‹ L'esprit du comte Joseph de Maistre [selections]. Précédé d'un essai sur sa vie et ses écritsChapitre 31 sur 49 · VIU · texte numérisé non relu

VIU

Vous n'avez pas oublié , Madame, combien je vous

(I) IhiiL, p. 200 et 201. —Voir la note B.

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divertis un jour en tous montrant le prospectus anglais d'une traduction de V Histoire naturelle de Buffon (1), <( dégagée de ses extravagances. » Freed from his extravagancies.

Mais si Ton ôte les extravagances de son grand ouvrage, au jugement d'une foule d'hommes, il ne restera guère que la partie descriptive ou poétique, qui est réellement d'un grand mérite. Rouelle, quoique Français, disait un jour, en parlant des systèmes chimiques de Buffon : Je crois qu'il est fou. Haller, Spallanzani et Bonnet se moquaient de sa physiologie ; M. de Luc, de sa géologie ; HoUand et mille autres, de sa cosmogonie, etc., etc.

Mais, puisqu'il s'agit de Buffon, n'avez-vous jamais connu à Turin mon pauvre abbé Roncolotti, mort seulement depuis quelques mois?...

C'était un rude homme, Madame, je vous l'assure : je m'avisai de lui dire un jour :

Caro don Roncolotti y siam soli I mi dica per carità, ma da galantuomo, il suo sentimento sovra il gran Buffone.

A ces mots, haussant les épaules au point que la tangente eût passé par les yeux, il me répondit en riant d'une oreille à l'autre : Gran Buffone (2) ! î

(1) < Pas 8i naturelle, » disait Voltaire.

(2) Lettres et op,, u II, p. 206 et 207. — Voltaire disait du titre ^'Histoire naturelle donné par fiuffon à son livre : « Pas si naturelle, » et ailleurs il a écrit ce vers :

« Dans un style ampoulé parlez-nous de physique. »

D*Âlembert disait : « Ne me parlez pas de Buffon, de ce comte de Tufûère (c'est le nom du Glorieux^ dans la comédie de Destouches, qui

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Tout ce que je pourrais dire sur la destinée des réputations littéraires disparait deTant les deux exemples que nous présente F Angleterre dans la personne de ses deux [xvtcs principaux. Milton et Shakspeare.

Pei'^nuie ne se doutait du mérite de Milton, lorsque AiKlison, embouchant le porte-Toix de la Grande-Bret;igne ^rinstrumeut le plus sonore de TuniTers), cria, du haut de la Tour de Londres : « Auteurs romains, autours: gnvs, cédez-nous. »

Il lit bien do prendre ce ton. S*il eût parlé modestemont, s'il oùt soulement trouTe des beautés remarquables dans le Piiri;Jis perdu , il n aurait pas fait la moindre iniprv:ssiou ; mais cette décision tranchante, qui doplavait Homère et Virgile, frappa les Anglais. t'iKHcun Si' dit : Co/.H/nent donc! noi4S possédions lèpremitrr ptwrne ç'piijue de runivers^ et personne ne s'en dotUiiit' (V tfuec^est que la distraction! Mais pour le CiUip^ /!()«.< voilii bien avertis. Eu effet, la réputation de Milton est dovenue une propriété nationale, une portion do Vêtadlissementy un quarantième article ; et les Anglais ct\loraiout plutôt la Jamaïque, que la primauté de Cl* grand iKVte.

No cixtyoz ^Kis cependant q\i\\ n\ ait point d'incrédules en Angleterre. Tout le monde connaît la réponse

porte ce titre\ qui. au lieu de nommer simplemeot ie cheval, dît : la pius noàU iWtifuétif que ;*Vw/w ait jamai<f faite est celie de ce fier et fouf/ueux uni ma! ^ etc. »

M. Joubert a dit : « Quand on a lu M. de Buffon on se croit savant» quand on a lu Rousseau on se croit Tertueux : on n'est cependant pour cela ni Tun ni l'autre.

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de Pope à Voltaire, qui lui demandait pourquoi Milton n'avait pas rimé son poëme : Parce qu'il n'a pas su. Dans un post-scriptum sur l'Odyssée, ce même Pope observe que, dans les endroits mêmes où la clarté est le plus indispensable, Milton emploie souvent de telles transpositions et des constructions si forcées^ qu'il ne peut être entendu qu'à la seconde ou à la troisième lecture.

Chesterfield, qui était, à ce qu'il est permis de croire, un homme immoral, mais qui avait cependant de Tesprit, du goût et des connaissances, regardait le Paradis perdu comme l'une des suites les plus ennuyeuses du péché originel. De tous les personnages de Milton^ écrivait-il à son fils, je déclare ne connaître que r homme et la femme^ mais, je vous en prie, ne me dénoncez pas à nos gros théologiens {solid divines)*

Une de mes grandes curiosités (mais qui malheureusement ne peut être satisfaite) serait de savoir combien il y a d'Anglais dans les trois royaumes qui se soient assis pour lire Milton.

Le sort de Shakspeare est plus heureuï encore et plus extraordinaire. Lui-même, comme on sait, n'avait pas la moindre prétention à la célébrité, au point qu'il n'avait pas même pensé à recueillir ses œuvres. Personne ne se doutait de son mérite ; et c'est une chose bien extraordinaire qu'en Angleterre le mérite des deux plus grands poètes de la nation soit une découverte.

Je ne connais pas de pièce plus curieuse que la préface de Johnson sur les tragédies de Shakspeare. Ce grand critique accorde au poëte tous les défauts imaginables: vice dans les plans, faux bel esprit, immoralité^

:$4i l'ispiit

0A\frirnhion Ticieuse, grossièreté, rt'Àowhiirj:^ jeux de mots intenninaMes^ <v f^fÀ'u:%^ dit-il « sont plus mauTaises à mesure qa'S le^ • trflv;iille d«ivantage. Toutes les fois qa'fl soDïcile sob tt ((/;riif;, il freri obtient qu'enflure, bassesse, f^kiir et té ol;M:iirit<';. Tous ses discours d^appareil soDt fûlileset té (/Jar/;», Il n'avait que Télan de la nature ; dès «pili M «TMMiyc U;h dévelop[>ementSy il impatiente oa 3 ùil M piti<^; : jamais il ne chagrine dayanlage ses admira- « Uutrn qu<: dans les endroits où il s^approche de h u [HuttuXutUf rar toutes les fois qu'il est beau, il ne Test té |iiiN lriri({t<!m|)H. Jamais il n'est tendre et pathétique té mtm ne perm<;ttre bientôt quelque froide poiole, quêtez (\Uii luin^utihUi é(|uivoque. Il n'a pas plutôt commaicé té h voiiN <)fiiouv()ir, qu'il trayaille lui-même à détruire ti Teffitt. 1^0 jeu de mots surtout est pour lui une espèce u de feu follet (|u'il ne manque jamais de suivre, et té tonjourH pour se perdre. C'est une magie, un ensora (^sllemerit au((U(;l il ne peut résister. Dans le moment a on il d/;ploie le plus de dignité et de profondeur, soit tt qu'il étende nos connaissances ou qu'il exalte nos a aifectionSy soit qu'il amuse notre attention ou qu'il a rencliatite, des qu'une pointe se présente à }m, il a abandonne tout pour la suivre : c'est une pomme d'or a qui tombe devant lui, et, pour la ramasser, il sacrifie tt la raison, l'exactitude et la décence. Shakspeare nous a présente une riche mine d'or et de diamants voilés par ce des incrustations, avilis par des scories impures, et tt mêlés à une grande masse de vils minéraux (1). Si

(I) « Si Ton voulait pousser cette comparaison, elle serait très-con-

DE J. DE BIAISTRE. 345

« nous lui devons beaucoup, il faut avouer aussi qu'il c( nous doit bien quelque chose ; il est sans doute beauce coup loué par notre intelligence et par notre jugece ment ; mais il Test au&si beaucoup par la coutume et « le respect : il a de belles scènes ; mais, à tout prendre, « aucune de ses pièces peut-être, écrite par un auteur « moderne, ne serait entendue patiemme nt jusqu'à la

« fin. »

Il n'y a peut-être pas, dans la littérature d'aucune

nation, un morceau de critique capable de faire comprendre plus clairement l'influence des circonstances sur la réputation des auteurs. On comprend bien les sommeils passagers du bon Homère ; mais que le premier des poètes tragiques présente habituellement la réunion de tous les défauts imaginables, c'est ce qui se conçoit fort peu. Ce qu'il y a d'étrange, c'est que les Anglais, qui sont de grands hellénistes, admettent assez volontiers la supériorité des tragiques grecs sur Shakspeare ; mais s'il s'agit de Racine, qui n'est au fond qu'un Grec parlant français, la règle du beau change tout à coup ; et Racine, qui est au moins égal aux Grecs, demeurera cependant fort au-dessous de Shakspeare, qui leur est inférieur. Ce théorème de trigoiiométrie ne choque point les esprits les plus justes de l'Europe (1).

Vous dites que la Henriade est un poëme épi-

« traire à Shakspeare ; car toutes les mines de Golconde ne seraient « rien sans l'art du diamantaire. » (Note deM.de Maistre, t6tV/.,p.t!iO, note 1.) (1) Lettres etop,, t. U,p. 207 à 211.

;mo lesput

t\m' ; l«i croyez-vous (1)? Vos Français baiBiil à snaà lioiiiimir d'avoir un |>oênfie de ce genre écrit en Lcnes âe dou/it hyllalirM, lu Tt^lfhnaqfie éiail nul pour oeHeiiflUe ainliîliou. DntiH ces tristes cîrconstjiiioes , la \mu\, il l'uldrclaruc poème épique. Voilà tootle

Irin.

Vollaln*, do non côte, qui manquait émiocnuDent de In ipiiiliti^ (tiiitn(*nnncnt nécessaire à cette ei \'ttivrtifitttit \\i* fui pUH peu surpris d'avoir fait un i'i|i|(|iin nanri In Hiivoir ; miracle bien supérieur i|iM) Molinrn nouH u fuit admirer dans le Bourgeois iltnhlhniniiit\ Il voulut au moins répondre aux boules dii la IVanrn, (*t loul de suite il se mit à raccomnooder rii ipi'll \\i\ pouvait refaire, en commençant par le thre, i|u'il irnilit pluit national. U ôta, il ajouta, il corrigea, il vaiia ; («I, jnm|u'à la lin de sa longue carrière,

Niiiih riivniiii VII HiiiH coAHo <!crlrc, écrire, ('.Kiyniil toujoiim pouvoir uu peu mieux dire.

Miilln, il (ftit résulté de ce travail un mauvais poème fait avec d*aHHe/ h(^aux vers. L'ouvrage est mince, dans tout In Kens du lerine ; car Tauteur qui n'avait nulleintMil la tdiv (^pnnWyi\o\\\\wci on Ta dit des Français en général , travaillait contre son génie, et ne demandait qu'à linir. dépendant, à Tuide de la dédicace anglaise, de la traduction de cette môme épttre, de la préface du roi de Prusse , do celle de Marmontel^ du précis sur la Ligue, des notes historiques, de TEssai sur le poème épique, mais surtout des variantes (moyen absolument inconnu

(1) Voir la noie G.

DE J. D£ HAISTRE. 347

à Tantiquité), la Henriade forme aujourd'hui un solide raisonnable qui tient fort bien sa place dans nos bibliothèques, entre tiliade et la Jéncsalem délivrée (1).

Lorsque Gibbon lut en Suisse pour la première fois le roman de Clarisse^ il écrivit en France : Cest bien mauvais. Mais que dut-il éprouver, lorsqu'il lut cet éloge de Richardson, où le fougueux Diderot porte aux nues, avec son style pythique (2), une production dont le moindre défaut est de violer toutes les règles du goût? Oubliez, je vous en prie, tout ce que vous avez lu jusqu'à présent, abdiquez toutes les idées reçues, et ne jugez que d'après la droite raison.

Ce qu'on peut imaginer de plus immoral, c'est de rendre le vice aimable; et c'est précisément ce que Richardson a fait, en peignant un scélérat du premier ordre sous les couleurs les plus séduisantes. Il a donné à son Lovelace, non-seulement toutes les grâces imaginables, mais cette hauteur de caractère, ce courage, cet ascendant inexplicable et dominateur que tout homme envie, que toute femme adore, et dont la peinture animée est, par conséquent, également dangereuse pour les deux sexes.

Comme si ce n'était pas assez de cette faute, Richardson en a commis une seconde encore plus forte, en faisant contraster avec son Lovelace un pauvre honnête homme, qu'il a peint gauche et maussade, et qui ne

(I) Lettres et op., t. H, p. 212 et 213.

('2} Voir la note D.

manque pas d*aToir le dessous lorsqu'il est aux prises avec reffronté libertin. Quel jeune homme a jamais désiré d'être un Byckman ? Pour Thonneur de la nature humaine, je ne veux point faire une autre question.

Il y a d'ailleurs des scènes qu'il n'est pas permis d'exposer aux regards. C'est une triste idée que celle de placer un ange de vertu dans un mauvais lieu, et de l'y faire martyriser par un scélérat sans honneur et sans pitié. Le forfait de cet homme est épouvantable, et ne devrait pas même être présenté comme possible. L'idée de cet opium me poursuit, me rend malade, au pied de la lettre :

Eh ! quel objet enfin à présenter aux yeux!

On dira qu'il est puni : je sais qu'à la fin du douzième volume, un certain colonel tombe du ciel pour tuer Lovclace ; mais celui-ci pouvait tout aussi bien le tuer : c'est un duel ; la chance est égale. Richardson a-t-il voulu nous renvoyer au jugement de Dieu? Le mauvais exemple reste, et la punition ne signifie rien. Le supplice réel des malfaiteurs n'arrête pas toujours leurs semblables. Que signifie donc une mort imaginaire, qui n'est pas même un châtiment? Car, de ce que Lovelace est tué, il ne s'ensuit nullement qu'il est puni (1).

Quant à la conduite de l'ouvrage, il est clair que l'é-

(1) < Heureusement que» par égard pour la morale publique, l'auteur a puni le monstre (Lovelace) en le faisant périr d'une mort tngique. Mai» il aurait dû peut-être, pour conserver quelque proportion entre le crime et la peine, le montrer expirant à la potence; et le goût anglais n'eût pas trop réprouvé ce genre de dénoûment. » (M. de Bonald^ Réflexions philosophiques sur le Beau moral , p. 248 et 249 de ses Mélanges HH,, polit,, etc., 3« édit., 1852.)

difice entier repose sur une inyraisemblance intolérable. Miss Howe n'a qu'à se marier pour terminer le roman. Elle viendra à la porte de madame Sinclair^ demandera son amie, la prendra dans sa voiture, et tout sera fini. Mais miss Howe ne veut point se marier ; et pourquoi? Parce qu'elle ne peut se résoudre à devenir heureuse pendant que son amie ne Vest pas. Elle la laisse donc souffrir, et mourir tranquillement. Je sais qu'il ne faut pas être difficile avec les poètes qui nous amusent. Cependant cette invraisemblance est du nombre de celles qui passent toutes les bornes et détruisent l'illusion. 11 me parait, de plus, que la supposition générale de ce roman blesse notablement l'honneur de la nation anglaise. On a justement reproché à madame Radcliffe tant de chimères monstrueuses issues d*une tête femelle fécondée par des prédicants, et par bonheur tout à fait inconnues à des nations qu'elle a jugées sans les connaître; mais, si je ne me trompe infiniment, Richardson fait plus de tort à sa propre nation. Quoi donc ! dans une ville comme Londres, un libertin peut enlever une demoiselle de condition, la loger dans une maison infâme, et l'y tourmenter à loisir durant plusieurs mois, sans qu'il y ait pour cette excellente personne un moyen d'échapper à son geôlier? J'aurais cru qu'une jeune personne dans cette position n'aurait eu qu'à se jeter à la fenêtre, à pousser un seul cri pour réveiller le coroner^ et que tout ce qui existait chez la Sinclair n'aurait fait qu'un saut jusqu'à Tyburn. Un lecteur qui n'aurait d'ailleurs aucune idée des lois et de la police d'Angleterre en concevrait, d'après ce roman, une trèsmauvaise idée. Jamais je ne l'ai lu sans m'écrier inté-

350 LESPBIT ^

ricuremcnt : a Mais sortez donc y MademcHselle ; et puisque voire amie vous aime assez pour tous laisser où vous êtes, jetez au moins une lettre par la feoètre, avec l'adresse : A r honnête homme qui passe I (on tous tirera de là), rt

J'honore infiniment les belles pages de Clarisse; mais jamais elles ne pourront me fermer les yeux sur les longueurs assommantes , rinvraisemblance continuelle et le danger de Touvrage (1).

Peu de livres seraient plus dignes que les lettres de madame de Se vigne d'un commentaire suivi, et peu de commentaires seraient plus utiles à la jeunesse et plus sûrs de plaire à tous les ordres de lecteurs. Les lettres de madame de Sévigné sont le véritable Siècle de Louis XIV. Le livre qui porte ce nom nous présente, comme beaucoup d'autres, les événements de ce siècle. Madame de Sévignc nous peint mieux que personne le siècle même. Ce que d'autres nous racontent, elle nous le fait voir : nous assistons à tous les grands faits de cette époque mémorable; nous vivons à la cour de Louis XIV et dans la société choisie de ce temps. II est impossible de lire une de ses lettres sans trouver un nom sacra: rien n'égale le charme de cette lecture. Tous ces grands hommes sont en mouvement ; on les admire dans les autres livres, dans ces lettres on les fréquente (2).

{t)Lettres et op,^ p. 214 à 217.

(2) Ibid,, t. II, p. 450. — L'ouvrage de M. V^alkenaer, Mémoires

DE J. D^ MAISTRE. 35i

On croit assez généralement, à la vérité sur la foi d'une simple tradition, que le Te Deum fut, s'il est permis de s'exprimer ainsi, improvisé à Milan par les deux grands et saints docteurs saint Ambroise et saint Augustin, dans un transport de ferveur religieuse, opinion qui n'a rien que de très-probable. En effet ce cantique inimitable ne présente pas la plus légère trace du travail et de la méditation . Ce n'est point une composition, c'est une effusion ; c'est une poésie brûlante, affranchie de tout mètre; c'est un dithyrambe divin où l'enthousiasme, volant de ses propres aUes, méprise toutes les ressources de Part. Je doute que la foi, l'amour, la reconnaissance aient parlé jamais de langage plus vrai et plus pénétrant (!].

Je sais par cœur tout ce qu'on a dit contre Sénèque; mais il y a bien des choses aussi à dire en sa faveur. Le plus grand défaut qu'on reproche à lui ou à son style, tourne au profit de ses lecteurs; sans doute il est trop recherché^ trop sentencieux ; sans doute il vise trop à ne rien dire comme les autres ; mais avec ses tournures originales, avec ses traits inattendus, il pénètre profondément les esprits,

« EÏt de tout ce qu'il dit laisse un long souvenir. »

touchant la vie et les écrits de madame de Sévigné, 4 vol. in-18, et la belle édition donnée en 1818, par MM. De Monmerqué et de Saint- Surin chez Biaise (10 vol. in-8o avec portraits, vues diverses, fao-simile, et noUces et notes nombreuses et excellentes), sont venus combler l'immense lacune que M. de Maistre signalait en 1806. (1) Les Soirées de Saint-Pétersbourg , t. H, p. 52 et 53.

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1^ îr:'i»r: «i^ Lx:» R^cÎDr. béritkre je ne dis p^ nnîi>rv:!!f: -î'^-o*: i'-lre xeoh: f4::5 iîlcîlrp, dort être cbère 4 V/'.» î'ri iriîtitrjterjr? : cir c'est uoe r?MSf df fnnûlU. qvi r/% r,\AVÀ qr;^ h i^if^-D ei la Tcrta- Si h toîx de ce fi^/^ fj'f::»! Y^\ écUtanie. eUe est dooce aa moins et U/fjy.vn ]n\\f:. Ses /'oe'fie? inertes soot pleines de pen- ^^, "j'; ^ntjmect et d'oDctic4i. Rousseau marclie aTant hii "i^rift Je monde et dan? les acadrâiks; mais dans I f^Iiçe. je tiendras pour Racine '2\

M, Uih/Âr<é:i dt Saint'Péftrifxj\irg,\.U,^. 1T9 et 1$0. — dwiles fiMiu^fri p*Âeiu, ProtvUntxa signifiait proprcfiient prncyimoe, fèadté ^^jf/f^yytr.pTfArtdere, r'tXhWy/urtoxr. fairt d^pronnu Om^fMrfit., on lit r* r^rlt dam ce mds : Proridert m r^m frvtm^Titariam, dt re frunumtaria, faire proTîsiOD deblé. se pourvoir 4e \M. — La jfi^AiidtntAàfA Romains était donc queVine cbose d'équi raient a celle de dm modenia accapartun,— Vcmt la note E.

tt, lAt Sotréet deSaint'Péteribourg, t. I, p. 21S.

La bibliothèque de Voltaire (déposée au palais de ^Ermitage) donne lieu à des observations importantes qui n'ont point encore été faites, si je ne me trompe. Je me souviens que Lovelace, dans le roman de Clarisse, écrit à son ami : Si voies avez intérêt de con-naître une jeune personne, commencez par connaître les livres qu'elle lit. Il n'y a rien de si incontestable ; mais cette vérité est d'un ordre bien plus général qu'elle ne se présentait à Fesprit de Richardson. Elle se rapporte à la science autant qu'au caractère, et il est certain qu'en parcourant les livres rassemblés par ua homme, on connaît en peu de temps ce qu'il sait et ce qu'il aime. C'est sous ce point de vue que la bibliothèque de Voltaire est particulièrement curieuse. On ne revient pas de son étonnement en considérant l'extrême médiocrité dSs ouvrages qui suffirent jadis au patriarche de Ferney. On y chercherait en vain ce qu'on appelle les grands livres et les éditions recherchées surtout des classiques. Le tout ensemble donne l'idée d'une bibliothèque formée pour amuser les soirées d'un campagnard. Il faut encore y remarquer une armoire remplie de livres dépareillés dont les marges sont chargées de notes écrites de la main de Voltaire, et presque toutes marquées au coin de la médiocrité et du mauvais ton. La collection entière est une démonstration que Voltaire fut étranger à toute espèce de connaissances approfondies, mais surtout à la littérature classique (1). S'il

(1) M. Leouzon-Leduc a dernièrement feuilleté les 7,600 volumes de

manquait quelque chose à cette démonstration, elle rait complétée par des traits d'ignorance sans exemple qui échappent à Voltaire en cent endroits de ses œuvres, malgré toutes ses précautions. Un jour peut-être il sera bon d'eu présenter un recueil choisi (1), afin d'en finir avec cet homme (2).

XMI

Un homme de lettres français du premier ordre, mais

que je uai pas le droit de nommer, me confessait un

jour, tète à tête, qu'il n'avait pu supporter la lecture

des Petites Lettres, La mcMiotonie du plan est un grand

défaut de l'ouvrage : c'est toujours un jésuite sot qui

dit des bêtises, et qui a lu tout ce que son ordre a écrit.

Madame de Grignan, au milieu même de l'effervescence

contemporaine^ disait déjà en bâillant: Cest toujours

la même chose^ et sa spirituelle mère l'en grondait (3).

Sur le fond des choses considérées purement d'une manière philosophique, on peut, je pento, s'en rapporter

aux jugements de Voltaire, qui a dit sans détour : //

est vrai que tout le livre porte sur un fondement faux,

ce qui est visible (4) .

la bibliothèque de Voltaire (à TEnnltage), et ses obs^rations confirment pleinement celles de M. de Maistre.

(1) C'est ce que fera non-seulement pour Voltaire, mais encore pour tons les encyclopédistes, V Esprit de Féron, que nous ayons annoncé plus haut. (P. 147, notel.)

P) Les Soirées de Saint-Pétersbourg, 1. 1, p. 319 et 320.

(3) Voir la note F.

(4J Siècle de Louis XIV, t. IH, ch. zxxni. — De l'Église galiicane, édit. Migne, colonne 533.

Buffon écrivit les aventures de l'univers, et pour se

faire le romancier du globe en démentit le saint historien (1).'

(0 Examende la philosophie de Bacon, t. II, p. 203.

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