‹ L'esprit du comte Joseph de MaistreChapitre 7 sur 48 · AVANT-PROPOS. XI · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XI

les composent. Sans cette proportion rtjgulière qu'inspire et que demande la nature, toutes ces parties ne présentent qu'une masse informe, qui choque et qui déplaît.

Comment éviter ces différents écueils ? — Ce ne peut être qu'en préférant d'abord les pensées solides à celles qui ne sont que brillantes. En effet, la vérité n'est que trop souvent étouffée sous ces pensées qui n'ont qu'un éclat passager.

« Ces tours agréables qui ne plaisent que par leur grande délicatesse, ne font aucune impression sur l'esprit ni sur le cœur, et ne laissent le plus souvent qu'un souvenir général, qu'on a été charmé de ce qu'on a lu , sans savoir pourquoi (1 ) . »

Les pensées vraies et justes, lorsqu'elles sont noblement exprimées, portent au contraire la conviction avec elles, entraînent notre jugement, et se gravent profondément dans nos cœurs. On atteint ce but, lorsqu'on les place, autant qu'on le peut, dans un ordre qui les rend moins indépendantes et moins étrangères les unes à l'égard des autres.

Un recueil où les pensées d'un auteur seraient prises au hasard, placées sans suite, un recueil où tout serait comme haché et dans une espèce de confusion, ne remplirait donc pas l'attente des

(1) Dupin, Bibliothèque ccclésiasliquc, t. V.

XII AVAIST-PROPOS.

lecteurs judicieux. Ce serait manquer, en quelque sorte, de respect envers l'auteur, que de représenter ainsi par lambeaux le système de ses pensées, en coupant le fil et les rapports qui les unissent, en faisant ainsi disparaître la justesse, l'accord, la beauté que leur ensemble offre partout.

J'ose me flatter d'avoir rempli, — autant qu'il est possible, — le plan que je me suis proposé ; je m y suis conformé de tout point. En m'attacbant principalement et de préférence aux vérités fondamentales, je n'ai pourtant point négligé de recueillir ces pensées ingénieuses qui étonnent l'esprit par une nouveauté hardie, et, comme autant d'éclairs, illuminent l'intelligence.

L'Esprit de M. de Maistre est un abrégé des écrits de cet illustre penseur : à ce titre seul, le succès lui est acquis et la faveur des nombreux admirateurs du prophète des temps modernes ne saurait manquer de lui être assurée.

Une seule idée, — mais, quelle idée féconde, quelle source inépuisable, quelle perspective infinie, — la Providence ! a inspiré à M. de Maistre ses ouvrages si divers. Partout, dans tout et toujours il voit la Providence, rien que la Providence dans ^ç\\\ (/inivernement temporel des choses d'icibas. Armé d'une logique redoutable, — celle même de la vérité divine, — il rapporte tout à

AVANl-PROl'OS. XIII

cette grande et sublime idée-mère , nbna parons l Religion , politi({ue , femmes , éducation, art, philosophie, critique littéraire , portraits, etc.

Rien d'admirahle comme la logique irrésistible qui préside aux écrits de M. de Maistre et qui fait de ses ouvrages une longue et forte chaîne, que jamais nul de ses adversaires n'a pu rompre.

Mais, puisqu'il en est ainsi, — dira-t-on peutêtre, — ces pensées détachées du tableau où elles étaient encadrées, perdent nécessairement le mérite du contraste et des nuances, pour ne conserver que celui de l'expression et du coloris. Elles ne m.ontrent que très-imparfaitement l'esprit de l'auteur, qui éclate surtout dans le dessein et flans l'ensemble.

Toutes ces observations sont justes, — ou du moins paraissent telles, au premier abord, — et je me les suis faites ; cependant elles ne m'ont pas empêché de publier cet Esprit; je dirai plus, — la nature même des divers ouvrages de M. de Maistre m'y a encouragé. Je m'explique. Ces écrits lumineux ne sont point entre les mains de tout le monde,car il n'en existe pas encore — qui le croirait? — d'édition complète : ils ne sont pas faits non plus pour être lus dans leur totalité. Bien des choses échappent au lecteur qui ne serait pas déjà familiarisé avec certaines parties des questions. Parmi

Page 1