.
Était-ce la peur que je venais encore de lui causer, ou plutôt la joie de la liberté?
« En quittant la maison, je fis part au jardinier de ce qui venait de m'arriver ; il me plaisanta beaucoup, me disant que c'était impossible, attendu que,
dans la journée, à plusieurs reprises, il avait vu les deux pics qui frappaient l'orme à l'extérieur, et qui étaient tellement occupés à leur travail, qu'ils continuaient malgré sa présence, ne s'en volant qu'au moment où il allait les toucher. Je m'expliquai alors l'énorme trou fait en si peu de temps , et
qui, bien probablement, n'aurait pas tardé à offrir une sortie à la prisonnière. Pour rendre la liberté à sa femelle, le pic mâle avait eu recours à l'obligeance d'un camarade, de son frère peut-être. »