‹ L'esprit du comte Joseph de Maistre [selections]. Précédé d'un essai sur sa vie et ses écritsChapitre 32 sur 49 · DC CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

DC CHAPITRE VII

Siti A, po;» 139.

Veol-oa saToir ce qw Vottaire pensail des LettrafrorkmtiaUi? — Qa'oa écoate ce joipe peasBspect:

c Qa'OD mette, dilnl. en paraUèle, les LMm pnMr cûiUt et les Senmcm du père Boaxdaloaey oq appveodn dans ks premières Fart de U niïieneyCàaidepréKmterées dk»ei indiffmntei sotu da faee$ erimimgUes, eeim d'irnsmlieratec éloçHtmc^ : on apprendra, aTec le pèfe Bomdidoiie, à être sévère à soi-même et indulgent pour les antres. Je demande alors de quel c^té est la Traie morale, et leqpiel de ces deux livres est le plos atite anx hommes? J'ose le dire, il n'y a rien de plus contradictoire, de plos imq[iie, de plos honteux pour l'humanité, que d'aocoaer de morale relâchée des hommes qui mènent ea Europe la vie la plus dure, et qui vont chercher la mort an bont de TAsie et de rAmérique. Quel est le particulier qui ne serm pas consolé d'essuyer des calonmies, quand un corps entier en éprouTe continuellement d'aussi cruelles (i)?a

Je conseille à ceux qui voudraient saTixr à quoi s'en tenir sur la valeur des allégations des Lettres p rov im eialeM, de lire les ouvrages suivants du père Daniel : Fmtretiems de

(1) Lettre au IL P, de Utour, jéimfe,prmHpaldm cotié^ Ioiit>le-Gramà,! féTrîer|746.

Cléandre et d'Eudoxe sur les Lettres provinciales (1694), et la Lettre de M. l'abbé dé*** à Eudoxe^ touchant la nouvelle apologie des Lettres provinciales (1699). (Voirie tome I, p. 305 à 596, et p. 597 à 634, du Recueil de divers ouvrages philos. y théoLy hist., apologét, et de critique^ par le père Daniel, 1724, in-4»).

Traduits, aussitôt leur apparition, en latin, en italien, en espagnol et en anglais, les Entretiens de Cléandre et d^ Eudoxe sont la réfutation la plus complète et la plus forte des trop îamenses Lettres provinciales.

Note 6, page 340.

« Deux hommes, — dit M. de Donald, — que leurs contemporains ont nommé des hommes de génie, parce qu'ils ont jugé leurs écrits sur leur style, et leur doctrine sur le bruit même qu'elle a fait, mais que la postérité, qui juge les écrits par leurs résultats, et les opinions par les événements, appellera des hommes de beaucoup d'esprit (car on erre avec esprit, et non avec génie), Montesquieu et Jean- Jacques Rousseau écrivirent tous deux sur la poli* tique avec un succès égal, parce que les talents étaient semblables, et que les intentions n'étaient pas très-différentes

(( Montesquieu, partisan de l'unité de pouvoir par état et par préjugé, et du gouvernement populaire par affection philosophique, favorable aux sociétés unitaires par ses aveux, et aux sociétés opposées par ses principes, sans plan et sans système, écrivit V Esprit des lois avec le même esprit^ et dans quelques endroits avec la même manière qu'il avait écrit les Lettres persanes (1); et cherchant sans

(1) « Gommera dit plaisamment, dans V Esprit des lois, Tauteur des Lettres persanes, » dit quelque part M. de Donald , en citant une polissonnerie (le mot est de M. de Maislre),qu'on lit dans ce fameux livre.

cesse Tesprit de ce qui est^ et jamais la règle de ce qui doit être^ il trouva la raison des lois les plus contradictoires^ et même des lois qui sont contre toute raison

c( Heureusement inconséquent^ Touvrage de Montesquieu^ rachetant lui-même Terreur des principes par de grandes vérités dans les détails^ est fait pour en imposer à des esprits inattentifs et à des cœurs honnêtes ; soutenu par un style qui éblouit par son éclat^ ou qui étonne par sa précision^ accrédité par un nom fameux^ et ce qui est plus décisif^ appuyé par un parti puissant^ V Esprit des lois fut Toraclc des philosophes du grand monde (i). »

« L'Esprit des lois, — a dit ailleurs M. de Bonald^ — est le plus profond des livres superficiels, »

Madame du Detfant disait de V Esprit des lois a que c'était de Vesprit sur les lois;n mot où il y a assez de vérité pour être excellent.

Note C, page 346.

Un des biographes les plus fanatiquement enthousiastes de Voltaire et de ses œuvres, — Condorcet, — • a écrit, à propos de la Henriadey le dithyrambe suivant :

« On peut comparer la HeniHade à Y Enéide, Toutes deux portent Tempreinte du génie dans tout ce qui a dépendu du poète, et n'ont que les défauts d'un sujet dont le choix a également été dicté par l'esprit national; mms Yii^le ne voulait que flatter l'orgueil des Romains, et Voltaire eut le motif plus noble de préserver les Français du fana* tisme, en leur traçant les crimes où il avait entraîné leurs ancêtres (2). »

(!) Législation primitive, etc. Discours préliminaire, p. "^5 à 47, 4« édit. 1847.

(3) Voy. Vie de Voltaire, par Gondorcet, dans Beachot ; — Œuvres de Voltaire, in-8, 1. 1, p. 136 et 137 (1834, in-S).

H. de Bonald^ avec cette profondeur de vue qui le caractérise, définit ainsi la portée désastreuse et les résultats révolutionnaires de la Henriade ; tout esprit sage et réfléchi ne peut s'empêcher d'être frappé de ce jugement :

« Les différents partis religieux, en France, avaient oublié leurs torts réciproques ; Voltaire les a tous rappelés, et plus encore ceux d'un parti que ceux de Tautre. La publication de la Henriade et de ses notes ralluma les haines prêtes à s'éteindre ; et Ton a remarqué que les retours à Tancienne croyance, encore fréquents jusqu'au milieu du dernier siècle, sont devenus beaucoup plus rares depuis cette époque. On ne sait pas assez le mal, même politique, que cet écrivain a fait avec ses éternelles déclamations sur ses quelques événements malheureusement célèbres (1). })

Note D, page 347.

Je crois intéressant, utile et surtout instructif de citer les passages les plus forts de cette déclamation insensée et ridicule de Diderot, — sorte A^ Oraison funèbre de Richardsoriy l'auteur de Clarisse.

On y trouve l'esprit philosophiquement impie de l'homme, l'amour pour la morale prêché par celui- qui écrivit les romans obscènes des Bijoux indiscrets, de Jacques le Fataliste et de la Religieuse, et les principes du romantisme échevelé de 1828. A ces trois titres, les citations qu'on va lire sont d'un haut intérêt :

a Le roman de Clarisse m'a laissé une mélancolie qui me plaît et qui dure ; quelquefois on s'en aperçoit, et l'on me demande : « Qu'avez-vous ? vous n'êtes pas dans votre état naturel. » On m'interroge sur ma santé, sur ma fortune^ sur mes parents, sur mes amis. mes amis ! Paméla,

(1) Pensées, p. 390. — 1847.

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Clarisse et Grandisscn iont trois gramds dram&es. Amché à cette lecture par des occupations sérieuses^ j'éproo?ais un dégoût inmcible; je laissais là le deroir» et je reprenais le livre de Richardson. Gardez-vous bien d'oorrir ees ouvrages enchanteurs^ lorsque vous aurez quelque devoir à remplir. Qui est-ce qui a lu les ouvrages de Richardson^ sans désir de connaître cet homme^ de TaToir pour frère ou pour ami? Qui est-ce qui ne lui a pas souhaité tatUes sortes de bénédictions?

(( Richardson! Richardson! homme unique à mes jfeux! tu seras ma lecture dans tous les temps. Forcé par des besoins pressants^ si mon ami tombe dans l'indigence^ si h médiocrité de ma fortune ne suffit pas pour donner à mes enfants les soins nécessaires à leur éducation^ je rendrai mes livres, mais tu me resteras^ tu me resteras sur le même rayon avec Virgile, Homère^ Euripide et Sophocle^ et je vous lirai tour à tour.,.

a Plus on a Vâme belle, plus on a le goût exquis et pur; plus on connaît la nature, plus on aime la vérité^ plus on estime les ouvrages de Richardson (1). »

Jusqu'ici ce n'est que ridicule ; Diderot va se montrer follement impie :

« Alors Je comparais l'ouvrage de Richardson à un livre plus sacré encore, à un évangile apporté sur la terre pour séparer l'époux de Tépouse, le père du fils, la fille de la mère, le frère de la sœur, et son travail rentrait ainsi dans la condition des êtres les plus parfaits de la nature (2)

« Dans ce livre immortel, comme dans la nature au printemps, on ne trouve point deux feuilles qui soient d'un même vert...

(I) Éloge de Hichardsonf en léle.da tome I ôe Clarisse, Irad. de Lô Tourneur, édil. de Genève, in-8, 1785, p. xxvi et xxvii. (2} Ibid.f p. xxxii.

« Richardson ! j'oserai dire que l'histoire la plus vraie est pleine de mensonges y et que ton roman est plein de vérité, Vhistoire peint quelques individus, tu peins l'espèce humaine; Vhistoire attribue à quelques individus ce qu'ils nont ni dit ni fait, tout ce que tu attribues à l'homme, il l'a dit et fait, etc.. Sous ce point de \ue, j'oserai dire que souvent l'histoire est un mauvais rotnan, et que le roman, comme tu Vas fait, est une bonne histoire, peintre de la nature ! c'est toi qui ne mens jamais, b

N'est-ce pas le comble du délite (1)?

(( J'ai,., été frappé, comme tous les lecteurs ordinaires^ du génie^xi'ïl y a à avoir combiné dans ce Lovelace les qualités les plus rares et les vices les plus odieux; la bassesse avçc la générosité^ la profondeur et la frivolité^ la violence et le sang-froid^ le bon sens et la folie; à en avoir fait un «c^/eVa^ qu'on hait, quonaime, qu'on admire y qu'on méprise, qui vous étonne, sous quelque forme qu'il se présente, et qui ne garde pas un seul instant la même (2). »

Tout le programme du romantisme est dans ces lignes; la réhabilitation de l'impossible et du iîmx!

« Est-ce que deux amies ne se sont pas brouillées sans qu'aucun des moyens que j'ai employés pour les rapprocher m'ait réussi^ parce que l'une méprisait l'histoire de Clarisse^ devant laquelle Vautre était prosternée (3) î

« J'écrivis à celle-ci, et voici quelques endroits de sa réponse :

<t Elle trouve extraordinaire que cette lecture m'arrache des larmes! Et ce qui m'étonne toujours, moi, quand j'en suis aux derniers instants de cette innocente, c'est que les pierres, les murs, les carreaux insensibles et froids.

(1) Eloge de Richardson^ p. sxxiv et xxxv.

(2) Ibid., p. XXXVI.

(3) Ibid,, p. XXXVII.

sur lesquels je marche^ ne s'émeuvent pas^ et ne joignent pas leur plainte à la mienne. Alors tout s'obscurcit autour de moi^ mon âme se remplit de ténèbres^ et il me semble que la nature se voile d'un crêpe épais.

(( A son avisy l'esprit de Clarisse consiste à faire des phrases; et lorsqu'elles en a pu faire quelques-unes^ la voilà consolée. C'est , je vous l'avoue, une grande malédiction que de sentir et penser ainsi ; mais si grande que J'aimerais mieux tout à Tlieure que ma fille mourût entre mes bras, que de Ten savoir frappée (1). Ma fille ! ouify aipensé, et je ne m en dédis pas. d

Quelle horrible démence !

a Nature y prépare pendant des siècles un homme tel que Richardson; pour le douer, épuise-toi ^ sois ingrate envers tes autres enfants, ce ne sera que pour un petit nombre d'âmes comme la mienne que tu l'auras fait nattre^ et les larmes qui tomberont de mes yeux seront l'unique récompense de ses veilles (2). d

Quel pathos ! Et toujours la mise en scène du moi^ caractère distinctif de Diderot.

a II y a, comme on voit y dans les choses de goût^ ainsi que dam les choses religieuses, une espèce dt intolérance que je blâme ; mais dont je ne me garantirais que par un effort de raison. »

La raison menait Diderot à débiter des blasphèmes et des absurdités. Sainte raison !... Plus loin, cédant encore à sa manie de poser pour l'attendrissement à haute dose^ Diderot prend le masque d'un ami :

a Cet ami est un des hommes les plus sensibles quejectmr

(1) C'est la sacrilège parodie du mot sublime de la reine Blanche de Castille à son ftls enfant.

(2) Éloge de Richardson, p. xzxtui et xxxix.

naisse, et un des plus ardents fanatiques de Bickardson ; peu s'en faut qu'il ne le soit autant que moi (1).

a Poètes, apprenez de Bickardson à donner des confidents aux méchants, afin de diminuer l'horreur de leurs forfaits, en la partageant, et, par la raison opposée, à n'en point donner aux honnêtes gens, afin de leur laisser tout le mérite de leur bonté. Avec quel art ce Lovelace se dégrade et se relève! Dans la même lettre où vous trouvez les sentiments d'un cannibale, le cri d'une bête féroce; quatre lignes de post-scriptum le transforment tout à coup en un homme de bien, ou peu s*en faut. »

Ce peu s'en faut vaut de l'or !

« Et quel est le moment où Clémentine (2) et Clarisse deviennent deux créatures sublimes ? Le moment où l'une a perdu l'honneur, et l'autre la raison (3). »

Enfin, voici le sublime de cette Oraison funèbre :

a Tu as eu plus d'admirateurs encore parmi nous que dans ta patrie, et je m en réjouis, »

Il n'y a pas tant de quoi.

Qi J'étais incliné au pied de ta statue; je f adorais

J'ai tracé ces lignes sans liaison, sans dessein et sans ordre.fi

On le voit bien, sans qu'il le dise, a Le génie de Richardson a étouffé ce que j'en avais. Ses fantômes errent sans cesse dans mon imagination (4).d

Après avoir lu ces billevesées inqualifiables, on peut dire, avec M. de Bonald : a La déclamation et l'enflure sont proprement l'éloquence de l'erreur ; il n'y a que la vérité

(i} Éloge de Richardson, p. xl.

(2) Clémentine est Théroïne du roman de Grandisson, aussi de Richardson.

(3) Éloge de Richardson, p. xlii.

(4) Ibid,, p. xLiii ctxuv.

qui puisse être simple^ comme il n'y a que la beauté qui puisse se passer d'ornements (1). d

Note E, page 352.

« Le plus distingué^ après Cicéron, panni les savants latins qui ont écrit sur des matières philosophiques^ fut Sénèque, — dit Schoell (â). — Ses ouvrages sont nombreux. Dans tous percent une vive imagination et un excellent jugement^ formé et perfectionné par Tétude des sciences physiques^ morales et historiques. Sénèque avait approfondi, jusque dans ses derniers replis, le cœur humain ; il Tavait étudié au milieu d'une cour brillante et corrompue^ comme dans les classes inférieures de la société. Le destin avait voulu qu'il éprouvât toutes les vicissitudes auxquelles les malheureux mortels sont exposés^ en l'élevant tour à tour de la condition d'un exilé au faite des grandeurs, pour le précipiter ensuite dans l'abîme de la nûsère. CS'est ain^ que ses livres sont devenus le manuel de tous les hommes qui aiment la philosophie pratique^ et surtout de ceux qui vivent dans le grand monde. Peut-être n'existe-t-il pas d'ouvrage qui contienne une telle richesse d'observations tendant à corriger et à ennoblir le caractère^ à assurer l'empire de la raison sur les passions^ à apprendre à se modérer dans la possession du bonheur^ et à supporter avec patience le malheur : il y en a peu où l'on trouve tant de tableaux des différentes situations où l'homme peut se trouver^ tracés d'un pinceau si ferme et si ingénieux. Sénèque n'a pourtant pas su se garantir du goût de son temps pour la déclamation. Son éloquence

(1) Pen«fe*, p, 3Î3, 1847.

(2) Histoire abrégée de la littérature romaine. 181&, in-S, t. II, p. 430.

éblouit souvent plus qu'elle ne touche et ne persuade : on y trouve trop d'antithèses, de métaphores^ d'allusions savantes et de tirades étudiées; l'on regrette d'autant plus ses défauts^ que les ouvrages de Sénèque sont devenus les modèles des écrivains suivants. Heureusement ces défauts ne sont pas si fréquents qu'ils puissent détruire l'effet que produisent le génie et la véritable éloquence de Sénèque... Il n'aimait pas les discussions dialectiques des stoïciens et des académiciens^ sa philosophie était toute pratique (1).

« Dans les anciennes éditions de ses ouvrages, on trouve... quatorze lettres de Sénèque à saint Paul, ou de l'apdtre au philosophe^ qu'on regardait anciennement comme authentiques... Saint Jérôme (2) et saint Augustin (3) les citent sans exprimer le moindre doute sur leur authenticité. En général^ il s'est perpétué dans l'ancienne Église une tradition d'après laquelle il a existé une liaison entre l'apôtre saint Paul et Sénèque^ et l'auteur de la Passion... de saint Pierre et de saint Paul par Linus dit qu'il régnait entre ces deux hommes une amitié si intime^ que Sénèque avait de la peine à se passer de la société de l'apôtre^ et se dédommageait de cette privation, lorsque les circonstances la lui imposaient, en entretenant avec lui une correspondance assidue.

« Cette tradition, — dit Schoell, — ne doit peut-être pas être reléguée parmi les fables; plusieurs circonstances se réunissent pour lui donner quelque vraisemblance. Elle explique au moins la singulière ressemblance que les hommes de lettres ont remarquée entre beaucoup de passages de Sénèque et des saintes Écritures, surtout des épttres de saint Paul (4)..

(1) Schoell, ibid,, p. 437 et 438.

(2) De scriptorihus eccles,, cap. xii.

(3) De chitate Dei, vi, 10.

(h) Schoell, p. 445 et 446. ^ Voir, tftûf., quelques-uns de ces pas-

(( Il n'y a pas un lecteur de Sénèqae qui n'ait été frappé des sentiments chrétiens qu'on trouve répandus dans ses écrits, et qui sont souvent rapportés dans les expressioiis mêmes du Nouveau Testament. Dira-t-on qu'il est naturel qu'un homme de bien qui médite sur la nature humaine et sur les rapports entre Dieu et l'homme^ soit conduit aux mêmes vérités morales qui sont énoncées dans les saintes Ecritures? Mais pourquoi ne trouve-t-on rien de semblable dans les traités de morale d'Aristote^ dans les dialogues de Platon^ dans les choses mémorables de Socrate par Xénophon^ dans les ouvrages philosophiques de Cicéron ? Pourquoi^ surtout^ dans le manuel d'Éinctète et dans le livre de Marc-Aurèle^ qui tous les deux professaient les principes de la même école que Sénèque^ les ressemblances avec les idées chrétiennes sont-elles si peu nombreuses? Le phénomène s'explique si Ton admet que Sénèque a connu et fréquenté des chrétiens, et qu'il a vécu dans des rapports d'amitié avec le plus célèbre de leurs docteurs qui a passé deux années à Rome.

a Ce ne sont pas seulement des principes du christianisme qu'on trouve dans Sénèque; on est bien plus étonné encore d'y trouver des phrases inusitées chez les écrivains profanes^ et des mots pris dans des acceptions qu'ils n'ont que dans le Nouveau Testament (1). »

sages parallèles, en commençant par la harangne que l'Àpôtra prononça devant Faréopage d'Athènes , et qae saint Luc a insérte dans le xvii* chapitre des Actes des Apôtres, ( Schoell , p. 446 i 448.)

(1) Schoell, p. 448 et 449. — Tel est l'emploi da mot caro, dans le sens hiblique, qu'on ne remarque dans aucun écrivain païen {a) ; celai du mot angélus, comme il est pris dans la vingtième lettre (6), et qni rappelle l'ange de Satan dont se plaint saint Paul (c), et que les interprètes prennent pour un faux apôtre ; telle est encore l'expression de Saint-Esprit {d), et celle àe progéniture de Dien, ponr indiquer un homme de bien (e) ; telle est la comparaison de la vie avec un état de

Note F, page 354.

Voici avec quel enthousiasme la spirituelle madame de Sévigné louait les Petites Lettres, — c'était le nom donné communément alors aux Provinciales :

« Quelquefois pour nous divertir^ — écrit-elle à sa fille, •^ nous lisons les Petites Lettres : bon Dieu, quel charme ! et comme mon fils les lit ! je songe toujours à ma fiUe^ et combien cet excès de justesse de raisonnement serait digne d'elle, mais votre frère dit que vous trouvez que c'est toujours la même chose. Ah, mon Dieu ! tant mieux ; peut-on avoir un style plus parfait, une raillerie plus fine, plus naturelle^ plus délicate, plus digne fille de ces dialogues de Platon, qui sont si beaux? Et lorsque, après les dix premières lettres, il s'adresse aux révérends Pères, quel sérieux! quelle solidité! quelle force! quelle élégance ! quel amour pour Dieu et pour la vérité ! quelle manière de la soutenir et de la faire entendre I c'est tout cela qu'on trouve dans les huit dernières lettres, qui sont sur un ton bien difi'érent. Je suis assurée que vous ne les avez jamais lues qu'en courant, grapillant les endroits plaisants: mais ce n'est point cela, quand on les lit à loisir (1). »

guerre (/). Toutes ces manières de parler sont exclusivement propres à Sénèque parmi tous les écrivains profanes.

(a) Animo cum hac came grave ceriamen est, ne abstrahatur (De eonsol. adMartian., cap. xxiv). Ânimus liber habitat; nunquam me çaro ista compellet ad metum (Ep. 65). Non est summa felicitatis nostrœ in cameponenda (Ep. 74).— (b) Necego, Epicuri angélus, scio, etc. — (c) II Cor., xii. — {d) Sacer intra nos spiritus sedet (Ep. 41). {e) Vir bonus vera progenies Dei (De Providentia, cap. i). — (/) Ep.51, 96. — Voir Schoell, p. 450 à 452, et Fr. Ch. Gelplte : Tractatiuncula de familiaritate quœ Paulo apostolo cum Senequa philosopho intercessisse traditur, verisimillima* (Leipzig, 1818, in-4.)

(1) Mercredi, 21 décembre 1689, t. IX de Tédit. de Biaise. 1818, p. 265 et 2C6, in-8.

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