‹ l'esprit des OrientauxChapitre 187 sur 214 · SLIM'LIANTS (PROTFXTION DES · texte numérisé non relu

SLIM'LIANTS (PROTFXTION DES

Dans la ville d'Amara-Vaty-Patna, vivait le roi Tchita- Tchacra-Varty, avec son ministre Darma-Pahla. Les grandes vertus de ce prince l'avaient rendu cher à tous ses sujets et avaient répandu partout le bruit de sa renommée.

LA MORALK EN OUIENT 303

In joui-, le (lieu Dcvindra voulaiil fiiii-c un voya^^o h l:i vilh^ d'Amarii-Vaty Patna, >.'ara-M()iiiii-Sonîira, (jiii y résidait (1), instruit de son dessein, lui pr('j)ara un trône pour le recevoir dignement, vint au-devnnt de lui et lui fit le meilleur accueil qu'il lui fut possible. Après les premières civilités, il demanda au dieu quel était le sujet d'une visite si inattendue. Devindra lui répondit qu'il était venu pour apprendre de lui des nouvelles de ce qui se passait sur la terre, et lui demanda en même temps quels étaient, parmi les rois qui V régnaient, ceux qui s'étaient rendus les plus célèbres. Nara-Mouni-Sonara répondit que, parmi les princes existants, celui qui se faisait le plus remarquer par ses vertus était Tchita-Tchacra-Varty. « C'est sans doute, répondit Devindra avec un air de mépris et un sourire moqueur, un de ces mortels vertueux au dehors avec une volonté perverse au dedans. Cependant, ajouta-t-il, puisque la renommée exalte tant son mérite, il faut que je voie et que j'éprouve par moimême ce qui en est. »

Le dieu voulut donc se rendre auprès de ce prince, et, sous prétexte de faire le voyage plus vite, il prit pour monture une colombe qui, par son vol rapide, devait le conduire bientôt au domicile du roi.

Pendant que Devindra était transporté dans les airs sur les ailes de cette colombe, ce dieu cliangea soudainement de forme et prit celle d'un faucon. La colombe, le voyant ainsi métamorphosé, fut saisie de frayeur, se

(1) Nara-Mouni-Sonara est une divinité subalterne et une espèce de surveillant que les principaux dieux entretiennent sur la terre lour les informer de ce qui se passe.

sauva à tire-d'aile, et alla se réfugier sous la protection du roi Tcliita-Tchacra-Varty. Le faucon ou Devindra, sous cette forme, la poursuivit et arriva presque aussitôt qu elle au palais du roi. Des qu'il s'y fut rendu, ayant su que le prince avait pris la colombe sous sa protection et lui avait donné asile, il exigea qu elle lui fût livrée pour en faire sa proie, prétendant qu'il était à sa poursuite et qu'elle lui appartenait de droit.

Le roi refusa d'accéder à une demande qui lui piraissait injuste. Il disait, pour justifier son refus, que, la colombe ayant cherché un asile chez lui , et s'étant mise sous sa protection, il se croirait déshonoré s'il la livrait à son ennemi. Le faucon insista; mais le roi demeura ferme dans son refus, soutenant que, dans aucun cas, les personnes vertueuses ne pouvaient se résoudre à livrer à des ennemis ceux qui se réfugiaient sous leur protection.

Le faucon, voyant que le roi demeurait ferme dans sa résolution, changea l'objet de sa demande, et dit au prince que, puisqu'il sentait tant de répugnance à livrer l'oiseau auquel il avait fourni un asile, il serait satisfait s'il consentait à lui donner en place, pour assouvir la faim qui le pressait, un morceau de sa propre chair, du poids de la colombe.

Le roi, plutôt que de trahir les droits de l'hospitalité en livrant l'animal qui s'était mis sous sa protection, consentit à la dernière demande du faucon, et, plaçant la colombe dans un des côtés d'une balance, il prit un couteau et se coupa un morceau de chair qu'il mit dans l'autre côté. Voyant que celui-là ne suffisait pas, il se coupn un second, puis un troisième et un quatrième

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inorcenii do rliair; mais, s'tipcrccvant (jue la l)alance pencliait toujoui-s du cùté opposé, tians lequel était la colombe, il se mit lui-même dans la balance, <;t dit au faucon qu'il n'avait qu'à le dévoier tout entier et laisser aller la colombe libre.

Devindra, saisi tTadmiration à la vue d'un dévouement si liéi-oi(|uc, quitta aussitôt la lorme de faucon, qu'il avilit prise exprès pour avoir une occasion d'éprouver lui-même si ce que la renommée rapportait du l'oi était vi'ai, et, i-eprenant sa vraie forme de dieu, il se lit connaître pour ce qu'il était réellement , combla le prince d'éloges, et disparut après lui avoir ;;ccoidé des faveurs particulières.

Cet exemple nous apprend qu'on ne doit jamais trahir les devoirs de l'hospitalité et qu on doit prêter un asile à ceux qui, se réfugiant auprès de nous, mettent en nous leur confiance, et implorent notre protection. {Pan-SJia l^intra — traduction de J.-A. Dubois)

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