‹ L'esprit du comte Joseph de MaistreChapitre 18 sur 48 · DU CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

DU CHAPITRE PREMIER

Note A, page 151.

En matière de Religion, il faut être ou catholique ou déiste : un homme conséquent ne connaît point de milieu. En effet, ou on reconnaît une autorité vivante qui décide infailliblement de la doctrine, ou l'on s'en tient à la raison. Dans le premier cas, le catholicisme est établi, de Taveu d'un de ses plus grands ennemis, déiste décidé : a Qu'on « me prouve aujourd'hui, — dit Jean-JacquesRousseau, — « qu'en matière de foi, je suis obligé de me soumettre « aux décisions de quelques-uns, dès demain je me fais « catholique, et tout homme conséquent et vrai fera « comme moi. » Dans le second cas, la raison va droit au déisme.

De l'hérésie au déisme, le pas est glissant : il ne s'agit que de suivre le fil des conséquences. L'hérésie, de sa nature, renverse l'autorité, en refusant de s'y soumettre : ôtez l'autorité, vous posez la liberté de conscience, qui emporte par une suite nécessaire, la tolérance universelle en matière de sentiments. Ces conséquences sont effrayantes; mais elles suivent des principes. En effet, on ne saurait refuser la tolérance à qui on accorde la liberté de penser ; et on ne peut refuser cette liberté à personne, pas même aux

déistes, s^il n'y a point sur la terre une autorité visible à laquelle on soit obligé d'obéir en l'ait de doctrine. L'hérésie conduit donc de sa nat»u*e à l'irréligion.

Tout est à craindre pour un esprit conséquent, lorsqu'il a le malheur de partir d'un mauvais principe : une erreur le conduit dans une autre. L'hérétique qui raisonne conséquemment devient tolérant, ne pouvant refuser aux autres la liberté de penser qu'il s'accorde à lui-même. Le tolérant tombe dans le déisme sans scrupule, n'y trouvant aucun obstacle dans les principes de la tolérance. Le déiste quelquefois devient athée, ou affecte de le paraître, sans qu'on puisse l'accuser d'inconséquence. Nous n'avons, — chez les nations et les individus hérétiques, — que trop d'exemples de ces hommes conséquents, qui commencent par l'hérésie et finissent par l'irréligimi.

L'athéisme de ces derniers temps remonte plus haut qu'on ne le croit communément. Nicole remarquait déjà, — au XVIP siècle, — que «la grande hérésie du monde « n'était plus le calvinisme ou le luthéranisme, mais l'ace théisme. Il y a de toutes sortes d'athées, — ajoute-t-il, — a de bonne foi, de mauvaise foi, de déterminés, de vail- « lants et de tentés (1). »

Note H, page 151.

« Le propre des hérétiques, — dit saint Grégoire le « Grand, — est de ne pas demeurer longtemps dans les « bornes de l'erreur qui les a séparés de l'Église. Ils ne « tardent point à donner dans de plus dangereux excès, « et à se partager en différentes sectes, souvent plus divi- « ses entre eux qu'ils ne le sont avec l'Église (2). »

(1) Lettre xlv, t. VII des Essais de morale.

(2) llnbent hœretici hoc proprium, quod in eo gradu, in que de Ec- ■lesia exeunt, diu stare non possunt, sed ad deieriora qnotidie ruunt

J80 l'esprit

On en voit des exemples frappants dans les hérésies du XV^ et du XVP siècle. Que de sectes sont sorties du luthéranisme et du calvinisme ! Tant il est vrai que l'erreur n'a point de consistance. Lu Vérité seule a le glorieux privilège d'exclure de son sein toutes les variations (1).

Note C, page 155,

Dans le soupçon d'hérésie, le silence est défendu au catholique (2); la maxime qui nous ordonne de veiller à la garde de notre réputation, cura de bono nomine, doit avoir lieu ici particulièrement. Ce n'est pas assez de conserver la pureté de la foi en soi-même, il faut encore la produire au dehors pour l'exemple ; la foi suspectée doit donc se faire connaître. Le vrai catholique, jaloux de paraître ce qu'il est, professe ouvertement ce qu'il croit, persuadé que la vérité ne craint rien tant que d'être cachée. Tou. homme accusé ou soupçonné d'hérésie, qui ne s'en purge pas, est presque un hérétique aux yeux clairvoyants, s'il ne l'est en effet (3).

« Trahir la vérité, — dit saint Jean Chrysostome, — ce (( n'est pas seulemient l'abandonner pour enseigner Ter- « reur; mais encore ne pas la confesser publiquement « lorsque les circonstances le demandent (4). »

et sentiendb pejora^ in multis se partibus scindunt, atque à semeiipsis plerumque longius confasionis suœ altercatio)ie dividuntur. (S. Greg. -Mag., lib. -III Moral, in ii cap. Job, cap. xix.)

(1) Cf. Hossuet, Hisioire des Variations des Églises protestantes, ei îîergier. Dictionnaire de 'he'ologie, au mot Protestants.

(2) Nolo in suspicione hœreseos quempiam esse patientem. (S. Jérôme, ep. Gl.)

(3) Timeo ne connivere sit hoc tacere.... In talihus causis non caret suspicione taciturnitas, quia occurreret veritas, si falsitas displiceret. (S. Céleslin, Ad Episcopos gallican.)

(i) Non enitn solus il le proditor est veritatis, qui mendacium loquitur ; spd qui veritafem, cum oporlet, non confitetur.

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Note D, page 159.

L'illustre Leibnitz, au XVII" siècle, prévoyait déJH la grande et terrible Révolution qui, partie de France, devait faire le tour de l'Europe; et il la prédisait en termes formels :

« On a droit de prendre des précautions contre les mau- (( vaises doctrines qui ont de Tinfluence dans les mœurs et « dans la pratique de la piété, quoiqu'on ne doive pas les c( attribuer aux gens, sans en avoir de bonnes preuves. Si « l'équité veut qu'on épargne les personnes, la piété or- « donne de représenter où il appartient le mauvais effet « de leurs dogmes quand ils sont nuisibles; comme sont « ceux qui vont contre la providence d'un Dieu parfaitece ment sage, bon et juste, et contre cette immortalité des « âmes qui. les rend susceptibles des effets de sa justice, « sans parler d'autres opinions dangereuses par rapport à a la morale et à la police. Je sais que d'excellents hom- « mes, et bien intentionnés, soutiennent que ces opinions « théoriques ont bien moins d'influence dans la pratique « qu'on ne pense; et je sais aussi qu'il y a des personnes « d'un excellent naturel, à qui les opinions ne feront ja- « mais rien faire d'indigne d'elles. D'ailleurs, ceux qui « sont venus à ces erreurs par la spéculation, ont coutume « d'être naturellement plus éloignés des vices dont le « commun des hommes est susceptible, outre qu'ils ont « soin de la dignité de la secte dont ils sont comme chefs; « et l'on peut dire qu'Épicure et Spinosa, par exemple, « ont mené une vie tout à fait exemplaire ; mais ces raisons « cessent le plus souvent dans leurs disciples ou leurs u imitateurs, qui, se croyant déchargés de l'importune (( crainte d'une providence surveillante et d'un avenir « menaçant, lâchent la bride à leurs passions brutales, et

« tournent leur esprit à séduire et à corrompre les autres ; c( et s'ils sont ambitieux et d'un caractère un peu dur, ils (( seront capables, pour leur plaisir ou leur avancement, a de mettre le feu aux quatre coins de la terre ; et j'en ai « connu de cette trempe que la mort a enlevés. Je et trouve même que des opinions approchantes s'insinuant (( peu à peu dans l'esprit des hommes, du grand monde, « qui règlent les autres, et dont dépendent les affaires, et « se glissant dans les livres à la mode, disposent toutes « choses à la révolution générale dont l'Europe est menac( cée, et achèvent de détruire ce qui reste encore dans le « monde, des sentiments généreux des anciens Grecs et « Romains, qui préféraient l'amour de la patrie et du bien c( public et le soin de la postérité à la fortune et même à la « vie. Ces Publick spirits, comme les Anglais les appelce lent, diminuent extrêmement et ne sont plus à la mode ; « et ils cesseront davantage de l'être, quand ils cesseront « d'être soutenus par la bonne morale et la vraie religion, « que la raison naturelle même nous enseigne. Les meilc( leurs ducaractèreopposé, qui commence de régner, n'ont « plus d'autre principe que celui qu'ils appellent de Vhon- « neur. Mais la marque de l'honnête homme et de l'homme « d'honneur chez eux, est seulement de ne faire aucune basce sesse, comme ils la prennent On se moque hautece ment de l'amour de la patrie, on tourne en ridicule ceux « qui ont soin du public; et quand quelque homme bien « intentionné parle de ce que deviendra la postérité, on « répond : « Alors, comme alors. » Mais il pourra arriver c( à ces personnes d'éprouver elles-mêmes les maux qu'elles c( croient réservés à d'autres. Si l'on se corrige encore de c( cette maladie d'esprit épidémique, dont les mauvais effets c( commencent à être visibles, ces maux seront peut-être c( prévenus ; mais si elle va croissant, la Providence corric< géra les hommes par la révolution même qui en doit

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(( naître : car quoi qu'il puisse anivcr, tout tournera tou- (( jours pour le mieux, en général au bout du compte ; a quoique cela ne doive et ne puisse pas arriver sans le « châtiment de ceux qui ont contribué même au bien par « leurs actions mauvaises (1). »

Note E, page 161.

Le péché originel est un mystère ; « et cependant, — dit « Pascal, — sans ce mystère, le plus incompréhensible de « tous, nous sommes incompréhensibles à nous-mêmes. Le « nœud de notre condition prend ses retours et ses replis « dans cet abîme; de sorte que riiomme est plusinconcec( vable sans ce mystère, que ce mystère n'est inconcevable « à rhomme. »

C^est par lui que nous découvrons l'origine de la grandeur et de la bassesse de l'homme. L'énigme tant cherchée par les philosophes n'a plus d'obscurité.

Les pages suivantes sont un admirable commentaire de la pensée de Pascal; M. de Maistre eût été heureux de les écrire. Elles sont de Marivaux:

« A bien examiner l'esprit de l'homme, à voiries efforts « impuissants de sa curiosité, n'est-ce pas un être en- « chaîné, qui voudrait rompre ses fers, et dont Tim- « puissance est plus un effet d'accident que de nature?

« Dans le monde, nous n'avons garde de juger du fond « d'une affaire que nous savons mal, dont nous ne sommes « instruits qu'en partie ; nous trouvons qu'il serait contre « le bon sens d'en décider, quand même elle ne nous re- « garderait pas; nous attendons, pour en juger, que nous « en sachions davantage : et voilà ce qu'on appelle se con- « duire avec raison.

;l) L{.nhmiï, Nouveaux Essais sur Venlemlement humain^ p. i29.

iSA l'esprit

« Or, notre âme et son avenir sont pour nous une fu- « rieuse affaire : ceux qui prennent le parti, non-seule- « ment de ne pas s'en embarrasser, mais de décider qu'il c( n'y a qu'à la laisser là, qu'on ne doit pas s'en inquiéter, « qu"'elle n'aura que telles et telles suites; qui vous disent « qu'ils en sont sûrs, et qui agissent conséquemmuent à ce « qu'ils disent ; ces gens-là savent donc le fond de cette « grande affaire.

(t Ne serait-ce pas qu'on croit toujours être assez bien « instruit de ce qu'on ne se soucie guère de savoir ?

« Car, pour être au fait de cette affaire, ou du moins « pour en connaître l'importance, que de choses faut-il « savoir que nous ne savons pas; dont la première est « Nous, qui sommes une énigme à nous-mêmes?

c( Et d'un autre côté, combien aussi savons-nous de cho- « ses là-dessus, qui nous font soupçonner l'importance de « celles que nous ne savons pas ?

« Quand un ministre d'un puissant Empire fait quelque « grand mouvement, et que nous le voyons prendre de c( certaines mesures, sur les motifs desquelles il garde le « secret; qu'est-ce que cela signifie? disons-nous; à quoi « cela aboutira-t-il ? quel est son projet ? Car nous con- « cluons sur-le-champ qu'il en a qui est particulier, et « qui aura des suites.

« Or, regardez l'homme; et, fait comme il est, voyez s'il c( n'y a pas lieu de demander : Qu'est-ce que Dieu en veut « faire? Y eût-il jamais .d'ouvrage qui annonçât tant de « dessein, qui donnât matière à de si grandes conjectures « que son âme?

« Voilà comment nous raisonnerions, si nous pouvions « nous séparer de nous-mêmes, et nous considérer dans « l'homme. Mais nous nous famiharisons tellement avec c( ce que nous sommes; il nous est si naturel d'être nous,

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« et (l'aller avec notre étonnante façon d'tMre, que nous « ne prenons point garde à ce qu'elle est^ ni à ce qu'elle « peut signifier.

« On a beau nous crier : « Regardez-vous. » L'habitude « de nous voir est formée ; nous sommes nous-mêmes a le prodige dont il est question, nous vivons avec lui. Le a moyen, que nous le remarquions? Nous sommes plus « pressés d'aller, de jouir de nous, que de nous voir.

« Y a-t-il rien de plus singulier que nous ? D'une part, un « corps qui occupe si peu de place, qu'on a tant de peine « à transporter!

« Et de l'autre, un esprit qui va si loin, qui se transporte « où il veut, qu'aucun éloignement d'un lieu à un autre « n'arrête, qui franchit tous les espaces en un instant, qui « mesure les cieux, qui se rend présents l'avenir et le passé. « Joignez à cela cette masse d'idées dont il est capable, (( où entrent celle d'un Dieu, celle del'Infmi, de l'Immor- « talité, de l'Eternité et de mille autres choses de ce genre, « qui toutes seraient si supcT'flues, si mal assorties à la « condition d'une créature destinée à ne faire que pasce ser (1). »

Note F, page 163.

« Écoutons saint Bernard sur les qualités du poëte liturgiste, et voyons jusqu'à quel point ces qualités conviennent à Santeul : « Un si haut sujet exige un homme docte « et digne d'une pareille mission, dont l'autorité soit comc( pétente, le style nourri, en sorte que l'œuvre soit à la

« fois noble et sainte Que la phrase donc, resplendis-

« santé de vérité, fasse retentir lu justice, persuade l'hu- « inanité, enseigne l'équité; qu'elle enfante la lumière de

(I) Marivaux, Œuvres complètes, édit. in-8° de 1781, t. IX, p. 571 à 573. Le Vnbimt du philosophe, 3« feuille.

(( vérité, qu'elle réforme les mœurs, crucifie les vices, en - « flamme Tamour, règle les sens (1). »

« Mais peut-on dire de Santeul que son autorité soit compététente, que sa phrase soit resplendissante de vérité^ qv/elle enfante la lumière de vérité dans les cœurs, quand on sait, par Thistoire, que la soumission de ce personnage aux décisions de TÉglise fut, toute sa vie, un problème? Qui ignore les liaisons du chanoine de Saint-Victor, nonseulement avec Le Tourneux (2), mais plus étroitement encore avec Arnauld? Non content d'avoir fourni, pour le portrait de ce coryphée du jansénisme, des vers où sa doctrine est louée avec emphase, il osa composer cette inscription pour le monument destiné par les Religieuses de Port-Royal à recevoir le cœur de leur Athanase :

Ad SANCTAS rediit SEDES ejectus et exsul :

HOSTE TRIUMPHATO, tôt tempesfatibus actus,

Hoc PORTU m PLACIDO, hac SACRA TELLURE quiescit,

Arnaldus VERI DEFENSOR et ARBITER .-EQUI, etc.

(( Quel catholique aurait jamais appelé Arnauld le défenseur de la vérité, l'arbitre de l'équité 'f Quel est ce triomphe dont parle le poëte ? Cet ennemi terrassé, seraitce le siège apostolique qui, tant de fois, a fulminé contre ses écrits incendiaires? Cette sainte demeure^ ce port tranquille, cette ^érre sacrée, c'est Port-Royal, c'est la demeure de ces filles rebelles à l'Église, plus orgueilleuses, peutêtre, que les philosophes chrétiens qui se sont donné rendez-vous à l'ombre des murs de leur monastère. En faut-il davantage aux yeux d'une foi vraiment catholique, pour signaler Santeul comme fauteur des hérétiques?

(1) Opéra, édit. des Bénédictins, t. 1, epislola cccxii.

(2) « Notoirement fauteur d'hérétiques, et auteur d'un ouvrage censuré par l'Église. >^ (Doni Guéranger, /. c, plus loin, p. 1 16.)

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(( Mais r/cst assez sur l'hymnofçraphe Victorin, considéré sous le point de vue de l'orthodoxie ; nous Tenvisa^rerons maintenant sous le rapport de la gravité des mœurs, si nécessaire, d'après saint Bernard, pour un si noble ministère. Or, voici le portrait que trace de Santeul un de ses admiateurs contemporains, la Bruyère : «Concevez un homme ; facile, doux, complaisant, traitable; et tout d'un coup violent, colère, fougueux, capricieux. Imaginez-vous un homme simple, ingénu, crédule, badin, volage, un enfant en cheveux gris; mais permettez-lui de se recueillir, ou plutôt de se livrera un génie qui agit en lui, j'ose dire, sans qu'il y ait part, et comme à son insu ; quelle verve ! quelle élévation! quelles images ! quelle latinité ! Parlez-vous d'une môme personne ? me direz-vous. Oui, du même, de Théodas, et de lui seul. Il crie, il s'agite, il se roule à terre, il se relève ; il tourne, il éclate, et du milieu de celte tempête, il sort une lumière qui brille et qui réjouit. Disons-le sans figure, il parle comme un fou et pense comme un sage. Il dit ridiculement des choses vraies, et follement des choses sensées et raisonnables. On est surpris de voir éclore le bon sens du sein de la bouffonnerie, parmi les grimaces et les contorsions. Qu'ajouterai-je davantage ? Il dit et il fait mieux qu'il ne sait. Ce sont en lui comme deux âmes qui ne se connaissent point, qui ne dépendent point l'une de l'autre, qui ont chacune leur tour ou leurs fonctions toutes séparées. Il manquerait un trait à cette peinture si surprenante, si j'oubliais de dire qu'il est tout à la fois avide et insatiable de louanges, prêt à se jeter aux yeux de ses critiques, et dans le fond assez docile pour profiter de leurs censures. Je commence à me persuader moi-même que j'ai fait le portrait de deux personnages tout différents ; il no serait pas même impossible d'en trouver un troi- « sième dans Théodas, car il est bonhomme.»

« Ce n'est pas toqt à fait ainsi que l'histoire nous dépeint les hymnographes de TÉglise latine, saint Ambroise, saint Grégoire^, etc., ou de TÉglise grecque, saint André de Crète, saint Jean Damascène, saint Joseph, etc. L'Esprit, qui s'était reposé sur ces hommes divins, leur avait ôté toute ressemblance avec ces poètes humains qu'un délire profane inspire. Un ineffable gémissement s'échappait de leur poitrine, mais si tendre, si humble et si doux, que l'Église, qui est la tourterelle de la montagne, l'a choisi pour le thème des chants qui consolent son veuvage

c( Saint Bernard veut que l'œuvre du poëte chrétien, remplie d'onction, persuade rimmilité, par cela même qu'elle est produite d'un cœur humble. Or, voyez Santé ul courant les églises de Paris pour entendre chanter ses hymnes, jouissant de sa gloire sous les voûtes de Notre- Dame, en les entendant redire ses vers à lui, homme sans autorité, de foi suspecte, comme si le sanctuaire d'une religion de dix-sept siècles fut devenu le théâtre d'une ovation académique

(t La mort de Santeul, ou plutôt la cause de cette mort, n'est pas propre à donner une plus inviolable consécration à ses œuvres et à sa mémoire. On sait, par le duc de Saint-Simon, qu'?7 était de la plus excellente compagnie, bon convive surtout, aimant le vin et la bonne chère, mais sans débauche. Ce fut dans un repas qu'une mauvaise plaisanterie, à laquelle on se trouva enhardi par son humeur joviale, décida de sa vie (1). »

Note G, page 165.

(( L'homme, — dit Bossuet, — est vain de plus d'une

(1) Le U. P. Dom Piospcr Guéiaiiiier, abbé de Sole^mes , Institutions liturgiques^ t. If, p. 117 à 123. 1841.

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(( sorte : ce ix-là pensent être les plus raisonnables qui (( sont vains des dons de l'inteHigenee...; à la vérité, ils (( sont dignes d'être distingués des autres, et ils font un <( des plus beaux ornements du monde ; mais qui les pour- (( rait supporter, lorsque aussitôt qu'ils se sentent un peu (( détalent ils fatiguent toutes les oreilles et pence sent avoir droit de se faire écouter sans fm, et de décider ({ de tout souverainement? 0 justesse dans la vie! ô éga- (( lité dans les mœurs l ô mesurée dans les passions! riches et (( véritables ornements de la nature raisonnable, quand estif. ce que nous apprendrons à vous estimer?)) (Sermon sur l'Honneur.)

Note H, page 166.

(( Le miracle, considéré dans un sens étendu, est, — « dit saint Thomas, — un prodige supérieur à toutes les « forces humaines (1). »

Le miracle, proprement dit, est un effet rare, supérieur ou contraire à l'ordre ordinaire de la nature, produit par une intelligence suprême et une puissance à laquelle tout obéit (2), et pour une fm digne du premier Être. Le miracle est donc un changement sensible dans les lois de la nature ; ou, si l'on veut, une exception réelle et visible à ses lois.

Note I, page IGi).

(( Aimez les hommes, — dit saint Augustin, — détruisez

(1) Dicitur tamen quandoque miraculum large quod excedit humanam facultatem et considerationem. (S. Thomas, part. I.quœst. 114, arl.4.)

(2) Miraculum proprie dicitur, quod fit prœter ordinem totiusnaturœ <'rentœ,sub quo ordinecontinetur omnis virtus crenta. (S. Thomas, part. I, quiEst. 114, art. 4.)

tt.

l'JO L ESPRIT

« les erreurs, présumez de la vérité sans orgueil, combat- « tez pour elle sans cruauté (1). »

Telle a toujours été la doctrine de TÉglise catholique, relativement à la manière de réfuter Terreur.

« Combien des nôtres — dit saint Jérôme — ont écrit « contre les impies Celse et Porphyre ? Dans quelle apolo- (.( gie du christianisme a-t-on quitté l'objet de la dispute « pour raconter les dérèglements et les crimes de ses en- « nemis? Les preuves de ces excès doivent se trouver, non « en des ouvrages dogmatiques, mais dans les procédures c( des juges (2). »

Telle était la modération des Pères de TÉglise, en défendant la Foi contre ses ennemis. C'est déshonorer la vérité, que de recourir aux injures pour la défendre. La douceur doit caractériser le controversiste chrétien.

La défense de la Vérité contre TErreur doit être mâle et nerveuse. Dire que le raisonnement de son adversaire est ridicule, qu^il n'y a pas de sens commun dans une réponse, qu'une opinion est une impiété ou un blasphème, et avoir raison de le dire, ce n'est pas emportement, mais prudence chrétienne. 11 est permis de caractériser les maladies de l'esprit humain, comme celles du corps, pour en faire connaître le danger, quand elles sont contagieuses et qu'elles conduisent à la mort.

Mais, il faut toujours distinguer la personne de l'erreur. « Plusieurs — dit saint Jérôme — ont écrit contre Mar- « cion, Valentin, Arius, Eunomius : nul d'entre eux n'a « diffamé la conduite de ces hérésiarques. Tous s'occupè-

(1) Diligite homines, interficife errores, sine svperbia de veritate prœsumenfes, sine sœvifia pro veritate certanfes.

(2) Ad versus impiissimos Celsutn atque Porplii/rium quanti scripsere nostrorum? Quis, omissa causa^ in siiper/lua criminum ohjectione versatus est? Quœ non chartœ ecclesiasticce, sed libellijudicum debent continere. (S. Jérôme, Apolog. adversus Ruf\n.,Yài.\\\.)

« rent uniquement du soin de confondre Thérésie. Ce « moyen de défense ne convient qu*aux hérétiques, « qui, convaincus d'erreur, ont recours aux injures (i). o Ressource ordinaire de ceux à qui les ressources manquent pour soutenir une mauvaise cause.

« Tu te fâches, donc tu as tort, » dit un adage populaire, qui me remet en mémoire certaine anecdote rapportée par Leibnitz, et dont je crois devoir égayer un peu ces réflexions :

« Il y avait à Leyde un cordonnier qui, lorsqu'on dis- « putait des thèses à TUniversité, ne manquait jamais de « se trouver à la dispute publique. Enfin^ quelqu'un qui « le connaissait lui demanda s'il entendait le latin? Non, « dit-il^ et je ne veux pas même me donner la peine de Ven- « tendre. — Pourquoi venez-vous donc si souvent dans cet « auditoire, où l'on ne parle que latin? — C'est que je « prends plaisir à juger des coups. — Et comment en « jugez-vous sans savoir ce qu'on dit ? — C'est que j'ai un « autre moyen déjuger qui a 7'aison. — Et comment? — « C'est que quand je vois à la mine de quelqu'un qu'il se « fâche et qu'il se met en colère, je juge que les 7'aisons lui « manquent (2). »

La judiciaire de ce cordonniern'était-elle pas infaillible, je le demande?

Mais, je reviens à l'objet de cette note.

Est-il permis d'employer la raillerie en combattant pour la vérité? Avant de répondre à cette question, définissons lu chose. La raillerie est une manière de parler ou d'écrire,

(1) Scripserunt multi contra Marcionem, Valentinum, Arium et Eunomium. A guo eif objecta est turpitudo? Toti in convincenda hœresi incubuerunt. Istœ machinœ sunt fuereficorum, ut convicti de perpdia ad maledicta se conférant. (S. Jérôme, Apolog. adversus Ru fin. ^ lib. III.)

(?) Leibnitz, Œuvrer, t. III, p. 4'0. Lettre i\ M. l'abbé Conli.

par laquelle on présente nne chose sous une face ridicule. Une raillerie placée à propos est quelquefois plus propre à faire sentir le ridicule et l'absurdité des grands excès, que les raisons les plus sérieuses (1) : mais il faut qu'elle soit innocente et que ses traits ne soient pas préparés par la vanité et aiguisés par la malignité et Tenvie d'offenser.

« Il y a plusieurs choses contre lesquelles on est obligé « d'employer la raillerie, de peur de leur donner du poids « en les réfutant sérieusement, — dit TertuUien. — Rien « n'est plus dû à la vanité des hommes que d'être raillé; « et c'est proprement à la vérité qu'il convient de prendre « le ton de raillerie, parce qu'elle est gaie, et de se jouer c( de ses ennemis, parce qu'elle est assurée de la victoire. « Il faut seulement prendre garde, — continue le même « Père, — de la rendre ridicule par des railleries qui « seraient indignes d'elle. Mais partout où on peut s'en « servir dignement et avec adresse, c'est un devoir et une « vertu d'en user (2). »

Note J, page 170.

Il y a un accord parfait entre M. de Maistre et M. de Bonald sur la grande question des ordres monastiques; ces deux esprits éminents voyaient de même à cet égard. Qu'on en juge plutôt, enlisant ces lignes de M. de Bonald :

« La société religieuse arrachait à la société naturelle des hommes qui lui étaient inutiles, et elle en formait des

(1) Ridiculum acri Fortius et melius magnas plenimque secat res.

(Horace.)

(2) Multa sunt fie digna revinci,ne gravi fate adorentur; vanitati proprie festivitas cedit : congruit et veritati ridere, quia iœtans, de œmulis suis liiderc , quia secura est. Curandum plane ne risus ejus rideatur, si fuerit indignus, Cœterum ubicunique dignus risus, officium. (TertuUien, i4(/ Valentinianos, cap. lx.) Cf. Quinlilieii, lib. \l, «•a p. III.)

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corps dont les membres se dévouaient tout entiers au service de la société civile, en consacrant à son utilité leur esprit par le vœu d'obéissance, leur cœur par le \œu de pauvreté, leurs sens par le vœu de chasteté. C'étaient de petites sociétés, qui, pour Tutilité de la société générale, taisaient à Dieu le sacrifice de V homme et celui de la propriété.

a Je Tai dit ailleurs, la société, pour parvenir à sa fin, qui est la conservation des êtres qui la composent, réprime la force de Thomme ou sa passion de dominer, et protège sa faiblesse.

« Ainsi, elle instituait les ordres militaires et religieux destinés à défendre le commerçant et le voyageur des violences des peuples barbares que leurs conquêtes avaient rapprochés de TEurope. Elle instituait la chevalerie, destinée à protéger la faiblesse du sexe, et faisait servir ainsi la force de Thomme à la conservation de la société. Elle établissait des ordres hospitaliers, pour protéger la faiblesse de Page avancé et celle de la santé; des ordres prêcheurs, pour protéger la faiblesse de la condition, en répandant dans le peuple, par l'instruction publique, la connaissance des vérités religieuses et morales; des ordres savants, pour conserver, au milieu du dénùment absolu des connaissances, les richesses littéraires de l'antiquité, et pour protéger la faiblesse de l'enfance, en lui donnant l'éducation pubhque; des ordres contemplatifs, pour protéger la faiblesse du cœur, en ouvrant un asile à ces âmes ardentes qu'une sensibilité excessive peut rendre dangereuses à la société, ou malheureuses par la société. Certains ordres se vouaient à la sublime fonction de délivrer des fers des barbares les chrétiens qui gémissaient dans l'esclavage, et d'autres à l'héroïque mission d'étendre, au péril de leur vie, les bornes de la civilisation et de la religion chrétiennes; et les uns comme les autres protégeaient la fai-

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blesse de la condition dans le captif, comme la faiblesse de Tesprit dans le sauvage. Les ordres monastiques qui subsistaient des dons offerts par la piété, plus rapprochés du peuple par leurs habitudes, et surtout par leurs besoins, se consacraient, dans les campagnes, aux fonctions du saint ministère. Enfants de la Providence, ils étaient pour le peuple, qui s'élève difficilement aux idées spirituelles, une preuve vivante et visible que la religion prend soin de ceux qui se dévouent au service de la société. Ils entretenaient dans Fhabitude précieuse de la bienfaisance, des hommes trop attachés à leurs intérêts temporels

'(( En même temps que les vœux monastiques arrachent rhomme à sa famille, pour le dévouer à la conservation de la société civile, ils remplissent un autre objet moins aperçu, et non moins important à sa conservation ; ils diminuent le nombre des familles, et arrêtent ainsi, sans violence et sans crime, lesprogrès toujours croissants d'une population dont Texcès dangereux a été dans tous les temps l'objet des craintes, et souvent des précautions les plus immorales des législateurs les plus vantés (1), n etc.

Il faut lire, dans M. de Bonald, le magnifique développement de ces idées, qui ne sauraient être trop méditées, et dont la remise en pratique peut seule sauver la société.

Plus tard, deux illustres religieux, les RR. PP. Lacordaireetde Ravignan, reprenant la thèse de M. de Bonald, sont venus rappeler à la France les services rendus à la patrie, — au monde entier par les ordres monastiques, et du passé de cette institution, ils ont conclu son utilité, son importance, — son indispcnsabilité dans le présent et l'avenir.

(I) Théorie du pouvoir politique et religieux y liv. V, ch. iv. Ordre< 77ionas tiques, p. 181 à 183 et suiv. (1854, tome II des Œuvres de M. de Bonald.)

La société a plus que jamais besoin de sauveurs contre ces barbaries filles de la civilisation, qui, — selon Vico, — viennent attrister et effrayer la maturité ou la vieillesse des peuples; barbaries bien autrement redoutables que celles qui s'asseyent auprès du berceau des nations.

Dans son Mémoire pour le rétablissement en France de r ordre des Frères Prêcheurs, publié en 1839, le R. P. Lacordaire, défendant la légitimité des ordres religieuxdans l'État, s'exprimait ainsi :

« Légitime comme acte libre et comme acte de foi, le vœu religieux ne Test pas moins comme acte de dévouement. Il engage celui qui le fait à la pauvreté, à la chasteté, à Tobéissance, c'est-à-dire, à réaliser sur la terre, autant qu'il dépend de lui, les ardents désirs des meilleurs amis de Thumanité ot les rêves des politiques les plus hardis. Que désire l'homme qui aime son semblable, sinon que tous ses frères gagnent par leur travail un pain suffisant; que le mariage ne leur apporte pas la misère et la honte pour postérité, et qu'un sage gouvernement leur procure la paix sans la leur faire payer de la servitude ? Que rêve le politique le plus spéculatif, sinon une fédération universelle, qui assure à tous les hommes l'égalité morale d'éducation et de fortune, qui, à cet effet, maintienne la population en harmonie avec la fécondité du globe, qui donne enfin le pouvoir aux plus dignes par Télection, et l'obéissance aux moins dignes par la conviction. Ces désirs et ces rêves,le possible et l'improbable, sont accomplis par la communauté religieuse.

« Au moyen du vœu de pauvreté, tous les frères qui s'y sont assujettis deviennent égaux, quels qu'aientété dans le monde leur naissance et leur mérite

« Par le sacrifice de la chasteté, il (le moine) rend dans le monde un mariage possible à la place du sien; il encourage

ceux à qui leur fortune ne permet pas ce lien séduisant et onéreux. Car le célibat comme la pauvreté ne sont pas de la création du moine : ils existaient tous deux avant lui, et il n'a fait que les élever à la dignité d'une vertu. Le soldat, le domestique, l'ouvrier nécessiteux, la fdle sans dot, sont condamnés au célibat. Mais quoi ! nous renvoyons nos serviteurs lorsqu'ils se marient, et nous chassons les moines parce qu'ils ne se marient pas (1) ! etc. »

Le R. P. Lacordaire conclut ainsi :

(( Une des bases de la société moderne est la division illimitée des propriétés par le partage égal entre les enfants et l'admission de tous les citoyens aux fonctions sociales par voie de concurrence... De la division des propriétés résulte, avec un accroissement de la population, une atténuation de la fortune des familles. Presque personne, naissant en France, n'a une existence assurée par ce seul fait, et, d'un autre côté, l'Etat n'est pas assez riche pour accorder à toutes les ambitions qu'engendrent le besoin et la libre concurrence une part honorable de la fortune publique. Il est impossible que cet état de choses n'amène de grandes souffrances morales... Il suffit d'avoir vécu parmi la jeunesse pour savoir les angoisses qui assiègent ces cœurs à qui tout est ouvert, et dont beaucoup pourtant n'entreront pas. La paix générale, destinée à être un jour plus, solide qu'elle ne l'est aujourd'hui, augmente encore ces causes de malaise. Pourquoi, lorsqu'il en est ainsi, fermerait-on à la jeunesse l'issue de la vie commune? Nous avons des fortunes trop petites, unissons-les. Nous souffrons de la lutte sociale, sortons-en. Personne jusqu'ici n'a paru s'opposer aux associations de simple tra-

(1) P. 27 à t)9 et siiiv.

DK J. DE MAISTHE. 197

vail : pourfjuoi s'opposerait-on h des associations ou la religion serait unie au travail (1) etc. ? »

Note K, page 173.

a Un magistrat français de Tantique roche, ami de Tabbé Fleury, au commencement du dernier siècle, a peint d'une manière naïve le caractère du jansénisme. Ses paroles valent la peine d'être citées.

« Le jansénisme, dit-il, est l'hérésie la plus subtile que « le diable ait tissue. Ils ont vu que les protestants, en se « séparant de l'Église, s'étaient condamnés eux-mêmes, « et qu'on leur avait reproché cette séparation; ils ont donc (( mis pour maxime fondamentale de leur conduite, de ne a s'en séparer jamais extérieurement, et de protester tou- « jours de leur soumission aux décisions de l'Église, à la « charge de trouver tous les jours de nouvelles subtilités « pour les expliquer, en sorte qu'ils paraissent soumis « sans changer de sentiments (2). »

« Ce portrait, — dit M. de Maistre, auquel j'emprunte cette note, — est d'une vérité parfaite (3). »

Note L, page 174.

Je trouve dans les Mémoires du président Hénault, ré- Ci) P. 221 à 223 et suiv. Voyez De l'existence et de l'institut des jésuites, par le R. P. de Ravignan, avec un Mémoire de M. de Vatimesnil sur les associations religieuses non autorisées (3e édit. , brochure in-112, 1844), et le baron A. Cauchy, Considérations sur les ordres religieux, adressées aux amis des sciences (in-8, broch., 1844).

i^) Nouveaux opuscules de FI eur-y. Paris, Nyon, 1807, p. 227 et 228. « Les opuscules sont un véritable présent que le feu abbé Éniery a « fait aux amis de la religion et des saines maximes; on y voit à quel « point Fleury était revenu de ses anciennes idées. «(M. de Maistre) De l'Église gallicane, col. 5lf, note 1 .) (i) I/jid., col. 510 et 511, texte.

j98 l'esprit

cemment publiés pour la première fois, par un de ses descendants, une anecdote très-significative, relativement à la parenté, — à la fraternité qui existe entre les jansénistes et les calvinistes. Je laisse parler le président :

(( Une des choses qui excitaient le plus ma curiosité à (( Amsterdam, c'était d'y voir le P. Quesnel qui s'y était « réfugié. J'en parlais à La Haye à M. de Basnage : je m'in- « formai de la demeure de cet homme célèbre, où il dece meurait, dans quel quartier, dans quelle rue, quelle vie (( il menait, quelles étaient ses sociétés, ses habitudes. «... Basnage souriait à toutes ces questions. J'y revenais (f souvent, et à la fin il me dit : Vous avez donc une grande « idée de Quesnel, vous vous imaginez que l'on s'en oc- « cupe ici, vous croyez qu'il y joue un rôle : détrompez- « vous. Quesnel est ignoré du public, et méprisé de ceux (( qui le connaissent; lui et tous les gens de sa sorte y « sont pris pour ce qu'ils sont en effet ; des intrigants et (( qui ne sont que cela par leur faiblesse, mais qui ne dece manderaient pas mieux que de remuer et de se faire un ce parti ; des hommes de mauvaise foi qui devraient être de « notre parti s'ils étaient conséquents : puisqu'eux et nous^ (( nous payions des mêmes principes. Il est vrai que dans les « premiers moments de leur fuite, l'air de persécution les « rendait ïdi\ovdb\Q^,d' autant plus que leur doctrine les rapaprochait de nous; leurs prosélytes de France leur ence voyaient de grands secours; et nous en faisions quelque « cas, parce qu'ils n avaient plus quhinpas à faire pour être c( des nôtres. Mais à la fn, on s'est ennuyé d'eux dans leur a pays; et Von s'en est moqué dans le nôtre. Vous aurez de « la peine à trouver sa demeure à Amsterdam (1). »

(I) Mémoires du président Hénoult ,e{c., écrit? par lui-même, recueillis et mis en ordre par son arriére-neveu M. le baron de Vigan. I vol. in-8. Paris, 1856, p 41.

Mais, é(;outons d'autres aveux non moins précis, et surtout peu suspects de partialité, ceux de MM. Louis Blanc, Cousin et Lavallée, pour nous borner à quelques témoignages d'écrivains de notre temps.

« Si le jansénisme — dit M. Louis Blanc — n'avait eu c( que l'éclat d'une thèse théologique, si son influence était u morte étouffée entre les murs d'un couvent, il n'y aurait {( pas lieu de s'y arrêter. Mais non, le jansénisme, en don- « nant un vernis religieux aux passions politiques de la « magistrature, seconda la marche ascendante de la mo- « narchie...

« Par lui parlements et royauté furent mis aux prises et « précipités dans une mêlée confuse, meurtrière.

c( Audix-huitième siècle quarante ans de folies san- « glantes et de combats disent assez quelle fut la portée «du jansénisme.

«Il occupa... beaucoup de place dans les préoccupa- « fions de Voltaire, et nous le retrouvons au pied de l'é- « chafaud de Louis XVL

« Vers le commencement du dix-septième siècle unecor- « respondance active, mystérieuse, et toute pleine desom- « bres pensées, s'ouvrit entre deux hommes qui, sur les (( bancs d'une école flamande, s'étaient, jeunes encore, liés « d'étude et d'amitié. Le Belge Jansénius était un patient « théologien : le Béarnais Duvergier de Hauranne, depuis « abbé de Saint-Gray, était né sectaire. // y avait du Calvin « en ces deux hommes implacables dans leur piété et ado- « rateurs systématiques d'un Dieu terrible,

« Toutefois ils ne s'avouèrent pas calvinistes, ils ne se (( crurent pas tels, et ce fut comme à l'ombre du grand nom M de saint Augustin qu'ils entreprirent de réformer le chris- « tianisme, trop amolli suivant eux par les jésuites. On a (( recueilli et publié maintes lettres de Jansénius à son ami;

« il s'en exhale je ne sais quel parfum sauvage. Ce sont c( d'ailleurs de vraies lettres de conspirateurs. Elles sont « écrites avec chiffres. Jansénius y est appelé Sulpice, ^( saint Cyran Rongeart {\ ] ; Chénier est l'étrange nom « sous lequel les jésuites s'y trouvent désignés. . . .

« Port-Royal des Champs présente alors un double « aspect conforme à sa double origine : colonie d'hommes a pieux adossée à un couvent.

(( A la vue d'un pareil tableau^, qui ne se sentirait ému « et attiré? Toutefois qu'on pénètre parmi ces hommes, « qu'on les suive dans l'histoire, et l'on sera surpris de tout « ce quHl y eut de sauvage dans leurs doctrines, de tout ce « qu'ils mêlèrent de poisons aux bienfaits de leur in- « iluence.

a Comment lire sans indignation et sans effroi, dans le « Dictionnaire du jansénisme, les maximes qui précisent, « qui résunjent l'esprit de la secte ?» — « Jésus- Christ « n'est pas plus mort pour le salut de ceux qui ne sont pas « élus, qu'il n'est mort pour le salut du diable (2). » — a Dieu a pu, avant la prévision du péché originel, prédes- « tiner les uns et réprouver les autres... tout cela est ar- « bitraire dans Dieu (3). » — c( Dieu a fait par sa volonté (( cette effroyable différence entre les élus et les réprou- (i vés (4). )) — « Dieu seul fait tout en nous (5). » —

(1) Mémoires d'Arnauld d'Andilli/ ; Notice sui' Port-Royal , par Petitot, t. 1, p. 19, daus la Collection des mémoires sur l'histoire de France.

(2) Jansénius, De Gr. Christ., t. III, lih. III, cap. xxi, p. IGG, 2 littera. A.

(3) Boursier, Action de Dieu sur les créutitrvi:, sect. 6, part. 111, ch. IV.

(i) Nicole, De la grâce et de la prédestination. 1. 1, sect. 2, ch. iv. [h) Leloiirneur , Explication de répiire de S. Cyriaqiœ, t. III. p. 310; Figures de la Bible, par Royaumont, lig. 30.

« L'honiine criminel, sans l'aide do la gràcc^ est dans une « nécessité de pécher (1), etc., etc.

{( Ces propositions du reste, et tant d'autres du même « genre, qu'on trouve développées dans les ouvrages jan- (( sénistes avaient leur source dans VAufjustinus. Suivant « l'auteur, la liberté n'avait pleinement existé que chez le « premier homme, mais par l'abus qu'il en avait fait par « sa chute, il avait perdu en lui tous ses descendants.

a Par conséquent, l'homme n'avait plus, depuis le péché (( originel, qu'une nature fondamentalement corrompue, « qu'une volonté soumise à l'empire du mal. Il n'y avait « que la grâce qui le pût retirer du fond du goufTre, mais « cette grâce bienfaisante, souveraine, irrésistible. Dieu, « qui ne la devait à personne, la donnait à certains seu- {( lement par une préférence gratuite dont nul n^'avait droit (( de lui demander compte. Heureux les élus ! c'était pour « eux et non pour tous les hommes que Jésus-Christ était (( mort

(( Pour ceux que la faim poursuit, que l'excès du travail « accable, dont on condamne l'intelligence aux ténèbres, « et que la société laisse gémir dans ses bas-fonds, de quel « bénéfice pouvait être le fatalisme janséniste ? Pourquoi « ne se serait-on pas résigné à voir des millions d'hommes « plongés dans une misère sans issue, quand on croyait a des millions d'âmes destinées d'avance à des supplices « sans fm? N'était-il pas bien naturel de conclure de la face talité de la damnation à la fatalité de la misère? Sinistres « déductions dont le sort du peuple devait inévitablement c( se ressentir, et dont on ne saurait trop méditer la pro- (( fondeur 1 Mais si le jansénisme tendait à consacrer et

(1) Gerbeion. Miroir de la piéfe\ p. 86.

« presque à sanctifier la tyrannie des choses, en revanche c( il menait droit à afiaiblir la tyrannie de Thomme. A qui « donner le commandement absolu^ là où Tobéissance « n'est possible qu'à Tégard de Dieu ?

« Jusqu'ici rien dans les jansénistes que nous n'ayons c( déjà remarqué dans Calvin ou ses disciples. Mais les proc( testants avaient été complètement logiques : les jansé- « nistes ne le furent qu'à demi. Les protestants avaient « repoussé le Pape : les jansénistes le menacèrent et le « subirent. Jansénius, dans son fameux livre, avait fait « cette déclaration solennelle : « Je suis décidé à suivre (( jusqu'au dernier moment, ainsi que je Tai fait depuis mon « enfance, l'Église romaine, le successeur de Pierre (1). » « Les disciples, à l'exemple du maître, se gardèrent bien de « rompre complètement avec Rome

(( Et avec quelle passion ils repoussèrent le reproche de « calvinisme ! Quelle fougue ils apportèrent à bien établir c( qu'ils se séparaient des protestants sur l'artide des Sa- 0 crements d'Ordre, d'Eucharistie et de Pénitence ! L'horc( reur de saint Cyran pour l'hérésie était si sincère, si c( voisine même de la superstition, qu'il n'ouvrait jamais « un hvre hérétique qu'après l'avoir exorcisé d'un signe c( de croix, ne doutant point que le démon n'y résidât (2).

c( Le jansénisme ne fut donc qu'un protestantisme bôc( tard, qu'une espèce de compromis

« Ce fut l'imposante et nombreuse famille dos Arnauld, « qui forma le premier, le vrai noyau de Port-Royal, et « donna le ton au jansénisme. Cette gravité traditionnelle, c( ces habitudes sévères et compassées de la magistrature

(1) Cornelii Janscnii Atigustinus, t. 111, lil». I, cap. ii.

(2) Sainte-Beuve, Port-Roijal, t. II, liv. II, p. lUO.

« française, l'ort-Koyal les reproduisit dans toute leur roi- « deur. Là nul abandon : le respect de l'étiquette y gla- « çait le langage des affections même les plus tendres : « Monsieur mon père, » écrivait à son père Antoine « Lemaître (1), et en s'adressant à Saint-Elme il disait : « Monsieur mon très-cher frère (2). »

« De pareils traits sont caractéristiques. Une violence con- (( tenue, des dehors rigides, une piété ascétique, quoique ({ adoucie et distraite par Tamour des lettres, le goût de la « vie intérieure combattu par l'attrait des agitations, un « fond de dureté, un esprit d'intolérance uni à des ence traînements factieux, beaucoup de dédain pour le peu- « pie, et avec cela une tendance manifeste à humilier les

« courtisans, à mettre la royauté aux abois Voilà bien

(( la physionomie du jansénisme, et n'est-ce pas celle du « parlement?

« Il était donc tout simple que les soulèvements de la « magistrature contre la cour, que les prétentions du parce lement au partage du pouvoir trouvassent appui dans les c( disciples de Saint-Cyran, et c'est ce qui explique pource quoi pendant la Fronde le jansénisme palpita dans les « meneurs de Paris révolté (3).»

Voilà le jansénisme jugé par les socialistes; voyons maintenant ce qu'en pensent les rationalistes.

a Qu'est-ce que le jansénisme? — dit M. Cousin. — Une « plume habile s'est chargée d'en retracer l'histoire (4) ;

(1) Mémoires de Fontaine, t. 1, p. 235.

(2) Ibid.,^. 35!).

(3) Louis Blanc, Histoire de la Révolution française, t. I, liv. II, eh. IV, p. 201 à 203, et 210 à 215. 1 847.

(i) Sainte-Beuve, Porf-Hoyal. Bésultat d'un cours professé à Lausanne, ce livre est un prodige de galimatias : je ne suis pas curieux, mais je me demande parfois ce que des calvinistes ont pu comprendre à tout ce pathos. A moins, ce qui est fort admisi^ible, que l'histoire de

c( il nous suffira d^'en rappeler les principes et d'en mar- 0 quer le caractère général.

« On peut dire aujourd'hui toute la vérité sur le jansé- (c nisme

« Disons-le donc sans hésiter : le jansénisme est un a christianisme immodéré et intempérant. Par toutes ses « racines, il tient sans doute à TÉglise catholique ; mais c( par plus d'un endroit, sans le vouloir ni le savoir c( même (1), il incline au calvinisme. Il se fonde particu-

« lièrement sur deux dogmes qu'il exagère et qu'il

« fausse dans la théorie et dans la pratique, je veux parier « des dogmes du péché originel et de la grâce. . . . »

M. Cousin signale « l'immense humilité et l'immense « orgueil des jansénistes (2), l'une qui se tire du sentiment « de notre néant propre, l'autre du sentiment de l'action « de Dieu en nous. De là encore l'attachement le plus c( opiniâtre à nos pensées comme nous venant de Dieu « même, avec un courage merveilleux capable de résister, « au nom de Dieu, à toutes les puissances de la terre, « même à la première de toutes, celle du Saint-Siège. De « là, en un mot, une grandeur incomparable et des excès « de toute sorte dans la doctrine et dans la conduite : c< excès et grandeur mêlés ensemble, se soutenant et péc( rissant ensemble, parce qu'ils partent du même principe, « le néant de la nature et la force unique, mais invincible,

leurs cousins les jansénistes n'ait été pour eux une page des annales de leur famille.

(1) Ni lesavoi)' même. Rien déplus vrai pour beaucoup de jansénistes, et ce fait seul démontre l'immense perfidie des doctrines de Port-Royal, et explique leur influence vraiment étonnante, au premier abord.

(2) On sait que Christophe de Rcaumont disait des religieuses de Port-Royal : « Pures comme des anges et orgueilleuses comme des dé- « nions. »

DE J. DE MAISTRE. 20i»

« de la {^ràce. Séparer dans Port-Royal la grandeur de « Texcès, le bien du niai, le vrai du faux, retrancher l'un, « retenir l'autre , vaine entreprise ! Tout ici tient au « même esprit, tout vient du même fond ! Tempérer Port-

(( Royal, c'est l'anéantir Reconnaissons dans Port-

(( Royal les hautes qualités qui le recommandent à la vé- « nération des siècles : la droiture, la conséquence, M l'intrépidité, le dévouement; mais reconnaissons aussi « que deux qualités plus éminentes encore lui ont man- « que : le sens commun et la modération, c'est-à-dire la « vraie sagesse (1). »

M. Lavallée définit très-clairement Fesprit séditieux du jansénisme, et la lecture de ces pages démontre, de la façon la plus évidente, que les sectaires de Port-Royal sont les ancêtres directs de nos modernes libéraux. Écoutons M. Lavallée :

« L'opposition s'était retirée dans la controverse reli- « gieuse

« Elle occupa autant Louis XIV que ses guerres et ses « négociations ; enfin elle eut une infiuence très-grande, « quoique mystérieuse et mal connue, sur la chute de la « monarchie

« Les jansénistes^ sorte de puritains du catholicisme, « défendaient la grâce à la manière de Calvin : ils faisaient « de Dieu un maître inflexible, de l'homme un esclave... if Leur spiritualisme rigide... rendait la religion inabor- « dable au vulgaire

(1) Cousin, Du scepticisme de Pascal {Revue des Deux-Mondes^ 1S45). Celte dcrnicro phrase de M. Cousin veut dire, ce me scmLle, que rien n'a manqué à Port-Uoyai, excepté tout.

20t) l'esprit

c( L'apparition de cette secte inquiéta le gouvernement. « Richelieu, craignant de trouver en elle un calvinisme «mitigé, et voyant dans ses rangs la plupart de ses enne- « mis, la persécuta. Mais, à sa mort, elle prit des dévelop- (( pements : elle s'unit intimement au parlement, eut une (( part très-active aux troubles de la Fronde, et fournit au « cardinal de Retz ses auxiliaires les plus zélés : « Il se trouce vait, dit Omer Talon, que tous ceux qui étaient de cette (( opinion n'aimaient pas le gouvernement.)) Le jansénisme, (( par ses doctrines opposées à l'autorité et l'appui qu'il (( trouvait dans le parlement, pouvait devenir politique et (( prendre une position semblable à celle du calvinisme ;... (' enfin Port-Royal avait été, après la chute de la Fronde, (( le refuge des mécontents, et principalement de la du- (( chesse de Longueville. Mazarin résolut de détruire cette (( secte

(( Le jansénisme, avec ses doctrines sur la grâce, son (( opposition à la cour de Rome, son antipathie pour la « communion, devint ainsi une sorte de luthéranisme bà- « ta7^d, la réforme sans le libre examen : « Les gens de a cette secte, disaient les calvinistes, sont bien embar- (( rassés pour démontrer qu'ils ne sont point protestants. »

(( Les jansénistes, espèce de stoïciens du christianisme, «... avaient quelque chose de sec, d'étroit, d'égoïste, de « stationnaire ; les jésuites., avaient des idées plus larges, « plus sociales et plus progressives. Louis XIV n'hésita «pas entre ces deux partis... Il regardait les jansénistes « comme des ennemis de l'unité, des protestants cachés, (( les restes de la Fronde : « il croyait voir, dans cette secte, (( le caractère et la conduite de ses principaux chefs, une « tendance au presbytérianisme, et il était convaincu qu'ils

« se soraiont montrés aussi séditieux et aussi républi- <( rains que les calvinistes, s'ils avaient eu autant d'é- (( ner^'ie. »

« Tout ce qui haïssait le gouvernement haïssait les jé- « suites, et par conséquent se jeta du côté des jansénistes, (( qui devinrent ainsi le parti de l'opposition. Ce n'est pas (( que tous ceux qui embrassaient le molinisme ou le jan- (( sénisme s'inquiétassent beaucoup de la grâce et du libre (( arbitre; mais dans ce temps, où la société était encore (( profondément religieuse, les intérêts politiques se débat- '( talent sous la forme des discussions théologiques. . .

« Le jansénisme, étant le parti de l'opposition universelle, (( avait grandi avec les fautes et les revers de Louis XIV... « Il censurait tous les actes du gouvernement; il exagérait (( les misères publiques ; il accusait le roi d'ineptie, de « cruauté, de lâcheté... C'était une opposition sourde^ luche^ « calomnieuse y mais d'autant plus inquiétante, qu'elle était * (( vague, cachée, qu'on la sentait partout, même dans les « ministères, môme à la cour... On peut en considérer u comme l'expression complète le duc de Saint-Simon. »

<( Pendant ce temps grandissait, à l'ombre de ces ob- (( scures querelles, la dernière héritière de l'idée luthé- « rienne et de toutes ses conséquences jusqu'au jansénis- « me, la philosophie du dix-huitième siècle, qui devait (( renverser les jésuites, la royauté, la société et la re- « ligion elle-même (1). »

(1) Lavallée, Histoire des Français, t. III.

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