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La bibliothèque de Voltaire (déposée au palais de l'Ermitage) donne lieu à des observations inriportanle» qui n'ont point encore élé faites, si je ne me tronnpe. Je me souviens que Lovelace, dans le roman de Clarisse, écrit à son ami : Si vous avez intérêt de connaître une jeune personne^ commencez par connaître les livres quelle lit. 11 n'y a rien de si incontestable ; mais cette vérité est d'un ordre bien plus général qu'elle ne se présentait à l'esprit de Richardson. Elle se rapporte à la science autant qu'au caractère, et il est certain qu'en parcourant les livres rassemblés par un homme, on connaît en peu de temps ce qu'il sait et ce qu'il aime. C'est sous ce point de vue que la bibliothèque de Voltaire est particulièrement curieuse. On ne revient pas de son élonnement en considérant l'extrême n)édiocrilé des ouvrages qui suflirent jadis au patriarche de Ferney. On y chercherait en vain ce qu'on appelle les grands livres et les éditions recherchées surtout des classiques. Le tout ensemble donne l'idée d'une bibliothèque formée pour amuser les soirées d'un campagnard. Il faut encore y remarquer une armoire remplie de livres dépareillés dont les marges sont chargées de notes écrites de la main de Vollaire, et presque toutes marquées au coin de la médiocrité et du mauvais ton. La collection entière esl une démonstration que Vollaire fut étranger k toute espèce de connaissances niiprofondies, mais surtout à la littérature classique (1). S'il
(1) M. Leouzon-Leduo a dernièrement feuilleté les 7,500 volumes de
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manquait quelque chose à cette démonstration, elle serait complétée par des traits d'ignorance sans exemple qui échappent à Voltaire en cent endroits de ses œu\res, malgré toutes ses précautions. Un jour peut-être il sera bon d'en présenter un recueil choisi (1), afin d'en finir avec cet homme (2).
Un homme de lettres français du premier ordre, mais que je n'ai pas le droit de nommer, me confessait un jour, tête à tête, qu'il n'avait pu supporter la lecture des Petites Lettres. La monotonie du plan est un grand défaut de l'ouvrage : c'est toujours un jésuite sot qui dit des bêtises, et qui a lu tout ce que son ordre a écrit. Madame de Grignan, au milieu même de l'effervescence contemporaine^ disait déjà en bâillant: C'est toujours la même chose., et sa spirituelle mère l'en grondait (3).
Sur le fond des choses considérées purement d'une manière philosophique, on peut, je pense, s'en rapporter aux jugements de Voltaire, qui a dit sans détour: // est vrai que tout le livre porte sur un fondement faux , ce qui est visible (4).
la bibliothèque de Voltaire (à l'Ermitage), et ses observations confirment pleinement celles de M. de Maistre.
(1) C'est ce qae fera non-seulement pour Voltaire, mais encore pour tous les encyclopédistes, L'Esprit de Féron, que nous avons annoncé plus haut. (P. 147, note 1.)
(?) Les Soirées de Saint-Pétersbourg, t. I, p. 319 et 320. '
(3) Voir la note F.
(4) Siècle de Louis XIV, t. IH, ch. xwvii. — De l'Eglise gnUicnne, édit. Migne, colonne 533.
I)K J. DE MAFSTRE. 33S
Bu (Ton écrivit les aventures de l'univers, et pour se faire le romancier du globe en démentit le saint historien (1).
(I) Examen de la philosophie de Bacon, t. II, p. 203.
NOTES