PREFACE
table, nous ne disons pas pour la piété ou la philosophie, mais pour le simple bon sens et pour la probité, de \oir Tirréligion déraisonner ou ricaner au bas de ces pages vénérables, où Pascal avait déposé les preuves immortelles de son génie autant que de sa foi.
« La gloire, l'honneur, la renommée d'un grand homme sont une propriété de la nation qui la produit. Elle doit en être jalouse, et défendre ce dépôt sacré. C'est par ses grands hommes qu'elle est célèbre elle-même; pour prix de la gloire qu'elle en reçoit, elle doit au moins protéger leur cendre et faire respecter leur mémoire.
« Si Pascal eût vécu, irrité de l'attentat commis sur son ouvrage, il aurait poussé un cri d'indignation et de vengeance ; il aurait traîné Condorcet et Voltaire devant les tribunaux, et sûrement le procureur général s'en serait mêlé. Pourquoi donc les Français ont-ils oublié Pascal, parce qu'il est mort? Ils ont bien su blâmer aigrement ce même Voltaire pour s'être permis le ton du persiflage dans son Commentaire sur les œuvres de ce Pierre Corneille qui ne persifla de sa vie, et fut sublime bonnement (1). Fallait-il donc traiter une simple irrévérence plus sévèrement qu'un délit (2) ? »
(1) Expression de Dorât.
(2) Observations critiques sur une édition des Lettres de madame de Sévigné, publiées en 1806, chez Bossange , par M. Ph.A, GrouveUe, etc. — Lettres et opuscules inédits de M. de Maistre, t. Il, 2* édition, p. 405 et 406.